4 projets soutenus en 2020-21

A côté du fonds de développement culturel qui permet à tout membre de la communauté universitaire de voir son projet culturel soutenu financièrement, l’UCLouvain a créé un nouveau fonds de financement spécifique pour développer des projets associant des artistes à des programmes d‘enseignement et de recherche. Un appel à projets a été lancé en juin 2020 auprès du corps académique et scientifique. Quatre projets de recherche-création-enseignement bénéficient en 2020-2021 d’un financement du FRC. Présentation.

Rendre visible l’invisible

L’art et la science pour révéler le vol des oiseaux

LES PERFORMANCES aériennes de certains oiseaux sont déroutantes : la route migratoire de la Barge Rousse relie l’Alaska à la Nouvelle-Zélande, soit près de 12.000 km parcourus sans quitter le ciel et sans ingurgiter de nourriture ! Cela ne peut se faire qu’en interagissant de façon optimale avec le milieu dans lequel cet oiseau évolue, à savoir l’air. Les ingénieurs en aéronautique étudient depuis longtemps les phénomènes complexes qui régissentet un fluide, tel l’air. Mais les outils existants sont peu appropriés pour la dynamique particulière d’un vol avec battement d’ailes. Le projet « RevealFlight » rassemble une dizaine de chercheur·euses de l’UCLouvain et vise à développer des outils numériques pour mieux comprendre le vol des oiseaux, aux niveaux individuel et collectif. Au niveau individuel, le vol requiert en effet d’effectuer un mouvement coordonné de toutes les articulations des ailes, afin de prendre appui sur l’air sans être trop ralenti par celui-ci. Au niveau collectif, la signature laissée dans l’air par les individus en tête de volée – appelée la trainée – peut être idéalement exploitée par ceux qui suivent pour réduire leur effort déployé en vol. Les outils que nous développons permettent de rendre compte de ces phénomènes et de les comprendre. Après le confinement du printemps 2020, UCLouvain Culture a lancé un appel à projets dans le cadre du tout nouveau « Fonds pour la recherche-création », permettant – entre autres – à des membres de la communauté universitaire de créer un pont entre un projet de recherche et un artiste. Attirés par cette opportunité de contribuer à cette dynamique et portés par l’émerveillement au cœur de notre projet « RevealFlight », nous avons noué des contacts avec le photographe barcelonais Xavi Bou. Comme notre projet de recherche, son projet artistique vise à rendre visible l’invisible du vol des oiseaux. Ses ornithographies permettent en effet de percevoir en une seule photo toute la temporalité de la trajectoire d’un ou plusieurs oiseaux. Les « filaments aviaires » qui en résultent permettent directement d’apprécier la richesse du mouvement des ailes, et donc d’inspirer notre recherche fondamentale.

Au travers du développement d’outils numériques permettant « d’augmenter » les dimensions d’une simulation ou d’une photographie de vol, notre collaboration débutante permettra donc d’enrichir notre perception de ce phénomène naturel fascinant, ainsi que le bagage culturel de notre communauté.  

 

Écrire,noter, œuvrer

Dialogues sur la notation musicale avec le compositeur Karl Naegelen

L’INVITATION du compositeur français Karl Naegelen à l’UCLouvain dans le cadre du projet recherche-création Écrire, noter, œuvrer a pour but de faire converger les réflexions d’artistes et de scientifiques autour de questions soulevées par les notations musicales. De fait, noter de la musique est un acte dont les implications restent encore largement à défricher, tant ses théoriciens ont négligé la diversité des objets et des logiques qui ont pu le motiver au cours de l’histoire. En associant compositeurs, musiciens, musicologues et philosophes durant différents événements où se croisent les perspectives artistiques, scientifiques et pédagogiques, le projet entend multiplier les points de vues pour explorer la richesse des significations et des usages de la notation musicale. En février/mars 2021, quatre conférences données par Karl Naegelen permettront de confronter les œuvres de compositeurs marquants de la seconde moitié du XXe siècle afin d’éclairer l’interaction entre leurs stratégies compositionnelles et leurs procédés notationnels. Les 1er et 2 mars 2021, un colloque international sur le thème « Que note la notation ? » (avec la participation de Brice Duisit, vièle et chant, et Anna Jalving, violon ; conférence inaugurale de Tim Ingold) réunira des chercheur·euses et des musicien·nes d’horizons variés. Ce sera l’occasion de faire un bilan critique des théories de la notation afin de montrer comment cette dernière s’articule de manière complexe aux traditions qui la véhiculent, et réfère à de multiples fonctions qui ne sont pas toutes d’ordre musical. De mars à mai (16-30-31/3, 3/5, 6/5), un atelier animé par Karl Naegelen et le quatuor UMLAUT « Imaginer la notation, imaginer le son » propose d’explorer les étapes d’un processus d’écriture, des premières esquisses au concert. Confronté·es aux esthétiques variées de la musique contemporaine et de ses notations, les participant·es développeront avec Karl Naegelen leurs idées musicales qui seront réalisées par des professionnels de la création contemporaine. Le vendredi 7 mai, un concert du quatuor à cordes et clarinette UMLAUT clôturera une journée d’étude sur la recherche-création en présence du Pr. Yves Citton.

Ce concert présentera les résultats de l’atelier et se fera l’écho des conférences au travers d’une œuvre rarement jouée de Morton Feldman. Il offrira également l’opportunité d’enregistrer un disque coproduit par l’UCLouvain et Umlaut records. Au Programme : Karl Naegelen, Calques pour quatuor à cordes et clarinette ; travaux de l’atelier Imaginer la notation, imaginer le son ; Morton Feldman, Clarinet and String quartet.

 

Super-Studio

Post Covid Architectural Visions

COMMUNÉMENT comprise comme discipline visant la conception et la production d’espaces pour la vie humaine, l’architecture a montré dans l’histoire qu’elle possède également un autre rôle qui se détache du monde de la réalité pour en dessiner des alternatives visionnaires à toutes les échelles (bâtiment, ville, territoire). Produites à partir d’une position critique de la société, ces visions sont diversement définies comme utopie, dystopie, eutopie, antiutopie, eutopie, sytopie, pantopie. Elles génèrent une multiplicité de formes alternatives d’architecture et permettent la prise de conscience et le soin des dysfonctionnements de la société en arrivant à imaginer sa refondation.

Super-Studio est un séminaire organisé avec la participation de Gian Piero Frassinelli du groupe d’architectes « Superstudio », protagoniste d’un projet visionnaire de refondation. Le séminaire s’intéresse à l’étude du potentiel des visions idéales face à l’urgence sanitaire engendrée par la Covid-19. Cette pandémie, si elle est un fait d’exception et imprévu, met en lumière une “insatisfaction collective” face à un état de crise plus global (économique, climatique, sociale). Parmi les questions soulevées par l’urgence actuelle, Super-Studio se concentre sur la “distanciation sociale” qui remet en cause un des principes de base du “vivre ensemble” : la proximité des êtres humains dans les lieux de densité maximale, les villes. Ce qu’Arthur Schopenhauer qualifiait de “dilemme du hérisson” redevient d’actualité en identifiant une nouvelle distance interpersonnelle déterminée non par des besoins sociaux, mais sanitaires. Cette distance impose des limites inattendues aux libertés humaines. 

Super-Studio s’intéresse aux espaces engendrés par cette “distanciation sociale”. Animé d’une pensée visionnaire et soutenu par la raison, ce séminaire entend se libérer du présent et du contingent pour produire une sur-réalité critique, expression ultime d’une contestation non-violente de la société contemporaine.

 

Gudule

Une plongée au cœur des manuscrits musicaux et des instruments anciens

LE PROJET Gudule tient son nom du fonds Sainte-Gudule, une collection de plus de 500 manuscrits musicaux des 17 et 18e siècles composés en grande partie par des compositeurs bruxellois attachés à la collégiale Sainte-Gudule et à la Chapelle royale. Il a pour objet 
de rassembler différents acteurs de la musique ancienne autour de ces manuscrits pour les revaloriser et les rejouer dans l’esprit de l’interprétation historiquement informée, c’est-à-dire en se rapprochant le plus possible des goûts et des pratiques de l’époque, notamment par l’utilisation d’instruments anciens ou de copies. 

Ce projet, financé par le fonds pour la recherche-création, est directement lié aux recherches en musicologie que je mène avec ma promotrice de thèse Anne-Emmanuelle Ceulemans. Ces travaux partent du constat d’une absence de standardisation dans la famille du violon dans les anciens Pays-Bas méridionaux (types d’ensembles, dénomination des instruments, taille des violons conservés, etc.) et de la carence de répertoire de nos régions dans les interprétations de musique ancienne.

Le projet consistera dans un premier temps en trois journées d’étude au cours desquelles des musiciens spécialisés en musique ancienne - Hervé Douchy, Benoit Douchy, Bernard Woltèche, Nicolas Achten, François Fernandez, Yun Kim et Maxime Melnik – interpréteront des œuvres du fonds sur des copies et reconstitutions de violons bruxellois dans un processus d’expérimentation et de réflexion commune. Ces copies sont réalisées par les luthiers Geerten Verberkmoes et Mirte Maes (Hogeschool Gent). Les résultats seront partagés publiquement sous la forme d’un concert-table ronde au début du mois de mai 2021. En amont du projet « Gudule », une série d’acteurs a déjà contribué à l’avancement de ces recherches : le Pôle d’imagerie médicale des cliniques universitaires Saint-Luc (équipe d’Emmanuel Coche), l’École Polytechnique de Louvain (équipe de Paul Fisette) et la Bibliothèque du Conservatoire de Bruxelles (Olivia Wahnon de Olivera). À la suite du concert, ces acteurs se réuniront avec les musicologues, les musiciens et les luthiers lors d’une table ronde pour échanger sur leur contribution et les problématiques auxquelles ils ont été confrontés. En effet, c’est grâce à la richesse de cette interdisciplinarité que peuvent se reconstituer les récits musicaux du passé.