Pourquoi ces migrants reprennent-ils des études ?

Publié le 08 août 2017

Cet été, nous rencontrons des doctorants en sciences humaines de l’UCL. Car la recherche ne se résume pas à la médecine.

Pourquoi ces migrants reprennent-ils des études supérieures ? C’est la question centrale qui va occuper Sarah Smit ces quatre prochaines années dans le cadre de son doctorat en sociologie à l’UCL commencé en septembre 2016.

« Je m’intéresse aux migrants américains, congolais et indiens qui sont venus en Belgique sans visa étudiant, ce qui signifie que leur projet premier en venant n’était pas de reprendre des études à l’université ou en haute école. Dès lors, pourquoi le font-ils ? Quelles sont les opportunités ? Quelles sont les contraintes et difficultés qu’ils rencontrent, tant dans l’accès que la réussite des études ? Et comment ils les surmontent ? », explicite-t-elle.

Sarah Smit se concentre sur les migrants issus des États-Unis, de la République démocratique du Congo et d’Inde car sa thèse intègre une recherche plus large qui répond au nom de Lima. « Son objectif est de confronter les cadres législatifs européen et belge aux réalités vécues par les migrants. Et elle se concentre sur ces trois nationalités. »

Elles permettent de se confronter à des réalités différentes : l’immigration congolaise en Belgique est plus ancienne que l’américaine, par exemple. Elles permettent aussi de prendre en compte les différents statuts légaux qui sont octroyés par la Belgique.

Pour sa recherche, la doctorante aimerait rencontrer 45 personnes et en suivre certains sur une longue durée. « J’aimerais les voir tous les six mois pour voir comment elles évoluent. Je prends en compte toutes les dimensions de la vie : familiale, professionnelle, etc. Et voir comment elles gèrent ça. »

Quelles ressources mobilisées ?

Car un des angles d’attaque de Sarah Smit est de voir les ressources qu’elles mobilisent, à savoir leur réseau social, pour les aider à mener à bien leur projet d’études.

La chercheuse s’est intéressée à ce sujet en rencontrant, dans le cadre du projet Lima, diverses personnes dont certaines avaient repris des études. « Elles ont du mal à se mettre sur le marché du travail ou elles trouvent des emplois peu stables. Leur diplôme n’est pas toujours reconnu en Belgique. La reprise d’études est une réponse à ce qu’elles vivent. Et c’est un sujet qui a peu fait l’objet de recherche en Belgique, contrairement au Québec. C’est pourquoi, j’ai voulu creuser cette question. »

S’intégrer dans la société

Et Sarah Smit de conclure : « La reprise d’études est une manière pour les migrants de s’intégrer de façon durable dans la société d’accueil. Il faut donc encourager l’accès aux études et leur réussite. Mais si en théorie, tout le monde peut y accéder, il y a des obstacles à surmonter : la non-reconnaissance de diplômes, des papiers que demandent les universités et qui ne sont pas toujours évidents à obtenir, surtout pour les réfugiés, etc. Il y a aussi le titre de séjour limité dans le temps, ce qui est source de stress et qui peut détourner l’attention du migrant de ses études… J’ai envie de sensibiliser les autorités compétentes et que ma thèse ait un impact en apportant des pistes de solutions pour permettre aux migrants de reprendre des études et les mener à bien. »

Trois mois au Paraguay, un master en France

Pendant longtemps, Sarah Smit n’a pas su ce qu’elle voulait faire. « Parce que je ne savais pas tout ce qui existait. » Mais quand elle découvre la sociologie, elle se sent dans son élément. Désormais, elle présente déjà un parcours bien rempli.

Après un baccalauréat en sociologie-anthropologie à l’UCL, elle a continué avec un master en sciences de la population et du développement, toujours à Louvain-la-Neuve.

Pour son mémoire, elle est partie trois mois au Paraguay « pour voir la manière dont le mouvement paysan participait à la construction de la démocratie dans le pays. »

Ensuite, elle s’est rendue en France, à Montpellier, pour effectuer un second master, en développement durable et aménagement du territoire cette fois.

« J’y ai réalisé un mémoire sur le petit patrimoine rural et la manière dont il participe ou non au développement local. Je me suis concentrée sur Aspiran, une petite commune de la campagne montpelliéraine. Au final, ça y participe peu. La commune devient semi-urbaine et une cité-dortoir où les gens ne s’approprient pas ce patrimoine. »

Sarah Smit a aussi été assistante de recherche en sociologie mais dans la faculté de droit « pour une recherche sur l’accompagnement juridique des demandeurs d’asile menée avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). »

Et en septembre dernier, elle a donc entamé son doctorat pour lequel elle a obtenu fin juin sa bourse du Fonds national pour la recherche scientifique (FNRS).

« J’ai toujours aimé faire de la recherche. Et l’important, pour moi, est de partir de ce que les gens disent », commente Sarah Smit.

 

Quentin COLETTE (L'Avenir Brabant wallon)