L’évaluation des impacts de la digitalisation sur le travail et l’emploi, changements et continuités

27 janvier 2020

Les Midis du CIRTES -

Patricia Vendramin (CIRTES, UCLouvain)

Selon certains économistes évolutionnistes, la vague actuelle de digitalisation n’est pas une nouvelle révolution technologique mais le point de basculement entre les phases d’instauration et de déploiement du paradigme technico-économique basé sur l’information numérisée et les réseaux, né dans les années 1980. Ce basculement est fait à la fois de continuités et de ruptures. Il nécessite une approche renouvelée des notions d’emploi et de travail. Or, certaines prévisions alarmistes en matière d’impacts de la digitalisation sur l’emploi se réfèrent toujours à une conception simpliste du travail. Celui-ci ne se réduit pas à un assemblage de tâches plus ou moins remplaçables par des machines intelligentes. Il est le fruit de choix organisationnels et de rapports de forces. Il est en outre porteur d’intégration et de reconnaissance sociale. Penser le travail de demain, c’est aussi penser sa signification individuelle et collective. L’approche évolutionniste nous apprend que, plutôt que de remplacer le travail, la digitalisation déplace les emplois : non seulement entre les maillons successifs des chaînes de valeur, mais aussi entre les métiers et entre les différents statuts du travail. Ce qui est en jeu, c’est l’érosion de la relation d’emploi construite lors du paradigme antérieur. La multiplication de nouvelles formes d’emploi contribue à cette érosion mais elle ne constitue pas pour autant un modèle pour l’avenir.