Faire une thèse de doctorat et après ?

En lien avec l’augmentation du niveau d’études, le doctorat, diplôme le plus élevé dans l’espace de qualification, attire de plus en plus de monde. Il concerne des milliers de personnes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon les données du Conseil des recteurs de l’enseignement francophone (CRef), entre 1996 et 2014, le nombre d’inscriptions au doctorat a connu une augmentation de 80%, passant de 3592 à 6444 doctorant·es. Le nombre de doctorats délivré annuellement suit de façon logique la même tendance, passant de 477 en 1997 à 791 en 2014.

« Si le nombre de doctorats décernés est en forte augmentation, en revanche la possibilité d’obtenir un poste permanent dans la recherche et l’enseignement universitaires ne croît pas de façon proportionnelle, et le phénomène est international » signale Nathan Gurnet, chercheur à l’UCLouvain, faisant sa thèse de doctorat sur le sujet. Le marché académique étant saturé, la question de l’insertion professionnelle des docteurs nouvellement proclamés est réelle. Selon Bernard Fusulier, directeur de recherches FNRS et professeur de sociologie à l’UCLouvain, « sans doute, qu’une urgence sociale envers les peu qualifiés ainsi que le présupposé que plus la qualification est élevée plus l’insertion professionnelle est facilitée ont quelque peu laissé dans l’angle mort la réalité de l’insertion des titulaires d’un titre de docteur ». C’est la raison pour laquelle des études sont actuellement en cours pour essayer de mieux cerner l’insertion professionnelle des docteur·es en Belgique. Comment ? Via notamment un observatoire de la recherche et des carrières scientifiques, hébergé par le FNRS.

 Selon une étude de 2018 réalisée par l’UCLouvain (GIRSEF) auprès de 268 docteur·es (ULB, UMons, U Saint-Louis Bruxelles et UCLouvain), le taux d’emploi des docteur·es tourne autour des 80% endéans les premiers mois suivant l’obtention de la thèse et augmente graduellement au fur et à mesure des mois. Le pourcentage de doctorant·es sans emploi a cependant tendance à augmenter à l’approche de la défense de thèse, témoignant des difficultés à terminer l’épreuve doctorale dans le temps imparti par les contrats de financement. Enfin, et contrairement à certaines croyances, les détenteur·trices d’un doctorat en sciences humaines et sociales trouvent un emploi aussi facilement (à court terme) que les autres domaines (sciences et technologies et sciences de la santé).

L’université demeure le principal employeur des docteur·es dans l’année qui suit la proclamation (poursuite du mandat, obtention d’un postdoctorat, …). Pour les chercheurs UCLouvain, il y a un lien entre les expériences pré et post-doctorales à court terme « les docteur·es qui ont eu une expérience professionnelle préalable trouvent plus facilement de l’emploi en-dehors de l’université. En revanche, les scientifiques qui n’ont jamais travaillé ailleurs ont plus de mal, s’ils·elles ne poursuivent pas à l’université, à trouver un emploi stable. Un peu comme s’il leur était difficile d’envisager un autre horizon professionnel ». Autre explication : une méconnaissance mutuelle où les entreprises éprouveraient des difficultés à évaluer le potentiel des docteur·es et ceux·celles-ci se projetteraient difficilement dans des emplois non-universitaires.

Solutions : promouvoir les expériences doctorales ?
Le CRef se montre favorable aux rapprochements avec les entreprises, mais sous l’angle d’un partenariat équilibré qui préserve l’indépendance universitaire : « le doctorat en entreprise n’est pas un doctorat dénaturé, mais reste une véritable formation à la recherche dans un espace de liberté créative, avec l’atout additionnel de s’appuyer sur une question issue de la réalité industrielle ».

Pour Bernard Fusulier, sociologue UCLouvain, poursuivre un dialogue et des partenariats entre l’université et les mondes de l’entreprise est important. Tout en étant attentif aux spécificités de chaque formule : « une recherche doctorale (durée moyenne : 5 ans), scientifiquement pointue, est d’abord conçue pour former des chercheur·es et produire une plus-value de connaissances. Tandis qu’une qualification de haut niveau doit permettre d’occuper des fonctions ne se limitant pas aux carrières académiques mais qui alimente d’autres environnements professionnels. Or, il est difficile pour une personne de poursuivre deux lièvres qui ne sont pas entièrement dans la même ligne de mire, c’est-à-dire à la fois jouer à du 200 % le jeu de la concurrence pour des postes rares dans l’espace académique, et maximiser ses chances de décrocher rapidement un bon job dans un autre secteur ».

Les universités en sont conscientes et mettent en place des dispositifs d’accompagnement et de renforcement du développement professionnel des chercheurs dans et hors universités.

Publié le 06 avril 2019