Perfectionniste ? Gare à la dépression

      Une étude récente révèle une augmentation significative du perfectionnisme chez les étudiant·e·s. Un constat alarmant, quand on connaît les conséquences auxquelles peuvent mener le perfectionnisme : burnout, dépression, troubles alimentaires. La recherche UCLouvain s’intéresse aux mécanismes de gestion des émotions qui permettent de prévenir et de traiter ces problèmes de santé mentale fréquents chez les perfectionnistes.

      Céline Douilliez, chercheuse à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCLouvain, est spécialiste des troubles liés au perfectionnisme. Si la poursuite d’exigences élevées peut être associée, chez les jeunes et les moins jeunes, à une série de bénéfices en matière de réussite académique, sportive ou professionnelle, elle peut également s’accompagner de conséquences psychologiques importantes. Le perfectionnisme favorise le développement et le maintien de nombreuses difficultés psychologiques, telles que les troubles dépressifs, les troubles anxieux, les troubles alimentaires et l’insatisfaction corporelle, le burnout, les idées suicidaires, ou encore le syndrome de fatigue chronique.

      Dans un contexte sociétal où la pression à la perfection est omniprésente, les consultations psychologiques spécialisées de l’UCLouvain ont estimé qu’une meilleure compréhension des mécanismes qui rendent les perfectionnistes plus vulnérables psychologiquement, était une priorité, en matière de santé mentale. Tant dans une perspective de prévention que de prise en charge des personnes en souffrance.

      Les chercheur·e·s UCLouvain s’intéressent en particulier à la manière dont les perfectionnistes gèrent leurs émotions. Selon Céline Douilliez, « ce n’est pas tant la poursuite d’exigences élevées qui est problématique (pour autant que ces exigences ne mettent pas l’individu en danger, comme pour l’anorexie par ex.), que la manière dont les émotions sont gérées en cas d’échec ».

      La chercheuse UCLouvain a démontré que les perfectionnistes réagissent avec des émotions négatives plus intenses aux situations d’échec et ont recours à des stratégies de régulation des émotions plus dysfonctionnelles. Soit, les perfectionnistes ont tendance à beaucoup plus ruminer à propos de leurs échecs passés et à plus se préoccuper du risque d’échecs dans le futur. Loin de les aider à faire face à leurs difficultés, ces pensées répétitives et incontrôlables participent à maintenir leurs affects négatifs et les conduisent à un état constant de vigilance par rapport aux éventuelles erreurs.

      Les erreurs et échecs sont difficiles à accepter pour les perfectionnistes, qui ont tendance à considérer que leur valeur personnelle dépend de leur capacité à atteindre les exigences qu’ils·elles se sont fixées ou qu’ils·elles pensent que les autres attendent d’eux. Afin d’éviter ces échecs insupportables, les perfectionnistes vont mettre en place différents comportements (par ex. faire des heures supplémentaires pour s’assurer que tout est fait « parfaitement », se surentraîner pour atteindre la performance « parfaite ») qui vont non seulement participer à des conséquences émotionnelles négatives mais qui auront également un impact sur leurs relations interpersonnelles. Le piège dans lequel sont pris les perfectionnistes les amènent à poursuivre la perfection non plus par choix mais par obligation en vue d’éviter l’échec auquel ils·elles ne sont pas en capacité de faire face émotionnellement.

      Sur base de ces résultats, les chercheur·e·s UCLouvain ont développé un nouveau programme d’intervention pour aider les perfectionnistes à mieux gérer leurs émotions et s’accepter.

          Publié le 18 février 2019