Transition énergétique et décroissance économique

Publié le 30 novembre 2017

L’IRES publie un numéro spécial de Regards économiques sur le thème ‘Transition énergétique et décroissance économique’ : il croise, à un niveau global, les regards d’ingénieurs - Elise Dupont, Hervé Jeanmart, Louis Possoz - et d’économistes  - Jean-François Fagnart et Marc Germain - pour étudier les possibles impacts de la transition énergétique sur la croissance économique, c’est-à-dire la transformation des modes actuels de production et de consommation de l'énergie.

Depuis quelques années, des doutes sont émis quant à la possibilité de poursuivre sans encombre, à un niveau global, la croissance économique pendant la transition énergétique.

La contribution des ingénieurs Elise Dupont, Hervé Jeanmart et Louis Possoz concentre son attention sur les évolutions attendues du taux de retour énergétique des sources éolienne et solaire, ainsi que sur leur potentiel. Les auteurs mettent en évidence un effet «localisation» selon lequel l’expansion de ces énergies impliquera de les installer sur des sites de moins en moins favorables, produisant de moins en moins d’énergie pour la même capacité installée. Une transition énergétique vers un monde 100 % renouvelable conduira alors à un taux de retour du système énergétique global sensiblement plus faible qu’aujourd’hui, malgré le progrès technique dont les auteurs soulignent par ailleurs que le potentiel est limité.

Les possibles conséquences macroéconomiques d’une telle transition énergétique sont analysées dans la deuxième contribution par les économistes Jean-François Fagnart et Marc Germain. La baisse du taux de retour énergétique global accompagnant la transition énergétique se traduit par l’exacerbation des besoins en capital du secteur énergétique, avec un possible effet «d’éviction» du secteur final au niveau de l’affectation des biens d’investissement. Cet effet pèse négativement sur la croissance économique. S’il est suffisamment fort (ce qui dépend des caractéristiques de l’économie), la transition énergétique s’accompagne d’une phase de décroissance économique prolongée. Dans le cas contraire, une transition «en douceur»,  c’est-à-dire sans décroissance économique, est possible.

Ces deux contributions visent avant tout à éveiller la prudence à l’égard d’un certain «optimisme technologique» suggérant que la transition énergétique pourrait se révéler sans douleur pour la croissance économique grâce au seul développement tous azimuts des énergies renouvelables. Pour favoriser une transition «en douceur», soulignent les auteurs, des changements de comportements à grande échelle sont nécessaires (par exemple, en matière de transport).

Quelles seront les conséquences de tels changements de comportements sur l’économie, et en particulier sur le PIB et la croissance ? Quel rôle les pouvoirs publics devraient-ils jouer dans la stimulation de ces changements ? Il s’agit, concluent les auteurs, de questions qui restent largement ouvertes.

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