Les examens dans l'histoire

En collaboration avec le Service des archives de l'université.

Le temps de la contestation

Dans les années 1960, un autre regard sur les examens se fait jour. Une partie des étudiant·es, tout en continuant à ressentir à chaque session la dimension personnelle de l’épreuve, veulent porter l’attention sur la dimension sociale et collective du système des examens. Pour le dire autrement, ils contestent ce système et en relèvent tous les biais. Les slogans fleurissent : « unifs de classe », « unifs vendues au capital », « formation-formatage », …

À Louvain, dans les années qui suivent 1968, ce regard critique sort des lieux où des groupes réfléchissaient à des alternatives (syndicats étudiants comme le mubef, ci…). Il s’agit d’interpeller tou·tes les étudiant·es. C’est le grand moment des graffitis et des journaux alternatifs.
Une partie des professeur·es et les jeunes assistant·es ne restent pas indifférents. L’AGL est efficace. Les étudiant·es obtiennent en mai 1968 de participer aux réunions de faculté. Sans droit de vote toutefois. Peu à peu, les programmes et surtout les modalités d’examen changent. La création des semestres et de la session de janvier datent de cette époque.

Photo : graffiti sur la sacro-sainte « Grande Bibliothèque » de l’université (Leuven, Place Ladeuze).

Un examen avec Georges Lemaître ? Un plaisir !

Georges Lemaître, notre célèbre astro-physicien presque nobélisé, enseigna jusqu’en 1964. Cinquante ans plus tard, les anecdotes continuent de circuler autour de sa manière toute personnelle de faire passer les examens. On peut y voir le pittoresque d’un grand savant la tête dans les étoiles (Auguste Piccard à l’ULB avait la même réputation), mais l’essentiel réside dans sa grande bienveillance envers les étudiants.

Lemaître enseigne des mathématiques spécialisées aux ingénieur·es et aux étudiant·es en mathématiques et en physique. Ses explications volent très haut, trop haut... mais cela ne doit démoraliser personne. Beaucoup racontent que le cours ne commençait vraiment que lorsqu’un certain chahut montait dans les travées. Lemaître avait chauffé son auditoire : « Êtes-vous malades ? Je n’entends rien... » et autres provocations sympathiques du même genre.

Venait le temps des examens. Les anecdotes redoublent. Elles tournent autour de deux grands thèmes. Le premier est son emploi du temps très libre. Lemaître, homme de convivialité, s’attardait volontiers à table le midi, notamment au « Majestic » où se retrouvaient un cercle de professeurs amis. Rentrant enfin, il prenait conscience que les étudiant·es l’attendaient depuis longtemps et leur attribuait délibérément une note excellente à tous. Le second thème est son ouverture d’esprit. A l’examen, il n’attendait pas qu’on lui restituât ce qu’il avait exposé au cours (largement incompréhensible) et préférait nettement que l’étudiant·e produise un exposé sur un thème qui l’avait personnellement intéressé, même hors matière. Le voilà donc aussi précurseur dans le projet de formation.

Ce « terrifiant » examen oral…

Dans son acception la plus précise, l’examen oral est cette rencontre au cours de laquelle un professeur interroge un·e étudiant·e et reçoit sa réponse. Les archives de l’université regorgent de dessins de journaux étudiants représentent la scène. Le trait du crayon stylise et exagère la situation. Le professeur est terriblement impressionnant, l’étudiant·e se sent rapetisser à vue d’œil.

Où a lieu cet examen oral ? Au bureau du professeur le plus souvent, mais pas seulement. Avant 1968, à Leuven, il était très courant que le professeur (ce n’était pas le cas des professeures) interroge chez lui. L’étudiant·e traversait la ville, s’arrêtait au domicile dit, sonnait, était introduit·e avec toute la solennité nécessaire et, finalement, exposait ce qu’il ou elle savait à propos de la question posée. Tout cela se passait au milieu des objets familiers du professeur, dont de nombreux livres et de petites collections de toute sorte, humbles comme des pipes ou auréolées du prestige de l’histoire. Il n’était pas rare que le chat ou le chien du professeur assistent à l’entretien.


Examen dans un bureau à l’université en 1958. Notez les oreilles rougeoyantes de l’étudiant..

Merci Saint Joseph!

Le saviez-vous ?, jusqu’au début des années 1950, les sessions d’examens étaient de véritables épreuves sportives. Tous les examens auxquels se présentait un·e étudiant·e étaient ramassés en une journée, parfois deux. Les professeurs se répartissaient dans l’auditoire et l’étudiant·e passait de l’un à l’autre, effectuant une sorte de course de haies constituée de quatre ou cinq « colloques singuliers » avec les différents examinateurs. L’épreuve était donc autant physique qu’intellectuelle, et il s’agissait de s’y préparer au mieux.

Certains, pour mettre toutes les chances de leur côté, n’hésitaient pas à faire appel à un soutien céleste. Ils appelaient à la rescousse saint Joseph, qui, bien que n’ayant aucune spécialité à destination des étudiant·es, était réputé bienveillant et secourable envers tous. En contrepartie de l’aide qu’ils lui demandaient, ils faisaient le vœu de placer une plaque de remerciement dans l’église Saint-Antoine, à Louvain. Et, sans regarder à la dépense - le service rendu le valait bien -, ils la faisaient réaliser en marbre. Certains de ces ex-voto (voir illustration) sont encore visibles dans l’église.


« Je bloque au kot »

Bloque, blocus… mais d’où vient donc cette expression on ne peut plus belge ?... Bien sûr, il y a bloquer dans sa mémoire toute la matière (comme dans « bloquer par cœur »). Mais la bloque (aujourd’hui : le blocus) renvoie avant cela à l’arrêt net de tout ce qui avait fait la vie universitaire depuis la rentrée : les soirées, les terrasses, la préparation des revues, toutes les activités qui débordent les auditoires et les salles de travaux pratiques. La vie se bloque, l’étude commence…

Et le kot, cet autre vocable bien de chez nous, comment est-il apparu ? Que l’on rentre ou pas chez soi durant la période de blocus, la chambre où l’on s’oblige à rester devant ses cours devient pour de bon un kot. Les érudits de la Renaissance parlaient noblement de leur studio ou studiolo, dédié à la non moins noble réflexion. Les étudiants belges, au 19e siècle, ont choisi la voie de l’humour et inventé le kot, un terme désormais repris par tous avec le plus grand sérieux. Car un kot, en dehors du monde universitaire, ce n’est rien d’autre qu’un placard à balais, une baraque à frites ou l’enclos des poules au fond du jardin. Des lieux, au fond, pas si propices à la bloque