«Ce sont les comploteurs qui ont inventé la théorie du complot, pour discréditer ceux qui les démasquent»

Communiqué de presse - Publication UCLouvain

En bref :

  • « Ce sont les comploteurs qui ont inventé le terme de “théorie du complot” pour discréditer ceux qui les démasquent » ; « Dû à notre clandestinité, nous ne sommes pas dépistés. Nous sommes les oubliés de ce drame humain »
  • Deux anthropologues UCLouvain ont enquêté sur le terrain et ont ensuite cherché à comprendre les bouleversements vécus durant la pandémie. Leur recherche fait l’objet d’un livre, Dans l’œil de la pandémie. Face à face anthropologique (Academia, 2021)
  • Leur constat ? Il est urgent de tirer les leçons de ce que nous avons vécus, réveil indispensable face aux enjeux environnementaux et à la dégradation des conditions d’existence sur l’ensemble de la planète

Livre : https://www.editions-academia.be/livre-dans_l_oeil_de_la_pandemie_face_a_face_anthropologique_jacinthe_mazzocchetti_pierre_joseph_laurent-9782806106070-70095.html

Contact(s) presse :
Jacinthe Mazzocchetti, professeure d’anthropologie à l’UCLouvain : gsm sur demande, jacinthe.mazzocchetti@uclouvain.be
Pierre-Joseph Laurent, professeur d’anthropologie à l’UCLouvain : gsm sur demande, pierre-joseph.laurent@uclouvain.be

 « A l’heure où tout le monde est forcé à rester chez soi, mes collègues et moi continuons de travailler, deux fois plus que d’habitude, en contact direct avec de potentiels malades … des “employés nécessaires”, payés des miettes » (Louise, travailleuse dans le secteur de la grande distribution, avril 2020).

« Le confinement nous a trouvé déjà confinés par notre statut. On ne sort pas. On a peur de la police. Nous sommes une vingtaine dans une chambre, nous avons perdu notre travail. Dû à notre clandestinité, nous ne sommes pas dépistés, nous ne pouvons pas nous soigner. Nous sommes les oubliés de ce drame humain » (Bintou, jeune femme sans-papiers, mai 2020)

« Je suis fatigué, enfin pas fatigué comme je n’ai pas assez dormi, mais inquiet, un peu déprimé quoi. En fait, ce n’est pas facile le corona quand on est enfant. Déjà, c’est compliqué de faire le tri dans tout ce qu’on nous dit à propos du covid. Et puis, l’école me manque un peu. On est privé de nos activités, de nos proches. C’est dur. » (Théo, 10 ans, mai 2020)

« Ce sont les comploteurs qui ont inventé ces néologismes de “complotiste” de “conspirationniste” ou de “théorie du complot” pour discréditer ceux qui les démasquent, d’ailleurs, le documentaire Hold-up a démasqué leur “plan démie” du Covid-19 dont le but est, entre autres, d’instaurer une dictature mondiale, tout en engraissant la mafia de Bigpharma ! » (Étienne, adepte de Q convaincu, septembre 2020)

Deux anthropologues de l’UCLouvain, Jacinthe Mazzocchetti et Pierre-Joseph Laurent, ont enquêté sur le terrain et ont ensuite cherché à comprendre les bouleversements vécus durant la pandémie et analyser l’après-covid.

La réponse des scientifiques UCLouvain se décline en trois niveaux :

  • L’importance d’ethnographier, tout d’abord, c’est-à-dire littéralement de garder trace de façon précise et systématique de cette période singulière : décrire le quotidien « par le bas », raconter les oublié·es, leur donner la parole afin de tenter de saisir les troubles tout autant que les débrouilles et les résiliences. Les anthropologues se sont en particulier intéressés à la transformation des relations sociales au travers des mises à distance que ce sont les masques et les écrans, à l’accroissement des inégalités ainsi qu’aux effets de sidération et de colère avec pour conséquences notables l’exacerbation des sentiments de défiance et le basculement vers le complotisme.
     
  • L’anthropologie, c’est aussi comparer à partir d’études de cas fouillées, trianguler pour saisir la complexité et en ce cas précis, aller au-delà des chiffres pour saisir le poids des contextes et des représentations sociales dans les arbitrages réalisés en chaque pays entre santé et économie.
     
  • Enfin, l’idée est aussi de réinscrire la pandémie et sa gestion dans une analyse sociétale critique. Chaque période de crise est porteuse de mutations, de changements. Tenter de les repérer, c’est se donner les moyens de ressentir les lignes de force du monde en devenir.

Ainsi, l’ouvrage, en plus de proposer une photographie complexe de nos vécus, présente une réflexion sur les potentiels scénarios de sortie de crise, avec cette conscience qu’elle n’est probablement que le sommet de l’iceberg des catastrophes à venir en lien avec les changements climatiques et la montée des inégalités. 

Publié le 30 juin 2021