Développer l’empathie et la créativité

Frédéric Clotman est professeur à la Faculté de pharmacie et des sciences biomédicales, et à l’Institute of neuroscience (IoNS). Il est membre du Conseil d’administration d’Arte-Fac qui veut stimuler la culture sur le site de l’UCLouvain Bruxelles Woluwe et soutenir les projets étudiants.

En quoi la culture est-elle importante au sein du Secteur des sciences de la santé de l’UCLouvain ?

FC La culture est indispensable à la vie, et donc dans tout processus de formation. Dans les différentes disciplines enseignées à Woluwe —médecine, dentisterie, pharmacie, sciences biomédicales, santé publique— les étudiant·es sont appelé·es à développer des compétences que la culture est à même de faire grandir : l’empathie et la créativité. D’autre part, certains des cours demandent un investissement important en temps et en énergie, et la culture permet de retrouver un équilibre, de construire du sens…

Quelle place occupe la culture sur le campus de Woluwe ?

FC Le Secteur des sciences de la santé (SSS) a toujours donné une place importante à la culture. Nous avons le Musée Couvreur et une exposition extérieure permanente —le Jardin des sculptures—, ainsi qu’une asbl dédiée à l’animation culturelle du site, ArteFac, plus ancienne qu’UCLouvain Culture, avec laquelle elle collabore de plus en plus étroitement, tout comme avec les acteurs culturels des autres sites. Arte-Fac soutient toutes les initiatives culturelles au sens large (expositions, évènements, ateliers, …), en dialogue notamment avec Wolubilis.

Quels sont les liens entre formation et culture au sein du SSS ?

FC Les étudiant·es en médecine ont la possibilité de suivre le cours en deux parties, « Culture(s), création et pratique médicale », qui met en perspective certaines expressions culturelles et les pratiques médicales. Ensuite, les étudiant·es sont invité·es à une démarche créative, individuelle ou collective, qui questionne leur projet de formation ou leur expérience de la médecine et de sa pratique. À ma connaissance, c’est le seul lien explicite qui existe.

Comment les enseignant·es perçoiventelles·ils l’importance de la culture?

FC Je pense qu’au-delà de l’intérêt qu’elles·ils peuvent porter à la culture, les enseignant·es du secteur perçoivent peu l’intérêt qu’elle pourrait représenter dans les formations. A leur décharge, ces liens sont, dans notre environnement professionnel, peu explicites et les programmes de formation tellement chargés que les enjeux semblent disproportionnés.

En quoi la culture peut-elle offrir une dimension importante dans la formation des futurs médecins ?

FC Des études montrent que les capacités d’empathie des étudiant·es en médecine ont tendance à diminuer au cours de leur formation. De façon similaire, les chercheur·euses les plus intéressant·es sont créatif·tives, capables de poser des questions d’une façon différente, ce qui enrichit le champ de recherche. Cependant, les cursus qui forment ces futur·es chercheur·euses ne développent pour ainsi dire pas du tout cette créativité, cette capacité à penser « hors du cadre ». C’est un sacré défi de vouloir introduire de la culture dans les études de médecine, mais le jeu en vaut la chandelle.

Propos recueillis par Dominique Hoebeke