Pietro Pizzuti artiste en résidence 2005-2006

CULTURE

 

La résidence de Pietro Pizzuti à l'UCL a offert un kaléidoscope de rencontres où créativité, réflexion et sens humain se sont côtoyés et enrichis mutuellement. Rencontre.

Pietro Pizzuti : « Il me semble qu'une plus grande complicité relie les étudiants au corps professoral. L'étudiant est accueilli comme un adulte, dans un esprit de liberté. »

L'accueil d'artistes en résidence à l'UCL est un projet récent. Cette expérience vous a plu ? 

Je n'ai pas la moindre critique ! J'ai été si bien accueilli et l'équipe qui accompagnait cette résidence a été très attentive et efficace. La confiance que l'université m'a accordée m'a permis d'innover. Pour l'artiste, c'est une expérience vraiment fondatrice. Je n'ai qu'un seul commentaire : continuez, c'est fantastique !

Comment voyez-vous le lien entre l'art et le monde académique ? 

Depuis que l'université existe, cette rencontre entre l'invention et la recherche, notamment sur le plan artistique, a toujours eu lieu. Les écoles d'art sont liées à l'université. L'art est par excellence une expérience qui se communique et l'université donne ses lettres de noblesse à cette transmission du savoir, par la légitimité de son enseignement. C'est un avenir extraordinaire pour l'art d'y entrer comme une discipline à part entière. Les conservatoires sont maintenant devenus des institutions à niveau universitaire. Peut-être l'université sera-t-elle un jour une structure unique réunissant les branches les plus diverses dont l'art.

Vous avez bâti votre séminaire sur le thème de l'équité. La conception que vous en avez a-t-elle évolué suite à votre réflexion avec les étudiants ? 

J'ai senti que j'avais rejoint l'objectif initial parce que la conception assez générique que j'avais de l'équité est devenue concrète. Bien entendu, je l'avais déjà ancrée dans certaines réflexions mais l'expérience avec les étudiants a été très enrichissante : ce thème a rebondi de l'un à l'autre et s'est nourri de l'écho intime qu'il rencontrait en chacun d'eux.

 

 

 

 

DES RAPPORTS PLUS SIMPLES

 

 

 

 

Comment voyez-vous l'évolution des mentalités à l'UCL depuis que vous y avez étudié à la fin des années 70 ?

Il me semble qu'une plus grande complicité relie les étudiants au corps professoral. Des barrières sont tombées et la hiérarchie se fait moins ressentir. Les professeurs font confiance à l'étudiant et l'investissent d'une responsabilité par rapport à ses compétences et à ses devoirs. Les rapports sont plus simples, moins teintés d'hypocrisie et de formalisme. L'étudiant est accueilli comme un adulte, dans un esprit de liberté.

Malheureusement, si le corps professoral a fait un grand pas vers l'étudiant, l'inverse n'est pas nécessairement vrai. Sans doute parce que la confiance des professeurs est acquise et que les étudiants ne doivent plus la mériter. Je n'ai plus senti l'émulation qui nous poussait àêtre dignes de cette gratification. Je me suis parfois demandé si les étudiants n'étaient pas un peu gâtés.

Ce qui est extrêmement positif, c'est qu'ils expriment leurs opinions. Nous avions également un esprit critique mais nous étions plus introvertis en raison du formalisme ambiant. Par ailleurs, les technologies ont fort évolué et les étudiants les contrôlent au moins autant que les professeurs, ce qui a aussi des conséquences importantes. C'est la génération « Harry Potter » !

Finalement, qu'est-ce qui vous semble le plus important de transmettre à un élève ? 

L'humilité d'apprendre. Que l'on soit professeur ou étudiant, nous apprenons tous. C'est la vraie leçon. Cette humilité naît de la curiosité et du désir d'apprendre. Lorsqu'on éprouve ce sentiment, l'étude ne pèse plus. Au contraire, elle devient nourriture. C'est dans cette curiosité et cette joie que se produit la rencontre entre l'étudiant et le professeur.

Les artistes en résidence, une expérience à poursuivre ? 

Sans aucune doute ! Tant l'appréciation des étudiants que la mienne justifie de la poursuivre. Elle fournit une nourriture intellectuelle et morale de premier plan. Non seulement c'est une expérience humaine pleine de contrastes, fruit de la rencontre des couleurs de l'artiste et du monde universitaire, mais elle aménage aussi un espace de liberté propice à la découverte et à la recherche. Propos recueillis par Axelle Thiry