Coronalert : l'appli récompensée

Expert en cybersécurité, Axel Legay est l’un des concepteurs de l’application de traçage numérique Coronalert. Destinée à freiner la propagation du coronavirus, celle-ci permet une détection rapide et anonyme des contacts à haut risque. Le projet a reçu le prestigieux Prix Agoria e-gov Awards. Une récompense pour toute une équipe, insiste le professeur à l'Ecole polytechnique de l'UCLouvain.

Aujourd’hui, 2 200 000 belges ont téléchargé l’application de suivi de contact  Coronalert sur leur smartphone, ce qui place notre pays parmi les bons élèves en Europe. Comment fonctionne le dispositif lancé le 30 septembre 2020 ? Une fois téléchargée sur votre téléphone portable, l’application permet de vous alerter si vous avez été en relation avec une personne positive au Covid-19. Via le Bluetooth, le système identifie de façon anonyme toutes les personnes qui sont autour de vous à moins d’un mètre cinquante pendant plus de quinze minutes. Les numéros générés s’échangent entre les téléphones des contacts à haut risque. Si un individu est malade, il aura la possibilité d’avertir les identifiants de son gsm qu’il a rencontrés au cours des 14 derniers jours. Un procédé sécurisé et fiable selon Axel Legay, chercheur au sein de L’Institute for Information and Communication Technologies, Elctronics and Applied Mathematics (ICTEAM).

Anonymat garanti

Quid de la protection des données personnelles et du respect de la vie privée ? L’expert a veillé à la sécurité du dispositif. « Le protocole de chiffrement DP-3T mis au point par un consortium européen permet un anonymat complet. L’application ne demande ni votre nom, prénom, numéro de téléphone ou votre localisation, explique Axel Legay, elle va simplement générer automatiquement des numéros aléatoires depuis votre téléphone via les interfaces Google et Apple. Ces identifiants anonymisés sont changés tous les quarts d’heure ». Pour lier l’application aux résultats des tests, Coronalert est intégrée dans le système des soins de santé belge Sciensano. Pas de crainte non plus de ce côté-là ? « Nous ne touchons pas à la base de données de l’institut. Le résultat du test est associé à un numéro anonyme de 17 chiffres, nous n’avons accès à aucune donnée personnelle ». En ce qui concerne la sécurité des serveurs par rapport aux éventuels vols d’informations, piratages ou autres attaques, le spécialiste en soft engineering est formel : « nous avons effectué de nombreux tests pour s’assurer que notre système réagissait bien. Tous les rapports ont été rendus publics. Dans le procédé, tout est open source, rien n’est caché ».

Un projet 100 % belge

Le système peut-il être amélioré ? « Coronalert fonctionne bien mais demande des mises au point régulières en fonction de l’évolution des règles décidées par le comité de concertation. Par exemple, le temps nécessaire à Google et Apple pour mettre à jour une application est de sept jours en moyenne. Nous avons parfois dû imaginer des mécanismes plus dynamiques pour modifier les textes de l’application sans en recréer une nouvelle, question d’être opérationnels rapidement ». Pour s’adapter au mieux, Axel Legay a pu compter sur la collaboration de toute une équipe et notamment de son homologue de la KULeuven Bart Preneel qui a participé au développement du DP-3T. « Coronalert utilise des protocoles européens, mais sa conception est 100% belge, je tiens à le souligner. Les scientifiques universitaires, les politique, les juristes, les informaticiens, les médecins et les entreprises qui nous ont aidés à produire l’application (Devside) et à garantir sa sécurité via un audit externe (Nviso), nous avons tous travaillé main dans la main. Il y avait une réelle volonté de tous les acteurs issus d’horizons très différents d’agir ensemble pour arriver à un résultat performant ». Tous les chercheurs de l’équipe d’Axel Legay étaient également sur le pont pour répondre aux multiples sollicitations. « C’est moi qu’on est venu chercher en Wallonie parce que j’avais l’habitude de gérer de gros projet scientifiques et que j’avais une expérience du milieu politique puisque j’étais expert au numérique pour le ministre Marcourt. Mais derrière moi, de nombreux collaborateurs se sont mobilisés pour mener à bien ce projet ».

L’application Coronalert a remporté la 17ème édition des « e-gov awards » organisés par la fédération de l'industrie technologique Agoria le 4 décembre dernier. Ce prix honore les gouvernements qui ont recours aux initiatives numériques pour améliorer leurs services à la population et aux entreprises. Le projet a été primé notamment pour sa rentabilité, son innovation et sa collaboration. Une belle récompense pour Axel Legay qui s’attèle aujourd’hui à l’interconnexion des applications au niveau européen. Son souhait à l’heure actuelle ? « Que les belges continuent à télécharger Coronalert et surtout à l’utiliser! Les citoyen·nes peuvent avoir confiance, toutes les garanties de sécurité sont là. Cette application n’est pas le seul outil pour combattre la pandémie mais il est un bon complément au suivi de contacts manuel. L’appli est sûr, gratuite et elle vous protège. Ce serait dommage de s’en passer ».

Publié le 12 janvier 2021