La Charte Facultaire

Bruxelles Saint-Gilles, Louvain-La-Neuve, Tournai

La faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme (LOCI) a été créée lors de l’année académique 2009-2010, sur le site de Louvain-la-Neuve, pour organiser la formation des grades de bachelier et master ingénieur civil architecte et de master complémentaire en urbanisme et aménagement du territoire. En juillet 2010, elle a intégré la formation des grades de bachelier et master architecte, organisés jusqu’à cette date par les Instituts Supérieurs d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles et de Wallonie-Tournai. Ainsi, dès la rentrée académique 2010-2011, la faculté LOCI fut instituée pour développer et articuler l’enseignement et la recherche dans les domaines de l’architecture, de l’ingénierie architecturale, de l’urbanisme, du développement territorial, cela sur les trois sites de Bruxelles, de Louvain-la-Neuve et de Tournai.

Prenant appui sur les actions et réflexions menées en son sein depuis sa création, la faculté LOCI s’est dotée au mois de février 2015 d’un corps de références et de positions qui sont rassemblées en la charte présentée ci-dessous.

Le sens des mots pour bien s’entendre

L'architecture désigne trois réalités distinctes et néanmoins complémentaires :

  • les dispositifs matériels (les artefacts) qui permettent l'habitation des personnes et des collectivités (de l'édifice au paysage),
  • la discipline qui analyse, prend en considération et projette, avec méthode, ces dispositifs matériels,
  • l’exercice professionnel de cette discipline, balisé par les ordres des architectes, en interaction avec des acteurs institutionnels, privés, industriels.

L’ingénierie architecturale est un sous-ensemble du domaine de l’architecture : elle se concentre de manière approfondie sur les conditions scientifiques et techniques de la construction de l’habitation.

L’urbanisme articule l’ensemble des sciences, des techniques, des procédures légales, administratives, participatives qui ont pour objectif l’établissement ordonné des séjours, des actions, des productions, des mouvements humains sur les territoires. La question est ouverte de savoir si l’urbanisme constitue une discipline ou relève de la multi- ou de l’interdisciplinarité, dans la mesure où il mobilise plusieurs champs théoriques et pratiques qui possèdent des sources indépendantes.

L’architecture et l’urbanisme entretiennent des liens privilégiés puisqu’ils visent l’un comme l’autre l’habitation des personnes et des collectivités ainsi que leurs activités. Ils s’impliquent réciproquement sans se superposer.

Les domaines de la faculté

La faculté LOCI a pour domaines d’études et de recherches l’habitation en son sens le plus large qui comprend l’habitat et l’habiter.

L’habitat correspond à la structuration des dispositifs matériels qui supportent et permettent le « bien vivre ensemble » des collectivités et des personnes, ceci à toutes les échelles architecturales et territoriales où elles séjournent et se déplacent.

L’habiter concerne les pratiques et les représentations, sociales comme individuelles, qui produisent ou reçoivent des effets en lien avec les dispositifs architecturaux et/ou territoriaux.

L’habitat et l‘habiter constituent les deux faces d’une même réalité d’hominisation. Cette double dimension déplace, sans les congédier, les références à l’alliance des arts, des sciences et des techniques fréquemment évoquée quand il s’agit de décrire l’architecture. Placée en tête des domaines de la faculté LOCI, cette double dimension constitue une prise de position sociale, politique et culturelle qui implique des conséquences et des applications formelles, constructives et symboliques.

L’engagement de la faculté est de placer en premier l’ordonnancement du « bien vivre ensemble »

Les responsabilités de la faculté

L’université construit et transmet des connaissances et des savoir-faire. Les domaines de notre faculté saisissent l’habitation d’un monde habitable. Nos actions ne peuvent, dès lors, s’en tenir « au monde comme il va » pour simplement l’accompagner. Si nos disciplines se mobilisent, au premier chef, pour mesurer leurs propres effets sociétaux, c’est à la condition d’un recul à l’égard des pressions du court terme et de l’exercice de rapports de force inéquitables, pour y agir, les réduire, les transformer. Il s’agit là de postures éthique et politique qui s’imposent envers l’habitat et l’habiter en tant qu’ils relèvent du bien commun. Ces postures impliquent une responsabilité publique de la faculté qui se concrétise dans ses activités de recherche fondamentale et appliquée, dans les formations qu’elle transmet, dans les actions sociales et culturelles où elle s’engage.

L’engagement de la faculté est de produire des connaissances et des savoir-faire en simultanéité avec une veille éthique et politique, avec une exigence de diagnostics et de propositions adressés aux collectivités civiles et aux instances politiques

Les disciplines et les métiers

La maturation des disciplines et les exercices professionnels sont distincts et complémentaires.

Les disciplines nourrissent, d’une part, les enjeux fondamentaux de l’habitat et de l’habiter, dans un espace de réflexion et de conception.

Les métiers, d’autre part, exercent les attitudes, les compétences et les savoirs disciplinaires dans des situations sociales et économiques concrètes, où les contingences règnent.

Si une discipline peut s'acquérir et se développer hors métier (c'est le cas à l’université), l'exercice des professions, sans ossature disciplinaire, s'avère le plus souvent livré à l’influence des pressions exogènes.

Au cours du processus de formation disciplinaire, la dimension métiers fait l'objet d'une préparation (via une saisie cognitive) et d’une expérimentation partielle (via des enseignements y dédiés et par les stages). La formation à l’exercice professionnel est complétée lors du stage organisé après l’acquisition du diplôme.

L’exercice de la profession est régi par l’Ordre des Architectes. Au cours de cet exercice professionnel, les compétences disciplinaires qui ont été acquises, si elles demeurent avivées, soutiennent la réflexivité, l'inventivité, la prise de position - susceptibles de transformer les aléas de la contingence.

L’engagement de la faculté est d’être en capacité de veiller à l’efficacité des articulations entre les disciplines et les métiers, ceci en interaction avec les acteurs de la production architecturale et territoriale, qu’ils soient politiques, administratifs, entrepreneuriaux, professionnels

L’enseignement, la recherche, la pratique : adossements et croisements

Concernant l’habitat et l’habiter à leurs diverses échelles, la faculté veille à un double croisement et adossement : à la recherche fondamentale et appliquée, d’une part, à la pratique du projet de terrain, par ailleurs.

L’enseignement se décline en trois formations organisées (architecte, ingénieur architecte, urbaniste) qui, chacune, veillent, d’une part, à l’appropriation des domaines disciplinaires généraux de la faculté, et, d’autre part, spécifient certaines de ses dimensions fondamentales.

La recherche se déploie tant sur le versant des conditions physiques (sciences exactes, techniques, matérialité des dispositifs édifiés), sur le versant des conditions culturelles (sciences humaines, valeurs d’usage et formelles des dispositifs habités) et patrimoniales, que sur le versant de la théorie et de la pratique du projet (analyse et projétation par le dessin, méthodes de composition).

L’exigence de veille éthique et politique, énoncée plus haut, conduit à croiser les enseignements et les recherches approfondies avec la situation contemporaine. Des notions comme celles de métropolisation, de ville diffuse, de soutenabilité, d’habitat approprié à un « vivre ensemble » qui change et s’invente, entre autres, forment autant de chantiers où l’université a la responsabilité de permettre la compréhension et l’action.

L’engagement de la faculté est d’associer la recherche fondamentale et appliquée à la définition des enjeux sociétaux qui trament notre temps, sans transiger sur l’exigence profonde que chacun d’eux réclame

L’enseignement, la recherche, les services : légitimité et reconnaissance

Les activités d’enseignement et de recherche, les services aux collectivités, se fécondent réciproquement. L’essor, les acquis et les effets de la recherche dans les domaines de la faculté sont trop peu reconnus, en général, en Belgique, particulièrement en Belgique francophone. Un simple examen des financements publics ou privés consacrés à la recherche en architecture et en urbanisme le met en évidence. Les dispositifs de recherche se doivent d’être consolidés et multipliés. Ceci suppose les reconnaissances adéquates, aux niveaux régionaux, nationaux et internationaux, par les instances politiques, par la société civile, par le monde académique - reconnaissances aujourd’hui déficitaires, selon les deux domaines de référence : l’habitat et l’habiter.

L’engagement de la faculté est de mobiliser ses efforts, avec ses partenaires belges et internationaux, pour que les enjeux dont elle est porteuse soient reconnus scientifiquement et soutenus éthiquement, comme matériellement, par les acteurs politiques, sociaux et culturels