Le soldat de la paix

L'infatigable soldat de la paix

    

Sans s’accorder une seule minute de répit, le capitaine Mbaye Diagne va poursuivre ses opérations solitaires. La nuit, il part ; le matin, de nouveaux réfugiés sont retrouvés au stade Amahoro, alors protégé par les forces de l’ONU. Un jour, le capitaine se trouve à la tête d’un convoi qui part de l’Hôtel des Mille Collines jusqu’à l’aéroport de Kigali.

Quelques centaines de mètres plus loin, les véhicules sont malheureusement arrêtés par une foule de miliciens, avertis par la Radio Télévision Libre des Mille Collines1 du départ du convoi. Le capitaine Diagne s’interpose alors entre les camions et les miliciens, en agitant ses bras en l’air. Les miliciens commencent à traîner des gens hors des véhicules. Mbaye hurle : « Vous ne pouvez pas tuer ces gens, ils sont sous ma responsabilité. Je ne vous permets pas de leur faire du mal, il faudra me tuer d’abord ». Mbaye et d’autres casques bleus sénégalais vont parvenir à dissuader les miliciens de tuer, mais ces derniers trop nombreux, il faut faire demi-tour.

De retour à l’Hôtel, Mbaye va voir Odette, une doctoresse qui se trouvait à bord du convoi et qui administre les premiers soins à ceux qui ont été blessés lors de l’attaque. Elle se souvient : « Il semblait atterré. Il disait « Ils ont failli vous tuer, ils le voulaient vraiment cette fois-ci ». Il avait les larmes aux yeux et semblait bien plus inquiet pour nous qu’il ne l’était pour lui-même »2.

Les jours passent, les corps s’accumulent le long des routes de Kigali, mais le capitaine Diagne persévère et tente, avec le peu de moyens dont il dispose, de sauver ceux que la communauté internationale laisse livrés à eux-mêmes. Il n'écoute que son sens de l'humain. En effet, l’attitude des Occidentaux et le manque de coordination face au génocide choque le soldat sénégalais.

Les troupes françaises, belges ou italiennes organisent des opérations de sauvetage, mais seuls leurs ressortissants sont emmenés. Un jour, Ancille, une Rwandaise travaillant pour une organisation non-gouvernementale allemande, demande à être inscrite sur la liste d’un convoi d’évacuation prêt à partir. Apprenant que les Rwandais en sont exclus, elle éclate en sanglots quand Mbaye Diagne s’approche d’elle. Il a du mal à y croire lorsque la jeune femme lui raconte qu’il s’agit uniquement d’une évacuation d’Européens, par des soldats européens. Incapable de l’abandonner ainsi, le soldat conduit Ancille à l’Hôtel des Mille Collines et la cache dans sa chambre. Comme tant d’autres, Mbaye l’a sauvée.