Lancement Série Bukavu - 3 mars 2020

Elles et ils sont universitaires, qualifiés, expérimentés, motivés. Inlassablement, ils collectent sur le terrain d'inestimables données, dans des conditions jamais faciles et parfois très risquées, par exemple dans des zones de conflit armé. Leur travail n’est pas toujours une partie de plaisir. Et pourtant, leurs voix sont inaudibles, leurs visages invisibles, leurs noms inexistants dans les publications de recherche.

Ce sont les chercheurs vivant et travaillant dans le Sud global, ces « assistants de recherche du Sud », ceux sur qui s'élabore une véritable pyramide, pour ne pas dire un business du savoir scientifique. Et pourtant, ils sont tenus à l'écart de la conception des projets, des modalités de leur financement, et des résultats de recherche qui se publient loin d'eux, dans des revues auxquelles le plus souvent ils n'ont même pas accès. En vertu d'une certaine omerta sur leurs conditions de travail, les rapports de pouvoir, difficultés financières, traumatismes psychologiques, vulnérabilité liée au genre. En vertu, aussi, si l'on ose dire, d'une vision paternaliste de la recherche qui reste largement tributaire d'une mentalité coloniale, dans le chef des chercheurs et des commanditaires de tout bord: institutions, universités, fondations, gouvernements, ONG.

La « Série Bukavu » est un blog vivant, animé en grande partie par ces voix silencieuses, ces visages qui sortent de l'ombre pour nous montrer une mosaïque de recherche de terrain, entre humour et réalisme. Ce livre en offre un instantané exceptionnel, pour informer à propos d'un phénomène faiblement abordé, pour susciter un large débat et pour aboutir à des réformes concrètes. Vers une décolonisation de la recherche ?