Allocution de Madame Anne Querinjean, Directrice du Musée L

Louvain-La-Neuve

Bienvenue à toutes et tous,
Cher Vice-Recteur du Secteur des sciences humaines,
Cher Prorecteur à la recherche,
Cher Président d’INCAL, cher Marco,
Chers collègues, chères collaboratrices et collaborateurs,
Chers étudiants et étudiantes,
Chers amies et amis,
Chers visiteurs,

Je vous souhaite la bienvenue, vous êtes ici chez vous, c’est votre musée : la maison de votre Université. Je vous prie d’excuser les personnes qui nous ont soutenus dans ce projet et qui n’ont pas pu se libérer pour ce vernissage :

  • S.E. Madame Elena Basile, Ambassadeur de la République italienne ;
  • Madame Catherine Fonck, Députée fédérale ;
  • Mesdames Alda Greoli et Marie-Martine Schyns, ainsi que Monsieur Jean-Claude Marcourt, Ministres de la Fédération Wallonie-Bruxelles ;
  • Madame Natacha Massart, Conservatrice du Musée Art et Histoire ;
  • Le Professeur Didier Viviers, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique ;
  • Le Professeur Vincent Blondel, Recteur de l’Université.

Cette nouvelle exposition singulière qui célèbre les 500 ans du Collège des Trois Langues est sous-tendue par une question qui nous préoccupe toutes et tous. Elle s’invite dans mes nuits et est une ligne de référence dans mon travail comme directrice d’un Musée ouvert au XXIe s. : un humanisme est à réinventer ! Si cette exposition est intimiste, elle est en fait très grande par le propos qu’elle soutient et par les objets magnifiques choisis pour leur beauté intrinsèque et leur message. Le sujet et son contenu dense, étayé, pédagogique, construit avec finesse par le professeur Charles Doyen, commissaire de l’exposition, nous interpelle dans notre contemporanéité. Les objets sélectionnés, certains prêtés, développent par un autre langage le propos.

Cette exposition est grande également par la diversité et la richesse des collaborations intra- et extra-universitaires, qui révèlent des liens et des connivences intellectuelles fécondes :

  • Nuccio Ordine, pour sa belle conférence faisant l’éloge de l’inutile, en plein accord avec notre exposition ;
  • Philippe Brunet et Alain Michon, pour l’enregistrement des 52 premiers vers de l’Iliade en français et en grec ancien ;
  • Luca Giacomoni et Jehanne Paternostre pour leur contribution active à la section de l’exposition consacrée à l’humanisme ;
  • Cédrick Fairon et Marco Cavalieri pour leur soutien institutionnel sans faille ;
  • Françoise Hiraux et Aurore François (Archives de l’Université) ;
  • Emmanuelle Druart et Quentin Moors qui ont assuré une muséographie dialoguée et une scénographie sobre et épurée veillant à l’accessibilité de tous les publics ;
  • Françoise Goethals et Julien Bayot, pour leur travail éditorial et graphique ;
  • Sylvie De Dryver pour la communication autour de l’exposition, qui vise à toucher les publics les plus larges, les plus concernés par ce sujet, je pense notamment aux professeurs de latin et de grec et à leurs élèves du secondaire ;
  • Toute l’équipe du Musée L ;
  • Les membres de la Commission de programme en Langues et littératures anciennes, tout particulièrement Charles Doyen, Lambert Isebaert, Herman Seldeslachts et Anne-Marie Doyen ;
  • Frédéric Blondeau et Aline Aulit (UCLouvain Culture) ;
  • Jan Papy et Marleen Reynders (KU Leuven), pour la visite virtuelle du Collège des Trois Langues ;
  • Philippe Fleury (Université de Caen Normandie), pour la maquette virtuelle de Rome ;
  • Émilie Vilcot (Réserve précieuse), pour les livres anciens exposés ;
  • Natacha Massart (Musée Art et Histoire), pour les vases attiques à figures noires et rouges.

Cette exposition porte en elle une grande confiance et une belle espérance. La révolution numérique et l’émergence des réseaux sociaux provoquent, à l’instar de l’invention de l’imprimerie, une modification radicale de la diffusion des connaissances et de notre rapport au savoir. Les progrès de notre connaissance, que ce soit de l’infiniment petit à l’infiniment grand, sont considérables. Toutes ces métamorphoses transforment notre représentation du Monde et de l’Homme. Le propos de l’exposition permet d’éprouver que chaque société humaine, à chaque génération nouvelle, a la responsabilité de trouver des voies justes et éclairées pour affronter une mutation qui nous bouleverse. Nous avons autant de raison d’espérer que de nous perdre.

Cette exposition rend visible le travail des chercheurs universitaires qui, en travaillant sur des textes anciens, éclairent notre contemporanéité et dessinent des pistes possibles pour muter en sortant de la peur, des discours clivants et donc des violences qu’ils engendrent. Les universitaires ont ce rôle à jouer, ils ont des outils — citons les bibliothèques et les musées — qui permettent la transmission des savoirs et deviennent alors des caisses de résonance contemporaines.

Cet usage se situe bien dans la logique de la philosophie herméneutique. La fréquentation du musée est conçue alors comme une médiation indispensable pour permettre une conscience de soi dans le monde. 

Paul Ricœur insiste sur le rôle que jouent toutes les formes d’expression culturelle — notamment les textes — pour permettre la définition de soi : « Nous ne nous comprenons que par le grand détour des signes d’humanité déposés dans les œuvres de culture » (Du texte à l'action. Essais d'herméneutique II, Paris, 1996², p. 130). Il poursuit : « Le sujet […] ne se connaît pas lui-même directement, mais seulement à travers les signes déposés dans sa mémoire et son imaginaire par les grandes cultures. » (Réflexion faite. Autobiographie intellectuelle, Paris, 1995, p. 30).

Puissiez-vous, chers visiteurs, ressentir ces messages qui soulèvent une grande espérance pour faire advenir une mutation humaniste en ce début du XXIe s.