Histoire contemporaine et Monde africain

Louvain-La-Neuve

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Illustration : Clément Vandenberghe (Musée L) et des étudiant.e.s du séminaire de master LHIST 2560 Séminaire d’histoire : l’Outre-mer et ses relations avec l’Europe

Dans le cadre du séminaire LHIST 2560 Séminaire d’histoire : l’Outre-mer et ses relations avec l’Europe, de la CP Histoire, dispensé par la Professeure Anne-Sophie Gijs, les étudiants sont amenés à conduire un travail de fond sur des archives, selon une problématique commune définie en amont.

Dans le cadre du L2020 et de son volet dédié à la formation de nos étudiants, et dans la volonté de valoriser la collection africaine du Musée L, nous avons discuté avec AS Gijs de la possibilité de faire travailler les étudiants sur le lien qu’il peut y avoir entre les objets de la collection africaine et les archives disponibles sur ce sujet : acquisitions, contexte historique de la colonisation belge en Afrique. Plusieurs idées ont émergé, notamment celle de faire le lien entre l’histoire d’un objet et l’histoire d’un missionnaire, via les archives disponibles. Brièvement, pour une partie des œuvres et objets africains du Musée L, la congrégation missionnaire associée, le nom de la mission, la région de provenance, le peuple concerné, sont connues. Les objets ont été amenés en Belgique à partir de 1909, date à laquelle la création d’un musée ethnographique fut mise en route par E. De Jonghe et d’autres académiques de l’université de Louvain. La plupart des objets conservés au Musée L dont les anciens propriétaires missionnaires sont identifiés sont les Pères de Scheut (50 objets), via notamment l’intermédiaire de Léo Bittremieux, et les Pères Blancs (30 objets).

Un premier inventaire des archives conservées à l’UCLouvain et à la KULeuven mais surtout au KADOC ont permis d’investiguer préliminairement quelques questions principales. Quelles sont les objets dont nous pouvons définir la provenance missionnaire ? Quelle est la documentation disponible sur les objets et les missionnaires ? Les archives présentent-elles un lien direct avec les objets du musée (documents d’achat, de provenance, études ethnographiques) ? Les archives donnent-elles des informations sur les peuples à qui appartenaient ces objets, les relations entre ces peuples et les missionnaires et officiels belges ? Les archives contiennent-elles des informations sur la/les fonction(s) attribuée(s) à ces objets par les peuples qui en sont à l’origine ? mais aussi des informations sur les raisons de l’acquisition et du transfert de ces objets pour et vers la Belgique (formations et travaux ethnographiques en vue d’une carrière au Congo, élaboration de cette formation) ?

Il s’est avéré que les sources étaient numériquement très importantes et diversifiées : rapports et notes des officiels coloniaux et des missionnaires, lettres des officiels coloniaux et des missionnaires à E. De Jonghe avec des informations ethnographiques, revues scientifiques dont les articles sont dédiés à l’étude du Congo d’un point de vue ethnographique, cartes ethnographiques, dossiers photographiques avec des photos ethnographiques, documents appartenant à E. De Jonghe reprenant une liste générale d’objets africains et le prix payé pour chacun, etc.

Le séminaire a débuté en septembre 2019 et s’est poursuivi jusqu’en février 2020. Les étudiant.e.s ont pu se concentrer sur trois thématiques spécifiques, alliant un peuple à une région, une congrégation missionnaire et un sujet :

  • Les Luba du Kasai et du Katanga, les Pères Blancs, et la place de la femme et la symbolique féminine dans les pratiques sociales et culturelles

  • Les Yombe du Bas-Congo, les Scheutistes, et les fétiches, les maternités phemba et l’importance de la matrilinéarité

  • Les Kuba, Yaka, Pende et Tshokwe au Kasai et Kwango, les Pères Blancs et les Jésuites, et les masques de communication avec les morts, la représentation des ancêtres et les rites initiatiques.

Outre l’analyse de ces thématiques, le séminaire comportait une dimension plus transversale et argumentative, amenant les étudiant.e.s à réfléchir sur les enjeux de la conservation, de l’exposition et de la « possession » de ces objets africains en Europe. Les étudiants ont assisté à cette occasion au colloque TAPAS organisé autour de ces questions en décembre 2020.

La tenue de ce séminaire intervient dans une actualité sensible en matière d'histoire coloniale et d'enjeux éthiques et politiques, notamment suite à la publication du rapport de l'ONU suggérant des excuses de la part de l'Etat belge pour son passé colonial. D’une part, ce séminaire et le dépouillement progressif de ces archives ont permis aux étudiant.e.s de développer une analyse fine de ces documents, très certainement empreinte de remises en questions constantes, vu la complexité du sujet, la nécessité d’une approche critique des mentalités de l’époque, et la multitude des points de vue que ces sources expriment ou évoquent. D’autre part, il sera possible d’envisager la communication des résultats de ces travaux, dans une volonté de diffuser la recherche en histoire et d’appuyer le rôle social de l’historien qui, par son travail éclairé, permet de nourrir et nuancer les débats les plus épineux, a fortiori dans ce cas particulier où la raison et l’émotion en sont toutes deux parties prenantes. Le contenu de ces travaux pourrait en effet faire l’objet d’un autre séminaire en histoire, LHIST2420, Médiation culturelle des savoirs en histoire, dispensé par la Prof. Geneviève Warland.

Enfin, les résultats de recherches des étudiant.e.s seront prochainement intégrés dans la documentation générale liée à la collection africaine du musée et en particulier aux objets africains étudiés lors du séminaire. Il ne fait aucun doute que ces recherches permettront au musée de consolider les informations liées au contexte de ses collections et de poursuivre une meilleure diffusion les concernant.

Professeure : Anne-Sophie Gijs, ESPO/EURO + IACS, Professeure au sein de l’École interfacultaire en études européennes (ESPO/EURO) et chercheuse au sein de l’Institute for the Analysis of Change in Contemporary and Historical Societies (IACS)