Communication précoce

Louvain-La-Neuve

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Concepts

Sur base des conceptualisations à propos de la Genèse des processus communicatifs (dont celles de Trevarthen, 1977, 1979, Butherworth et al., 1980, 1990…), des travaux empiriques ont étudiés chez le jeune enfant

  • les transitions de l’interaction à l’intention communicative: l’intersubjectivité, la conventionnalisation des actes communicatifs
  • le partage des émotions, des actions et des connaissances avec l’adulte
  • l’apprentissage du langage, comment ‘faire des choses avec les mots’ ?

Des théories pragmatiques se sont développées pour expliquer la continuité fonctionnelle entre la communication sociale précoce et le langage, dont celles de

  • Bruner (1975, 1977, 1978, 1983), à propos des routines et des scénarios interactifs
  • Bates et al. (1975, 1979), à propos des proto-déclaratifs et des proto-impératifs

Des théories sur le développement cognitif en lien avec la communication ont également apporté leur éclairage, dont celles de néopiagétiens et de Fischer (1980).

Intérêt

Apprécier les particularités communicatives précoces, dans des contextes variés avec des personnes familières et non familières, avec ou sans objet, peuvent éclairer les psychologues, les logopèdes et les parents des jeunes enfants pour mieux adapter leur communication et langage à leur égard.

Dépister les éventuels retard ou déficits de la communication précoce et repérer les forces, permet de prévenir et d’intervenir le plus tôt possible pour diminuer les risques d’aggravation des difficultés communicatives. Les profils de communication obtenus à partir des niveaux atteints pour l’attention conjointe, l’interaction sociale, la régulation de comportement, et pour les trois rôles communicatifs, peuvent aider à orienter l’intervention.

Connaître les spécificités de la communication précoce d’enfants présentant différentes déficiences et des retards ou troubles de développement, à partir de travaux scientifiques, peut éclairer les professionnels également pour adapter l’intervention et accompagner les parents comme partenaires de cette communication.

Des liens entre la qualité de la communication et le développement cognitif, émotionnel, social, langagier ont été mis en exergue par de nombreux travaux scientifiques, d’où l’importance de l’examiner de façon approfondie.

Questions

  • Comment se développent les compétences communicatives précoces, préverbales et primo-verbales, selon une approche pragmatique ?
  • Y-a-t-il un retard ou des déficits dans le développement communicatif d’enfants ayant des déficiences ?
  • Quels sont les profils particuliers des fonctions communicatives relevant de l’attention conjointe, de l’interaction sociale, de la régulation de comportement ?
  • Comment les rôles communicatifs de réponse, d’initiation et de maintien se manifestent-ils ?
  • Comment repérer les forces et faiblesses de la communication précoce ?
  • Comment les compétences cognitives et communicatives précoces sont-elles liées ?
  • Sur base des profils communicatifs, comment intervenir de façon efficace ?
                    - Chez les bébés à développement typique
                    - Chez de jeunes enfants présentant une déficience intellectuelle de diverses étiologies
                    - Chez de jeunes enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme

Evaluation

Plusieurs lacunes ont été émises à propos des tests classiques de langage (Olswang, Stoel-Gammon, Coggins et Carpenter, 1987), a fortiori pour évaluer des jeunes enfants à développement atypique, qui n’utilisent pas encore le langage, dont :

  • le nombre limité d'items reflétant les conceptions récentes quant aux relations entre acquisition du langage et développement cognitivo-social
  •  Les comportements évalués ne reflètent pas réellement des séquences hiérarchiques éprouvées, mettant en relation un comportement précoce à un comportement ultérieur
  •  la difficulté d'interpréter les résultats pour les traduire en procédures cliniques et éducatives efficaces;
  •  la rigidité des procédures d'administration;
  •  le manque de "profondeur" dans l'évaluation des prérequis et des formes linguistiques précoces, critiques pour l'acquisition du langage.

Or, l'évaluation fine des capacités communicatives d'enfants âgés de < 2 ans, à troubles de développement, est indispensable à toute équipe d'intervention. L'approche adéquate des troubles communicatifs pour certaines pathologies (telles l’autisme, le retard mental) contribue aux investigations en vue du diagnostic et de l'élaboration du projet d'intervention individualisé (Adrien, 1993).

L’approche pragmatique de la communication précoce a des implications fondamentales pour l’évaluation et l’intervention (Seibert & Oller, 1981)

  • Elle change le contenu des évaluations du langage, en évaluant les fonctions communicatives que l'enfant exprime
  •  Elle change le processus d'évaluation du langage, en induisant l’initiation, la réponse et le maintien d’actes communicatifs de la part de l'enfant
  •  Organisé en séquences hiérarchiques développementales, un outil pragmatique permet d'établir un reflet des capacités d'un enfant pour une série de situations et de fonctions communicatives, ainsi que de l'organisation de ces capacités entre elles
  • Elle oriente l'intervention, non pas vers l'apprentissage de comportements communicatifs très définis à produire dans des situations limitées, mais vers la facilitation de l'usage de stratégies significatives pragmatiquement, de fonctions communicatives opérantes en contexte social et généralisables

Selon cette approche pragmatique, des outils d’évaluation de la communication sociale précoce ont été conçus. Parmi ces outils, figurent les Early Social Communication Scales (ESCS, Seibert & Hogan, 1982), qui ont été traduites et validées en français par Nader-Grosbois (2014a), sous la forme d’une grille d’observation. Une version standardisée et validée a également été mise au point en France, ‘Évaluer la Communication Sociale Précoce’ (ECSP, Guidetti & Tourrette, 1993).

Les ESCS et ECSP intègrent les trois fonctions communicatives :

  • l’attention conjointe
  • l’interaction sociale
  • la régulation de comportement

Les trois rôles pouvant être pris par l’enfant, considérés par les ESCS et ECSP sont :

  • la réponse
  • l’initiation
  • le maintien

La progression de la communication sociale précoce est déclinée, dans les ESCS en plusieurs niveaux :

  • niveau simple volontaire, de 3 à 7 mois : l’intentionnalité est indifférenciée
  • niveau complexe différencié, de 8 à 14 mois : l’intentionnalité se différencie
  • niveau conventionnel gestuel, de 14 à 21 mois : les gestes se conventionnalisent
  • niveau conventionnel verbal, de 14 à 21 mois : les actes vocaux se conventionnalisent
  • niveau symbolique, de 21 à 24 mois : l’usage de combinaisons de mots et d’actes symbolique

Intervention

De nombreux programmes d’intervention ont été développés pour aider les enfants à développer leurs compétences communicatives et pour former les parents à être plus compétents comme partenaires de la communication et de l’interaction sociale avec leurs enfants. Une recension des programmes d’intervention entraînant la communication est proposée dans l’ouvrage ‘Psychologie du handicap’ (Nader-Grosbois, 2016) pour des enfants en période précoce et préscolaire et leurs parents (chapitre 5, pp.104-112, pp. 148-152) et spécifiquement pour des enfants présentant :

                - une déficience intellectuelle (chapitre 7, pp. 264-265)
                - des troubles du spectre de l’autisme (chapitre 8, pp. 339-346)
                - des troubles du comportement (chapitre 9, pp. 405-407)
                - une déficience auditive (chapitre 10, pp. 481-488)
                - une déficience visuelle (chapitre 11, pp. 508-510)