Chaire Mercier 2019

Chaire Mercier 2019

Dans le cadre de la Chaire Mercier 2019, le Professeur Renaud Barbaras présentera sa leçon inaugurale, le 11 mars à 18h30 au Socrate 11.

Les inscriptions (obligatoires) à la leçon inaugurale s'effectuent via un formulaire d'inscription.

Programme des leçons suivantes :

Mardi 12 mars 2019 de 10h45 à 12h45 / Socr. 21 /
Lundi 18 mars 2019 de 16h15 à 18h15 / Socr. 21 /
Mardi 19 mars 2019 de 10h45 à 12h45 / Socr. 21 /
Lundi 25 mars 2019 de 16h15 à 18h15 / Socr. 21 /
Mardi 26 mars 2019 de 10h45 à 12h45 / Socr. 21 /
Mercredi 27 mars 2019 de 8h30 à 10h30 / Socr. 21 /

L'appartenance. Vers une théorie de la chair.

La question du corps propre ou de la chair est incontestablement l'un des lieux où la phénoménologie se trouve mise à l'épreuve puisque son mode d'être singulier vient brouiller les catégories fondamentales qu'elle met en œuvre (sujet/monde, vécu/objet, empirique/transcendantal etc..). La chair est à la fois en continuité avec les choses du monde en tant qu'elle est un corps (Körper) et pourtant radicalement différente d'elles puisque ce corps est le mien. Or, le plus souvent, y compris chez Merleau-Ponty, la singularité de la chair est manquée, à la fois par défaut sous la forme du corps objectif et par excès sous la forme d'une conscience ou d'un être-au-monde qui viennent l'habiter. Le présupposé de toutes ces entreprises est que le sens d'être du corps peut être abordé directement, qu’une phénoménologie de la chair est donc possible. Notre hypothèse est, au contraire, que le corps n’est pas tant une question qu’une réponse, réponse à une question qui demeure implicite et qui n’est autre que celle de l’appartenance. La chair est rigoureusement cela en et par quoi j'appartiens au monde, de sorte que c'est la question de l'appartenance qui commande celle de la chair et non l'inverse. Ce n'est pas parce que nous avons un corps que nous appartenons au monde; c'est au contraire dans la mesure où nous appartenons au monde que nous avons un corps. S'il est vrai, d’autre part, que le monde est omni-englobant, qu'il n'y a donc pas de dehors du monde, il faut affirmer que tout étant appartient au monde et que la différence entre les étants renvoie en dernière analyse à leur modalité d'appartenance: ce n’est pas l’Être mais l’appartenance qui se dit en plusieurs sens. Tel sera notre point de départ: une phénoménologie de la chair n'est envisageable qu'à partir d'une philosophie de l'appartenance. Cependant, dans la mesure où la question de l'appartenance enveloppe celle du statut de cela à quoi l'étant appartient, du sol d'appartenance, la philosophie de l'appartenance débouche elle-même sur une phénoménologie de l'espace qui distinguera autant d'espaces et, finalement, autant de modes de phénoménalisation du monde qu'il y a de modes d'appartenance. L'ontologie s'avérera être une ontologie géographique pour autant qu'être signifie toujours y être, qu'il y va nécessairement du lieu dans l'être. La question de la chair se formule dès lors ainsi: quel est le mode d'appartenance au monde de l'étant par qui le monde paraît? Nous montrerons que, contrairement à ce que les phénoménologies du corps nous incitent à penser, c'est en raison d'une appartenance radicale au monde, ontologique avant d'être topologique,que le sujet peut le faire paraître; c’est parce que le sujet charnel est du monde en un sens plus profond que les autres étants qu’il peut avoir le monde comme aucun d’eux ne l’a. La chair n'est donc rien d’autre que le point d'indistinction entre le plus intime et le plus extérieur. – Renaud Barbaras –