"Augustin polémiste "

RSCS

04 mai 2020

Louvain-la-Neuve

Conférence de Mikael Ribreau (Paris III et Institut d'études augustiniennes) dans le cadre des lundis en théologie.

Augustin, le polémiste ventriloque : fonction du dialogisme dans quelques œuvres polémiques

Augustin (354-430) est souvent considéré comme un pourfendeur d’hérétiques, un défenseur acharné de la foi catholique, plus prompt à attaquer qu’à dialoguer avec ses adversaires. Cependant, l’évêque d’Hippone a dialogué, lors d’échange public, ou par lettres, avec différents adversaires, qu’il s’agisse des manichéens, des donatistes, des pélagiens ou des ariens. C’est en outre grâce aux citations qu’Augustin donne des œuvres de ses adversaires, avant de les réfuter, que parfois nous connaissons ceux qui ont été considérés comme hérétiques, et dont les œuvres ont été perdues.

Beaucoup d’œuvres polémiques d’Augustin, appelés de façon anachronique « traités », comprennent des dialogues fictifs avec l’adversaire : soit que les œuvres intégrales soient structurées comme des dialogues, plus exactement comme des actes de débats contradictoires, comme le Contre Fauste, le Contre Pétilien, II-III ou le Contra Iulianum Opus imperfectum, soit que les œuvres contiennent des passages dans lesquels Augustin imagine un dialogue avec l’adversaire. Après avoir rapidement évoqué le choix de l’utilisation du genre du débat contradictoires pour l’intégralité de quelques œuvres, nous nous proposons d’étudier des passages dialogiques dans quelques textes adressées à des manichéens, des donatistes, et, enfin, des pélagiens. Pourquoi Augustin image-t-il la parole de ses adversaires alors qu’il pourrait les réfuter comme un texte ? Pourquoi une mise en scène rhétorique qui relève de l’oralité ? Nous verrons que, si Augustin fait toujours parler son adversaire et dialogue avec lui, il ne le fait pas toujours de la même façon, en fonction notamment du statut de l’adversaire. Nous nous demanderons quel est le but du dialogisme sur le lecteur, mais aussi sur l’adversaire.