Alain Jonas

LOUVAINTER

Alain Jonas est professeur à l’Ecole polytechnique de Louvain (EPL) et membre de Institut de la Matière Condensée et des Nanosciences de l’UCLouvain (IMCN/BSMA)*.


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Que faites-vous sur le plan international à l’UCLouvain?
Nous avons lancé un master international européen qui est accrédité Erasmus Mundus FAME+. L’objectif était évidemment de mener une expérience très large au niveau de l’enseignement et de la pédagogie. Ce master international européen a été accrédité Erasmus trois fois de suite : c’est exceptionnel ! C'est, à ma connaissance, le seul master européen reconduit autant de fois. Nous l’organisons depuis dix ans et nous voilà à nouveau sur les rails pour les cinq années à venir.

Quels sont les pays participants à ce programme?
Il a été mis sur pied avec plusieurs universités situées en France, en Allemagne, au Portugal et en Belgique. Les étudiant·e·s qui suivent ce programme viennent à Louvain-la-Neuve pour une année d’étude et sont originaire du monde entier : des Etats-Unis, Amérique du Nord et du Sud, d'Asie, de Russie et d’Europe.

Quelles sont vos premières impressions?
Extrêmement positives ! J’ai eu l’occasion de rencontrer des collègues de différentes universités - sept universités font partie de ce consortium - et ensemble nous avons pu créer un cursus qui a eu beaucoup de succès.

Quels ont été les principaux obstacles?
C’est un peu plus compliqué avec certains pays: le système allemand par exemple est très différent du système français, lequel est déjà plus proche du notre. La façon d’évaluer est également spécifique d’un pays à l’autre. Le travail fourni a été conséquent, mais l'enjeu en valait la peine : le programme a beaucoup de succès et nombreux sont les étudiants internationaux qui souhaitent participer à ce master.

Cette expérience a-t-elle modifié votre quotidien?
Ce projet a effectivement modifié ma manière de travailler et tout d'abord ma pratique pédagogique avec la réalisation de podcasts, de projets intégrés, l’utilisation de site web, etc. Et puis, à l’intérieur de l’université aussi, le master a servi de "pilote", il a été une sorte de moteur et a porté toute une dynamique dans nos propres masters.

Quels sont les éléments positifs?
L'impact sur nos propres masters, le fait que des étudiants soient confrontés à des étudiants qui viennent de partout : c’est un enrichissement indéniable. Moi-même, j’ai bénéficié de manière très positive de ces interactions, de ces échanges avec d’autres universités. Des amitiés se sont développées aussi.

Pourquoi encourager les étudiant.e.s à rejoindre un tel cursus international?
Car c’est une condition nécessaire : les ingénieur·e·s vont travailler dans le monde entier. Ils et elles doivent donc se confronter aux différentes manières de penser et doivent avoir la capacité de s’exprimer dans d’autres langues comme l’anglais par exemple.

Dans le cadre de ce programme, vous accueillez beaucoup d'étudiants internationaux, que pourrait-on améliorer dans ce domaine à l'UCLouvain?
On a déjà bien avancé sur dix ans. Les points cruciaux restent la langue, le logement, le programme social pour les intégrer à la communauté.

Quel serait le terme qui définirait le mieux l’UCLouvain à l’international selon vous?
LIBERTE. Car c’est la liberté de chacun de se lancer dans des projets internationaux. Nous avons cette chance d’être dans une institution qui nous laisse cette liberté : c’est une chance unique.

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Le master international Erasmus Mundus FAME+ en bref

Le programme existe depuis 2007 à l’UCLouvain et est soutenu pour la troisième fois par l’Union Européenne.

FAME+ a concerné de l’ordre de 300 étudiants étrangers, dont une cinquantaine ont étudié à l’UCLouvain. La liste des pays dont sont issus les étudiants étrangers qui ont fréquenté l’UCLouvain comprend: Brazil, Canada, China, Egypt, Ethiopia, France, Germany, India, Iran, Italy, Kazakhstan, Malaysia, Mexico, Nigeria, Norway, Pakistan, Philippines, Russia, Serbia, South Korea, Switzerland, Taiwan, Turkey, USA.

FAME+ a aussi exploré et développé le concept de projet à distance : 10 crédits ECTS dans la nouvelle version. Ce dispositif permet à des étudiants en Allemagne et en France travailler pendant deux semestres sur un projet comprenant plusieurs facettes (technique, écologique, économique, scientifique, éthique) en interagissant avec des tuteurs situés dans quatre pays européens différents, le tout étant imaginé et coordonné à l’UCLouvain par les professeurs Patricia Luis et Alain Jonas.
La boite à outils pour mener à bien un tel projet pédagogique? La plateforme Moodle, les podcasts, le streaming, les vidéoconférences, le cloud, etc. Le rapportage se fait par le biais de l’édition d’un site web d’allure professionnelle.L’introduction à ce projet destinée aux étudiants est podcastée et accessible en cliquant sur ce lien 

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Deux années sabbatiques internationales et enthousiasmantes

Quand et où êtes-vous parti en séjour sabbatique?
J'ai eu la chance de partir en année sabbatique deux fois au cours de ma carrière à l'UCLouvain. D’abord en 2006-2007 à l'Université de Cambridge (UK), puis en 2016-2017 au Massachusetts Institute of Technology (USA). Dans les deux cas, il s'agissait d'acquérir une nouvelle expertise scientifique dans des domaines que je voulais explorer pour mes recherches futures.

Quels ont été les éléments positifs de tels séjours?
Ces séjours m'ont offert le ressourcement nécessaire à la redynamisation de ma recherche et de mon enseignement. Sur le plan de la recherche, je suis retourné à ce qu'on appelle "la paillasse" dans le jargon de ma discipline, ce qui signifie que j'ai moi-même réalisé les opérations techniques soutenant la recherche expérimentale que je menais – avec toute la fatigue physique et les difficultés quotidiennes que cela implique, mais également avec un vrai apprentissage en profondeur, une liberté d'action, et une mise en projet concret qui m'ont permis par la suite de pouvoir développer en toute connaissance de cause ces activités à l'UCLouvain.
Lors de mon premier séjour sabbatique, j'ai ainsi appris une partie du métier de chimiste des polymères, alors que je suis un physicien de la matière molle; la seconde fois, j'ai découvert les bactéries, leur mise en culture, et la façon dont on pouvait les intégrer dans des matériaux, alors que je n'avais jamais travaillé dans le domaine de la biologie jusqu'alors. Bien entendu, je ne suis devenu ni un chimiste ni un biologiste en une année de travail, mais j'ai pu accroître l'amplitude de ma recherche de façon très bénéfique. Et je me suis fait plaisir!

Ce type de séjours a-t-il modifié votre manière d’envisager votre travail?
Si ma recherche a évolué avec ces expériences, mon enseignement en a été également transformé, surtout lors de mon second séjour sabbatique. Il m’a fallu en effet assurer durant cette année, une partie d'un enseignement de première année bachelier ingénieur civil, devant un public de plus de 400 étudiants. Compte tenu de mon éloignement géographique, il n’était pas possible que je revienne régulièrement à l’UCLouvain pour assurer physiquement ce cours devant les étudiants. Aussi ai-je tout d’abord démarré mon cours en revenant à Louvain-la-Neuve une semaine. Ensuite, j’ai assuré le reste via un enseignement à distance basé sur des séquences constituées de podcasts et de petits travaux à effectuer sur Moodle. Cette formule s'étant avérée très intéressante, avec un retour positif des étudiants, j'enseigne maintenant essentiellement par le biais d'un dispositif de classe inversée ou sur la base de projets comprenant une grande part de travail à distance. Ces nouveaux dispositifs ont énormément tiré parti de mon aventure sabbatique – qui n'a donc pas été seulement une expérience de recherche!

Par-delà les éléments strictement professionnels, mes années sabbatiques ont été aussi de formidables expériences personnelles, riches de rencontres, de découvertes, de défis, de bonheur. J'ai eu la chance de pouvoir y associer ma famille et c'est ensemble que nous nous sommes imprégnés de cultures différentes et que nous avons perfectionné notre maîtrise de l'anglais. Il s'agit d'un aspect essentiel de ces expériences qui, à lui seul, vaut la peine de surmonter les difficultés de tels séjours.

Quels ont été les obstacles?
Trouver les financements nécessaires pour assurer les dépenses supplémentaires (il a fallu prévoir les choses au moins douze mois à l'avance); gérer la relocalisation de ma famille (nous avons dû planifier le déménagement, les assurances, les écoles, les vaccins, et les visas; et prendre en compte l'acclimatation des enfants dans une école de langue étrangère, surtout pendant le premier mois, particulièrement critique); continuer à interagir avec mon équipe de recherche restée au pays (et donc, mettre en place des dizaines de discussions Skype); m’intégrer dans un nouveau laboratoire et m'investir dans la recherche scientifique locale, tout en continuant à assurer une bonne partie de ma charge normale (les contrats de recherche et leurs rapports ne disparaissent pas; les chercheurs sont encore à encadrer; les problèmes de gestion du laboratoire reviennent régulièrement). Il m’a fallu aussi renoncer à certaines fonctions, accepter de relâcher certains contacts, être éloigné du cœur plus politique de l'institution – mais cela n'est-il pas précisément le sens premier d'une année sabbatique – jachère des terres, remise des dettes, dépouillement partiel? Quel plaisir aussi de revenir affranchi des micro-problématiques propres à l'institution universitaire!

Ces difficultés m’ont semblé très secondaires par rapport aux bénéfices de tels séjours. Au point que je me prends à rêver d'une Université dans laquelle chacun·e se verrait aménager les conditions pratiques permettant de s'immerger ailleurs dans un projet de développement personnel et professionnel, quelle que soit sa fonction. Utopique ? Sans doute, mais l'UCLouvain ne célébrait-elle pas l'Utopia de Thomas More en 2015-2016 ?

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Alain Jonas is professor at the Louvain School of Engineering (EPL) and member of the UCLouvain Institute of Condensed Matter and Nanosciences (IMCN/BSMA).

What is your international involvement in UCLouvain?
We launched a European international master's degree that is Erasmus mundus-accredited and the goal was obviously to establish a wide-ranging collaboration in teaching and pedagogy. 

What were your first impressions?
It was extremely positive. I had the opportunity to meet colleagues from other universities. We’re seven universities in this consortium and together we were able to create a curriculum that was successful because we were accredited three times by the EU. It's been in existence ten years now.

What were the main obstacles?
It’s a bit more complicated because the German system is very different from the French system which is closer to ours, and to reconcile calendars, goals – even how we evaluate students differs. It was a lot of work but it was worth it because now many international students want to earn this master’s degree. 

Has this experience changed your daily work?
It changed a lot, including my practices because I had to develop distance-learning lesson plans, so I learned a lot in terms of pedagogy, producing podcasts, integrated projects, using the website for reporting. Then within the university, because the programme was implemented with other international universities, it created and drove a dynamic within our own master’s programme, so now we can use the pedagogical innovations we developed for the FAME master’s degree, which is very positive. 

What are the positive elements?
That our own master’s students meet students from everywhere – North America, Asia, Africa, South America – is very enriching. I myself benefited in a very positive way from interactions and exchanges with other universities and developed great friendships.

Why encourage students to go abroad?  
Because it’s necessary. Our engineers won’t work in a world confined to Belgium but all over the world, where the ways of thinking may not be so different but there are nuances. It’s also important that they acquire the ability to express themselves to students of other cultures, in other languages, such as English.

Describe UCLouvain international policy in a single word?  
‘Freedom’, because everyone’s free to embark on an international project. We’re lucky to be at an institution that gives us this freedom.