Dandan Jiang

LOUVAINTER

Philosophe, Dandan Jiang est professeur à l’Institut des études avancées en culture européenne à Université Jiaotong de Shanghaï. Elle accueillie comme chercheur·e invité·e. à l’Institut de philosophie de l’UCLouvain (ISP) durant l'année académique 2018-2019*.

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Que faites-vous à l’UCLouvain?

J’effectue un long séjour de recherche à l’ISP grâce à une bourse du Fonds national chinois. Ce travail est réalisé en lien avec les archives de Michel Henry dirigées par le professeur Jean Leclercq. Ces recherches portent sur la philosophie de la vie. Je me plonge dans les ressources conservées à l’UCLouvain et travaille sur cette problématique de manière assez globale pour y apporter mes propres réflexions dans une perspective interculturelle. Il ne faut pas considérer la philosophie de la vie comme un courant historique au sens strict qui s’est développé à la fin du XIXème siècle, début du XXème siècle, mais il s’agit de voir comment élargir la compréhension de la question de la philosophie de la vie ou de l’éthique du vital face aux préoccupations actuelles et problématiques contemporaines. Je tente aussi de contribuer au développement de la philosophie de la vie d’aujourd’hui en lien avec la littérature et la réflexion que l’on peut trouver dans la pensée chinoise.

Pourquoi choisir l’UCLouvain pour vos recherches?

Des coopérations se sont déjà établies entre mon université et l'UCLouvain: nous avons accueilli le professeur Leclercq en 2014 à l’université de Shanghaï à l’occasion d’un colloque international sur la modernité. En 2016, j’ai participé au jury de thèse d’un étudiant chinois à l’UCLouvain. Le recteur, Vincent Blondel, s’est déplacé à Shanghaï pour signer une convention d’échange avec mon université.

Aujourd'hui, mes recherches se déroulent à l'ISP en collaboration avec d’autres collègues et centres d'étude. Plusieurs professeurs sont aussi de grands connaisseurs de la pensée chinoise: nous avons ainsi noué des dialogues très enrichissants. Je développe par ailleurs des recherches inter et transculturelles, il est donc très important pour moi de réaliser ces séjours d’échanges.

Quels ont été les principaux obstacles?

Même si j’avais déjà effectué des séjours de recherche en Suisse et en France, je n’avais pas réalisé les différences culturelles, "les nuances" en quelque sorte.  Le contexte culturel est très différent en Chine. Nous devons donc apprivoiser ces différences. Mais les premières difficultés ont vite été dépassées. Le plus surprenant a été de débarquer dans ce type d'environnement, cette "ville-campus". Il fallait s’adapter et surtout se repérer ; ce qui a été une étape vite acquise grâce au service culturel.

Quels sont les éléments qui vous viennent à l'esprit lorsque vous évoquez votre séjour à l'UCLouvain ?

Ce qui m’a le plus impressionné ?  C'est d'avoir pu développer d’autres activités parallèlement à mes recherches en philosophie : assister à des ateliers artistiques à la Baraque notamment. Il est vrai que dans la tradition des lettrés chinois, la peinture fait partie intégrante de notre univers. Cette activité me permet d'être plus équilibrée, plus créative. Une exposition "Habiter le paysage" a été mise sur pied grâce à UCLouvain Culture. j'en suis très fière! Au bout de quelques mois, c'est assez exceptionnel d'avoir pu mener tous ces projets en parallèle. Ces expériences pratiques, ces échanges avec des artistes et des collègues vont contribuer à mes propres réflexions. J’ai par exemple rencontré une calligraphe qui travaille au Service d’aide et ensemble, nous avons organisé une rencontre sur l’art, la spiritualité et l’éthique du soin. Ces rencontres sont significatives : elles m’aident à comprendre le contexte et la culture locale.

Par ailleurs, je dirige moi-même une collection d’essais que j’ai pu présenter en partie lors de l’exposition artistique. Une belle occasion d’échanges interdisciplinaires à partir de quelques titres sur la philosophie de la vie dont j’ai assuré la traduction (je traduis par ailleurs un ouvrage de Michel Henry à propos de Kandinsky : "Voir l’invisible"). Excepté mes publications en français, je prépare aussi un ouvrage en chinois sur l’art comme manière de vivre. Toutes mes activités et mes recherches à l’UCLouvain s'entremêlent pour nourrir de nouvelles études. C’est passionnant.

Comment se déroule votre quotidien?

A mon arrivée, j’ai dû faire face à certaines difficultés liées à la communication et à la manière d’indiquer ou d’expliquer les choses. Pour les Chinois, c’est un peu compliqué, mais par bonheur, assez vite résolu avec l’aide du bureau des relations internationales. Sur le plan administratif, je dirais que c’est assez strict en Belgique. Cela dit, très vite, j’ai été ravie de me trouver dans un environnement plein de vie avec toute cette animation culturelle sur le campus. J’ai découvert des groupes d’étudiants dynamiques issus de kots à projet qui travaillent pour la promotion de la culture chinoise. Cette ville universitaire, tous ces services, UCL Culture sont des phénomènes que je ne connaissais pas avant. Je suis très reconnaissante envers UCL Culture qui a fait le lien avec ces groupes d’étudiants.

En quoi est-ce inspirant pour le travail intellectuel?

Ce qui est important à mes yeux, c’est le fait de déplacer les regards et amener les recherches de l’étranger et cela, même si aujourd’hui nous avons internet et tous les médias de communication très pratiques. Rencontrer les collègues, d'autres habitudes est essentiel. L'objectif pour moi est de trouver des interlocuteurs·trices sur place et de voir comment se sont précisément déroulées des recherches pointues ou nouvellement surgies dans un autre contexte, au sein de pays différents.
Il faut prendre le temps de voir, de regarder et d'expérimenter des activités. Intégrer la nature dans la vie urbaine est un bel exemple. Associer les recherches théoriques avec la pratique in situ me parait essentiel.

J’ai également développé l’horizon de mes propres recherches à l’éthique de la vie dans différents contextes contemporains. La crise environnementale que nous vivons actuellement doit se comprendre à travers différents prismes : il ne faut pas seulement prendre en considération les sagesses et les ressources dans la pensée classique, mais aller au-delà. L’objectif est de contribuer à une écologie de l’esprit et voir comment construire une éthique du vital pour éviter les risques d’une vision anthropocentrique. Il est donc important de travailler avec des pratiquants de différents milieux comme les vidéastes en Chine ou en Europe du Nord, lesquels portent une conscience accentuée sur ces questions actuelles. Mon objectif est d’absorber ce qui se développe en ce moment, de voir quel est ce travail pratique ici à l’UCLouvain…
Habiter le monde. Toutes ces matières peuvent être source d’inspiration. Elles nous aident à développer nos recherches en phase avec les préoccupations de notre temps. On pourrait créer ce néologisme et qualifier notre travail de « glocal ».

Que diriez-vous à propos de l’UCLouvain à l’international?

Je pense à l’ouverture à diverses cultures et à la coopération internationale, à l’impact de la technologie sino-belge qui se développe et qui est complétée par un juste milieu entre modernité et nature. Les hautes technologies sont très efficaces pour les bâtiments, les équipements automatiques. Le campus est d'ailleurs très bien équipé. Parallèlement, il y a cet environnement, cette nature, ce lac entouré de verdure, c'est un univers très habitable! Et c’est sans doute ce qui manque dans nos campus à Shanghaï, très - trop- modernes. A vrai dire, il manque cette attention à la nature elle-même. Donc je résumerais en ces termes : ouverture à ce qu’il y a de plus performant sur le plan technologique, mais aussi à la manière de vivre qui est naturelle et écologique.

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Dandan Jiang is a philosopher and visiting researcher at UCLouvain Graduate Institute of Philosophy (ISP).

What are you doing at UCLouvain?

I took advantage of a Chinese state scholarship to conduct research at UCLouvain’s PSI. I’m hosted by the Michel Henry Archives, managed by Professor Jean Leclercq, for a one-year residency focusing mainly on philosophy of life. 
 
Why choose UCLouvain for your research?

Cooperation had already begun in 2014 when we welcomed Professor Leclercq to Shanghai Jiao Tong University for an international symposium on modernity. Two years ago, I supervised the thesis defence of a student of mine in Shanghai who completed his thesis at UCLouvain. The rector of UCLouvain came to Shanghai in summer 2016 to sign an exchange agreement with my university. I work here at the ISP in the Michel Henry Archives, but at the same time I’m very interested in developing exchanges and cooperation with other colleagues, research centres and the several professors with whom I have very informative discussions. I continue to develop my inter- and cross-cultural research, so it's very important for me to complete a residency here.

What were the main obstacles?

The cultural context differs greatly from China’s. The first difficulties were quickly overcome. This is also a campus/town, so at the beginning I had to adapt to the environment and find my bearings.

What are the elements that come to your mind when you talk about your stay at UCLouvain?

I was able to develop activities apart from my research in philosophy. I could even work in UCLouvain’s artist workshop. Painting is still part of the tradition of Chinese scholars. It helped me pass the time and be more balanced and creative. 

At UCLouvain, apart from my publications in French, I’m preparing a book in Chinese on art as a way of life. So for me, all my activities and research at UCLouvain come together to fuel new studies. It's an exciting experience.

How is your daily life going?
Initially, for the Chinese it’s inevitably complicated, but it’s also quickly resolved with the help of the International Relations Department. I’m delighted to find myself in a vibrant environment with a vibrant cultural life on a campus that is a university town.

How is this experience inspiring?

It’s important to bring research abroad even if today we have the internet and very practical communication media. It's not only important to meet colleagues, to find people to talk to on the spot, but also to see precisely how cutting-edge or newly-developed research has taken place in a foreign context, for example concerning the question of landscape, which is itself an interdisciplinary field, in different countries and practical activities like integrating nature into urban living. 

What would you say about the international experience UCLouvain offers?

There’s openness to other cultures and international cooperation. The impact of Sino-Belgian technology that is developing here is complemented by a balance between modernity and nature. Here high tech is developing on a wooded campus that’s very lovable, a natural environment, that’s missing on our campuses in Shanghai, which are very modern but lack attention to nature itself. So there’s openness to the latest technology but at the same time attention is paid to the ecological way of life.