Jean-Pierre Raskin

LOUVAINTER

Jean-Pierre Raskin, professeur à l’Ecole polytechnique Louvain (EPL), membre de l’Institut de recherche ICTEAM de l’UCLouvain et pilote de cette année Louvainternational*.

 * Read in English below

Quels types de séjours internationaux avez-vous effectué?
A travers mon parcours scientifique, j’ai eu la chance de faire plusieurs séjours à l’étranger. Pour commencer, trois mois de séjour à l’université de Lille. J’ai ensuite effectué un post-doc de deux ans aux Etats-Unis et une année sabbatique en Angleterre. Mais les expériences de mobilité que j’aimerais partager, ce sont plutôt de courts séjours en Amérique du sud et en Afrique notamment.

Quelles ont été les premières impressions liées à ces séjours?
Cela m'a permis de découvrir une approche radicalement différente, très éloignée de notre mode de vie occidental. En particulier dans le rapport à l’environnement et à la nature.
Ces séjours m’ont permis de réfléchir différemment et en profondeur à la vie en société.

En quoi ont-ils modifié votre façon de voir le monde?
A force de rencontrer des personnes qui vivaient dans des réalités différentes, je me suis mis à réfléchir de manière plus globale, en utilisant une approche holistique et systémique face à des problèmes techniques afin d’apporter des solutions appropriées, viables et durables. Ces quinze jours, chaque année, ont permis de changer la vision que j'avais du monde et cela j'ai très envie de le partager.C'est cette dimension que je souhaite valoriser à l’occasion de cette année Louvainternational. Je souhaite aussi donner envie aux étudiant·es de vivre ces aventures. Parce qu'indénaiblement, un axe Nord-Sud se développe. Il est important de prendre en compte cette dimension et de la confronter à la complexité de la réalité, des vraies réalités. Aujourd’hui, dans le cadre de mes cours, j’applique cette vision holistique. Mon travail consiste à trouver des matériaux nano et micro technologiques (nanotechnologie) pour améliorer les smartphones. Auparavant, j’étudiais des étapes très particulières de réalisation de ces matériaux et aujourd’hui je réfléchis de manière plus globale : à l’extraction de ces matériaux, à leur raffinement, à la fabrication de ces dispositifs dans l’industrie lourde de la microélectronique, au design mais aussi à l'éco design, à l’électronique modulaire, pour arriver à l’aspect marketing et à l’impact de ces technologies sur la société. Sans oublier l’obsolescence programmée qui est également une réalité. Au sein de l'UCLouvain, j’ai la chance de collaborer avec des économistes, des philosophes, des anthropologues et un ensemble d’ingénieurs et de scientifiques qui me permettent d’aborder ces questions et ces défis techniques. Une réflexion qui dépasse les murs de l’UCLouvain ? Certainement ! Via le projet IngénieuxSud, l’ensemble des étudiant·es suivant ce cours profite de ces réfléxions qui sont ainsi menées en dehors des murs de l’UCLouvain. Nous avons également mis sur pied un réseau européen ENCOS qui rassemble des scientifiques dont le but est d’œuvrer au sein d’une microélectronique plus durable. A cette occasion, nous côtoyons la fine fleur au niveau international. En particulier des européens, des experts de toutes les disciplines.

Un conseil pour les candidat·e·s au départ?
Mon conseil serait de toujours chercher la diversité. Dès qu’une question scientifique se pose : il faut essayer de l’aborder de multiples façons, par plusieurs portes d’entrée. Comment ? Par le dialogue et la communication avant tout.  C'est de cette façon que l'on peut prendre conscience de la complexité de tout problème. Dans ce dialogue, cette ouverture à la diversité, l’écoute est très importante. Il faut oublier ses a priori pour activer une écoute efficace et sincère. Dans la relation aux autres, il est important aussi de parler de soi : il est très important que ce soit un échange et non un interrogatoire. Parler de soi, je pense que cela va offrir beaucoup d’espoir à la personne.

Que diriez-vous à propos de l’UCLouvain à l’international?
Prenons conscience de la richesse et de la diversité de notre université, qu’elle soit scientifique culturelle ou générationnelle.

> Lire aussi l’interview de Jean-Pierre Raskin publiée à l’occasion du lancement de cette année tématique 2018-2019 "Année Louvainternational"

--------------------------------------------------------------------------------------------

Jean-Pierre Raskin, professor at Louvain School of Engineering (EPL), UCLouvain ICTEAM member.

Where has your research abroad taken you?
Throughout my scientific career, I’ve had the chance to go abroad several times, including a three-month residency in Lille for my PhD, a two-year postdoc in the United States, and a sabbatical year in England, but the experiences I would like to share with you are the shorter ones of about two weeks each that I’ve had in southern countries as part of the IngénieuxSud course.

What were your first impressions of your IngénieuxSud experiences?
I’ve been co-teaching the course with Louvain Coopération for six years now, so it’s enabled me to experience other cultures, other approaches to technical problems, as well as a completely different relationship to nature and the environment. It’s also been highly valuable to observe how individual and collective responsibility are assumed. Overall, the approach is radically different from ours in Western countries and it enabled me to think entirely differently about society’s problems and challenges.

How have they changed the way you see the world?
Especially my travels in Africa helped me grasp a different reality and the importance of developing as holistic a vision as possible. Today, as part of my courses and research, I try to share this holistic vision with students and researchers. My own research is in microelectronics, which in my case means working with materials in order to manufacture micro and nano devices, which are used in our smartphones, for example. I used to study very specific stages of the process of manufacturing, modelling, and characterising these devices. Today, I try to think in a more comprehensive way, that is, I also consider materials extraction and refinement, the manufacture of devices in a microelectronics-heavy industry, design – we talk a lot now about eco-design, modular electronics – sales, marketing, the impact of these technologies on the organisation of societies, and planned obsolescence, which is a reality. I’m fortunate today to collaborate with economists, sociologists, philosophers, anthropologists, and of course a group of engineers and scientists who enable me to address these issues and technical challenges. 

Is there an impact beyond UCLouvain?
I have the chance to rub shoulders with experts participating in the IngénieuxSud course, as do the students who take it, but now the conversation has expanded beyond UCLouvain. We have a European network, ENCOS, in which we try to work towards the development of more sustainable microelectronics, and we have the opportunity to meet experts from all disciplines at the international, mainly European, level. 

A tip for those considering going abroad?
My advice would be to always seek out diversity. When a scientific question arises, try to approach it in multiple ways and through several gateways. As for answering it, it’s through dialogue and communication with other disciplines that we become aware of a problem’s complexity.