Jérémie Ferrer-Bartomeu
SSH/INCA Institut des civilisations, arts et lettres (INCAL)
SSH/FIAL Faculté de philosophie, arts et lettres (FIAL)
SSH/INCA Institut des civilisations, arts et lettres (INCAL)
Je suis maître de conférences invité à l'Université catholique de Louvain, chargé d’enseignement en histoire de l'humanisme et de la première modernité. En outre, je suis assistant de recherche principal du projet F.R.S.-FNRS Welchange SHS Cosmoclash urbain. Etude transhistorique et transdisciplinaire de la violence contre et par l'image en
contexte de luttes confessionnelles et politiques (Bruxelles, 16e et 21e siècles) (promoteurs : Ralph Dekoninck, professeur ordinaire d'histoire de l'art des Temps modernes à l'UCLouvain/GEMCA-INCAL ; Manuel Cervera-Marzal, chercheur qualifié en sociologie politique à l'ULiège/PragmApolis).
Docteur de l'École nationale des chartes (2017, dir. Olivier Poncet), j’ai été fellow de la Newberry Library (2015), membre scientifique de la Casa de Velázquez (2016-2017) et diplômé de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (2011). J’ai obtenu un Master d'histoire de la Renaissance à Sorbonne Université (2011, dir. Denis Crouzet).
De 2022 à 2025, j’ai été chargé de recherches du F.R.S.-FNRS pour conduire mon projet intitulé « Médiatisation et objectivation du pouvoir. La représentation des administrateurs de l'écrit politique (France et Pays-Bas espagnols, vers 1540-1650) », sous la supervision des profs. Alain Marchandisse (ULiège) et Ralph Dekoninck (UCLouvain). Ce projet articule iconographie, écrits politiques et pratiques documentaires pour analyser la performativité administrative en contexte de crises. Je conduis actuellement mes recherches sur les représentations de la société administratives, ses matérialités et topographies, ses normes et procédures. J'analyse la société administrative comme un troisième corps du roi, dans une perspective transnationale, saisie à travers ce que je propose de nommer une république européenne des bureaux.
Je suis membre du GEMCA (UCLouvain), où je pilote notamment l'école d'été de paléographie et je contribue à l'animation d'ateliers et de conférences autour des écritures du pouvoir et des matérialités administratives (INCAL, IACCHOS). Je suis co-directeur de la collection « Parole(s). Anthropologie politique et religieuse de la parole (première modernité) » chez Brepols (avec Monique Weis, Université du Luxembourg, et Paul-Alexis Mellet, Université de Genève).
Mes affiliations scientifiques sont les suivantes : je suis chercheur associé du Centre d’études supérieures de la Renaissance (où je collabore avec les collègues de l’axe « Cultures de la pluralité religieuse et politique »). Je suis également rattaché au Centre Jean-Mabillon de l’École nationale des chartes. Je suis enfin membre de la Société de l’histoire de France et de la Renaissance Society of America.
Recherche
Mes recherches portent sur l'histoire culturelle de l'État et de ses administrations, les bureaux de l'écrit en temps de guerres civiles et l'histoire du droit et des institutions à la Renaissance. Je m'intéresse en particulier aux secrétaires de la première modernité, opérateurs de politisation au cœur d'une société administrative en formation. Ma démarche propose une « histoire rapprochée » : écrire l'histoire de l'État à hauteur de pratiques, d'objets et de gestes, en replaçant la fabrique documentaire et visuelle du pouvoir au cœur de la démonstration.
Anthropologie historique de l'écrit et « troisième corps du roi »
Mon programme de recherche s'articule autour d'une anthropologie historique de l'écrit qui s'arrime à des unités concrètes de travail – liasses, chemises, portefeuilles, registres – et à des chaînes d'opérations – compiler, annoter, apostiller, classer, extraire, chiffrer – saisies comme autant de « technologies politiques ». Ces objets et ces gestes ne sont pas de simples instruments au service d'une volonté souveraine préexistante : ils configurent les conditions mêmes de possibilité de la décision, en rendant le monde gouvernable par sa mise en forme documentaire.
Cette approche établit une grammaire des objets du cabinet et des bureaux, depuis la description matérielle (supports, encres, sceaux, reliures) jusqu'aux effets de norme qu'ils produisent dans les procédures administratives et judiciaires. Ce déplacement de focale – du texte vers l'« ordre de la liasse » – éclaire autrement la souveraineté : non seulement représentée dans les traités et les cérémonies, mais configurée par la forme même des papiers d'État.
Mes travaux ont posé l'hypothèse centrale d'un « troisième corps du roi » : à côté du corps naturel et du corps mystique du souverain émerge celui de la société administrative, qui donne forme, cadence et mémoire à la décision publique. Ma monographie L'État à la lettre. Écrit politique et société administrative en France durant les guerres de religion (Champ Vallon, 2022) relit l'entourage souverain comme un laboratoire d'instruments d'écriture, d'information et de décision, où se reconfigurent pratiques gouvernementales et théories du pouvoir à l'époque des conflits confessionnels.
Images politiques et performativité administrative
Parallèlement à cette enquête sur les écritures, mon travail sur les images politiques explore la façon dont l'iconographie des rituels et des négociations condense, encode et transmet ces « arcanes » administratifs. De la conférence de Somerset House (1604) aux dispositifs visuels de l'Ordre du Saint-Esprit, je défends une lecture où l'écrit affleure dans l'image et où l'image prescrit, en retour, des gestes d'écrit. Cette double hélice – documents et tableaux – permet de suivre la montée en surface politique des hommes de plume et l'affirmation progressive d'une culture administrative autonome.
République européenne des bureaux
Cette attention aux matérialités et aux pratiques m'a conduit à proposer la notion de « république européenne des bureaux » pour saisir circulations, transferts et hybridation des savoirs administratifs entre puissances alliées et adverses. Un cycle de conférences et de séminaires (2018-2026) a précisé cette phénoménologie : l'État se donne à voir comme événement, au sens où des collectifs d'écriture – secrétaires et commis – produisent des évidences qui rendent la société « lisible » et décidable.
Cette ligne de force a renouvelé ma lecture des « mystères d'État » : non plus secrets immémoriaux hérités d'une théologie politique médiévale, mais effets d'agencement où l'oral, l'allusion, la lacune documentaire et l'apostille marginale fonctionnent comme des opérateurs politiques. Ma participation au réseau « Anthropologie politique et religieuse de la parole » a fourni un terrain d'épreuves complémentaire, interrogeant la promesse, le silence et les économies de la retenue comme modalités performatives de la communication politique.
Axes actuels
Mes recherches actuelles portent sur :
La société administrative au XVIe-début du XVIIIe siècle analysée comme un troisième corps du roi
Les matérialités et topographies politiques comme dispositifs opératoires de gouvernement
Les figures politiques et administratives dans l’Europe moderne
La république européenne des bureaux, le renseignement et l’espionnage des pratiques administratives, les circulations transnationales des pratiques de l’écrit
La diplomatie et ses cérémonies publiques
La poursuite du programme vise, par études d'échelle et par comparaisons contrôlées, à écrire une histoire connectée des bureaux européens, attentive aux médiations, aux formats et aux manières de faire qui rendent le politique opératoire.
Bibliographie sélective
Monographie
L’État à la lettre. Écrit politique et société administrative en France durant les guerres de religion (vers 1560 - vers 1620), Ceyzérieu, Champ Vallon (Époques), 2022, 386 p.
Co-direction de volumes collectifs et de numéros spéciaux
Jérémie Ferrer-Bartomeu, Nicolas Simon (dir.), Figures du politique dans l’Europe de la première modernité, Bruxelles, Presses de l’Académie royale de Belgique, 2026 [proposition acceptée, contrat].
Jérémie Ferrer-Bartomeu, Paul-Alexis Mellet (dir.), La couronne comme institution politique aux temps des affrontements confessionnels en Europe, du XIVe au XVIIe siècle, numéro spécial de Réforme, Humanisme, Renaissance, no 97, 2023/2, 196 p.
Florence Bistagne, Jérémie Ferrer-Bartomeu, Raphaële Mouren (dir.), Minorités, migrations, mondialisation en Méditerranée, XIVe-XVIe siècles, Paris, Garnier (Rencontres), 2022, 351 p.
Contributions à des volumes collectifs
« L’ordre de la liasse. Les matérialités politiques de l’écrit, une introduction critique », dans P.-Y. Beaurepaire, S. Dolet (dir.), Le portefeuille sous toutes ses coutures. Archiver et conserver ses documents de travail (XVIe-XVIIIe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2026 [à paraître].
« L’événement de l’État. La manifestation d’une évidence politique par les élites administratives dans l’Europe de la première modernité », dans M. Cartron, A. Guiderdoni, O. Leplatre (éd.), Le Corps du sensible. Lectures et écritures phénoménologiques du littéraire, XVIe-XVIIIe siècle, 2026 [à paraître].
« Lost in transition. François Hotman, sieur de Morfontaine ou les voies difficiles d’un diplomate moyen », dans I. De Smet, C. Martens, P.-A. Mellet (éd.), François Hotman. Un homme d’action, entre droit, histoire et théologie, 2026 [à paraître].
« Power and its Doppelgänger : James I and the Political Theology of Images (The Peace Conference, Somerset House, 1604) », dans C. Heering, G. de Müelenaere (dir.), Engaging margins, Turnhout, Brepols (Dunamis), 2026 [à paraître].
« “Forcer son mal pour une si bonne action”. Trace et usage de la fragilité dans les correspondances politiques et diplomatiques au temps des affrontements confessionnels (XVIe-XVIIe siècles en Europe) », dans G. Lecuppre, L. Vercammen (dir.), Pouvoir et santé du Moyen Âge aux Temps modernes, 2025 [à paraître].
« Exceptions à la règle, autonomie des acteurs. Le pouvoir des bureaux de la monarchie française en période de dissensus politique (vers 1585 - vers 1595) », dans J. Foa, Q. Deluermoz (dir.), Les épreuves de la guerre civile (XVIe-XXIe siècles), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2023, p. 297-322.
« Servir le prince en secrétaire ou les allégeances multiples au temps des guerres du XVIe siècle », dans A. Marchandisse, G. Docquier (dir.), Loyauté et trahison dans les pays bourguignons et voisins (XIVe-XVIe siècles), Publications du Centre Européen d’Études Bourguignonnes, vol. 62, Rencontres de Bâle 16-19 septembre 2021, Turnhout, Brepols, 2022, p. 167-187.
« Nations, confessions, professions. Les mondes de l’écrit politique au sein de la république européenne des bureaux à la fin du XVIe siècle (France, Flandres, Angleterre) », dans F. Bistagne, J. Ferrer-Bartomeu, R. Mouren (dir.), Minorités, migrations, mondialisation en Méditerranée, XIVe-XVIe siècles, Paris, Garnier, 2022, p. 125-151.
« Une culture politique du quotidien. La correspondance d’Henri, duc d’Anjou, lieutenant-général de Charles IX en direction des villes du royaume de France », dans F. Alazard (éd.), Correspondances urbaines. Les corps de ville et la circulation de l’information. Europe, XVe-XVIIe siècles, Turnhout, Brepols (Études Renaissantes), 2020, p. 87-112.
« Allusions, silences et ellipses. Le secret des correspondances politiques de Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire d’État (royaume de France - vers 1570-vers 1595) », dans S. André, Ph. Castejon, S. Malaprade (dir.), Arcana Imperii. Gouverner par le secret dans l’Espagne moderne, Paris, Les Indes savantes, 2019, p. 67-85.
« Le tremblé des correspondances. Information, préparation et projection des décisions politiques dans les “bureaux” des secrétaires d’État sous le règne de Henri III », dans Th. Bru, S. de la Forest d’Armaillé (dir.), Matière à écrire. Les échanges de correspondances du XVIe au XIXe siècle, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2017, p. 17-52.
Articles dans des revues à comité de lecture
« Dans les plis du temps. Le coup de majesté d’une reine régente, 8 août 1574 », Seizième Siècle, dossier « Revisiting the Death of Charles IX and its Aftermath: Continuity and Change in French Politics, Society, and Culture, c. 1574-1584 », 2026 [à paraître].
« La figure du ministre ou le troisième corps du roi. Contribution à l’histoire des représentations et des matérialités politiques (Europe, première modernité) », dossier « Lire, décrire, interpréter. Louis Marin entre texte et image », La Part de l’Œil, 39, 2025, p. 235-249.
« La couronne comme institution, performance et processus politico-religieux », avec Paul-Alexis Mellet, Réforme, Humanisme, Renaissance, no 97, 2023/2, p. 7-28.
« Une journée particulière. Le renouvellement de l’alliance entre Henri IV et les ambassadeurs des Ligues suisses au sortir des guerres de Religion: recharge sacrale, traditions politiques et innovations diplomatiques dans le Bibl. nat. Fr., fr. 10717 », avec Christian Martens, Bibliothèque de l’École des chartes, t. 177/1, 2023, p. 83-123.
« “Tout s’et perdu pour aystre seu”. La forge de l’écrit politique dans les arcanes du pouvoir au second XVIe siècle », Parlement[s], 37-1, numéro spécial « La construction de l’État monarchique en France de 1380 à 1715 », février 2023, p. 157-173.
« Quand le pouvoir vint à l’écrit. Les bureaux des secrétaires d’État de Villeroy à Richelieu », Genèses, 126-1, 2022, dossier « La vie sociale des dossiers au regard de leurs usages savants », p. 11-33.
« Pour une histoire rapprochée de l’État. La représentation de l’écrit politique à la Renaissance (Castille - Angleterre, 1590 - 1604) », Annales de l’Est, 70e année, 2021-1, p. 141 - 160.
« Conserver, trier, persévérer », Versus art. Controverse et pratiques artistiques. Revue de l’Université Paris, Sciences et Lettres, no 2, janvier 2016, p. 3-10.
« Stasis. Rupture de l’unité confessionnelle, émeutes urbaines et reconfigurations politiques (France, Saint-Empire, Italie - vers 1500 - 1650) », Urbanités, no 2, novembre 2013. [en ligne]