Veille sur les inégalités sociales de santé

Associations Between Age of Onset of Pediatric Overweight/Obesity, a Child’s Sociodemographic Characteristics, and Characteristics of a Child’s Home Census Tract

30 novembre 2022
American Journal of Health Promotion, Ahead of Print.
PurposeTo identify associations between age of onset of overweight/obesity, a child’s sociodemographic characteristics, and characteristics of a child’s home census tract.DesignRetrospective electronic health record review of children with overweight/obesity.SettingThree primary care centers associated with a free-standing, tertiary-care pediatric institution in Cincinnati.SubjectsPatients born between August 1, 2013 and July 31, 2014, who had a body mass index (BMI) ≥85th percentile before 5 years of age (n = 794).MeasuresPrimary outcome was the patient’s age at the first encounter when BMI was ≥85th percentile. Patient-level predictors were sex, age, race/ethnicity, health insurance, and number of moves captured in the health record. Census tract-level predictors were density of bus stops, presence of grocery stores, and a Socioeconomic Deprivation Index.AnalysisMultivariable linear regression models assessed for independent associations between age of onset of overweight/obesity and predictors.ResultsPatients were 55.8% female, 73.6% black, and 79.1% publicly insured. Each additional move per year was associated with onset of overweight/obesity occurring 4.05 months earlier (P < .0001). No significant associations between age of onset of overweight/obesity and census tract-level density of bus stops (P = .82), presence of grocery stores (P = .39), and socioeconomic deprivation (P = .53) were demonstrated.ConclusionPublic policy efforts toward improving access to grocery stores or public transportation may not be sufficient to prevent childhood obesity. Population-level interventions related to improving housing may also reduce obesity.

COMMUNIQUE – La situation sociale des Wallon·nes : au-delà des indicateurs, une détérioration réelle

07 novembre 2022

L’Indice de situation sociale (ISS) est un indicateur synthétique complémentaire au PIB qui dresse le bilan du progrès sociétal de la Wallonie en comparaison avec l’évolution du PIB par habitant sur une période de dix-huit années. Cette année, le rapport ISS fait partie du volet « diagnostic » du programme d’évaluation du Plan de Relance de la Wallonie.

Cette nouvelle édition de l’ISS montre qu’entre 2004 et 2020, en tendance générale, la situation s’est améliorée puisque l’indice (base 100 = 2004) a évolué jusqu’à 106,4 en 2020. En comparaison avec l’évolution du PIB par habitant, cette augmentation est moins prononcée puisque le PIB par habitant a évolué jusqu’à 108,9 en 2020.

Les résultats montrent que la crise de la Covid-19 de 2020 a entraîné une contraction de l’activité économique et une chute du PIB associée à une amélioration des indicateurs sociaux d’état de la société et à un endiguement des indicateurs de déséquilibres socio-économiques qui étaient en forte hausse au cours des cinq dernières années. Les résultats estimés pour l’année 2021 montrent une reprise de l’activité économique et un maintien de la situation sociale moyenne des Wallon·nes, très probablement lié aux mesures publiques de soutien.

Une évolution positive de l’indicateur à nuancer

L’examen de l’évolution par dimension des indicateurs clés qui composent l’ISS apporte un éclairage nuancé sur les tendances observées. Par exemple :

  • Au niveau de l’emploi, on observe une progression du taux d’emploi et du salaire médian mais une forte augmentation des travailleurs en incapacité de travail de longue durée (burn-out, dépression).
  • En outre, un renforcement des déséquilibres socio-économiques et des inégalités sociales en forte hausse depuis 2016 : un accès de plus en plus difficile au logement pour les publics précarisés et une aggravation de la précarité énergétique ; un renforcement de l’écart relatif des taux d’emploi entre les travailleurs faiblement diplômés et les travailleurs hautement diplômés ; un appauvrissement des jeunes (18-24 ans) qui sont de plus en plus nombreux à recourir au CPAS pour bénéficier du revenu d’intégration sociale.

Au-delà des indicateurs, quels impacts des crises sur la vie des Wallon·nes ?

L’ISS offre un cadre statistique de référence qui est étayé dans ce rapport par une analyse quantitative et qualitative des impacts des crises et des phénomènes récents de transformation du climat de la planète sur l’évolution des conditions de vie et des inégalités sociales en Wallonie. Cette analyse complète et nuance l’information fournie par l’ISS.

Elle montre que l’enchevêtrement des crises – Covid-19 en 2020, inondations en 2021, guerre en Ukraine, inflation galopante en 2022, avec flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation notamment – affecte l’ensemble de la population et provoque une détérioration qualitative et quantitative de la situation de nombreuses personnes, dont beaucoup se trouvaient déjà en situation de précarité. En voici quelques enseignements :

L’état de santé mentale de la population wallonne est préoccupant, en particulier chez les jeunes. Les problèmes psychiatriques, quel que soit l’âge, sont insuffisamment pris en charge en raison de la saturation des services de santé mentale.

Sur le marché du travail, un écart croissant est observé entre d’un côté, un marché du travail « protecteur », avec ses salaires cohérents par rapport au travail et ses avantages et, de l’autre côté, des emplois à temps partiel et des emplois précaires moins protecteurs, dans des secteurs moins rémunérateurs et dans des postes qui offrent également moins de perspectives. Les femmes sont fortement surreprésentées dans la deuxième catégorie d’emplois (secteurs des soins et de l’aide sociale, du commerce, de l’Horeca, des titres services, …).

Sur le marché immobilier, la hausse des prix d’acquisition combinée à la flambée de l’inflation générale augmente les inégalités d’accès à la propriété pour les jeunes ménages et les ménages plus fragiles financièrement (vulnérabilité sur le marché de l’emploi, niveau de revenu, conditions plus difficiles d’octroi de prêt attendues dans le secteur bancaire). Parallèlement, la hausse des loyers sur le marché locatif privé, conjuguée à l’insuffisance du nombre de logements sociaux, menace l’accès au logement des publics précaires.

La vulnérabilité énergétique, très présente en Wallonie, s’intensifie de manière inquiétante : 29,5% des ménages wallons étaient touchés en 2020 par l’une ou l’autre forme de précarité énergétique selon le dernier baromètre de la précarité énergétique de la Fondation Roi Baudouin (2021) basé sur l’enquête EU-SILC 2020.

Depuis 2021, l’augmentation des multiples formes de précarité et l’arrivée sur le sol belge des réfugiés ukrainiens impactent l’afflux de demandes d’aides sociales équivalentes[1] (ASE) auprès des CPAS. En particulier, l’aide alimentaire a fortement augmenté entre 2020 et 2021 mais aussi les aides à la médiation de dettes, les aides financières renforcées en raison de la hausse des prix de l’énergie et les aides médicales non urgentes.

Dans ce contexte, la crainte de l’explosion du surendettement est réelle dans le chef de l’Observatoire du Crédit et de l’Endettement. Les médiateurs de dettes redoutent, pour 2022 et les années suivantes, une explosion des recours à la médiation de dettes et au règlement collectif de dettes pour des situations d’insolvabilité structurelle de revenus (conséquences des inondations et surtout de l’augmentation des prix des biens et services de différents postes du budget).

La vulnérabilité des Wallon.nes sur le plan des compétences numériques est élevée : 32 % de la population n’utilisent que peu ou pas les technologies numériques et seulement 29% sont capables d’utiliser des médias et des technologies numériques. Les publics les plus vulnérables sur le plan socio-économique sont les plus fragilisés face à l’augmentation de l’exigence de maîtrise des technologies numériques. Les facteurs de disparité les plus grands sont le niveau de diplôme, le niveau de revenu, l’âge et la situation familiale avec une très forte vulnérabilité des personnes isolées.

Dans les CPAS, les travailleurs sociaux sont confrontés à la gestion de problématiques nouvelles ou aggravées au cours des crises successives. Face à la démultiplication des tâches administratives, en l’absence d’une aide structurelle complémentaire, le travail social deviendrait plus administratif que social. Le temps d’écoute des usagers s’en trouve fortement réduit et ne permet plus d’établir le bilan des besoins et aides nécessaires en dehors de la seule demande d’accroche. La précarisation des publics isolés socialement s’en trouve d’autant plus aggravée.

Retrouvez le rapport complet sur notre site :

Personne de contact :

Aurélie Hendrickx, chargée de communication

0471/17.77.79

a.hendrickx@iweps.be

L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) est un institut scientifique public d’aide à la prise de décision à destination des pouvoirs publics. Autorité statistique de la Région wallonne, il fait partie, à ce titre, de l’Institut Interfédéral de Statistique (IIS) et de l’Institut des Comptes Nationaux (ICN).

Par sa mission scientifique transversale, il met à la disposition des décideurs wallons, des partenaires de la Wallonie et des citoyens, des informations diverses qui vont des indicateurs statistiques aux études en sciences économiques, sociales, politiques et de l’environnement. Par sa mission de conseil stratégique, il participe activement à la promotion et la mise en œuvre d’une culture de l’évaluation et de la prospective en Wallonie. Plus d’infos : https://www.iweps.be


[1] Ces aides ASE sont des aides complémentaires au revenu d’intégration.

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Le développement socioaffectif de l’enfant de 0 à 6 ans : caractéristiques et efficacité d’interventions mises en place au Canada

04 octobre 2022

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Les interventions visant les jeunes enfants sont parmi les plus profitables en termes de santé publique, notamment en raison de leur impact sur le développement du capital humain à l’âge adulte. Les compétences socioaffectives développées en bas âge sont liées à la réussite scolaire ultérieure, à la santé physique et mentale tout au long de la vie, et à la capacité d’entretenir des relations de qualité à long terme.

L’état de santé de la population en France à l’aune des inégalités sociales - DRESS

03 octobre 2022

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie un Dossier de la DREES sur l’Etat de santé de la population en France. Ce dossier en propose une synthèse et analyse les déterminants de de l’état de santé en mobilisant les données les plus récentes, avec un focus sur les inégalités sociales et territoriales de santé.

EN SAVOIR PLUS / https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/letat-de-sante-de-la-population-en


Nouveau! Sélection de ressources bibliographique sur l’impact de la crise COVID-19 sur les inégalité de santé en Belgique francophone

19 septembre 2022

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Brèves - 01 septembre 2022

Nouveau! Sélection de ressources bibliographique sur l’impact de la crise COVID-19 sur les inégalité de santé en Belgique francophone

L’Observatoire du sida et des sexualités (ULB) s’est donné l’objectif de dresser un état des lieux des connaissances scientifiques actuelles, en sciences humaines et sociales, sur l’épidémie de la Covid et ses effets sur les populations en Belgique francophone (avec un focus sur la Wallonie), les questions que soulèvent les mesures de prévention et les Plus d’infos

Note d’information sur le travail décent comme déterminant de la santé

23 août 2022

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Note d’information sur le travail décent comme déterminant de la santé

Le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé (CCNDS) a publié une Note d’information sur le travail décent comme déterminant de la santé qui fait partie d’une série intitulée « Ce qui détermine la santé ». La note d’information présente les répercussions du travail dan…

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Livret scientifique et citoyen « L’autonomie de vie comme droit humain »

11 août 2022

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Livret scientifique et citoyen « L’autonomie de vie comme droit humain »

Ce livret contributif invite à la poursuite d’un dialogue scientifique et citoyen pour penser et accompagner le changement de paradigme défendu par les promoteurs d’une société plus inclusive, visant à favoriser le respect des droits humains des personnes en situation de vulnérabilité et n…

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Health Care and Behavioral Service Use by Medicaid-Enrolled Adults After Release From Incarceration

27 juillet 2022

Psychiatr Serv. 2022 Jul 20:appips202200035. doi: 10.1176/appi.ps.202200035. Online ahead of print.

ABSTRACT

OBJECTIVE: This study explored the characteristics and health care utilization of adults released from state prisons and enrolled in Medicaid in Indiana, which has policies to facilitate timely enrollment.

METHODS: Medicaid claims and Department of Corrections data were used to examine demographic and incarceration characteristics and health care utilization patterns of adults (N=15,929) released from state prisons and enrolled in Medicaid within 120 days of release, between 2015 and 2018.

RESULTS: More than 80% of participants had at least one health encounter within 120 days of initiating coverage, and nearly 50% used the emergency department. Those enrolled in Medicaid within 30 days of release were more likely to have behavioral health needs and to utilize subacute behavioral health care than those who enrolled later.

CONCLUSIONS: Understanding these patterns of health care utilization is essential to operationalizing procedures and interventions to support the health care needs of adults involved in the criminal legal system.

PMID:35855622 | DOI:10.1176/appi.ps.202200035

Volcano: Between Structural Vulnerabilities and Collective Defence of Honor in Communities Surrounding an Open Dumpsite

27 juillet 2022
Qualitative Health Research, Ahead of Print.
This study analyzes the dynamics in which structural vulnerabilities are shaped and expressed in the day-to-day lives of people making a living from a garbage dump in Argentina. It is a mixed methods case study, qualitative driven with a collaborative cycle (2016-2021). The study is embedded in medical anthropology, social epidemiology and Latin America Social Medicine, with the focus on the ways people respond to inequalities locally. The findings contribute to the field of health disparities in three directions: 1) the description of patterns of segregation in South America peripheries, shedding light on cumulative disadvantages and multiple exposures; 2) the experience of living enmeshed in places with strong stigmas, revising the ways this source of discrimination become social suffering; and 3) the detection of the impact of collective action and social capital in providing material and symbolic resources for restoring dignity and honour that challenge depreciated status.

Structural Barriers to HIV Prevention and Services: Perspectives of African American Women in Low-Income Communities

27 juillet 2022
Health Education &Behavior, Ahead of Print.
BackgroundAfrican American women are at a disproportionate HIV risk compared with other U.S. women. Studies show that complex structural and social determinants, rather than individual behaviors, place African American women at greater risk of HIV infection; however, little is known about women’s views of what puts them at risk.AimsThis study sought to comprehend the perceptions of African American women living in low-income housing regarding the factors that influence both their personal sexual health behaviors and use of HIV prevention services.MethodsWe conducted seven focus groups with 48 African American women from 10 public housing communities in a small city in the southeastern United States. We analyzed the focus group transcripts using thematic data analysis to identify salient themes and points of interest related to the study aim.ResultsWomen identified factors related to the health care system (trustworthiness of the health care system), the external environment (racism, classism, patriarchal structures, and violence/crime), as well as predisposing (health beliefs, stigma, and gender norms), enabling (agency to negotiate gendered power), and need (perceived HIV risk and perceptions of partner characteristics) features of individuals in the population.ConclusionAfrican American women living in public housing are especially vulnerable to HIV infection due to intersectional discrimination based on racism, classism, gender power dynamics, and community conditions. Our findings confirm the need to develop HIV intervention programming addressing intersectional identities of those making up the communities they plan to address, and being informed by those living in the communities they plan to act on.

Health impact assessment of local policies: methodology and tools

27 juillet 2022
Global Health Promotion, Ahead of Print.
The aim of this work was to design some tools and a procedure for performing the Health Impact Assessment of municipal policies. A working group made up of municipal and public health specialists from the Valencian Community (Spain) was set up. After reviewing the tools used in other contexts, the Fem Salut? questionnaire for the simplified Health Impact Assessment of regional policies was adapted for use at the local level. A pilot study was carried out in six municipalities and local initiatives promoted by different sectors were analysed. Two workshops were held per municipality (with specialists and with citizens) and participatory techniques were used to identify the possible impacts on the social determinants of health, the population groups more particularly affected and the proposals for improvement. The feasibility of the methodology and the difficulties involved in carrying it out were discussed. A procedure was defined for the Health Impact Assessment of local initiatives in six steps: Describe (the municipality and the project), Extract (screening phase), Co-produce (participatory workshops), Integrate (the scientific evidence with the qualitative information obtained), Disseminate (to politicians, specialists and community) and Evaluate (direct and indirect results) (DECIDE). A guide was developed to facilitate its application at the local level along with two complementary tools (a questionnaire and worksheets). The technical group rated the process as simple and flexible, as well as being easy to adapt to the characteristics of the municipality and project. In addition to the cross-sectoral approach, the incorporation of citizen participation in the process is an important added value.

ACCÈS AU DÉPISTAGE DU CANCER CERVICO-UTÉRIN (CCU) DES FEMMES EN SITUATION DE PRÉCARITÉ – Mise en application d’un projet de recherche interventionnelle national par le Lotus Bus

20 juillet 2022

Présentation de l’intervention

Présentation générale de Médecins du Monde et du projet de recherche

Médecins du Monde (MDM), association médicale de solidarité internationale, s’engage depuis 40 ans à soigner les populations les plus vulnérables, à témoigner des entraves constatées quant à l’accès aux soins, à obtenir des améliorations durables des politiques de santé pour tous. En France et à l’international, ses actions visent à faciliter l’accès au système de santé à travers 5 thématiques : crises et conflits – santé sexuelle et reproductive – réduction des risques – migration, droits et santé – environnement et santé. En France, son intervention terrain est déployée à travers 59 programmes dans 29 villes, grâce à l’engagement de bénévoles actif.ve.s, appuyé.e.s par des salarié.e.s sur le terrain, en délégations régionales et au siège.

Entre 2016 et début 2019, MDM France, dans le cadre de sa mission visant à promouvoir l’accès aux soins des plus vulnérables, a mis en œuvre un projet de recherche, financé par l’Institut national du cancer (INCa), visant à améliorer le dépistage du cancer auprès de la population féminine fréquentant ses structures. Ce protocole de dépistage centré sur le cancer cervico-utérin (CCU) s’est établi sur les constats suivants :

  • 60% des femmes reçues (centres d’accueils de MDM, centres de santé, activités de proximité) n’ont jamais fait de dépistage du CCU,
  • La situation de grande fragilité du public féminin fréquentant MDM les expose à l’infection au Papillomavirus ; elles sont donc plus à risque de développer un CCU.

Selon le schéma d’étude, à partir d’une consultation de prévention, une orientation vers une structure partenaire était faite pour réaliser un frottis cervico utérin (FCU) ou bien une proposition d’auto-prélèvement (APV) pour la recherche d’une infection était réalisée au sein de MDM, faisant l’objet d’une orientation vers un partenaire pour la réalisation d’un FCU en cas de résultat positif.

Les étapes essentielles du projet se sont déclinées par : l’élaboration de celui-ci (2016), une période d’inclusions (2017/2018), l’analyse des résultats (2019) dont les principaux enseignements sont décrits dans le cadre d’un rapport[1].

Afin de mettre en œuvre son action, MDM a défini les programmes de son réseau susceptibles d’être pertinents et volontaires en matière de recrutement : Programmes CASO (centre d’accueil de soins et d’orientation), CAOA (centre d’accueil d’orientation et d’accompagnement), actions spécifiques et programmes auprès des travailleuses du sexe (TdS).

Ainsi, Le Lotus Bus, dispositif parisien d’accompagnement des TdS chinoises, a participé à ce protocole de recherche, ici appelé Projet INCa, participation qui fait l’objet de la présente fiche de capitalisation.

Le programme Lotus Bus

Créé en 2004, le Lotus Bus[2], constitué d’une équipe de trois salariées (une coordinatrice, une travailleuse sociale et une médiatrice en santé) et d’une cinquantaine de bénévoles (dont une trentaine particulièrement active), accompagne à l’année environ 1 000 TdS chinoises. En raison de leur profession, celles-ci sont globalement victimes de discriminations et de violence et ont un accès limité aux soins (dont le suivi gynécologique) et à leurs droits.

Les activités du programme Lotus Bus sont organisées en deux Pôles :

Pôle Accueil collectif et réduction des risquesPôle Suivi individuel
Organisation de tournées / maraudes quasiment quotidiennes dans différents lieux de Paris, avec des horaires fixes
 
–         Localisations
–   Bus installé dans le quartier de Crimée
–   Locaux associatifs ou centres sociaux (plus espacés que le bus, rendant plus facile la réalisation d’entretiens individuels) : quartier de Belleville, près de la Porte de Choisy, dans les locaux de l’association ARCAT près de la place de Clichy
–         Horaires
–   Entre 20h et 22h30 en général (moment de la jonction entre les femmes qui travaillent en journée et celles qui travaillent de nuit)
–   Pour chaque lieu, adaptation au mieux des horaires à la disponibilité des femmes
–         Equipe
–   Dans l’idéal, un·e bénévole avec un profil soignant, deux bénévoles sinophones, une bénévole paire
–         Activités
–   Accueil collectif anonyme
–   Prévention collective : santé gynécologique, transmission des IST, couverture maladie, etc.
–   Distribution de matériel de RdR (préservatifs en particulier),
–   Réalisation d’entretiens individuels, notamment pour les personnes se présentant pour la première fois
Permanence et autres activités organisées par la travailleuse sociale et la médiatrice en santé, avec le soutien de bénévoles
 
Permanences

–         Localisation
–   Locaux du Lotus Bus, dans le 12ième arrondissement de Paris
–         Horaires
–   Le jeudi après-midi
–         Activités pendant la permanence
–   Echanges avec la travailleuse sociale : suivi social (aide par rapport aux questions de couverture maladie), médical (coordination du parcours, prise de rendez-vous médicaux) et juridique (accueil des personne ayant subi des VLG, accompagnement dans les procédures judiciaires du dépôt de plainte à la demande d’indemnisation))
–   Réalisation d’entretiens de prévention
–   Entretiens pour les premières rencontres : présentation de MDM et du dispositif, échanges sur le parcours de la personne et ses besoins, informations en santé sexuelle et sur l’accès aux droits, couverture maladie et questions de violence, importance du médecin traitant, etc.
–   Distribution de préservatifs
–   Permanence psychologique par un·e bénévole psychologue, avec un·e interprète
–   Proposition de TROD VIH, VHC, Syphilis – outil de prévention qui permet d’aborder de nombreux sujets autour de la santé sexuelle

Autres activités du Pôle

–   Tournée virtuelle par la médiatrice en santé, pour échanger avec les TdS qui travaillent sur internet
–   Accompagnement individuel physique aux rendez-vous médicaux et juridiques par des bénévoles, la travailleuse sociale ou la médiatrice en santé
–   Présence de la médiatrice en santé sur différents groupes WhatsApp et WeChat (groupes qui comptent jusqu’à 600 femmes) : permet aux femmes de la contacter si besoin et de transmettre des messages sur la santé et les droits

Le Lotus Bus vise, dans une perspective de réduction des risques et d’empowerment, à répondre aux difficultés rencontrées par les TdS, en proposant des activités en la langue chinoise, dans une logique d’aller vers et non jugeante, en s’adaptant aux contraintes et attentes des personnes (sur les horaires des activités par exemple) et impliquant la communauté (travailleuses paires notamment).

L’équipe bénévole est composée de personnes pratiquant la langue chinoise (sinophones), quelques profils médicaux (médecins, infirmiers et infirmières, psychologues), personnes pouvant aider sur des points particuliers (aide logistique, chauffeurs, expertise juridique, etc.) et des bénévoles paires. Issues de la communauté (expérience du travail du sexe, soit actuelle soit passée), ces dernières sont présentes sur tous les lieux d’intervention, sont des relais communautaires essentiels du dispositif et sont impliquées dans les réflexions sur les activités, notamment dans le cadre de réunions décisionnelles.

En particulier, une équipe de bénévoles accompagne les femmes qui le souhaitent dans les lieux de soins, de droits ou dans le cadre de procédures judiciaires, afin de prendre en charge la traduction des échanges mais également pour sensibiliser les professionnels que rencontrent les TdS.

Les partenariats du Lotus Bus

Le Lotus Bus appuie ses activités sur des partenariats bien implantés, notamment avec des CeGIDD[3], plusieurs des CMS dans les différents quartiers[4] d’intervention et plusieurs plannings familiaux[5], comme le Centre de PMI Belleville (GOSB, groupe des œuvres sociales de Belleville) qui réserve une fois par semaine 4 consultations aux TdS accompagnées par le Lotus bus, pour lesquelles ils font venir un interprète.

Public concerné par le programme

Le Lotus Bus accompagne environ 1 000 femmes TdS chinoises présentant des profils différents :

 Femmes travaillant dans la rueFemmes travaillant sur internet en région parisienneFemmes travaillant sur internet en régions
Age moyenAutour de 50 ansEntre 25 et 35 ansAutour de 50 ans
ProfilGrande variété des parcours : Certaines n’ont pas nécessairement d’expérience du travail du sexe préalable. Elles ont pu exercer d’autres métiers en France auparavant (travail en atelier clandestin, nounou, etc.). A la suite de ces expériences, elles choisissent le travail du sexe notamment car il n’y a pas vraiment de réseau de proxénétisme dans cette communauté chinoise. Elles se sentent ainsi moins exploitées que pour d’autres activités professionnelles.D’autres assurent cette activité dès leur arrivée en France.Personnes qui ont pu exercer le travail du sexe dans d’autres pays auparavant.  Profil très développé depuis la loi de 2016 de pénalisation des clients (moins de clients dans la rue et hausse de la répression policière depuis cette loi). Elles travaillent depuis dans des lieux plus cachés, en régions.
Séjour en FranceMigration économique : payer les études ou le logement de leur(s) enfant(s) ou les frais de santé de leurs parents, rembourser des dettes liées à leur voyagePériodes de présence plus courtes (plus difficile de les accompagner dans l’accès aux soins, notamment pour leurs droits à l’assurance maladie car elles ne restent pas en France)Personnes très mobiles même si basées à Paris, et qui reviennent de temps en temps quelques jours à Paris
Maitrise de la langueParlent très peu français ou anglaisPeuvent communiquer en anglaisParlent très peu français ou anglais
Liens avec les actions de préventionElles connaissent en général bien les sujets de contraception, ont dans la majorité des cas un enfant, ont déjà bénéficié d’un suivi gynécologique. Elles connaissent globalement mal leur statut sérologique et sont mal informées sur les pratiques de réduction des risques liées au travail du sexe (préservatif notamment). Elles participent aux maraudes et à la permanence.Moins au courant des questions de santé sexuelle, elles n’ont par exemple pas forcément connu de suivi gynécologique dans leur vie.   Elles échangent principalement avec la médiatrice en santé via les réseaux sociaux. Elles peuvent venir à la permanence.Ces personnes sont moins vues qu’avant dans les actions de prévention. Elles diffèrent les soins car il est difficile dans leur situation de mettre en place des suivis médicaux et de programmer des rendez-vous. L’accompagnement est plus complexe à organiser pour ces personnes.

Déploiement du protocole de recherche au sein du dispositif du Lotus Bus

Le Projet INCa a été intégré dans les activités de permanence du Lotus Bus selon les modalités suivantes :

Certain·e·s bénévoles étaient également formé·e·s au TROD et pouvaient alors proposer aux femmes patientant dans la salle d’attente de réaliser les deux dépistages, ce qui était souvent apprécié.

Les éléments suivants étaient abordés dans le cadre de l’entretien :

  • Présentation et échanges concernant la consultation gynécologique et la réalisation d’un frottis
  • Echanges autour de la contraception
  • Présentation du papillomavirus, du CCU, explications sur l’intérêt du dépistage
  • Partage des prochaines étapes dans le parcours de dépistage

L’équipe du Lotus bus s’est appuyée, pour les entretiens en particulier, sur des outils créés au niveau national pour l’ensemble des parties prenantes du Projet INCa. Selon l’équipe du Lotus Bus, ces outils étaient adaptés aux activités, notamment dans la mesure où ils étaient élaborés dans différentes langues et qu’ils présentaient des illustrations facilitant l’explication du déroulement du projet. Il pouvait s’agir d’une affiche pour les salles d’attente, de planches illustrées comme outils de counseling, de notices, d’une note d’information didactique sur le Projet INCa, etc.  

En particulier, un carnet de prévention en santé sexuelle et reproductive a été élaboré en impliquant les différentes équipes de MDM mobilisées sur le programme et en recueillant l’avis des femmes concernées. Il a été décliné en 7 langues et était en format « sac à main », permettant aux femmes de l’emporter plus facilement avec elles.

Principaux éléments saillants dans la mise en œuvre

Articuler attentes des personnes et objectifs du protocole de recherche

Plusieurs réunions d’équipe ont été organisées afin de partager la décision de participer au Projet INCa. L’ensemble des membres de l’équipe a été sollicité à cette étape, y compris les bénévoles paires. Il a pu être parfois difficile de bien partager avec toutes et tous l’ensemble des enjeux liés à ce programme. En effet, ceux-ci ont pu sembler parfois trop théoriques par rapport aux activités menées au quotidien.

Il s’agissait de répondre en équipe à ces deux questions :

  • Quels sont les objectifs en participant à ce protocole de recherche ? Dépister plus largement ou travailler sur l’empowerment des TdS via ce projet ?
  • En quoi cette participation répond à certains des besoins des personnes et cela va-t-il dans leur intérêt ?

Plusieurs membres de l’équipe ont rapidement fait le parallèle entre le Projet INCa et l’activité de TROD, comme moyen de faire de la prévention via la réalisation du dépistage. En effet,  en ce qui concerne les TROD, l’objectif visé n’est pas uniquement le dépistage en tant que tel mais bien de s’appuyer sur cet outil pour créer un moment d’échange avec les TdS autour de sujets liés à la santé sexuelle (modalités de transmission des IST par exemple).

D’autres ont partagé quelques inquiétudes liées au protocole en tant que tel : proposer un auto-prélèvement risquait-il de diminuer l’intérêt des femmes de se rendre directement à une consultation gynécologique ? Comment gérer la différence de protocole d’un mois sur l’autre ? Comment articuler ce souhait de développer le dépistage avec la qualité des entretiens à réaliser ? Comment prendre le temps de la discussion ?

Enfin, des échanges ont porté sur le fait de participer en soi à un programme de recherche-action : comment conjuguer l’objectif global de la démarche de collecte de données avec la qualité de l’accompagnement des personnes ? Comment ne pas instrumentaliser ces dernières dans l’intérêt d’objectifs de recherche ?[6]

La dimension qualitative des échanges est majeure au sein du Lotus Bus et son intérêt est renforcé par la dimension communautaire du dispositif. En effet, en échangeant longuement avec une personne, on ne touche pas que cette personne mais plusieurs membres de la communauté, le bouche à oreille fonctionnant bien. Ce phénomène, difficilement quantifiable, a déjà permis d’atteindre des personnes que le Lotus Bus n’accompagne pas d’habitude.

S’il a été décidé de s’engager dans le Projet INCa, les points d’attention partagés par l’équipe ont fait l’objet d’une vigilance commune, notamment via des échanges réguliers avec les participantes au projet afin de s’assurer de sa pertinence et de son adéquation à leurs attentes.

« Les réticences, c’était aussi le fait de participer à une recherche-action et que ça ne réponde pas vraiment aux besoins des personnes et qu’au final, l’aspect « protocole » prenne le pas sur ce qu’on veut proposer aux usagères. Finalement, la communauté s’est saisie de ce protocole, c’est-à-dire que les femmes elles-mêmes se sont débrouillées pour avoir accès à ce qui les intéressait dans la recherche-action. Donc ça n’a pas été un problème pour l’équipe, parce qu’au final, on n’a pas eu l’impression d’imposer quelque chose à nos usagères qui ne répondraient pas à leurs besoins. »

Nora Martin-Janko, Coordinatrice du Programme Lotus Bus 

Une préférence pour les mois avec auto-prélèvements

Les femmes accompagnées par le Lotus Bus ne souhaitent en général pas perdre du temps sur des activités qu’elles jugent non prioritaires pour leur santé. Aussi, elles ne sont parfois pas très réceptives aux messages de prévention tant qu’elles se sentent bien, qu’elles n’ont pas de symptômes. Elles sont, de plus, souvent pressées, au regard de leur activité professionnelle. Il s’agit donc de leur proposer des activités qui ont du sens pour elles, qui ne leur donnent pas l’impression de « perdre leur temps ».

Au fur et à mesure de la mise en œuvre du protocole, les équipes du Lotus Bus ont constaté une plus forte appétence des femmes pour les mois comprenant la réalisation d’un auto-prélèvement au sein de la permanence. Ce constat est spécifique au Lotus Bus par rapport aux autres sites de MDM mobilisés sur le Projet INCa. 

Selon l’équipe du Lotus Bus, les raisons de cette préférence sont diverses :

  • Les activités de dépistage du CCU étaient au Lotus Bus préexistantes à la mise en place du Projet INCa. En effet, dans le cadre des activités courantes du dispositif, les femmes pouvaient déjà être orientées vers des partenaires, comme les plannings familiaux, pour la réalisation de consultations gynécologiques. La possibilité de réaliser un auto-prélèvement au niveau de la permanence était la réelle nouveauté du Projet INCa par rapport aux activités existantes.
  • Il pouvait être parfois difficile de proposer aux femmes un entretien de 30 minutes pour ensuite orienter directement vers une consultation gynécologique, sans qu’il y ait d’auto-prélèvement. La plus-value de ce seul entretien était difficile à faire percevoir, même si, une fois réalisés, ils étaient jugés intéressants et pertinents, notamment en matière d’empowerment et de développement des connaissances.
  • Comme pour les TROD, les TdS qui se présentent à la permanence du Lotus Bus étaient intéressées de réaliser l’examen sur place : cela représente un gain de temps pour elles, notamment pour celles qui ne vivent pas toute l’année à Paris. Le protocole comprenant un auto-prélèvement et la remise de résultats sur place leur apportait une flexibilité adaptée à leur activité professionnelle et a permis de développer le dépistage pour ce groupe de TdS spécifique.
  • Le bouche à oreille a fonctionné par rapport à cette modalité d’examen sur place : les mois sans examen sont devenus rapidement moins plébiscités par les femmes concernées.

« Pour que ça fonctionne, il faut une carotte, pour attirer les personnes vers quelque chose. Elles voient ensuite l’intérêt. Et puis le discours pendant l’entretien doit être adapté pour être entendu par la personne et utile. Ce qui compte, c’est l’intérêt pour la personne, qu’elle ait accès à quelque chose de profitable pour elle, pour sa santé. »

Julan Huang, médiatrice en santé

Au regard de ces constats, il a pu être difficile pour l’équipe de maintenir sur la durée les mois sans auto-prélèvement. Comment proposer d’un mois sur l’autre des services différenciés, en particulier quand, pendant les mois sans auto-prélèvement, les TdS demandaient pourquoi elles ne pouvaient le réaliser. Il n’était alors pas simple d’expliquer la logique du protocole.

L’annonce des résultats : expliquer et rassurer sans minimiser

Dans le cadre du protocole, les femmes pouvaient revenir récupérer leurs résultats à la permanence, après deux semaines. Une date limite était fixée mais était suffisamment lointaine pour s’adapter à leurs contraintes d’organisation. Les bénévoles étaient formé·e·s à la lecture et l’annonce des résultats. Ce n’était cependant pas toujours évident à réaliser (résultats parfois difficiles à bien interpréter).

A terme, c’est principalement la médiatrice en santé qui réalisait cette annonce. Il fallait en effet expliquer les choses, rassurer tout en faisant prendre conscience de l’importance des examens complémentaires à réaliser si le résultat était positif. Les nuances n’étaient pas évidentes à faire percevoir (entre positivité au test et présence d’un cancer). Quel que soit le résultat, une orientation vers une consultation gynécologique était proposée, en utilisant les plages dédiées proposées par les structures partenaires.

En général, les femmes venaient chercher leurs résultats. L’équipe du Lotus Bus ne réalisait pas de travail de relance pour inviter les femmes à venir chercher leurs résultats : chaque femme est libre de venir prendre connaissance de ses résultats et il est important de respecter leur choix, de ne pas imposer.

« Le non-jugement, ça se travaille »

L’ensemble des bénévoles impliqués dans le projet ont bénéficié de plusieurs sessions de formations effectuées au niveau national par MDM. Elles ont porté sur les problématiques de santé sexuelle et reproductive, le papillomavirus, le CCU, des notions d’anatomie et de gynécologie, la prévention, mais aussi le protocole de recherche, le déroulé et le contenu de l’entretien, les techniques de counseling ou l’utilisation du Dossier informatisé (DPI) pour rentrer les données des personnes rencontrées.

Le Counseling, approche anglo-saxonne de la relation d’aide, se définie comme un accompagnement relationnel « favorisant la confrontation avec les problèmes rencontrés et la recherche de ressources internes et externes pour faire face à ces problèmes ». Il est question avec cette démarche de créer « un partenariat avec la personne en difficulté afin de pouvoir, ensemble, rechercher et trouver des stratégies ».

Concernant le counseling, des mises en situation, tests et jeux de rôles étaient utilisés pendant la formation, sur une journée, afin de travailler la posture et les techniques d’entretien et d’écoute. Il s’agit d’apprendre à s’inscrire dans une approche centrée sur la personne, ses connaissances et ses souhaits. Pour l’équipe du Lotus Bus, il aurait été intéressant de renforcer la formation sur ce point, en permettant plus de mises en situation et, ainsi, de travail sur les postures de chacun·e.

« Celles et ceux qui s’en sortent le mieux ont une compréhension à la fois interculturelle et des problématiques des personnes. Les bénévoles qui font à la fois des TROD, des maraudes, des accompagnements, étaient les mieux à même de mener ces entretiens parce qu’ils projettent probablement moins de choses personnelles dans les échanges avec les personnes, parce qu’ils ont cette vision un peu plus poussée des réalités des personnes.. »

Nora Martin-Janko, Coordinatrice du Programme Le Lotus Bus

Par ailleurs, l’expérience a montré que ce sont les bénévoles les plus anciens, connaisseurs des activités du Lotus Bus et des attentes et souhaits des TdS chinoises, qui étaient le plus à l’aise dans le suivi du protocole et la réalisation des entretiens. Cela a pu être plus difficile pour les nouveaux bénévoles, recrutés spécifiquement pour le Projet INCa.

Des points d’attention identifiés par l’équipe du Lotus Bus quant à la posture à adopter en entretien de prévention

Le non-jugement est une dimension fondamentale du counseling. Dans le cadre d’un entretien, le simple fait de dire à une personne « c’est bien », c’est déjà porter un jugement. Il est ainsi nécessaire de faire attention à ne pas trop valoriser de manière positive un comportement. En effet, dans ce cas, les personnes qui parfois vont prendre un risque et ne pas suivre ce comportement valorisé pourraient à l’avenir ne pas oser en parler.

Un autre point de vigilance concernant la posture est lié à  « l’empathie mal placée ». Cette attitude pendant l’entretien peut en effet empêcher l’animateur de prévention ou le bénévole d’être attentif aux ressources propres de la personne lui permettant d’être en capacité de prendre des décisions pour elle-même.  

Principaux enseignements

Des retours positifs des femmes participant au programme

Le Projet INCa a montré tout l’intérêt des auto-prélèvements réalisés sur place, avec remise des résultats, pour les TdS accompagnées par le Lotus Bus, notamment celles plus rarement présentes à Paris.

Les retours des femmes ayant participé au Projet INCa sont globalement positifs :

  • Il était pour elles intéressant de bénéficier de deux actions pendant leur visite à la permanence : l’entretien de counseling et l’auto-prélèvement.
  • La possibilité de récupérer les résultats au moment où cela leur convient le mieux était confortable.
  • Même si elles étaient a priori plus intéressées par l’auto-prélèvement, elles ont globalement jugé l’entretien intéressant et pertinent. Certaines ont cependant partagé le fait que les entretiens comprenaient peut-être trop de questions, et des questions parfois trop complexes.

Le bouche à oreille a fonctionné au sein de la communauté : il n’était pas rare que des femmes se présentent spécifiquement pour bénéficier de l’entretien du Projet INCa et d’un test de dépistage.

Ce projet est jugé pertinent par l’équipe car il a permis de dépister plus largement que d’habitude, notamment, des personnes qui ne l’auraient pas été sinon, qui ne seraient peut-être pas allées voir un gynécologue. De plus, certaines femmes n’auraient probablement jamais franchi la porte du Lotus Bus sans cette activité nouvelle.

Plus globalement, c’est la confiance en l’équipe du Lotus Bus qui a favorisé l’inscription des TdS participantes dans ce parcours gynécologique. Le rôle des bénévoles, et, en particulier, de la médiatrice en santé, a ainsi été clé : expliquer, accompagner, rassurer, répéter les messages avec patience.

Un nombre limité de perdues de vue dans le projet

Il a été constaté très peu de perdues de vue dans les parcours proposés via le Projet INCa au Lotus Bus : la grande majorité des femmes sont venues prendre connaissance de leur résultat et se sont rendues à la consultation gynécologique ensuite proposée et planifiée (notamment en cas de résultat positif).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce constat :

  • La démarche communautaire dans laquelle s’inscrit le Lotus Bus crée un environnement favorable : les échanges avec les TdS paires et les discussions entre femmes elles-mêmes, ont eu un impact sur les parcours. Par exemple, il pouvait arriver qu’une femme à qui il était proposé un rendez-vous via le Lotus Bus demande si une de ses amies pouvait également avoir un rendez-vous pour qu’elles y aillent ensemble.
  • Le fait de proposer un accompagnement physique pour les rendez-vous et un interprétariat facilite également le passage de l’annonce du résultat à la consultation gynécologique.
  • Le fait que les consultations sont dédiées aux personnes accompagnées par le Lotus bus garantit que le médecin saura s’adapter aux attentes et besoins des TdS, élément majeur pour la qualité de la prise en charge.

« Au-delà de la question de la langue, je pense que pour plein de raisons, les consultations dédiées fonctionnent, parce que c’est une garantie d’avoir quand même une consultation où le médecin, il sait à quel public il parle. Déjà, […] au-delà de la langue, je pense ce qui est important pour les personnes, c’est qu’elles n’ont pas besoin d’expliquer au médecin qu’elles sont travailleuses du sexe. Le médecin le sait déjà parce que c’est une consultation dédiée. Je pense que ça joue beaucoup sur le fait de ne pas avoir à verbaliser les choses. En fait, il n’y a pas besoin de dire : « Oui… Je me prostitue… » et de devoir expliquer pourquoi, répondre à des questions gênantes.. »

Nora Martin-Janko, Coordinatrice du Programme Le Lotus Bus 
  • De plus, avec les partenaires, une organisation spécifique est mise en place pour permettre un suivi. Ainsi, dans le cas de la prescription d’un examen complémentaire lors de la consultation gynécologique, le médecin de la structure partenaire rédige deux courriers, pour la personne et pour le Lotus Bus, afin que l’équipe accompagne la personne dans la prise du rendez-vous. La personne peut ainsi être accompagnée par le Lotus Bus ou organiser elle-même la suite de son parcours.

« Donc je pense que cet accompagnement global et physique, et qui n’est pas juste « one-shot » : « Je t’oriente et après, tu te débrouilles », c’est rassurant pour les personnes. Du coup, ça leur coûte moins de se lancer dans un parcours de soins qui, en plus, est psychologiquement difficile. »

Nora Martin-Janko, Coordinatrice du Programme Le Lotus Bus 

L’auto-prélèvement comme outil permettant une action de prévention

Le Projet INCa s’est achevé en début d’année 2019. Ces modalités n’ont pas pu être maintenues en routine car un budget était dédié à l’interprétariat pour les entretiens, budget non maintenu à la fin du Projet INCa. De ce fait, le fonctionnement en place auparavant a repris, avec des orientations directes vers des consultations gynécologiques possibles dans le cadre des différentes activités du Lotus Bus. Certains partenariats mis en place pour le projet ont cessé, faute de demande suffisante pour remplir les plages de consultations dédiées.

Actuellement, une réflexion est menée au sein de l’équipe pour proposer des auto-prélèvements au même titre que les TRODs, dans un objectif de prévention et discussion autour des pratiques. 

L’équipe serait cependant intéressée de remettre en place les auto-prélèvements, non pas pour se substituer au dispositif de droit commun mais pour y recourir, comme les TROD, en tant qu’outil de prévention supplémentaire, attractif pour les femmes et qui permet d’aborder en profondeur, avec elles, dans le cadre d’entretiens dédiés, les sujets liés.

Il s’agirait d’ailleurs de privilégier cette activité pour les TdS qui voyagent beaucoup dans le cadre de leurs activités et ont des difficultés à organiser leurs parcours gynécologiques. Les TdS qui travaillent et vivent toute l’année à Paris peuvent plus facilement accéder à des consultations gynécologiques directement, sans avoir besoin de réaliser un auto-prélèvement à la permanence du Lotus Bus.

Enfin, le Lotus Bus continue à utiliser les outils créés dans le cadre du Projet INCa dans la mesure où ils sont jugés pertinents par l’équipe et les TdS (cf. documents en annexe)

Des enseignements sur les modalités de participation des personnes concernées par les projets

L’équipe s’est interrogée, notamment en lien avec le Projet INCa, sur les modalités de participation des personnes concernées. Cette réflexion est au cœur des questionnements plus généraux de l’équipe sur le bon niveau de mobilisation des personnes accompagnées par le dispositif du Lotus Bus.

Il semble tout d’abord plus intéressant d’interroger les personnes sur les modalités du projet que sur son intérêt intrinsèque a priori. En effet, il est difficile pour les personnes de se prononcer en amont sur l’intérêt et la pertinence d’une nouvelle activité. Cela peut être évalué ensuite.

En revanche, il est toujours important de recueillir leur regard sur la façon de mettre en œuvre un nouveau projet, comme par exemple les questions suivantes :

  • Quel est leur besoin d’accompagnement ? Y-a-t-il en particulier des questions liées à la langue ?
  • Souhaitent-elles des consultations dédiées, ou est-ce qu’elles veulent juste qu’on leur donne une adresse et pouvoir choisir quand elles y vont et comment ?
  • Souhaitent-elles être appelées lorsque les résultats sont disponibles ?

Par ailleurs, un point d’attention est lié au risque de « caution paire ». Parfois, dans une logique participative, des bénévoles paires sont conviées à des réunions (de cadrage du projet par exemple), mais à des horaires qui ne leur conviennent pas, principalement menées dans une langue qui n’est pas la leur, avec des codes de participation qui ne sont pas les leurs, etc.

Il peut en fait être plus intéressant d’organiser leur participation au projet de façon différente, par exemple informelle : en discutant pendant la permanence ou pendant les tournées, en partageant des informations, etc.

Cette dimension participative est très présente au sein du dispositif du Lotus Bus, ce qui génère beaucoup d’échanges au sein de l’équipe sur comment mobiliser au plus juste, au bon moment, de la bonne façon et en tenant compte des contraintes et attentes des travailleuses paires.

« On envisage aussi parfois de se dire : « On ferait pas une petite réunion préparatoire avec la médiatrice en santé et les bénévoles paires, et peut-être pas forcément une réunion à la permanence, mais se retrouver un soir au café, dans un quartier qui leur correspond plus, pour recueillir leurs avis, dans un contexte où, en fait, elles se sentent plus légitimes pour parler ? »Je pense que y a plein d’enjeux très intersectionnels qui sont hyper intéressants à explorer. »

Nora Martin-Janko, Coordinatrice du Programme Le Lotus Bus

Dans le cadre du Projet INCa en particulier, une attention a été portée à l’implication des personnes concernées par la démarche afin de prendre connaissance de leur avis sur la pertinence et la réponse à un besoin existant. Si c’était à refaire, l’équipe aurait souhaité aller plus loin dans l’explication du projet : ce qu’implique la participation à une recherche action, les questions que peut poser le fait de collecter des données sur les personnes et leur parcours, etc.

L’équipe s’est ainsi interrogée sur le bon niveau d’informations transmises aux personnes afin de s’assurer de leur consentement éclairé. Mais il faut également équilibrer cette nécessité d’information avec le temps qu’on y consacre, pour ne pas qu’il se fasse au détriment d’autres activités potentiellement plus intéressantes ou importantes pour les personnes. Ainsi, il fallait trouver l’équilibre, notamment dans le cadre des entretiens, entre le temps passé à expliquer le protocole et recueillir le consentement de la personne et le temps dédié aux échanges et au renforcement des connaissances.


[1] https://www.medecinsdumonde.org/statement/les-travailleuses-du-sexe-chinoises-a-paris-face-aux-violences/

[2] Ce dispositif a fait l’objet d’un travail de capitalisation en 2019, mené par PromoSanté IDF, dans le cadre du dossier « Comprendre & Agir » sur la thématique de la Littératie en santé : https://www.promosante-idf.fr/file/64931/download?token=JGeZNzTY

[3] Exemple du CeGIDD de l’hôpital Fernand Widal : vient sur les tournées pour effectuer des dépistages (VIH, hépatites, prélèvements sanguin, buccal et vaginal, avec auto-prélévement)

[4] Exemple du CMS de Belleville 

[5] Exemple du GOSB 

[6] Des éléments de réponse à cette dernière question peuvent être trouvés dans la « Charte éthique de la recherche » de MdM.

L’article ACCÈS AU DÉPISTAGE DU CANCER CERVICO-UTÉRIN (CCU) DES FEMMES EN SITUATION DE PRÉCARITÉ – Mise en application d’un projet de recherche interventionnelle national par le Lotus Bus est apparu en premier sur CAPS.

Discriminations et santé : lutter contre les discriminations pour réduire les inégalités de santé

14 juillet 2022

Les discriminations entraînent un traitement défavorable et inégalitaire à l’égard d’une personne en raison d’un critère défini par la loi (sexe, âge, handicap, origine, etc.) et surviennent dans différentes situations (accès à un emploi, un service, etc.). Elles sont un sujet clivant : la prégnance des discriminations, voire leur existence, est parfois contestée, déniée, alors même qu’il existe de nombreuses enquêtes et données témoignant de la façon dont elles touchent quotidiennement de nombreuses personnes et groupes. Les discriminations dans l’accès à la santé sont concrètes (refus de soin pour des personnes allophones ou possédant la Complémentaire santé solidaire (C2S) par exemple) et leurs effets sur la santé sont connus (mauvaise ou non prise en charge, stress, risques de développement de pathologies, etc.). Les discriminations peuvent concerner tous les déterminants de la santé et génèrent des inégalités...
EN SAVOIR PLUS / https://www.fabrique-territoires-sante.org/wp-content/uploads/2022/07/DR-DISCRIMINATIONS-ET-SANTÉ.pdf