Enseignants
Langue
d'enseignement
d'enseignement
Français
Thèmes abordés
Le séminaire traitera d’un thème dans le domaine de la bioéthique ou l’éthique clinique déterminé par ses titulaires en fonction de projets de recherche auxquels ils prennent part. Il veillera à assurer une participation active des étudiant·e·s aux séances. Il pourra associer des professeurs, chercheurs et cliniciens de l’UCLouvain intéressés ainsi que des spécialistes du thème extérieurs à l’UCLouvain.
Acquis
d'apprentissage
d'apprentissage
A la fin de cette unité d’enseignement, l’étudiant est capable de : | |
| 1 | traiter un thème de recherche dans le domaine de la bioéthique ou l’éthique clinique sur la base d'une analyse critique des principaux travaux et textes d'auteurs abordant le thème en question ainsi que des contributions présentées dans le cadre du séminaire ; |
| 2 | rédiger une communication scientifique sur une question de recherche précise et pertinente au regard du thème abordé par le séminaire ; |
| 3 | prendre part activement à une recherche collective en bioéthique ou éthique clinique, notamment par la participation à la discussion de contributions dans le cadre du séminaire. |
Contenu
Epistémologie de l'ignorance et réflexivité de l'éthique
Le séminaire de cette année portera sur les travaux qui s’inscrivent dans le champ de l’épistémologie de l’ignorance. Ce terme a été initialement forgé par Charles Wade Mills dans ses travaux consacrés aux racines de la suprématie blanche. L’ignorance blanche renvoie à des mécanismes cognitifs qui empêchent les Blancs de « comprendre le monde qu’ils ont eux-mêmes créé » (Mills). Des épistémologies féministes ont également montré comment les pratiques de production des savoirs et de l’ignorance « désavantagent systématiquement les femmes et d’autres groupes subordonnés » (Anderson, 2015). En s’inspirant du Women’s Health Movement qu’elle qualifie de « mouvement de résistance épistémologique » (2006), Nancy Tuana a ainsi proposé une typologie des formes d’ignorance en médecine. Miranda Fricker a quant à elle problématisé l’épistémologie de l’ignorance en dénonçant une double injustice : l’absence de ressources interprétatives collectives permettant à certains individus et groupes de rendre compte de leur expérience (hermeneutical injustice) et le déni de la crédibilité de la capacité à témoigner de son expérience (testimonial injustice). La critique décoloniale s’est également saisie de ce thème de l’ignorance. A titre d’exemple, Malcom Ferdinand a montré comment « l’habitat colonial » (« une manière violente d’habiter la Terre, asservissant des terres, des humains et des non-humains au désir des colonisateurs » (Ferdinand et Jas, 2022) a contribué à produire de l’ignorance dans le cas du scandale du chlordécone dans les Antilles. D’autres travaux encore ont pu insister sur le fait qu’il ne fallait pas réduire la portée de cette épistémologie, cette « agnotologie » (Proctor), aux productions volontaires du déni et du doute par certains acteurs, et mettent en avant des « dimensions moins visibles » (Boudia et Henry, 2022) de la question de l’ignorance. Comme l’écrivent Bensaude-Vincent et Dorthe, « le régime technoscientifique, son système de financement, etc., génère de l’ignorance, qui n’est plus stratégique, intentionnellement construite, mais systémique, omniprésente et invisible » (2023).
Face à ce vaste champ, l’objectif du séminaire triple. D’une part, le cartographier et en faire la généalogie. La prolifération conceptuelle de ce champ – épistémologie de l’ignorance, inégalité épistémique, agnotologie, undone science, épistémicide, etc. – requiert un tel travail. Deuxièmement, dans le cadre du présent séminaire de bioéthique et d’éthique biomédicale, nous nous concentrerons principalement sur l’application de ce champ au domaine de la santé. Enfin, une hypothèse sera testée au fil du séminaire. A lire certains auteurs, l’épistémologie de l’ignorance renverrait à une éthique sectorielle et appliquée, comme semble l’indiquer cette citation de Fricker au seuil de son livre Injustice épistémique, Le pouvoir et l’éthique du savoir : « Ce livre explore l’idée selon laquelle il existe un genre d’injustice qui est distinctivement épistémique » (25). Nous défendrons quant à nous l’idée que l’épistémologie de l’ignorance peut être l’occasion pour l’éthique d’exercer une forme de réflexivité, ce que l’on peut qualifier, à la suite de Rahel Jaeggi, une critique de second ordre, une critique immanente de nos formes de vie, de l’éthicité contemporaine.
Le séminaire de cette année portera sur les travaux qui s’inscrivent dans le champ de l’épistémologie de l’ignorance. Ce terme a été initialement forgé par Charles Wade Mills dans ses travaux consacrés aux racines de la suprématie blanche. L’ignorance blanche renvoie à des mécanismes cognitifs qui empêchent les Blancs de « comprendre le monde qu’ils ont eux-mêmes créé » (Mills). Des épistémologies féministes ont également montré comment les pratiques de production des savoirs et de l’ignorance « désavantagent systématiquement les femmes et d’autres groupes subordonnés » (Anderson, 2015). En s’inspirant du Women’s Health Movement qu’elle qualifie de « mouvement de résistance épistémologique » (2006), Nancy Tuana a ainsi proposé une typologie des formes d’ignorance en médecine. Miranda Fricker a quant à elle problématisé l’épistémologie de l’ignorance en dénonçant une double injustice : l’absence de ressources interprétatives collectives permettant à certains individus et groupes de rendre compte de leur expérience (hermeneutical injustice) et le déni de la crédibilité de la capacité à témoigner de son expérience (testimonial injustice). La critique décoloniale s’est également saisie de ce thème de l’ignorance. A titre d’exemple, Malcom Ferdinand a montré comment « l’habitat colonial » (« une manière violente d’habiter la Terre, asservissant des terres, des humains et des non-humains au désir des colonisateurs » (Ferdinand et Jas, 2022) a contribué à produire de l’ignorance dans le cas du scandale du chlordécone dans les Antilles. D’autres travaux encore ont pu insister sur le fait qu’il ne fallait pas réduire la portée de cette épistémologie, cette « agnotologie » (Proctor), aux productions volontaires du déni et du doute par certains acteurs, et mettent en avant des « dimensions moins visibles » (Boudia et Henry, 2022) de la question de l’ignorance. Comme l’écrivent Bensaude-Vincent et Dorthe, « le régime technoscientifique, son système de financement, etc., génère de l’ignorance, qui n’est plus stratégique, intentionnellement construite, mais systémique, omniprésente et invisible » (2023).
Face à ce vaste champ, l’objectif du séminaire triple. D’une part, le cartographier et en faire la généalogie. La prolifération conceptuelle de ce champ – épistémologie de l’ignorance, inégalité épistémique, agnotologie, undone science, épistémicide, etc. – requiert un tel travail. Deuxièmement, dans le cadre du présent séminaire de bioéthique et d’éthique biomédicale, nous nous concentrerons principalement sur l’application de ce champ au domaine de la santé. Enfin, une hypothèse sera testée au fil du séminaire. A lire certains auteurs, l’épistémologie de l’ignorance renverrait à une éthique sectorielle et appliquée, comme semble l’indiquer cette citation de Fricker au seuil de son livre Injustice épistémique, Le pouvoir et l’éthique du savoir : « Ce livre explore l’idée selon laquelle il existe un genre d’injustice qui est distinctivement épistémique » (25). Nous défendrons quant à nous l’idée que l’épistémologie de l’ignorance peut être l’occasion pour l’éthique d’exercer une forme de réflexivité, ce que l’on peut qualifier, à la suite de Rahel Jaeggi, une critique de second ordre, une critique immanente de nos formes de vie, de l’éthicité contemporaine.
Méthodes d'enseignement
Le séminaire consistera en des exposés théoriques sur la thématique du cours et des discussions interactives autour de ceux-ci.
Modes d'évaluation
des acquis des étudiants
des acquis des étudiants
L'évaluation portera, d'une part, sur la réalisation d'un travail personnel en lien avec le cours et, d'autre part, sur la participation active au séminaire.
Ressources
en ligne
en ligne
Un porte-feuille de textes sera déposé sur la page Moodle du cours. Une liste de lectures préalables à chaque cours sera indiquée.
Faculté ou entité
en charge
en charge