Données scientifiques : réutiliser plutôt que produire !
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Dans un article d’opinion publié dans la revue Nature, Alexandre Heeren, Professeur à l’UCLouvain et Maître de recherche FNRS, appelle à la sobriété des données dans la recherche. Il invite ainsi le monde scientifique à réutiliser un maximum la « matière première » de la science disponible afin d’être en phase avec les grandes transitions en cours.
Sobriété des données, intégrité scientifique, impact environnemental : dans un article d’opinion « Encouraging a ‘data sufficiency’ mindset is key for responsible research », paru dans la prestigieuse revue Nature, le Pr. Alexandre Heeren invite la communauté scientifique à repenser l’acte même de produire des données scientifiques.
Un nouveau regard sur la « matière première » de la science
Depuis une décennie, le concept de « sobriété numérique » s’applique surtout aux usages quotidiens : streaming, cloud, serveurs… Mais Alexandre Heeren propose une extension de ce principe à la recherche elle-même, en s’intéressant à la première phase : la collecte des données scientifiques.
Trop souvent, cette étape – qu’elle prenne la forme d’expériences en laboratoire ou d’études de terrain – est considérée comme neutre ou inévitable. Or, elle a un coût environnemental bien réel, rarement pris en compte : énergie, déplacements, matériel, stockage… Dans son article, le Pr Heeren propose un changement de perspective : intégrer l’empreinte carbone de chaque nouvelle collecte de données dans les décisions scientifiques. Une invitation à se demander : en ai-je vraiment besoin ?
Un changement de culture
Mais l’article va plus loin. Il appelle à revaloriser la réutilisation des données existantes, souvent dépréciée par rapport à la production de données inédites, jugée plus « prestigieuse ». Pour Alexandre Heeren, l’impact scientifique ne devrait pas se mesurer à l’unicité d’un jeu de données, mais à l’usage intelligent de ressources déjà disponibles.
Ce changement de culture pourrait se traduire concrètement dans les systèmes d’évaluation : au même titre que les critères d’intégrité ou de rigueur méthodologique, l’empreinte carbone d’un projet ou d’un parcours académique pourrait devenir un indicateur à part entière, notamment dans les dossiers de financement ou de promotion.
Une idée en phase avec les grandes transitions en cours
Cette proposition arrive à un moment charnière. D’une part, la réforme des politiques d’évaluation de la recherche s’accélère en Europe (avec l’initiative CoARA [Coalition for Advancing Research Assessment] et les efforts pour sortir du tout-facteur-d’impact). D’autre part, les nouvelles obligations réglementaires liées à la directive européenne « CSRD » relative à la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises de responsabilité sociétale des entreprises pousseront bientôt les institutions, y compris les universités, à mesurer et réduire leurs émissions carbone.
Dans un contexte de crise climatique, de pressions budgétaires et de sobriété énergétique, la réflexion du Pr Heeren apporte une piste concrète, peu explorée jusqu’ici, mais à fort potentiel : réduire les émissions invisibles du monde académique en encourageant une sobriété des données.
À travers cette publication, Alexandre Heeren pose un jalon important : celui d’une science plus responsable, lucide sur ses impacts, et capable d’évoluer sans renoncer à l’excellence. Une contribution originale et stratégique, à quelques mois de la COP30, pour aider les universités à penser autrement leur rôle dans la transition.