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Âgisme, « gentil » ou « hostile », même racines

uclouvain |

uclouvain
1 October 2025

Trop protéger nos aînés revient à les déprécier. C’est ce que des chercheurs de l’UCLouvain démontrent dans une nouvelle publication : le « gentil » âgisme partage les mêmes racines que l’âgisme hostile. Le registre change, pas le mécanisme. Parmi les caractéristiques psychologiques liées à l’âgisme on retrouve notamment l’anxiété liée à la mort. 

Deux chercheurs de l’UCLouvain signent une publication sur l’âgisme bienveillant, celui qui « veut le bien » (surprotection des personnes âgées face à des faiblesses supposées), et l’âgisme hostile, ouvertement dépréciatif (perception des aînés comme susceptibles/difficiles, accaparant des ressources, exerçant pouvoir et influence, empiétant sur l’espace social des plus jeunes). 

Leur conclusion : même quand animé de bonnes intentions, l’âgisme reste une forme de discrimination qui limite l’autonomie et invisibilise les personnes âgées.

L’âgisme, une discrimination souvent… polie

Dans la vie quotidienne, l’âgisme – les stéréotypes, préjugés ou discriminations envers quelqu’un en raison de son âge - ne se manifeste pas uniquement par des propos négatifs. Il prend aussi des formes plus douces : parler à la place d’une personne âgée, décider pour elle « pour son bien », éviter de lui confier des responsabilités, la surprotéger dans l’espace public. Cette bienveillance apparente peut infantiliser, réduire les marges de choix et nourrir l’idée que l’âge est avant tout synonyme de fragilité et dépendance.

Les professeurs Vassilis Saroglou et Stefan Agrigoroaei de l’Institut de recherche en sciences psychologiques (IPSY) ont évalué la présence d’âgisme bienveillant (surprotection) ou hostile (perception des aînés négative) ainsi que les caractéristiques psychologiques (attitudes sociales, valeurs, émotions, croyances, personnalité) de 546 jeunes adultes et adultes d’âge moyen (belges francophones).

Des profils psychologiques associés au racisme, sexisme, homophobie

Cette étude met en lumière des résultats intéressants :

  • Les niveaux d’âgisme étaient globalement faibles dans l’échantillon, avec un âgisme hostile moins présent que l’âgisme bienveillant.
  • Âgisme bienveillant et hostile s’alignent tout deux sur des profils psychologiques déjà associés à d’autres préjugés comme le racisme, le sexisme et l’homophobie. Ces profils impliquent le conformisme/l’autoritarisme, la vision hiérarchique des groupes (dominance sociale), la valorisation de l’expansion de soi (pouvoir, réussite « à tout prix ») et une faible flexibilité dans ses propres conceptions du monde.
  • L’anxiété face à la mort et un dégoût pour tout ce qui touche à la mort contribuent à l’attitude âgiste. Celle-ci constitue une défense d’évitement par rapport à la perspective de mourir.
  • Une ambivalence de l’âgisme bienveillant : il combine pitié/compassion, collectivisme (tradition, religiosité) et besoin de sécurité. Chez les personnes religieuses, le traditionalisme tend à accroître l’âgisme, mais la compassion l’oriente vers une forme bienveillante, pas hostile.

Lutter contre l’âgisme, un enjeu de société

Dans la famille, à l’hôpital, au travail ou dans l’espace public, l’âgisme bienveillant est moins perceptible et moins remis en question, tout en ayant des effets bien réels sur l’estime de soi, la santé et la participation sociale des personnes âgées. En prendre conscience, décortiquer ses origines et les caractéristiques psychologiques qui y sont associées permet de faire un grand pas en avant pour tenter de l’enrayer.