La promotion de la santé pour soutenir la santé des travailleur·euses
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Le taux d’absentéisme pour cause de maladie explose en Belgique. La promotion de la santé, avec son approche holistique, pourrait donner des pistes aux travailleur·euses pour être et rester en bonne santé. Pourtant, cette matière reste très peu étudiée dans le contexte professionnel.
Le RESO tente de remédier à cette situation, via sa recherche sur la promotion de la santé en milieu professionnel, subsidiée par l’Aviq.
L’objectif de cette recherche est de proposer un cadre opérationnel servant à élaborer des programmes en promotion de la santé en milieu professionnel.
Laura Gimenez et Fany Panichelli sont les deux chercheuses principales sur ce projet. Elles nous dévoilent les dessous de cette recherche.
La promotion de la santé au travail, qu’est-ce que c’est exactement ?
Laura Gimenez : Si on applique la définition de la promotion de la santé de l’OMS (1986) au milieu du travail, cela résulte en une approche globale intégrant :
L’environnement physique et psychosocial du travail,
Les comportements individuels de santé,
L’organisation du travail,
L’accès aux services de santé.
La promotion de la santé au travail inclut la prévention des risques professionnels, mais va au-delà. On part du principe que le travail fait partie des déterminants sociaux de la santé et qu’il a un impact direct sur notre état de santé. En ce sens, les conditions de travail peuvent favoriser, ou non, un bon état de santé.
Ce qui est intéressant, c’est que cette matière permet de fédérer de nombreux acteurs et opérateurs, qui soutiennent et accompagnent les travailleurs et les travailleuses vers plus de santé. On pense notamment aux services externes en prévention et protection au travail (SEPPT), aux conseillers en prévention, aux différentes structures actives en promotion de la santé, aux syndicats, aux assurances, etc.
Pourquoi faire une recherche sur cette thématique ?
Fany Panichelli : Le choix de cette thématique fait écho aux questions de santé publique actuelles que soulève le monde du travail. On pense notamment au taux élevé d’absentéisme pour cause de maladie. La promotion de la santé peut apporter des éléments de réponse à ces problématiques. Des programmes de promotion de la santé pourraient complémenter les approches actuelles de prévention ou de gestion des risques.
De plus, les résultats de notre recherche vont permettre de nourrir les réflexions de l’Aviq, qui pilote et coordonne la mise en place d’un plan quinquennal de promotion de la santé. En 2027, le plan actuel arrivera à son terme. Il s’agit d’une opportunité pour définir de nouveaux axes de travail avec les acteurs du paysage de la promotion de la santé wallon. En tant qu’entité fédérée, la Région wallonne peut contribuer aux politiques de santé publique au travail. Elle peut notamment le faire via ses stratégies en promotion de la santé, en continuité ou en complémentarité avec les actions entreprises au niveau fédéral.
Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans cette recherche ?
Laura Gimenez : Cette recherche m’intéresse car elle me permet de mettre de l’énergie dans un projet qui fait sens et qui aide les acteurs de terrain. Le fait qu’il y ait beaucoup d’intérêt et d’attentes autour de cette thématique est motivant. Ce projet est également stimulant car il fait appel à des connaissances juridiques, de santé, etc.
Fany Panichelli : Ce projet me permet d’explorer un univers qui est nouveau pour moi, celui de la santé au travail. Ce domaine reste encore relativement peu investi par la promotion de la santé, ce qui rend cette recherche d’autant plus intéressante. Ce projet est une source d’apprentissage et de défis, notamment parce qu’il s’inscrit à la croisée de plusieurs enjeux contemporains : santé publique, conditions de travail, politiques sociales, etc.
Quelles ont été vos difficultés jusqu’à présent ?
Laura Gimenez : Plus qu’une difficulté je dirais qu’un enjeu important pour nous a été de rassembler autour d’une thématique commune des acteurs qui ne se connaissent pas. Le secteur de la promotion de la santé et celui du travail n’ont pas le même vocabulaire, les mêmes besoins, les mêmes rôles ni les mêmes objectifs. Il n’est donc pas évident d’arriver à fédérer ces différents acteurs. Je pense que nous avons relevé ce défi lors de notre premier atelier délibératif de septembre, qui a été très constructif.
Fany Panichelli : Un autre enjeu de ce projet est que la question de recherche était à la base très ouverte. Cela représente une opportunité mais aussi une difficulté, dans le sens où il n’est pas possible de traiter l’ensemble des aspects de la thématique, dans le temps imparti pour ce projet. Les acteurs impliqués ont des attentes précises par rapport à leurs propres enjeux professionnels. La recherche ne permettra pas d’y répondre entièrement car elle est transversale.
Qu’est-ce qui vous étonne et/ou interpelle dans le cadre de ce projet ?
Laura Gimenez : Je suis assez surprise que la promotion de la santé ne soit pas plus présente dans le monde du travail et que la législation fédérale sur le bien-être au travail ne fasse pas nécessairement le lien avec ce qui est mis en place au niveau régional.
Fany Panichelli : Pour rebondir sur les propos de Laura, je partage également son étonnement face au constat que la promotion de la santé est peu présente dans le monde du travail. Cela m’interroge sur la manière de penser la santé en tant que société. Qu’est-ce que cela dit de nos priorités collectives et de la place que nous accordons réellement à la santé dans nos environnements de vie et de travail ? De plus, je suis toujours surprise de constater à quel point la santé est souvent abordée sous un prisme négatif, comme un enjeu d’évitement, de risque ou de maladie, plutôt que comme une ressource positive, porteuse de bien-être, de développement et d’équité. Il reste du chemin et du travail à faire à ce niveau-là, et également pour démocratiser la promotion de la santé. Il est essentiel de continuer à travailler pour une approche décloisonnée.
Les résultats de cette recherche seront diffusés courant 2026. Vous souhaitez en être tenu informé ? Inscrivez-vous à notre newsletter.