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Une menace populiste pour la politique monétaire

uclouvain |

uclouvain
12 February 2026

Les attaques répétées de Donald Trump contre la Réserve fédérale américaine (Fed), relancent un débat crucial : jusqu’où peut aller le pouvoir politique face aux banques centrales ? Une question très actuelle, au cœur d’une recherche menée à l’UCLouvain, qui alerte sur les risques économiques et financiers d’une remise en cause de l’indépendance monétaire.

Dans une analyse publiée dans le dernier numéro de Regards économiques, Francesca Monti, professeure d’économie à l’UCLouvain et chercheure au CORE-LIDAM, et David Aikman (NIESR, Royaume-Uni) examinent les conséquences des pressions politiques exercées sur la banque centrale américaine depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche. Menaces de poursuites contre le président de la Fed, tentatives de limogeage de membres du comité de politique monétaire, nominations controversées : ces événements récents ne sont pas anecdotiques. Ils touchent au cœur même de la crédibilité de l’institution chargée de garantir la stabilité des prix et de l’économie américaine.

Pourquoi l’indépendance des banques centrales est essentielle

Les auteur·es de l’étude rappellent un principe fondamental : une banque centrale indépendante peut prendre des décisions basées sur la situation économique réelle, et non sur des objectifs électoraux à court terme. En effet, certains gouvernements, en période électorale, peuvent être tentés de favoriser un assouplissement monétaire afin de stimuler l’activité à court terme, mais cela crée ultérieurement des pressions inflationnistes. Ainsi, sans indépendance, le risque est clair : des taux artificiellement bas, une inflation plus volatile et, à terme, une perte de confiance des ménages et des marchés.

L’étude montre que les pressions politiques peuvent agir par deux canaux :

  • des chocs de politique monétaire, lorsque les décisions sont influencées par le pouvoir politique ;
  • des chocs de confiance, plus insidieux, lorsque le public doute de la capacité de la banque centrale à remplir sa mission.

Originalité de cette recherche : les économistes ont développé une nouvelle mesure de la confiance dans la Fed, basée sur l’analyse, à l’aide de l’intelligence artificielle, de millions de messages publiés sur les réseaux sociaux.

Résultat de l’analyse : les attaques publiques de Trump contre la Fed coïncident avec des chutes marquées de la confiance, notamment depuis 2018 et à nouveau depuis son retour au pouvoir. Si les effets immédiats semblent limités, les chercheur·es pointent un danger majeur : une Fed affaiblie pourrait perdre sa capacité à contrôler l’inflation lors d’une prochaine crise.

Et l’Europe dans tout cela ?

Cette recherche ne concerne pas que les États-Unis. Au-delà du cliché habituel selon lequel « quand l’Amérique éternue, l’Europe attrape un rhume », les auteur·es soulignent que les banques centrales européennes, y compris la BCE, sont elles aussi de plus en plus exposées aux pressions exercées par de nombreux politiciens de la zone euro, dans un contexte où leurs missions se multiplient (gestion des crises financières, sauvetage de certaines économies, débats liés au climat et aux inégalités). 

Le message porté par cette étude est percutant : l’indépendance monétaire n’est jamais définitivement acquise. Elle doit être comprise, expliquée et défendue. Un éclairage précieux à un moment où les équilibres institutionnels sont plus que jamais sous tension.

Figure : Mesure de confiance dans la Fed et événements clés. (Source : Aikman, Monti et Zhang, 2024)