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Crise sanitaire du Covid-19 : comment éviter l’amnésie collective ?

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Cet article fait suite à deux événements auxquels le RESO a participé, à savoir  la matinée de réflexion « Répondre à l’urgence en temps de crise : un défi pour la promotion de la santé », organisée le 09 décembre 2025, par le CBPS et la FBPS, ainsi que la conférence de clôture du HELICON-BRAIN-be project, organisée le 15 décembre 2025, par Sciensano

 

Compte-rendu par Catherine Ryckebusch

Chargée de communication du RESO

Pendant la pandémie de Covid-19, l’idée d’un «monde d’après», plus lent et plus respectueux du Vivant a émergé. Six ans plus tard, force est de constater que nos sociétés ont rapidement tourné la page et renoué avec les modes de vie et les habitudes du ‘monde d’avant’. 

Faire face à la crise sociale

Sommes-nous réellement revenus dans ce monde d’avant ? Il semble plutôt que la gestion de la crise du Covid-19 a renforcé les inégalités sociales et fragilisé davantage les personnes qui connaissaient déjà des problèmes liés à la pauvreté. C’est en tout cas un des constats qui a été posé lors la matinée de réflexion « Répondre à l’urgence en temps de crise : un défi pour la promotion de la santé », organisée le 09 décembre 2025, par Le Centre Bruxellois de Promotion de la Santé (CBPSet la Fédération Bruxelloise de Promotion de la Santé (FBPS). 

Lors de cet événement, les asbl Modus Vivendi et l’Appétit des Indigestes nous ont partagé le vécu de leurs usagers et usagères ainsi que les conséquences - encore actuelles - de la gestion de cette pandémie, parmi lesquelles : 

  • La généralisation des procédures digitalisées, qui s’accompagne de l’exclusion d’une part importante de la population, victime de la fracture numérique ; 

  • L’apparition d’un nouveau public sollicitant les dispositifs d’aide alimentaire ; 

  • La montée de comportements à risque (consommation de crack, soirées chemsex, …). Pour échapper à un quotidien devenu trop lourd, l’attrait de la transgression est devenu de plus en plus fort ;

  • L’accroissement de situations caractérisée par un cumul de maladies mentales, physiques et de problématiques liées à la pauvreté

Quelle place pour la promotion de la santé ?

La matinée a aussi été l’occasion d’examiner comment, lors d’une crise sanitaire, le secteur de promotion de la santé peine à trouver sa place. Force est de constater que nous avons été peu entendus lors de la pandémie. Nos processus participatifs trouvent difficilement leur place dans les situations d’urgence centrées sur une réponse immédiate. Il sera intéressant de réfléchir dans les prochains mois à comment augmenter la robustesse de notre secteur et à comment devenir un organe consultatif incontournable lors d’une crise. 

Un autre axe de questionnement qui a émané est de savoir si le secteur de la promotion de la santé n’évolue pas trop à la marge du système de santé. Notre secteur ne devrait-il pas prendre à bras le corps l’axe 5 de la Charte d’Ottawa, à savoir la réorientation des services de santé ? Certain·e·s participant·e·s étaient d’avis que nous avons trop délaissé cet axe, au profit des quatre autres axes. 

Les retours d’expérience ont montré que la crise a aussi été l’opportunité de développer de nouveaux partenariats avec les acteurs du social et du soin. Pour certains, ces collaborations perdurent encore aujourd’hui. Pour renforcer le positionnement du secteur de la promotion de la santé, il semble essentiel de s’allier à d’autres acteurs du social-santé. Cela permettrait d’enrichir nos points de vue et de donner plus de poids à nos plaidoyers.

Proposer des stratégies ciblées, qui prennent en compte les facteurs de vulnérabilité

Le RESO a également assisté à la conférence de clôture du projet Helicon, organisée le 15 décembre 2025 par Sciensano. Cette conférence a souligné l’importance de prendre en compte les inégalités sociales de santé et les différents facteurs de vulnérabilité. Les intervenant·e·s ont présenté diverses propositions à mettre en œuvre en amont ou pendant une crise sanitaire. Nous en partageons ici quelques-unes. 

En contexte de crise : 

  • Des stratégies de vaccination ciblées sont nécessaires pour en favoriser l’accès à certaines populations, et pour garantir une protection équitable. 

  • Les politiques doivent tenir compte des facteurs sociodémographiques et socioéconomiques individuels, et également du contexte local afin d’affiner les interventions de vaccination. 

  • Il est nécessaire d’avoir une approche plus intégrée, combinant les données sanitaires et sociales. 

  • Il faut renforcer les soins primaires, les partenariats locaux et les services sociaux afin d'assurer la continuité des soins, notamment pour les groupes vulnérables, et les patients gravement malades. 

En contexte hors-crise : 

  • Renforcer la résilience, grâce à une approche impactante de la promotion de la santé, à la prévention des maladies, et à des stratégies de protection axées sur l'équité.

  • Intégrer l'équité dans la préparation et combler les lacunes critiques en matière de données (par exemple, populations sans papiers, schémas de multimorbidité…), afin de soutenir des interventions ciblées. 

  • Assurer une surveillance régulière de l'équité dans l'accès aux soins.  

  • Encourager l'innovation et la transposition de données probantes en politiques. 

  • Soutenir l'analyse interdisciplinaire des données, la modélisation et l'économie de la santé afin d'éclairer les stratégies d'intervention équitables.

  • Développer des mécanismes de retour d'information et des canaux de communication accessibles afin que les résultats parviennent en temps réel aux décideurs politiques, aux parties prenantes et aux communautés.

Un des enseignements relevé par le professeur et épidémiologiste Marius Gilbert, Vice-recteur à la recherche et à la valorisation, et vice-recteur à la culture et à la médiation scientifique à l’ULB,  est que la prise en compte de la vulnérabilité sociétale est tout aussi importante que la préparation ou les solutions matérielles et technologiques

Une conclusion qui appuie la nécessité de renforcer l'apport de la promotion de santé en contexte de crise. 

Comment aller plus loin ? 

Le RESO continuera de s’intéresser à la thématique des crises, qu’elles soient sanitaires ou autres, et à collecter des connaissances à ce sujet.