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Les citoyens au cœur des interactions administratives

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11 February 2026 , modifié le 25 February 2026

Le 14 janvier dernier, Anthony Ricotta (ISPOLE) a brillamment défendu sa thèse de doctorat intitulée « La démocratie au guichet : les citoyens au cœur des interactions administratives » et a obtenu le titre de Docteur en sciences politiques. Il a réalisé ce travail sous la direction des Profs Nathalie Schiffino et Stéphane Moyson.

À la croisée des enjeux démocratiques et du fonctionnement concret de la justice, son travail interroge la place accordée aux citoyens dans leurs interactions avec l’État, en particulier lorsqu’ils sont confrontés à une sanction judiciaire. À travers un terrain exigeant et des rencontres marquantes, il met en lumière les effets de cette participation sur la légitimité des institutions et sur la relation entre citoyens et justice. Retour sur son parcours doctoral, ses défis et la suite de ses travaux.

Pourquoi avoir choisi ce sujet de thèse ?

Le point de départ de sa recherche est profondément ancré dans l’actualité démocratique, il explique : « Dans un contexte de crise de confiance des citoyens dans les institutions, travailler sur leur participation aux affaires publiques me paraissait crucial. »

Si la participation citoyenne est fréquemment abordée à travers le prisme de la démocratie participative, une autre réalité reste largement sous-étudiée : celle des interactions quotidiennes entre les citoyens et les services publics : « Pour nombre de citoyens, c’est principalement par ce canal que les contacts avec les institutions de l’État se font. », souligne-t-il.

La manière dont ces interactions se déroulent n’est pas neutre : « La place qui est octroyée aux citoyens, l’importance accordée à leurs besoins, à leurs intérêts et à leur situation peuvent affecter la légitimité qu’ils accordent aux administrations et à leurs décisions », précise Anthony.

C’est dans le secteur de la justice qu’il a choisi d’analyser cette question démocratique, en se concentrant sur la participation des personnes soumises à une mesure de probation et à la mise en œuvre de leur sanction. Un choix fort, tant ces citoyens sont souvent issus de populations fragilisées et peu présentes dans les espaces traditionnels de participation.

Pour Anthony, ce sont à la fois la complexité du sujet, son importance pour le bon fonctionnement de notre démocratie libérale et son utilité sociale qui ont motivé ce choix.

Quel a été le principal défi de ton doctorat ?


« Ma recherche doctorale touchant à des publics fragilisés, marginalisés et ayant contrevenu aux normes légales et sociales, mon travail de terrain fut éprouvant. » explique-t-il.

Son enquête s’est appuyée sur des observations d’interactions entre agents de probation et citoyens, ainsi que sur des entretiens approfondis. Une immersion qui l’a confronté à des réalités humaines parfois difficiles : « J’ai été confronté à des individus ayant commis des actes entrant en complète contradiction avec mes valeurs personnelles. »

Certains participants avaient notamment été condamnés pour des faits de délinquance sexuelle ou de violence familiale et conjugale. Dans ce contexte, maintenir une posture scientifique rigoureuse représentait un véritable défi pour le chercheur : « J’ai dû faire preuve de réflexivité, prendre de la distance avec mes préjugés et mes émotions, pour parvenir à maintenir ma posture de chercheur. »

En une phrase, que retiens-tu de ces années de recherche ?

Le bilan est à la fois professionnel et personnel : « Je retiens surtout des expériences riches de sens et des rencontres, qui m’ont fait grandir à la fois comme chercheur et comme personne », résume-t-il.

Quelle est la prochaine étape après la soutenance ?

Après la soutenance, le travail se poursuit sous une autre forme.
« Je travaille actuellement à la valorisation de mes résultats de recherche. », explique le chercheur. Cela passe d’abord par la rédaction d’articles scientifiques, destinés à faire connaître les apports de la thèse auprès d’un public d’experts.

Mais l’ambition est aussi résolument tournée vers le terrain. Des échanges sont en cours avec l’Administration générale des Maisons de Justice, en charge de la supervision des mesures de probation, il souligne que :  « L’objectif est que ma recherche soit utile à l’administration et qu’elle serve à l’amélioration des procédures. »

Présenter les résultats, formuler des recommandations concrètes, contribuer à faire évoluer les pratiques : autant de prolongements qui donnent à cette recherche une portée bien au-delà du cadre académique.

Nous lui adressons toutes nos félicitations pour la qualité de ce travail doctoral et lui souhaitons plein succès dans la poursuite de ses recherches et projets à venir.