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Quand les applis GPS déplacent les embouteillages

uclouvain |

uclouvain
13 March 2026

Les applications comme Waze ou Google Maps vous ont sans doute déjà fait gagner de précieuses minutes. Mais ces outils peuvent aussi déplacer les embouteillages et créer de nouvelles nuisances pour certaines communes. C’est ce que montre une analyse de l’économiste Paul Belleflamme (UCLouvain) parue dans Regards Économiques. 

Les applications comme Waze ou Google Maps reposent sur un principe d’effets de réseau : plus elles comptent d’utilisateurs, plus elles disposent d’informations en temps réel et plus leurs recommandations deviennent précises. Au départ, cela permet de mieux répartir le trafic et d’éviter les zones congestionnées. Mais lorsque de nombreux conducteurs suivent simultanément les mêmes suggestions, les itinéraires alternatifs – souvent des routes locales ou des rues de village – peuvent à leur tour se saturer. L’exemple récent de Seneffe, en Belgique, l’illustre bien : à la suite de travaux sur l’E19/A7 près de Nivelles, les applications de navigation ont redirigé une partie du trafic vers des routes secondaires, provoquant davantage de circulation, de bruit et de risques pour les riverains.

Résister ou collaborer avec les applications de navigation ?

Face à ces effets parfois inattendus, les autorités locales hésitent entre deux stratégies : résister aux applications de navigation ou collaborer avec elles.

Certaines communes ont choisi la résistance. En France, plusieurs municipalités ont modifié l’aménagement de leurs centres ; ralentisseurs, zones 30, sens uniques ou feux tricolores, afin de décourager les détours proposés par les GPS. D’autres ont restreint l’accès à certaines routes aux seuls riverains pour éviter que des rues résidentielles deviennent des axes de transit. 

Mais ces mesures déplacent souvent le problème plutôt qu’elles ne le résolvent : en rendant certains itinéraires moins attractifs pour les algorithmes, la congestion peut simplement être reportée vers d’autres communes. 

Certaines villes privilégient donc la coopération avec les plateformes. Grâce à des programmes comme « Waze for Cities », elles partagent des données sur les travaux ou les fermetures de routes et reçoivent en échange des informations anonymisées sur le trafic en temps réel. Ce partage permet d’anticiper plus rapidement les perturbations et d’adapter les itinéraires recommandés. 

Pour Paul Belleflamme, professeur à la Louvain School of Management et chercheur au CORE/LIDAM, ces expériences montrent que les applications de navigation sont devenues une véritable infrastructure de mobilité. Leur impact ne dépend plus seulement des choix individuels des automobilistes, mais aussi de la manière dont les plateformes, les villes et les autorités publiques coordonnent leurs actions. 

L’enjeu est désormais de concevoir des algorithmes et des politiques de mobilité capables de concilier efficacité du trafic, équité entre territoires et qualité de vie des habitants. Cette recherche apporte ainsi des clés pour mieux gouverner la mobilité à l’ère des plateformes numériques.

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