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Saule, artiste en résidence à l’UCLouvain

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19 September 2025 , modifié le 13 August 2026

En 2025-2026, c’est l’auteur-compositeur-interprète belge SAULE qui sera l’artiste accueilli en résidence par l’UCLouvain. Durant un quadrimestre, il va initier des étudiant·es de la mineure en culture et création à la composition de chansons en leur transmettant son expérience et son savoir-faire. Rencontre avec Baptiste Lalieu, un artiste attachant et généreux qui va donner le « la » de notre prochaine année culturelle.

Propos recueillis par Frédéric Blondeau

Si tu relis ton parcours personnel, peux-tu pointer quelques moments-clés qui ont confirmé ta vocation d’artiste ?

BL Le premier déclic s’est fait en fin de secondaire, dans le collège où j’étais interne. J’y ai eu l’opportunité de monter sur les planches et de créer mon premier groupe de musique. Cette première expérience a été prépondérante pour la suite de ma carrière. L’année suivante, je m’inscris à l’IHECS (Institut des Hautes Etudes des Communications Sociales), mais je me rends compte assez vite que je ne suis pas fait pour des études de communication et, avant même la fin de l’année académique, je présente l’examen d’entrée au Conservatoire de Bruxelles, en art dramatique. Je suis admis et poursuis pendant quatre ans des études pour devenir comédien.

En parallèle à cette formation, je joue dans des groupes comme « My Second Skin » qui pratiquent une musique un peu plus rock que ce que je propose aujourd’hui.

Et puis le hasard fait qu’à l’occasion des examens de fin d’année au Conservatoire, une prof nous demande si quelqu’un peut jouer des intermèdes musicaux, sous forme de chansons, pour faire le lien entre les saynètes présentées au public par les étudiants. Je relève le défi et m’atèle à écrire en français des chansonnettes que les gens vont trouver pas mal. Encouragé par cet accueil favorable, je me suis dit que je pourrais développer, à côté de mon projet plus rock, un projet de chanson française. C’est ainsi que j’ai commencé à composer et écrire mes premières chansons qui seront reprises dans le premier album de Saule « Vous êtes ici ».

C’est donc un heureux concours de circonstances qui t’a orienté vers la chanson française et t’a permis d’y trouver un espace de création. Comment les choses se sont-elles enchaînées ensuite ?

BL Oui, c’est vraiment le moment déclencheur où où j’ai réalisé que je voulais faire de la chanson et devenir auteur, compositeur, interprète.

Après cette première expérience, j’ai commencé à jouer dans des cafés théâtres. Cela m’a inspiré l’envie de donner des concerts. Directement, j’ai appelé des potes musiciens en leur disant : « J’ai un projet en français, ça s’appelle Saule, ça vous intéresse ? » C’est ainsi que les choses ont démarré.

Progressivement, le public est venu de plus en plus nombreux à nos concerts. C’est ce qui nous a encouragés à entrer en studio. Nous avons enregistré un premier EP de quatre titres en 2005 sous le titre « Saule et les Pleureurs » puis un premier album, « Vous êtes ici », paru sous le label belge indépendant Bang. Quatre autres albums studio suivront. Un prochain est en préparation et sortira en octobre.

Pourquoi avoir choisi « Saule » comme nom d’artiste ? D’où t’est venue cette idée ?

BL Ma première chanson, je l’ai écrite devant un magnifique saule pleureur. J’ai imaginé ce que dirait cet arbre s’il pouvait parler et s’il devait raconter sa journée ou sa vie. J’ai donc intitulé cette première chanson « Saule ». Puis, quand on m’a demandé quel était le nom de mon projet, je n’ai pas eu envie de l’appeler Baptiste Lalieu. Je trouvais que ça ne sonnait pas bien. Et je me suis dit : tiens, est-ce que Saule ne pourrait pas être à la fois le nom de ce projet musical et mon nom d’artiste ? J’aimais aussi le fait que le pendant phonétique de « Saule » en anglais soit « Soul ».

BL J’ai toujours dit que mon premier instrument, c’était ma voix. C’est avec elle que je me sens le plus à l’aise et le plus « légitime ». Après, c’est bien utile de jouer d’un instrument pour accompagner ton chant. J’ai pratiqué un peu le piano étant plus jeune, mais à 18 ans j’ai reçu ma première guitare et ce fut le coup de foudre. C’est avec cet instrument que j’ai écrit toutes mes chansons en français.

Comment écrit-on une chanson ? Quelles sont les grandes étapes du processus créatif ?

BL La création d’une chanson, c’est à chaque fois une nouvelle aventure émotionnelle. Comme je l’explique souvent dans mes ateliers d’écriture, l’inspiration, ça ne se commande pas. Ça te saute au visage au moment où tu ne t’y attends pas. Pour ma première chanson « Saule » où je me suis retrouvé assis dans un parc devant ce saule majestueux, je me suis dit : mais quel bel arbre ! Qu’est-ce qu’il me dirait s’il me racontait sa journée ? Et puis le deuxième titre, que j’ai très vite écrit, est une chanson qui s’appelle « Madame pipi ». Je me suis retrouvé dans des toilettes publiques après un concert et j’ai vu cette dame chargée de l’entretien des toilettes, avec une petite table sur laquelle se trouvaient deux rouleaux de papier toilette et la photo de ses enfants sur chacun des rouleaux. Et je me suis dit : ça c’est vraiment un personnage, il faut que j’en parle. Et donc c’est souvent comme ça que ça me vient. Je suis happé par une personne ou une situation qui va me toucher et me donner envie d’écrire quelque chose à ce sujet.

Dans ton métier d’auteur-compositeur-interprète, quels sont les aspects que tu préfères ? La composition ? L’enregistrement en studio ? Les concerts ?

BL J’avoue écrire des chansons pour pouvoir faire de la scène. C’est elle qui me fait vivre. Mon lieu de prédilection, c’est le concert parce qu’il permet cette complicité, ce trait d’union indispensable à mes yeux entre le public et l’artiste. C’est ce qui fait sens pour moi.

La plus belle reconnaissance que je peux recevoir dans mon métier, c’est quand quelqu’un vient me dire, après un concert, que telle chanson l’a ému ou qu’elle l’a aidé à tenir debout à un moment difficile de sa vie. C’est hyper touchant.

À quoi ressemble une journée-type de Baptiste Lalieu alias Saule ?

BL Il n’y a pas de journée-type et ça me plaît. Je suis quelqu’un qui va avoir tendance à s’ennuyer s’il fait tout le temps la même chose. Par exemple, cette semaine, je serai beaucoup à la maison car je dois finir d’écrire mon prochain album et d’enregistrer des titres sur mon ordinateur. Mais jeudi, j’ai un concert. Je me lèverai tôt, je préparerai mon matos, je ferai les balances son en début d’après-midi et serai sur scène le soir. Et samedi, j’enregistrerai un clip…

Dans ma vie d’artiste, il n’y a pas de routine, mais il y a des périodes bien définies : celles consacrées à l’écriture, aux enregistrements, à la promotion, aux concerts. J’aime chacune de ces étapes, même si l’étape de création peut s’avérer la plus difficile avec sa part de solitude et d’introspection.

Et peut-être aussi sa part de doutes et de pression ?

BL Comme on est tributaire de cette petite coquine qui s’appelle l’inspiration et qui peut être capricieuse, il est important de systématiquement tout noter et tout collecter : des idées de sujets, des textes, des mélodies. Ainsi il m’arrive souvent, lors de mes trajets en voiture, d’enregistrer sur un dictaphone des notes, des fragments de texte ou des débuts de mélodies. Cela me permet, une fois chez moi face à mon ordi, avec ma guitare et mes micros, de ne pas sécher devant une page blanche car je sais que je peux aller récupérer dans mon petit coffre à trésors toutes les idées que j’ai collectées. Cela m’évite la pression de la page blanche.

En revanche, il y a une pression liée à l’accueil positif ou non d’un titre. Non pas tant au niveau de sa vente, car on ne vend plus beaucoup de disques aujourd’hui, mais au fait que les radios vont le diffuser et en faire la promo. C’est cela qui va déterminer en partie l’organisation et le succès des concerts.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

BL Elles sont diverses. Beaucoup d’artistes m’inspirent. Pour moi, il est très important d’assister à des concerts parce que ce sont des endroits privilégiés pour découvrir d’autres artistes. Et il n’y a rien de mieux que de sortir de là en étant envieux et en se disant : m…, ils m’ont foutu une claque. J’ai encore du boulot !

Il ne s’agit pas de piquer les bonnes idées, mais de faire le plein de créativité. C’est le principe de la jarre. Plus je lis de livres, plus j’écoute de la musique, plus je vais à des concerts et plus je remplis ma jarre. Et au moment où je devrai trouver des idées, je n’aurai qu’à puiser dans cette jarre qui sera débordante.

À partir d’octobre 2025, tu seras le prochain artiste en résidence de l’UCLouvain. Qu’est-ce que cela te fait de t’inscrire dans cette lignée d’artistes accueilli·es depuis vingt ans par l’université ?

BL Je suis évidemment très honoré d’avoir été sollicité. Quel privilège de pouvoir transmettre mon expérience de compositeur et d’auteur à des étudiant·es ! Je pense que, comme étudiant, j’aurais vraiment adoré suivre ce genre de cours qui initie à une pratique artistique et laisse place à l’émotion.

Que vas-tu proposer aux étudiantes et étudiants de la mineure en culture et création qui suivront ton cours ?

BL Je vais tout simplement animer un atelier d’écriture de chansons et initier les étudiant·es à cette forme d’expression particulière qui ne relève ni du théâtre ni du roman ni du cinéma. Nous explorerons ensemble les différents chemins qui peuvent conduire à la réalisation d’une chanson, nous décrypterons les codes et pratiques mis en œuvre dans l’écriture. Et surtout, nous composerons des chansons qui seront présentées au public en fin de résidence, en décembre 2025.

Cela fait quelques années que tu animes des ateliers d’écriture pour des publics variés. Qu’est-ce qui te motive ? Une envie de transmettre ton savoir-faire ?

BL Oui, c’est effectivement le fait de transmettre. C’est quelque chose de très excitant. Et j’avoue que ces ateliers d’écriture me nourrissent énormément parce que je côtoie d’autres plumes que la mienne, et de toutes générations. J’ai travaillé avec une chanteuse finaliste de The Voice Kids, qui est venue parce qu’elle voulait écrire ses propres textes et pas juste interpréter ceux des autres. Mais j’ai aussi accompagné une dame de 75 ans qui avait toujours rêvé d’écrire.

Il n’y a ni école ni cursus pour apprendre à écrire des chansons. Et donc je trouve formidable de pouvoir transmettre mon expérience à de jeunes étudiant·es qui en feront ce qu’ils ou elles veulent. La majorité ne changera pas de voie, mais d’autres auront peut-être l’opportunité de mettre le pied à l’étrier. Je suis toujours super heureux de voir éclore des projets à la suite d’un de mes ateliers.

Bio express

Né le 25 septembre 1977 à Mons, Saule (de son vrai nom Baptiste Lalieu) se forme d’abord comme comédien au Conservatoire d’Art Dramatique de Bruxelles. Il expérimente l’écriture de sketches et de pièces de théâtre, et joue dans des  succès en France, en Wallonie et en Italie, classé top 20 et certifié disque d’or en Italie. Deux albums studio suivront : L’Eclaircie en 2016, plus intimiste et lumineux, avec des textes sur l’apaisement et la maturité, et Dare-Dare en 2021, un projet plus direct et pop.

Artiste complet, Saule s’essaie au cinéma : il joue dans le film Une part d’ombre de Samuel Tilman, présenté au Festival international du film francophone de Namur en 2017, où il est nommé aux Magritte Awards comme espoir masculin. Il compose également la bande sonore du film Cowboy (2007) et collabore avec le théâtre et la comédie musicale jeunesse Zombie Kids. En 2024, pour célébrer ses 20 ans de carrière, il sort un best of et donne un concert événement au Cirque Royal le 18 octobre, entouré d’invités comme Charlie Winston, Cali, Lio et Grand George. Parallèlement, il prépare un nouvel album pour 2025, avec de nouvelles collaborations, notamment le single « Petite gueule » enregistré avec la chanteuse Lovelace.