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20 ans de résidences d’artistes à l’UCLouvain

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12 August 2026

20 ans de résidences d’artistes à l’UCLouvain

En 2005, Gabriel Ringlet, alors Prorecteur en charge de la culture, lance le projet pour le moins original d’accueillir des artistes en résidence au sein de l’Université. Cette initiative, concomitante à la création du service « UCL Culture », constitue une petite révolution dans le paysage universitaire belge. À l’origine de cette initiative inédite qui perdure, il y a la volonté d’inscrire la dimension culturelle au cœur de la formation et de la vie étudiante, d’ouvrir l’université à l’art sous toutes ses formes et de laisser les artistes enrichir et déplacer le regard de la communauté universitaire sur le monde et sur elle-même.

Cela fait donc vingt ans que les étudiant·es inscrit·es au séminaire « Artiste en résidence » ont l’occasion de se frotter à des disciplines aussi variées que le cinéma, la littérature, la musique, les arts plastiques, le théâtre, les arts numériques, etc. Une opportunité rare de pouvoir dialoguer avec des artistes, de se confronter à leur vision du monde et de la société, et surtout d’œuvrer avec eux à un projet artistique commun.

En pratique, l’artiste accueilli·e en résidence à l’UCLouvain anime un séminaire, appelé « campus », qui est un des cours à option proposés au sein de la Mineure en culture et création ouverte à l’ensemble des étudiant·es de 2e et 3e bachelier. Pendant un semestre et 30h de cours, l’artiste partage son expérience et initie les étudiant·es à sa pratique artistique. À la fin du campus, ils et elles présentent au public le fruit du travail de création mené au sein de l’atelier animé par l’artiste. Bon an mal an, seules dix à vingt étudiant·es chanceux·ses vivent de l’intérieur cette expérience unique. Chaque année cependant, c’est toute la communauté universitaire qui peut bénéficier de la présence de l’artiste grâce à plusieurs rencontres et événements publics organisés autour de sa résidence.

Petit retour sur deux décennies de résidences d’artistes qui ont profondément marqué des centaines d’étudiant·es et apporté un formidable enrichissement au monde universitaire en lui ouvrant de nouveaux horizons.

En 2005-2006, questionner l’équité avec l’auteur, comédien et metteur en scène Pietro Pizzuti

La résidence de Pietro Pizzuti à l’UCLouvain a offert un kaléidoscope de rencontres où créativité, réflexion et sens humain se sont côtoyés et enrichis mutuellement pour construire une narration scénique à la Ferme du Biéreau.

En 2005-2006, créer des courts-métrages avec les frères Dardenne

Après une formation théorique spécialisée donnée par le Professeur Jacques Polet (COMU/ESPO), les étudiant·es ont eu la chance d’être guidé·es et accompagné·es par les deux maîtres du 7e art. Bénéficiant de leurs conseils et de leur expérience, ils ont pu se frotter sur le terrain aux exigences du cinéma et réaliser plusieurs courts-métrages. Ceux-ci ont été projetés et commentés par les cinéastes dans le cadre d’un après-midi de rencontre consacré à leur œuvre.

En 2006-2007, explorer la rencontre des cultures au travers de la musique, en compagnie de Bernard Foccroulle, directeur de La Monnaie, et du saxophoniste Fabrizio Cassol

Au départ de ce voyage étonnant : Monteverdi. À la réflexion théorique a succédé un travail artistique axé sur le son et la voix. En décembre 2006, à Louvain-la-Neuve, les étudiant·es ont présenté le fruit de leur travail lors d’un concert-spectacle à la Ferme du Biéreau.

En 2007-2008, s’initier aux techniques de la gravure avec Catherine Keun

L’artiste française a invité les étudiant·es en médecine de Woluwe et les étudiant·es de Louvain-La-Neuve à s’interroger sur le thème du corps et de ses représentations. Après une approche théorique, ils·elles se sont initié·es aux techniques de la gravure et ont participé à une démarche créative inspirée par le domaine médical. Au terme du séminaire, les étudiant·es ont exposé leurs créations plastiques en dialogue avec des œuvres de l’artiste et du Musée de Louvain-la-Neuve.

En 2008-2009, « lire » un paysage en compagnie de l’architecte Michel Desvigne

Quel paysage pour quelle société ? Comment habiter le territoire ? Quelle ville pour demain ? À partir d’images aériennes de paysages, classées selon quelques grandes thématiques, les étudiant·es ont produit des collages. Ceux-ci, regroupés en une sorte de mosaïque de projets possibles (définir la ville, faire passer une voie ferrée, créer un réseau d’espaces publics, organiser un quartier…), ont été présentés au public et ont fait l’objet d’une publication.

En 2009-2010, créer des univers et des atmosphères en compagnie du dessinateur et scénographe François Schuiten

Sur la thématique des Métamorphoses, les étudiant·es ont été invité·es à imaginer une scénographie qui soit à la fois un événement et un spectacle sur la ville de Louvain-la-Neuve. Le propos en était : « Comment raconter l’histoire d’une ville jeune comme LLN ? »

En 2010-2011, photographier l’humain avec Beat Streuli et Marie Le Mounier

Inspiré·es par la thématique Interface, les étudiant·es ont pu définir leur propre relation au réel et à la photographie à partir de la représentation du visage humain. Ces travaux personnels ont été exposés sur un grand wallpaper extérieur, face à l’Aula Magna.

En 2011-2012, écrire, lire et éditer avec l’écrivain François Bon

L’artiste, qui a animé un atelier d’écriture, a amené les étudiant·es à observer comment changent les processus d’écriture et la manière de lire depuis l’accès à des supports et formats numériques, qui impliquent de nouvelles formes d’édition et de diffusion d’objets-textes. La notion de « rupture », déclinée dans ses multiples enjeux et représentations, a été au cœur des nombreuses manifestations artistiques et culturelles (spectacles, concerts, lectures, expositions, rencontres) programmées avec la complicité de François Bon.

En 2012-2013, danser avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey

S’inspirant du « flash mob », de son immédiateté et de la particularité de la transmission de l’information d’une personne à l’autre via les réseaux sociaux, Michèle Anne a réalisé avec les étudiant·es de son cours, rejoint·es par 80 étudiant·es de FSM, une chorégraphie géante sur la Grand-Place de Louvain-la-Neuve.

En 2013-2014, réaliser des portraits documentaires sur la passion des chercheur·es avec Pierre-Paul Renders

Sous la supervision du cinéaste, les étudiant·es ont observé les connexions existantes entre arts et sciences, entre la démarche artistique et la démarche scientifique. Ils et elles ont réalisé, avec l’aide d’étudiant·es de l’IAD, des courts-métrages, qui sont autant de portraits sensibles de chercheuses et chercheurs qui témoignent de ce qui les anime.

En 2014-2015, participer à une création théâtrale avec Wajdi Mouawad

Le dramaturge a associé ses étudiant·es à sa dernière création : Philoctète, la tragédie de Sophocle qui clôture le cycle des sept tragédies mises en scène par l’artiste. Cette œuvre qui interroge le pouvoir et la raison d’état a été présentée au public en juin 2015.

Les étudiant·es ont nourri le propos de l’auteur, en allant, caméra au poing, interviewer des hommes et des femmes politiques à propos de l’exercice du pouvoir.

En 2015-2016, se frotter à l’art contemporain avec Michel François

Par la sculpture, la photographie, la vidéo et des installations, cet artiste multiple parfois déconcertant, souvent bousculant, révèle l’épaisseur du quotidien, creuse le sens intime de l’existence et interroge en profondeur notre rapport au monde. Dans son atelier bruxellois, les étudiant·es ont pu observer comment se développe le processus de création chez un artiste plasticien tel que Michel François. Ils et elles ont ensuite été amené·es à faire l’expérience de la création en réalisant une ou plusieurs œuvres qui ont été exposées en 2016 dans les Halles universitaires.

En 2016-2017, créer des assiettes porteuses de messages avec l’architecte et plasticienne Françoise Schein

Autour des questions qui lient l’histoire des grandes découvertes à celles des droits fondamentaux, les étudiant·es ont peint des œuvres sur des assiettes en porcelaine afin de former une vaste collection. Ils et elles ont ensuite pu initier d’autres publics à ces techniques (bénéficiaires du CPAS et des Restos du cœur). Le projet s’est clôturé par un grand banquet festif et solidaire.

En 2017-2018, questionner et créer à partir du numérique avec Nicolas Maigret

L’artiste a proposé aux étudiant·es d’étudier les « boîtes noires du numérique » c’est-à-dire des systèmes technologiques opaques et complexes dont le fonctionnement n’est pas directement intelligible. À travers des moments de réflexion, parfois alimentés par des scientifiques, des mises en pratique où les étudiant·es ont pu apprendre différentes méthodes d’investigation, Nicolas Maigret a souhaité leur transmettre des « clés de connaissance ». Les réalisations des étudiant·es, exposées au Musée L, ont été des traductions tangibles de cette exploration des « boîtes noires » des technologies.

En 2018-2019, découvrir l’autre grâce au geste cinématographique avec Bénédicte Liénard

À l’occasion de cette résidence engagée sur le thème « Crise migratoire ? Tentative d’altérité par le geste cinématographique », les étudiant·es ont eu l’occasion de collaborer étroitement avec un groupe de demandeur·euses d’asile pour inventer une plateforme de mise en commun des expériences et des récits. Ils et elles ont été ensuite initié·es, à l’installation vidéo, au film expérimental, au documentaire et à la performance scénique. Ce projet s’est clôturé par l’exposition saisissante « Enjeux de cartes ».

En 2019-2020, déclarer l’Urgence poétique ! avec Laurence Vielle

Avec la poétesse, les étudiants et étudiantes se sont engagé·es dans un travail d’écriture poétique destiné à habiter l’espace public, les rues, les places, avec les mots. Une poésie à grande échelle qui s’est inscrite dans la cité, et sur tous les campus de l’UCLouvain, sous forme de déclamation, par un affichage urbain et des stickers. Ils et elles ont également préparé une grande soirée poétique qui devait se tenir au Musée L, mais qui a malheureusement dû être annulée en raison de la pandémie.

En 2020-2021, explorer le pouvoir de l’imaginaire et des nouveaux récits avec Luca Giacomoni

Seulement une poignée de récits dominent l’imaginaire collectif. Comment faire de la place à d’autres univers, expériences et visions du monde ? Le dramaturge engagé Luca Giacomoni a proposé aux étudiant·es de déconstruire les histoires qui donnent forme à notre société, et de créer de nouveaux récits indispensables pour véhiculer des visions alternatives à celles centrées sur la compétition, la peur et sur le bouc émissaire aux multiples visages. Cette résidence rendue impossible dans sa forme habituelle par la pandémie a pris une autre forme, avec une série de rencontres publiques en présentiel ou en visio réunissant l’artiste et des expert·es : Interroger le chaos, Théâtres de guerre, Mon monde n’est pas le vôtre, Une idée de nature, Le crime comme forme de récit.

En 2021-2022, créer une performance circassienne avec Claudio Stellato

Les étudiant·es ont été invité·es à spectaculariser des mouvements quotidiens à travers un travail chorégraphique. L’enjeu était de transformer des gestes banals comme porter quelque chose, marcher, courir ou sauter en véritable spectacle. Avec, comme outils de travail principaux le corps et le mouvement, les étudiant·es ont créé un spectacle et réalisé une performance déjantée et loufoque aux Ateliers d’Art de la Baraque.

En 2022-2023, avec la chorégraphe Emmanuelle Vincent, renouer avec son animalité

Au cœur de son séminaire intitulé ANI-MA-L.E.S, Emmanuelle a développé un parallèle entre l’observation de l’animal dans son environnement et la recherche du geste dansé. Après un temps d’observation, notamment des mouvements animales, les étudiant·es ont créé leur propre capsule chorégraphique en tenant compte de leur souffle, de l’espace vital, de l’espace de la rencontre et de l’espace proxémique. Elles ont performé lors d’une soirée intense au Musée L.

En 2023-2024, explorer les territoires de l’imaginaire par la danse avec Louise Vanneste

Danseuse et chorégraphe, Louise Vanneste déjoue nos habitudes artistiques et littéraires anthropocentriques, en élargissant les territoires de la danse et en explorant notamment le fonctionnement du végétal et les phénomènes scientifiques en lien avec la géologie et le climat. Tout au long d’une année, elle a exploré avec ses étudiant·es les « territoires de l’imaginaire ».

En 2024-2025, questionner la hiérarchie des savoirs avec le plasticien Sammy Baloji

Sammy Baloji a centré sa résidence d’artiste autour des hiérarchies des savoirs et des manières de cartographier nos connaissances. Quelles sont les mécaniques et rituels qui mettent en place des connaissances et comment considère-t-on que certains savoirs sont plus pertinents que d’autres ? Partant du concept de la « bibliothèque coloniale » de Mudimbe, qui disloque les savoirs produits sur l’Afrique et les Africains par les textes occidentaux, cette résidence a permis aux étudiant·es d’aborder les collections et le passé de notre institution sous d’autres angles théoriques et idéologiques. Au terme de cette résidence, les étudiant·es ont produit leurs propres œuvres performatives en dialogue avec les œuvres du Musée L.

En 2025-2026, chant libre à l’artiste Saule !

Saule, de son vrai nom Baptiste Lalieu, est un auteur compositeur-interprète belge qui navigue entre chanson, pop et folk. Dans le cadre de sa résidence, il accompagnera les étudiant·es dans une exploration de l’écriture de textes et de la composition de musiques, en les aidant à trouver leur propre voie artistique. Il participera également à divers moments de la vie universitaire.