Les chemins d’une chanson – Journal de la résidence de Saule
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En 2025 à l’UCLouvain, une expérience très spéciale a été vécue. À l’occasion de la résidence de l’artiste Saule, douze étudiantes et étudiants ont suivi un séminaire d’écriture de chansons et sont montés sur scène pour présenter le fruit de leur travail.
« Ils sont venus, ils sont tous là »
Vendredi 3 octobre, c’est le premier atelier d’écriture qui réunit Saule et ses étudiants. Ils arrivent par petits groupes à la Ferme du Biéreau : certains se connaissent un peu, mais la plupart vont se découvrir. Zoé étudie le droit ; Guillaume joue de l’orgue et est inscrit en musicologie ; Gabriel termine son master en romanes et fait partie d’un groupe de metal ; Khadija est en biologie ; Alexandro (dit Alex) est inscrit en communication, tout comme Léa N. et Bianca ; Estelle, en sciences humaines et sociales, écrit déjà des chansons en anglais ; Sarah, en langues et lettres modernes, écrit des poésies ; Hugo fait du rap ; Damien, inscrit au doctorat en ingénieur, joue de la guitare ; et enfin Léa B. est en sciences politiques. Voilà pour le premier tour de table. S’y ajoutent Anne Catherine, professeure en linguistique française et marraine académique de Saule pour sa résidence ; Aline et Frédéric, de UCLouvain Culture, le service culturel de l’Université.
L’atelier démarre par quelques réflexions de Saule sur comment écrire des chansons. Se sentir légitime : « Tout le monde a le droit d’écrire ». Ne pas écouter la petite voix qui nous sabote : « Écrivez tous les jours ce que vous dicte cette petite voix – moi je l’ai appelée Mon glandu – et finalement, elle va disparaître ». La créativité, c’est un muscle : « Plus on écrit, mieux on écrit ». Dont acte.
S’ensuit une plongée directe dans l’écriture – Saule les invite à écrire un premier texte en imaginant « Si j’étais… » (un souffle, la pluie, un tube de mascara…). Et ensuite chacune, chacun lit son texte. L’émotion est palpable, la gêne parfois, la peur un peu… « J’ai écrit un texte, mais il n’y a pas de rimes », « Je ne sais pas si j’ose le lire… ». Saule donne petit à petit des indications : repérer dans le texte ce qui peut servir de « prise », comme à l’escalade. Le mot ou la phrase qui fera un refrain. La métaphore qui servira de fil rouge.
Vendredi 17 octobre, ils et elles sont heureux de se retrouver. Au moment où chacun donne sa météo intérieure au groupe, on entend : « trop heureux d’être là », « génial de vous retrouver », « je me sens bien ». Saule passe en revue avec eux 29 manières d’être créatif. Pour ne plus jamais souffrir du syndrome de la page blanche. « Emportez un carnet partout avec vous », « Fuyez l’ordinateur et le téléphone », « Asseyez-vous sur un banc et observez ce qui se passe autour de vous », « Prenez des risques, allez où vous n’avez pas pied », « N’essayez pas d’être quelqu’un d’autre, même si au début, on imite beaucoup », « Arrêtez de vous flageller ».
Justement, l’exercice suivant les invite à faire parler cette petite voix intérieure, ce glandu qui peut parfois les paralyser. Chacun met sur papier cette voix qui peut démolir : « tu ne fais rien de tes journées, tu cherches qu’à être aimé des autres, tu penses qu’à boire de la bière… ». Et son voisin de droite écrit un texte de défense, qui fera taire la voix : « le courage, c’est l’effort qu’on met dedans », « l’important c’est d’avancer, pas d’y arriver ». Un exercice qui crée des liens.
« Allumer le feu ! »
Vendredis 7 et 14 novembre. Pour les deux dernières demi-journées d’atelier à Louvain-la-Neuve, le groupe est rejoint par Cédric Sottiaux, qui combine le métier de banquier et de musicien de Saule. Cédric est un homme-orchestre à lui tout seul : formé au violon classique, il joue à peu près tous les instruments à cordes, y compris le piano. Il arrive avec une voiture chargée de matériel.
Saule organise la suite du travail, qui se fera en petits groupes. Chaque équipe a besoin d’un lead, quelqu’un qui sache jouer d’un instrument ou utiliser un logiciel de son. Les chefs d’équipe sont Gabriel, Damien et Guillaume et on tire au sort celles et ceux qui le rejoindront. Chaque groupe s’isole et commence à travailler à son morceau.
Quelques semaines auparavant, Saule les avait prévenus : « Travaillez en collectif, c’est fondamental. Et c’est difficile, il faut savoir s’écouter, aller au bout d’une idée même si ce n’est pas la nôtre et qu’on la trouve nulle… ». Et aussi : « Je serai là pour venir déposer des petits allume-feux pour faire prendre vos idées » et « Je serai là pour vous aider si vous bloquez ».
Deux semaines d’affilée, les projets se lancent, se bloquent, s’affinent, prennent de nouvelles directions. On écrit, on compose des boucles, on réécrit, on cherche une mélodie, on ré-réécrit, on change de mélodie… Ce matériel sera le point de départ du weekend de résidence à Mons.
Du 28 novembre au 30 novembre. Vendredi soir, il fait noir et il pleut quand tout le monde arrive aux Ateliers de l’UCLouvain en Hainaut. Ce bâtiment magnifique, un ancien couvent, est un îlot de calme en pleine ville. L’espace qui attire le plus les étudiants est la chapelle des Sœurs noires. Devant l’autel, trône un grand piano à queue. Il sera utilisé pour quelques jam sessions qui feront vibrer les vitraux, grâce entre autres à la voix de Léa N. et aux doigts de Guillaume sur le clavier.
La première soirée, on mange, on chante ensemble, on s’installe dans les chambrées de l’auberge de jeunesse au pied du Beffroi. Dès le samedi matin, les groupes se retrouvent : il s’agira de présenter une première version des chansons le samedi soir ! Aline, Anne Catherine et Frédéric sont rejoints par Marie, du service Culture. Ils sont aux petits soins pour tous les artistes. La musique et les voix bruissent à tous les étages, parfois aussi les éclats de voix, parce qu’on n’y arrive pas toujours du premier coup, à créer ensemble. Mais surtout les rires et les exclamations de joie.
Les liens se renforcent entre eux. Samedi soir – wooow ! Ils présentent leurs trois premiers titres ! Délire des applaudissements et des sourires ravis. Quelques-uns s’essaient aussi à un ou deux morceaux supplémentaires, seuls ou en groupe. Télé MB vient prendre des images et des sons et, le lendemain, c’est une équipe de la RTBF qui sera présente.
Le dimanche est consacré à « resserrer les boulons » des morceaux, affiner les accompagnements, créer les prods. Saule à la guitare et Cédric au violon accompagnent les voix. Damien a sorti sa basse électrique. Et même les « profs », comme les étudiants les appellent, écrivent leur morceau au piano, dans la chapelle. Lorsqu’il faut se quitter en fin d’après-midi, c’est le petit coup de blues… contrebalancé un peu plus tard par le fait de passer au JT de la RTBF quand même. Sur le groupe WhatsApp, les messages fusent : « maman, je suis passé à la télé », « purée, on a dead » !
« J’aurais voulu être un artiste… »
Mardi 2 décembre. C’est le grand soir, le moment de présenter le résultat de la résidence à toute la communauté UCLouvain. La Grange de la Ferme du Biéreau se remplit et va accueillir 300 personnes ce soir-là. Effervescence dans les loges : on chauffe les voix et on révise ses habits de scène. Quelques minutes avant de commencer, Saule réunit les douze artistes : « Maintenant, oubliez toute votre préparation et amusez-vous ! ».
La soirée démarre par les prestations des quatre gagnants du concours de chansons ouvert à la communauté universitaire. Suivies d’un moment très spécial : les étudiants du programme Access 2 University ont préparé avec leur professeure de français, Valérie Collige, un titre « Les chemins du vent », dans lequel ils chantent leur exil, leurs espoirs et finalement leur joie : « J’suis loin d’aller bien, croyez-moi, Mais j’trouve ma route, pas à pas, C’est dur de digérer le passé, le froid, Pourtant moi j’rêve toujours d’un feu de joie ».
Enfin, nos trois groupes se succèdent : « Go away » (par Estelle, les deux Léa et Damien), « Problèmes de riches » (par Hugo, Khadija, Guillaume et Zoé) et « La prochaine fois » (par Gabriel et Léa, Guillaume et Bianca). Au premier rang, ceux qui ne chantent pas font des vagues et sont les premiers fans de leurs amis sur scène. Ambiance de feu ! La soirée se poursuit avec la chanson des « profs » en hommage au groupe « Il suffirait d’une chanson » (par Aline, Anne Catherine et Frédéric) puis encore quelques titres créés durant la résidence. C’est le grand Saule qui termine la soirée en beauté, accompagné par Cédric Sottiaux : il émeut tout le monde avec « Demi-vie » et fait danser la salle avec « Dusty men ».
Une fin… et un commencement
Cette soirée est un épilogue – la porte de l’atelier d’écriture s’est refermée. Mais elle marque surtout un commencement : le début d’amitiés qu’on espère durables entre douze jeunes adultes qui ont fait connaissance de manière intime, se sont impliqués et ont vécu une expérience humaine intense. Le renforcement pour certains de vocations musicales déjà bien présentes. Et la naissance, à l’UCLouvain, d’une expérience résidentielle qui a prouvé être un moment d’apprentissage exceptionnel.
Ce qu’ils et elles en disent
SAULE
Quand on m’a proposé d’être prof à l’unif, j’ai d’abord pris peur. Je me suis vu arrivant dans un auditoire en loden avec une serviette à la main et, me connaissant, je me suis dit que ça serait chose impossible. Mais ce qu’on m’a proposé était tout autre. Je suis tombé, n’ayons pas peur des mots, sur une équipe fabuleuse qui m’a dit : non, non, non, tu vas vraiment pouvoir « faire du toi ». Un Atelier d’écriture qui te ressemble. Le tout à la sauce « Saule ».
Je n’aurais pas cru qu’une telle ouverture d’esprit soit possible dans une université, de la part d’une telle institution. Comme quoi, les a priori, plus vite on s’en débarrasse, plus on va loin sur le chemin. Ce fut d’ailleurs mon leitmotiv tout au long de cet Atelier : et si on balançait tous nos a priori. Et si on faisait de cette expérience, un climax humain et artistique où l’on repousse nos limites.
Honnêtement, le résultat a dépassé de loin toutes mes espérances. Ce qui devait ressembler à une initiation à l’écriture en 30 heures de cours, s’est transformé en concert exceptionnel, et nous sommes occupés à parler à cet instant d’aller enregistrer les chansons en studio, ce qui dépasse de loin toutes mes attentes.
Je n’oublierai jamais cette expérience. Je n’oublierai jamais l’humilité, la bienveillance, l’intelligence et l’ouverture d’esprit de ma marraine : Anne Catherine Simon. La disponibilité et l’écoute de Frédéric Blondeau, Aline Aulit et Marie Baland (UCLouvain Culture).
Et surtout, la joie, l’engouement, le feu dans l’œil de tous ces étudiantes et étudiants, à la fleur de l’âge, découvrant la force d’un groupe et le vertige de pouvoir repousser ses limites.
Un très très grand souvenir pour moi !
Gabriel Petre, étudiant en Langues et lettres françaises et romanes
Ces ateliers vécus avec Baptiste, les professeurs et tous les participants ont été très beaux à vivre, en particulier le week-end complet et le concert donné le mardi suivant. Cette expérience m’a aidé à identifier ce que je peux mettre en place pour faire de la musique et me lancer véritablement dans cette pratique qui me passionne et me nourrit.
J’aime travailler avec des personnes, malgré le fait qu’on soit tous plein de faiblesses, de défauts, d’avis divergents. La musique se vit ensemble et elle unit lorsqu’elle est le fruit de la rencontre entre deux expressions, entre deux personnes (ou plus).
Alexandro Deboeck, étudiant en communication
Avant tout cette résidence était une expérience unique et profondément humaine. J’ai rencontré des personnes incroyables, qui sont surtout des artistes formidables, et que j’espère pouvoir revoir par la suite.
À côté de cela, travailler avec Saule m’a permis de changer totalement ma méthode d’écriture de chansons, il nous a apporté tellement de choses utiles pour écrire, et toujours avec bienveillance. Je pense qu’on ne pourra jamais le remercier assez pour ça. Ce cours m’a fait grandir artistiquement, mais aussi humainement.
Bianca Derauw Dos Santos, étudiante en communication
Grâce à ce cours, j’ai appris à donner sens aux paroles que j’écris et pouvoir écrire sur toutes les choses qui m’entourent ou qui sont dans mon esprit. Et même si l’inspiration ne vient pas tout de suite, il faut persévérer. Saule nous a appris qu’en écrivant chaque jour, l’inspiration finit par venir toute seule.
Ce cours m’a aussi appris l’entraide et le travail de groupe. J’ai trouvé formidable la manière dont on s’aidait les uns les autres et la bienveillance du groupe… Le groupe c’est ce que j’ai le plus aimé, ainsi que les conseils et l’aide constante de Saule.
Pour la dernière page avec les paroles de « La prochaine fois » : je ne la mettrais pas dans le corps de l’article, car c’est une chanson reproduite à part, et non la suite du texte journalistique.
Par Anne Catherine Simon