Le kot BD au service du 9e art
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Le kot BD est un des plus anciens kots de Louvain-la-Neuve. Il a pour vocation la promotion de la bande dessinée auprès de la communauté étudiante à travers une bédéthèque et quelques initiatives originales. Pour en savoir plus, nous avons rencontré trois de ses membres : Zélie, étudiante en en journalisme, Chinook, étudiante à l’IAD en multimédia, Rimbaud, étudiant en sciences politiques.
Propos recueillis par Frédéric Blondeau
Quels sont les objectifs et les activités du kot BD ?
Kot BD Notre but est de promouvoir la BD auprès des étudiant·es en montrant qu’il existe une grande diversité dans le domaine. Pour beaucoup, qui lisent des bandes dessinées étant gosses, il s’agit d’un genre relié à l’enfance. Nous avons la volonté de montrer que la BD, c’est bien plus large et riche que cela : il existe aujourd’hui un grand nombre de très chouettes créations qui s’adressent à un public adulte. Pour aider à faire découvrir cette richesse, nous gérons, dans notre kot, une bédéthèque. Les étudiant·es et étudiant·es intéressé·es peuvent prendre un abonnement annuel au prix de 5 euros et emprunter les ouvrages qui les intéressent.
Combien de volumes possédez-vous et dans quels styles ?
Kot BD Nous avons dans le kot une bibliothèque riche de 5800 volumes. C’est considérable. Le kot BD a été créé il y a longtemps. C’est un des plus anciens KAP de Louvain-la-Neuve. En conséquence, c’est dommage mais on ne peut rien y faire, nous avons dans notre collection beaucoup de bandes dessinées anciennes, de l’école franco-belge, que nos prédécesseurs ont accumulées au fil des ans, soit en les achetant, soit via des donations. Chaque année nous nous efforçons d’enrichir notre collection en achetant de nouveaux ouvrages, mais cela coûte cher et nous avons peu de moyens. Nous visons à avoir des séries populaires complètes. Ce qui a beaucoup de succès aujourd’hui auprès des étudiant·es, ce sont les romans graphiques. Mais ils coûtent souvent beaucoup plus cher. L’année passée, nous avons seulement pu acheter six romans graphiques, ce qui est très peu par rapport au nombre de parutions. Nous devons faire des choix parfois difficiles. Ainsi, nous avons acquis l’année passée le premier ouvrage d’Alix Garin, qui sera accueillie comme artiste en résidence à l’UCLouvain en 26-27 (voir présentation ci-contre). Mais nous n’avons pas pu nous procurer son deuxième volume faute de moyens.
À côté de la location de BD, vous avez développé depuis des années des activités destinées à mieux faire connaître le 9ème art au public étudiant…
Kot BD Oui, cette année, nous avons organisé notre fameux banquet Gaulois, en collaboration avec le Semeur (ndlr : un kot à projet ayant pour but de promouvoir l’agriculture et le monde rural). Toutes et tous déguisé·es, nous avons pris en charge l’animation du banquet sur le thème d’Astérix et Obélix.
Nous avons aussi l’Impro Dessinée qui commence à se lancer. Il s’agit d’un spectacle où l’on peut admirer un dessinateur (en l’occurrence Olsen) à l’œuvre sur un écran géant et une équipe de jouteurs professionnels (les Blagues Pearls), qui improvisent en direct en fonction des contraintes, personnages, situations suggérées par le dessinateur.
Enfin, nous avons notre plus grosse activité de l’année : Louvain-les-Bulles, qui est un festival organisé en extérieur qui vise à promouvoir la bande dessinée à LLN. L’occasion pour les fans de BD comme pour les néophytes de rencontrer des personnes travaillant dans le milieu de la bande dessinée, des professionnels qui exposent leurs œuvres et réalisent des dessins en direct, mais aussi des étudiant·es de l’ESA Saint-Luc qui viennent montrer leurs créations. Des auteurs et autrices de BD sont également présent·es pour des dédicaces et des discussions autour d’un verre. C’est aussi l’occasion de mettre en avant notre fanzine et les coulisses de sa fabrication.
Parlons-en justement de ce fanzine, qui est un tout nouveau projet du kot BD…
Kot BD Nous avons publié notre premier numéro au printemps 2025, à l’occasion de notre festival. Nous en sommes très fiers. C’est un membre du KAP, qui avait déjà un peu d’expérience dans le domaine de la BD, qui en a eu l’idée : nous sommes toutes et tous passionné·es et grand·es lecteur·rices de BD, pourquoi ne pas tenter d’aller plus loin et de créer nous-mêmes quelque chose ? Le fanzine nous a semblé être le format le plus pratique pour ce faire.
On propose aux gens qui participent à l’atelier de réaliser une ou deux planches sur un thème commun qui laisse libre cours à l’imagination et à la créativité de chacun·e et qui sont ensuite rassemblées. Le thème de ce premier fanzine était « le dernier rêve ».
Qui a participé à ces ateliers ?
Kot BD Des étudiantes et étudiants passionné·es, souvent recruté·es hors du monde des kapistes, qui dessinent et qui ont envie d’apprendre comment réaliser une planche de BD.
Pour les quinze participant·es au projet, c’est un gros investissement. Ils et elles s’engagent à participer à huit séances de deux heures, animées par des professionnel·les.
Et comment ça se passe concrètement ?
Kot BD En fait, on travaille étape par étape. Le tout premier cours était une sorte de leçon sur la bande dessinée, son histoire, ses différentes écoles, etc.
Ensuite, nous avons eu un cours sur le scénario : comment raconte-t-on une histoire ? Comment se construit un storyboard ?
Puis on est passé au dessin : comment dessiner un avant-plan et un arrière-plan ? On a par exemple abordé la question de l’encrage. À chaque étape, les artistes en herbe sont accompagné·es par des professionnels, Alexandre, Victor et Olsen, qui les conseillent pour arriver à terme à une histoire lisible et compréhensible pour des lecteur·rices qui ne connaissent pas l’histoire de base.
Pour les huit cours, nous avons demandé une participation de 30 euros comprenant la rémunération des artistes, mais aussi le matériel et un exemplaire du fanzine réalisé qui a été tiré à 115 exemplaires.
Vous avez l’intention de réitérer l’expérience cette année ?
Kot BD Absolument. Nous avons déjà contacté les artistes et nous allons bientôt lancer la communication et ouvrir les inscriptions pour quinze heureux et heureuses élu·es. Normalement, on devrait faire le plein, surtout qu’avec la parution du fanzine, les gens voient que c’est un projet solide qui aboutit à un chouette résultat. Néanmoins, nous sommes conscientes que les participants doivent être très motivés pour s’engager ainsi à suivre autant de séances. Les cours devraient commencer début février avec une parution du fanzine à l’occasion de Louvain-les-Bulles en avril 2026.
D’où vous vient cette passion pour la bande dessinée ?
Rimbaud Moi je dirais que c’est mon papa qui m’a transmis cette passion. Il y avait beaucoup de BD à la maison, on lisait les mêmes séries. On a beaucoup partagé autour de ces lectures quand j’étais plus jeune et encore aujourd’hui. Rentrer au kot BD, je pense que c’est une manière de prolonger cette expérience et de s’impliquer dans un projet collectif à côté des études.
Chinook Ben moi, c’est un peu la même chose. Déjà je m’appelle Chinook (sourire). Mon prénom est le titre du premier album de la série de bande dessinée Buddy Longway, de Derib. Cela témoigne à quel point mes parents étaient fans de BD. Il y a toujours eu chez moi une grande bibliothèque avec plein de bandes dessinées. C’est donc tout naturellement que j’ai souhaité m’investir dans le kot BD, d’autant plus que cet univers n’est pas très éloigné de mes études puisque je me destine à réaliser des films d’animation. Et puis, le kot est vraiment trop cool avec sa super bédéthèque !
Zélie Moi aussi, c’est mon papa qui m’a donné le virus. Il y avait des BD partout dans la maison et je les lisais dans n’importe quel ordre. En grandissant, j’ai plus ou moins arrêté d’en lire. Mais en arrivant à l’université, j’ai éprouvé le besoin de faire quelque chose dans le domaine de la culture et je me suis dit : pourquoi pas la bande dessinée que j’ai tant aimée étant petite ? C’est ainsi que j’ai rejoint le kot BD et je ne suis pas déçue.
Ce qu’on appelle communément la bande dessinée a fortement évolué depuis Tintin, Astérix ou Lucky Luke. Quel regard vous portez sur les productions actuelles ?
Chinook Aujourd’hui, je lis plus de romans graphiques que de BD traditionnelles. Il y a une grande diversité de récits, parfois de type documentaire ou historique, que je trouve super intéressants. Comme pour un roman, le roman graphique nous plonge dans une histoire qui peut être complexe, on s’attache aux personnages et à l’intrigue, et souvent le récit est accompagné de dessins incroyables.
Rimbaud Moi je suis un peu moins proche de l’univers des romans graphiques. Je reste attaché à la BD telle qu’on l’imagine quand on parle de bande dessinée. Je suis aussi toujours les grandes séries, comme par exemple la série des Thorgal qui donne toujours lieu à de nouvelles parutions. Mais aussi de nouvelles séries. C’est chouette de voir qu’il y a toujours en Belgique des auteurs et autrices talentueux·ses qui émergent et que la BD traditionnelle a encore de l’avenir.
Zélie Moi je suis très fan des livres en général et un peu moins des bandes dessinées. Mais j’aime bien la manière dont un·e auteur·rice parvient à nous toucher et nous embarquer dans un récit avec quelques traits d’encre ou de crayon. C’est fascinant.
Selon vous, quels sont les atouts de la bande dessinée par rapport à d’autres médiums comme le cinéma ou la littérature ?
Kot BD C’est super accessible, la bande dessinée. Récemment, La Croix Rouge locale nous a demandé d’apporter des BD pour les personnes qui font des dons de sang et qui doivent attendre. Voilà un atout très concret : on peut passer un chouette moment voire replonger en enfance en lisant une ou deux pages. On n’a pas les mêmes contraintes de temps que pour la lecture d’un livre. Tu lis deux planches et tu passes un bon moment.
Et puis, comme on le disait, les auteurs et autrices actuels se libèrent beaucoup des cases de BD traditionnelles. Il y a une grande inventivité dans les scénarios et parfois des dessins absolument magnifiques. On peut continuer à apprécier les BD classiques tout en s’émerveillant de la créativité à l’œuvre dans des nouvelles formes beaucoup plus libres et qui nous font voyager et réfléchir tout autant que le cinéma ou la littérature.