Aller au contenu principal

Une chaire Francqui pour Olivier De Schutter : repenser le mérite et la justice sociale

uclouvain |

uclouvain
27 August 2026

La Fondation Francqui a confié à Olivier De Schutter, professeur à l’UCLouvain, une chaire de Professeur de recherche Francqui pour la période 2026-2029. Pendant trois ans, il se consacrera à un programme de recherche sur les rapports de classe dans les sociétés d’abondance. Avec une question centrale : nos sociétés méritocratiques contribuent-elles réellement à réduire les inégalités ?

Sur proposition de l’UCLouvain, la Fondation Francqui a choisi de confier à Olivier De Schutter une chaire de Professeur de recherche Francqui. Ce mandat lui permettra de suspendre une partie de ses charges d’enseignement afin de consacrer trois années à ses recherches sur les rapports de classe dans les sociétés d’abondance.
Olivier De Schutter est professeur à l’UCLouvain et à Sciences Po, co-président du groupe international d’experts IPES-Food et vient de terminer un mandat de rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains (2020-2026).

Combattre la discrimination sociale

Premier axe de ses recherches : la discrimination fondée sur l’origine sociale. Si l’égalité des chances fait aujourd’hui largement consensus, les personnes issues de la grande pauvreté restent confrontées à des discriminations qui dépassent les seules privations matérielles.

Traitements paternalistes ou condescendants, culpabilisation, difficultés d’accès à l’emploi, au logement ou à la protection sociale : cette « pauvrophobie » demeure une réalité. Le droit dispose d’outils pour la combattre, mais ceux-ci restent insuffisants pour faire disparaître la ségrégation de classe.

Et si le mérite faisait partie du problème ?

Le second volet du projet s’attaque à une idée profondément ancrée dans nos sociétés : celle du mérite. Récompenser le talent et l’effort apparaît généralement comme l’antidote à la discrimination. Mais cette logique peut aussi avoir son revers.
En valorisant la performance, la compétitivité ou encore les diplômes, nos sociétés risquent de légitimer les hiérarchies de revenus : si les positions de chacun sont considérées comme le résultat de leur mérite, comment encore questionner les inégalités qui en découlent ?

La recherche d’Olivier De Schutter entend ainsi interroger cette « monoculture de l’excellence » et mettre davantage en valeur ce que les critères traditionnels de réussite tendent à ignorer : l’expérience vécue de parcours semés d’obstacles, mais aussi les cultures de solidarité et de partage développées au sein des communautés les plus défavorisées.

Faire de la diversité un atout

Comment imaginer d’autres modèles ? Pour nourrir sa réflexion, Olivier De Schutter s’intéressera notamment aux expériences d’émancipation des Dalits en Inde et au Népal ainsi qu’à celles des populations noires aux États-Unis.

À travers ces expériences de transformation sociale, le projet invite à repenser nos conceptions de la réussite et de l’égalité. Et à envisager une société qui ne considère plus la diversité des parcours comme un problème à corriger, mais comme une richesse sur laquelle s’appuyer.