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"Apprendre à questionner" : les coulisses de la nouvelle campagne de l'UCLouvain

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9 September 2026

campagne

Le 7 septembre prochain, l'UCLouvain dévoilera sa toute première campagne de notoriété au grand public qui va s’étendre sur plusieurs années. Vous la verrez dans l'espace public, sur les réseaux sociaux et dans différents médias. 

Avec cette campagne, l’UCLouvain veut renforcer sa notoriété et affirmer plus clairement ce qui fait sa singularité. Au-delà de la promotion de nos formations ou de nos activités de recherche, l’ambition est de construire, dans la durée, une image forte et reconnaissable de l’université auprès du grand public. Une image fidèle à ce que nous sommes et à ce qui nous rassemble : une université qui apprend à questionner le monde pour mieux le comprendre et contribuer à le faire évoluer.

Pourquoi cette campagne maintenant ? Pourquoi avoir choisi la signature « Apprendre à questionner » ? Et pourquoi avoir fait le pari de poser des questions plutôt que d'apporter des réponses ?

rectrice Pour comprendre la démarche qui a guidé cette campagne, nous avons réuni Françoise Smets, rectrice de l'UCLouvain, et Zoé de Priester, Creative copywriter chez « The Little Voice », l'agence qui a accompagné l'université dans sa conception. Ensemble, elles reviennent sur les ambitions de cette campagne, les choix créatifs qui la portent et ce qu'elle dit de l'identité de l'UCLouvain.

Pourquoi lancer aujourd'hui une campagne de notoriété ? 

Françoise Smets : Parce que le rôle de l’université est peut-être plus important que jamais, mais qu’il ne va plus de soi. La science est questionnée, l’expertise parfois contestée, la valeur même de l’apprentissage remise en cause. Dans ce contexte, je pense qu’il est important de redire qui nous sommes et à quoi nous servons.

Une université, ce sont bien sûr des lieux où l’on enseigne et où l’on fait avancer la recherche. Mais c’est aussi un employeur, un acteur de la société, un lieu où se construisent des connaissances et des compétences qui permettent de mieux comprendre le monde et d’agir sur lui.

Cette campagne, c’est une manière de rendre cette contribution plus visible et de rappeler ce qui fait la valeur de l’UCLouvain.

Qu'est-ce qui fait, selon vous, la singularité de l'UCLouvain et que vous avez souhaité mettre en lumière à travers cette campagne ? 

Zoé de Priester : Ce qui nous a frappés, c’est que l’UCLouvain ne transmet pas seulement des connaissances, elle apprend aux étudiant·es à développer leur esprit critique. On y apprend à ne pas considérer une réponse comme définitive, à changer de perspective, à confronter les idées et à pousser la réflexion.

C’est une posture qui traverse à la fois l’enseignement et la recherche, et qui nous semblait beaucoup plus distinctive qu’un discours classique autour de l’excellence ou de l’innovation.

Notre travail a donc consisté à rendre cette posture visible et accessible au grand public. À montrer que l’UCLouvain n’est pas seulement un lieu où l’on trouve des réponses, mais aussi un lieu où l’on apprend à poser les questions qui permettent d’avancer.

Beaucoup d'universités parlent d'excellence, d'innovation ou d'avenir. Pourquoi avoir choisi cette signature "Apprendre à questionner" ?

Françoise Smets : Ces thématiques restent essentielles pour nous aussi. Mais avant d’innover, il faut savoir pourquoi on le fait. Avant de chercher une réponse, il faut être capable de poser la bonne question.

C’est au fond l’une des grandes missions de l’université : développer un esprit critique au sens le plus positif du terme. Ne pas prendre les choses pour acquises. Apprendre à regarder un problème sous plusieurs angles, à interroger les évidences, à confronter les points de vue.

L’intelligence artificielle en est un exemple très concret. Avec l’IA, la qualité de la réponse dépend beaucoup de la qualité de la question qu’on lui pose. Savoir formuler un bon prompt, prendre du recul sur la réponse obtenue, la confronter à d’autres connaissances : c’est déjà exercer son esprit critique. Et c’est précisément ce que l’université doit apprendre à faire.

Cette campagne ne donne presque jamais de réponses. Elle pose des questions. Pourquoi ce choix ?

Zoé de Priester : Parce que donner immédiatement la réponse aurait été, d’une certaine manière, contraire au propos de la campagne.

Une question crée un espace. Elle oblige à s’arrêter quelques secondes, à prendre position, parfois même à se rendre compte qu’on n’a jamais vraiment réfléchi au sujet. C’est précisément ce que nous cherchions à provoquer.

Nous voulions donc éviter une campagne qui affirme : « Voilà ce que vous devez penser de l’UCLouvain. » Nous préférons faire vivre sa promesse. Si la signature est « Apprendre à questionner », alors la campagne elle-même doit commencer par questionner.

Et cela permet aussi d’ouvrir la conversation. Il n’y a pas nécessairement une seule bonne réponse à ces questions. Ce qui compte, c’est ce qu’elles mettent en mouvement.

En quoi cela reflète-t-il la manière dont on enseigne et dont on fait de la recherche à l'UCLouvain ? 

Françoise Smets : Parce que la réalité est complexe et que les réponses simples sont rarement suffisantes. Notre rôle est justement d’apprendre à embrasser cette complexité, à croiser les disciplines et à regarder les questions dans leur ensemble.

Et surtout, nous ne pouvons pas nous questionner en vase clos. Une université doit rester profondément connectée à la société, à ses transformations et à ses besoins.

L’IA nous oblige par exemple à réinterroger aujourd’hui nos façons d’enseigner et d’évaluer. De la même manière, lorsque nous produisons de nouvelles connaissances, nous devons nous demander comment elles peuvent circuler, être partagées et devenir rapidement utiles à la société. Questionner, ce n’est donc pas rester dans la réflexion : c’est aussi chercher comment transformer la connaissance en action.

Certaines questions peuvent surprendre, faire sourire, voire déranger. C'était recherché ? 

Zoé de Priester : Oui, parce qu’une question trop attendue risque de devenir invisible.

Nous avons cherché des questions suffisamment simples pour être comprises immédiatement, mais avec un petit décalage qui donne envie de s’y arrêter : 
« Sommes-nous gouvernés par les bactéries ? », « Peut-on mesurer le bonheur ? », « Ne pas trouver, est-ce chercher ? » …

Certaines sont très concrètes, d’autres plus philosophiques, certaines font sourire. Mais derrière chacune, il y a un véritable sujet de société, de science ou de recherche.

L’objectif n’était donc pas de provoquer gratuitement. C’était de créer cette seconde où l’on se dit : « Tiens… je n’avais jamais vu les choses comme ça. » Et cette seconde-là est déjà le début d’un questionnement.

Une université a-t-elle justement pour rôle de bousculer un peu les certitudes ? 

Françoise Smets : Oui, mais je dirais que son rôle va plus loin que cela. Bousculer pour bousculer n’a pas beaucoup d’intérêt. Notre responsabilité est de prendre du recul, de mettre les connaissances en relation et de voir plus loin.

Dans un monde où tout s’accélère, il peut être tentant de réagir immédiatement à chaque changement. L’université doit aussi savoir résister à cette immédiateté : comprendre avant de conclure, mesurer les conséquences, apporter de la nuance.

Et surtout, elle doit essayer d’avoir toujours un temps d’avance : ne pas seulement répondre aux questions qui se posent aujourd’hui, mais faire émerger celles que la société devra se poser demain.

Si vous deviez chacune choisir une des questions de la campagne, laquelle choisiriez-vous… et pourquoi ? 

Zoé de Priester : Je choisirais "L'innovation est-elle forcément synonyme de progrès ?"

J’aime cette question parce qu’elle semble presque absurde au premier abord, puis elle ouvre beaucoup de portes. On a tendance à associer naturellement l’innovation au progrès, aux avancées technologiques, à l’idée d’aller toujours plus loin. Pourtant, ce qui est nouveau ne nous fait pas forcément avancer dans la bonne direction. À une époque où certains cherchent justement à ralentir, à se déconnecter ou à revenir à des modes de vie plus simples, la notion même de progrès mérite d’être interrogée.

Je trouve qu’elle résume bien l’esprit de la campagne, parce qu’elle remet en question une association profondément ancrée dans notre manière de penser : celle entre innovation et progrès. Elle nous invite à reconsidérer ce qui nous semble évident et, plus largement, à faire évoluer notre manière de regarder le monde.

Françoise Smets : Je choisirais "Pourquoi est-ce important de s’ennuyer ?"
Parce que nous vivons dans un monde qui tolère de moins en moins le vide. Il faut être constamment occupé, sollicité, connecté. Il suffit de regarder autour de soi dans un train ou un bus : au moindre temps mort, nous sortons notre téléphone.

Or, je crois que ces moments où il ne se passe apparemment rien sont précieux. C’est souvent lorsque notre esprit peut vagabonder que l’on commence à observer autrement, à faire des liens, à laisser émerger une question ou une idée inattendue.