Monitorer en continu la santé mentale
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Sans baromètre fiable et constant, comment mener des politiques pertinentes pour la santé mentale ? C’est ce défaut d’outil que compte pallier ce projet porté, entre autres, par le Pr Olivier Luminet, de la Faculté de psychologie. Un partenariat avec un grand groupe de presse assurera l’impact concret de ces recherches sur la population belge francophone, ainsi que la visibilité du leadership de l’UCLouvain en matière de recherches sur la santé mentale.
Que vise ce projet ?
Le but est d’établir une cartographie de la santé mentale en Communauté française de Belgique et de pouvoir en suivre l’évolution à travers le temps. À l’heure actuelle, il manque vraiment d’un instrument tel que celui-ci. Or c’est une pré-condition pour pouvoir mener des politiques efficaces de prévention de la santé mentale et d’intervention dans les situations difficiles. On manque vraiment de chiffres. Et actuellement, les enquêtes menées en Belgique sur la santé mentale sont généralement très ponctuelles, ce sont des « one shot » qui donnent une idée à un moment donné, mais pas sur l’évolution. Ici, nous voulons construire un instrument qui prend en compte cet aspect évolutif, qui permet de suivre de manière longitudinale les mêmes personnes à travers le temps. Nous avons déjà une expérience car durant toute la pandémie de COVID-19 nous avons sondé des personnes que nous suivons encore aujourd’hui. Ainsi nous pouvons détecter certaines réactions au moment du COVID qui ont aujourd’hui un impact négatif sur leur santé mentale, ou au contraire, nous avons pu repérer des personnes qui sont très résilientes.
Quelles sont les particularités de votre approche ?
L’approche longitudinale, c’est-à-dire un suivi sur du moyen ou long terme, est l’une des lignes de force de ce projet. L’autre point de force, c’est d’avoir à la fois des modules fixes et des modules réactifs. Les modules fixes concernent les variables que nous devons absolument monitorer en permanence et sur le long terme. Mais nous voulons aussi être très réactifs en cas de situations particulières. À la fin du COVID, on est entré dans ce qu’on a appelé une période de polycrise avec la guerre en Ukraine, la crise énergétique, la crise au Moyen-Orient, etc. Donc toute une série de situations potentiellement anxiogènes, mais on ne sait pas quels sont précisément les motifs d’inquiétude de la population, quelle situation est plus anxiogène que les autres.
Concrètement, comment allez-vous procéder ?
L’idée est de faire cette enquête deux fois par an, avec une flexibilité pour réagir à des événements soudains et particuliers. Nous aurons aussi des focus sur certains groupes de population : les jeunes, les personnes endeuillées, la question de la solitude, le rôle de l'activité physique, etc. C’est pour cela que nous avons constitué une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et chercheuses. Nous sommes cinq, un nombre idéal pour assurer une bonne diversité d’approche tout en maintenant une efficacité certaine.
Pour mener ces enquêtes sur une population large et diversifiée, nous avons établi un partenariat avec le groupe de presse Rossel (Le Soir, Sud Presse, RTL). Ces médias publieront nos résultats ainsi que nos recommandations pratiques que les gens pourront appliquer dans leur vie de tous les jours. Notre but étant de sortir de notre tour d’ivoire et de fournir des pistes d’action concrètes pour favoriser le bien-être et la santé mentale de toute la population.