Un grand requin disparaît dans sa propre lumière pour leurrer ses proies
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En bref :
Article scientifique : https://www.cell.com/iscience/fulltext/S2589-0042(26)02467-3 Contacts presse : |
Il y a 5 ans, une équipe de scientifiques de l’UCLouvain, dirigée par Jérôme Mallefet, découvrait que le requin dit squale liche, qui mesure jusqu’à 1,8 mètre de long, est bioluminescent, ce qui en fait le plus grand vertébré lumineux connu à ce jour. Aujourd’hui, cette même équipe scientifique UCLouvain a réussi à décrypter pourquoi ce requin émet de la lumière, une découverte publiée dans la revue scientifique iScience.
Chez de nombreux poissons, crustacés ou calmars des profondeurs, la bioluminescence permet de réaliser une stratégie de camouflage appelée contre-illumination. À plusieurs centaines de mètres sous la surface, une faible lumière solaire reste encore perceptible. Vue d’en dessous, la silhouette d’un animal apparaît sombre. En produisant une lumière ventrale de même intensité et de même couleur que celle venant de la surface, il peut effacer sa silhouette et devenir beaucoup plus difficile à détecter. Une stratégie utilisée par de nombreuses proies pour échapper à leurs prédateurs. « Le squale liche pose un paradoxe : c’est un grand prédateur vivant principalement près du fond marin, pour lequel aucun prédateur naturel n’a été documenté », explique Julien Claes, collaborateur scientifique à l’UCLouvain. La stratégie de camouflage pour éviter d’être mangé ne tient donc pas la route pour expliquer sa bioluminescence.
Pour en avoir le cœur net, Jérôme Mallefet, directeur du laboratoire de biologie marine de l’UCLouvain, a mesuré l’intensité, la couleur et la direction de la lumière produite par les millions de minuscules organes lumineux, les photophores, présents sur la peau des spécimen étudiés. Résultat ? La lumière émise au niveau du ventre des requins est bien une lumière dont l’intensité correspond à celle de la lumière résiduelle aux profondeurs de capture. Il s’agit donc bien de camouflage, non pas pour leurrer les prédateurs mais plutôt pour attaquer les proies ! « Cette recherche montre que la contre-illumination, jusqu’ici principalement considérée comme une stratégie de défense permettant à des animaux vulnérables de se dissimuler, peut également être utilisée pour effacer leur silhouette aux yeux des proies situées sous eux. Cela lui permet d’avoir une approche furtive », explique Jérôme Mallefet.
Les scientifiques UCLouvain démontrent aussi que la lumière du squale liche se diffuse beaucoup plus largement sur les côtés que chez les autres animaux qui utilisent la bioluminescence. Lumière que le requin utilise pour faciliter la détection de ses proies dans l’obscurité. Un peu à la manière d’une lampe torche dirigée sur le fond marin ! « Nous pensons que ce mécanisme pourrait être à l’œuvre chez le squale liche, dont les grands yeux, placés latéralement, semblent particulièrement bien adaptés à l’exploitation de cette lumière. L’approche furtive et l’éclairage du fond pourraient être deux stratégies que ce prédateur, à la nage la plus lente connue (13cm/minutes !), a mis en place pour attraper des proies beaucoup plus mobiles que lui », précise le biologiste marin UCLouvain.
Quant aux nageoires dorsales du requin, également lumineuses, elles pourraient remplir une fonction différente. « Leur émission est trop intense pour participer au camouflage et pourrait plutôt intervenir dans la communication entre individus, par exemple pour permettre leur reconnaissance à distance dans l’obscurité ». Ces deux fonctions – illumination des proies et communication – sont des hypothèses émises par les scientifiques UCLouvain et doivent encore être confirmées par des observations en milieu naturel.
Cette nouvelle étude UCLouvain souligne combien la logique écologique des profondeurs — le plus vaste biome de la planète — reste encore à décrypter. Forte de son expertise internationalement reconnue sur les organismes marins lumineux, les scientifiques UCLouvain insistent sur l’importance de la recherche sur la bioluminescence, afin de mieux comprendre les interactions entre les espèces et leur fonctionnement au sein de leur environnement direct. La bioluminescence pourrait même devenir un outil prometteur de suivi de la biodiversité marine, en particulier dans les environnements profonds difficiles à observer.