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Alix Garin | Artiste en résidence à l’UCLouvain

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15 September 2026 , modifié le 22 September 2026

Les cheveux ras, le sourire éclatant et les yeux pétillants, Alix Garin semble tout droit sortie d’une de ses cases de BD. A 29 ans, elle a déjà publié deux albums graphiques unanimement salués par la critique: Ne m’oublie pas, un road trip poétique et émouvant qui retrace son voyage avec sa grand-mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, et Impénétrable, une autobiographie sans tabou qui relate son combat et son errance médicale face au vaginisme. Lors de sa résidence à l’UCLouvain, Alix compte partager avec ses étudiant·es sa passion pour son art et les initier aux différentes techniques propres à la bande-dessinée, mais aussi leur transmettre des outils pour mieux se connaître et mieux se comprendre, à cette époque charnière de leur vie.

Propos recueillis par Aline Aulit

Que représente la BD pour toi ? Est-ce une vocation ou un style d’expression ?

AG La BD m’habite depuis toujours, c’est une véritable vocation. Petite déjà je dessinais énormément, bien avant de savoir écrire. J’avais ce qu’on pourrait appeler un don. Et très vite je me suis rendue compte qu’au-delà du dessin, j’aimais surtout raconter des histoires.

Dès que j’ai su lire, mes parents m’ont abonnée au journal Spirou. Une révélation! J’ai découvert tout ce que le médium BD permettait et, surtout, que bédéiste était un vrai métier. J’ai eu cette chance, qui n’est pas donnée à tout le monde, d’avoir su très vite que c’est cela que je voulais absolument faire de ma vie. Ensuite, tout s’est déroulé très naturellement: j’ai suivi des stages et des ateliers, puis je me suis inscrite à l’Ecole Supérieure des Arts de Saint-Luc à Liège, section BD évidemment.

Entre le journal de Spirou de ton enfance et les romans graphiques d’aujourd’hui, la BD s’est énormément diversifiée. Comment perçois-tu cette évolution ?

AG Je me dis que tout est possible en BD! Plus jeune j’avais un style assez humoristique et familial, propre aux bandes dessinées que je lisais. Puis, ado, j’ai découvert le roman graphique grâce à ma maman, qui était abonnée à la revue belge A suivre, consacrée à la BD d’auteurs pour adultes. J’y ai découvert des artistes comme Didier Comès ou Hugo Pratt et me suis initiée à une BD beaucoup plus mature, influencée notamment par le cinéma.

Ensuite, à l’ESA Saint-Luc, j’ai reçu une nouvelle claque en découvrant des œuvres telles que Blast de Manu Larcenet, ou L’Arabe du Futur de Riad Sattouf. Cela m’a confortée dans l’envie que j’avais d’aborder des sujets de société de façon exigeante et sensible.

Tu as donc tout naturellement choisi la BD pour raconter une histoire particulièrement intime, celle de ton combat contre le vaginisme.

AG En fait ce n’était pas un choix mais une évidence car la BD c’est mon langage. De plus, c’est un medium idéal pour ce genre de récit car il est protéiforme et ne cesse d’évoluer. Pour les sujets que j’aborde, j’ai besoin d’un art très immersif dont j’assume la subjectivité. J’ai besoin d’être en empathie totale avec mes personnages. La BD permet cela et, d’un point de vue formel, elle autorise à mélanger les formes d’expression, à sauter par exemple du dessin au texte et inversement ou à mixer les deux… Les possibilités de création sont infinies…

Par ailleurs, le dessin, dans une oeuvre autobiographique telle que Impénétrable, expose particulièrement ton entourage… Comment as-tu géré cette dimension ?

AG C’était extrêmement important pour moi d’avoir leur accord au préalable. Et dans le cas de mon compagnon, c’était même indispensable. Il m’a d’ailleurs énormément soutenue car il réalisait lui aussi que c’était important de raconter cette histoire de cette façon-là.

Quel genre d’étudiante était Alix Garin, il n’y pas si longtemps ?

AG Une étudiante modèle! Je suis une véritable Hermione Granger! J’ai toujours voulu et aimé apprendre. J’étais très curieuse, très investie, je n’en n’avais jamais assez… Pour moi c’était un besoin. J’avais l’impression d’avoir tant de choses à apprendre. Je mesurais également la chance que j’avais d’être encadrée et évaluée par des personnes qui avaient tellement plus d’expérience que moi. J’avais envie et besoin de leurs conseils et je les sollicite d’ailleurs encore aujourd’hui. C’est en effet difficile en tant qu’artiste d’avoir du recul et un avis objectif sur ce que l’on fait. C’est donc super important de confronter son instinct au regard des autres pour vérifier si ce qu’on souhaite transmettre est bien compris.

Et dans le cadre de cette aventure d’artiste en résidence, c’est toi qui va devenir professeure! Comment as-tu reçu cette proposition ?

AG J’ai sauté de joie! Sincèrement je considère cela comme un immense honneur. Pour moi qui ai adoré apprendre, avoir l’occasion de partager la maigre expérience qui est la mienne me remplit d’une joie débordante. Le fait de n’avoir que 29 ans pourrait être un frein mais je pense que c’est plutôt un avantage. En effet, je me sens relativement proche des étudiant·es. J’ai des souvenirs très précis de ce que cela fait d’avoir 20 ans et d’être aux études dans ce moment charnière où on essaie d’accumuler autant que possible des choses qui pourront, peut-être, nous servir après. Et je suis heureuse aussi de leur transmettre mes doutes… Car il faut assumer qu’être artiste ou tout simplement humain n’est pas un long fleuve tranquille. Partager cette vulnérabilité, je pense que ça fait partie intégrante du fait d’apprendre à vivre.

Que vas-tu proposer concrètement aux étudiant·es inscrit·es à ton cours ?

AG Nous allons explorer la notion des désirs et remplir un carnet créatif. Cette idée provient du postulat que, quand on a vingt ans, on attend de nous de savoir ce qu’on veut parce qu’on a des choix très importants à poser: choisir ses études, son futur métier alors que, bien souvent, on ne sait pas trop où on en est.

Et dans la société d’aujourd’hui, où nos désirs sont fortement conditionnés, je pense que l’art a un vrai rôle à jouer. Il nous propose en effet de plonger en nous-mêmes pour nous interroger sur la place qu’occupe notre plaisir à être au monde. Comment l’exprimer, l’identifier, y être attentif ? Cela demande de faire un pas de côté dans la marche du monde et ce genre d’occasions ne sont pas légion.

C’est ce qui m’intéresse dans cette aventure: laisser le temps aux étudiant·es de faire les choses différemment, de prendre les problèmes par un autre bout et, peut-être, voir éclore des prises de conscience de ce qu’ils aiment ou pas et saisir en quoi le geste artistique peut les aider à mieux se connaître, à mieux se comprendre pour ensuite être plus sûr·es d’eux et elles dans leurs choix.

C’est très ambitieux car nous n’aurons ensemble que six séances de cours. Mais l’idée est de planter des graines qu’on ne verra pas forcément germer tout de suite. L’enjeu, c’est d’apprendre à être en recherche, à utiliser des contraintes, à se laisser surprendre. Le résultat est moins important que le cheminement.

Durant ces six séances, nous apprendrons quelques techniques de dessin et d’écriture, nous aborderons le story board, comment raconter une histoire à partir d’images, l’impact du choix des juxtapositions, l’impression qui se dégage de l’objet livre.

Nous nous confronterons aussi au regard des autres car j’accorde beaucoup d’importance à la dimension collective de l’apprentissage. Nous terminerons d’ailleurs la résidence par un week-end ensemble, au cours duquel nous monterons l’exposition des carnets et d’autres œuvres réalisées par les étudiant·es.

Est-ce que tout le monde peut devenir autrice ou auteur de BD ?

AG Peut-être pas, mais je souhaiterais faire comprendre aux étudiant·es que tout le monde a les moyens de raconter une histoire avec des images, et que cela fait du bien à tout le monde! Le but de la résidence n’est pas de devenir un·e bédéiste professionnel·le mais de leur proposer des outils qui leur feront prendre conscience qu’ils et elles ont des choses à raconter. Et que ces choses valent la peine d’être racontées. Exprimer sa propre vision de la vie et son regard sur le monde, c’est sain et à encourager… Cela peut paraître paradoxal dans la société individualiste dans laquelle nous vivons mais, ici, nous n’allons pas chercher à susciter l’approbation ou l’admiration. Nous allons exprimer des choses qu’on a rarement l’occasion d’exprimer avec exigence et technique… Cela va nous faire du bien. Et je trouve formidable que l’UCLouvain propose cette aventure à ses étudiant·es.

Encadrer une résidence d’artiste, c’est sortir de sa zone de confort

Entretien avec Sarah Sepulchre, co-marraine d’Alix Garin

Pourquoi avoir accepté de co-encadrer la résidence d’Alix ?

SS J’ai d’abord été séduite par sa personnalité. Alix est très solaire, généreuse, enthousiaste. Ensuite j’ai lu avec attention ses BD et j’ai été particulièrement impressionnée par sa précision, sa maturité. Elle aborde des questions liées au genre et au corps dans ce que j’appellerais «un récit de l’ordinaire». Une auto-fiction au travers de laquelle elle parle de sa propre expérience sans tabou et avec beaucoup de sincérité. Son travail est très lié à mes objets de recherche.

Pour la spécialiste des questions de genre que tu es, que peut apporter la BD, en particulier le roman graphique, dans la recherche et l’enseignement liés à ces questions ?

SS On assiste aujourd’hui à une explosion d’essais traduits en romans graphiques, et cela sur tous les sujets. C’est vraiment réjouissant car la BD traduit en textes et dessins des concepts scientifiques souvent abstraits. Ces nouveaux supports élargissent considérablement les publics et contribuent au débat. En tant que professeure, j’ai souvent recours à l’utilisation de planches graphiques dans mes cours, notamment dans le cadre des Queer studies. Une image est souvent plus percutante qu’un long discours.

Alix va aborder avec ses étudiant·es la notion de désirs, au pluriel. Comment perçois-tu cette thématique ?

SS Même si, depuis quelques décennies, on a ouvert le champ de la discussion autour des questions du corps vivant, aimant, agissant, il reste encore aujourd’hui de nombreux tabous. Et parfois cette ouverture a été trop rapide et déviée (je pense par exemple à l’accès aux contenus pornographiques). Le fait qu’Alix propose aux étudiant·es de s’interroger sur ces questions, au moment où ils et elles quittent l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, me semble particulièrement pertinent.

Et le faire à partir de la BD, au moyen du dessin, en utilisant des personnages comme des médiateurs entre nous et le monde, tout en élargissant au maximum cette notion de désir peut, selon moi, permettre à toutes et tous les étudiant·es d’entrer en création.

Avec Sebastien Fevry, co-parrain de la résidence, vous avez décidé de participer activement à cette expérience, d’être vous aussi des étudiant·es d’Alix. Est-ce un défi pour vous ?

SS Incontestablement cela va nous sortir de notre zone de confort! Mais c’est justement l’intérêt de cette aventure. Personnellement, je suis professeure depuis de nombreuses années. Et, même si j’adore mon métier, je me pose souvent des questions sur le sens de ce que je fais, dans ce monde en mutation profonde. Cette expérience de résidence propose un autre type d’enseignement. Elle casse les rapports de pouvoir, elle donne une dimension plus horizontale au binôme prof-étudiant·e. Je pense qu’elle va nous donner du souffle dans notre métier. Je suis par ailleurs portée par l’enthousiasme partagé par toute l’équipe, et j’ai hâte de commencer!

Retrouvez Alix tout au long de l’année académique

Au-delà de son engagement en tant que professeure invitée, Alix Garin s’impliquera dans plusieurs événements.

> Mar 22/9 - 18h
Soirée d’ouverture
Carte blanche à Alix Garin
LLN, Halles universitaires

Une soirée pour s’immerger dans l’univers et l’imaginaire de l’artiste en résidence.

Pour débuter son aventure à l’UCLouvain, Alix convoque sur scène des ami·es bédéistes, des profs et des étudiant·es passionné·es, une slameuse, un DJ… Lors de cette soirée protéiforme, on décortiquera la BD sous toutes ses cases, on parlera désir, construction personnelle, identité…

Au travers d’une exposition de ses planches et de celles qui l’inspirent, d’une table ronde, de performances scéniques et de projections, venez à la rencontre de cette jeune artiste de l’intime et de la sincérité.

La soirée se clôturera par un drink animé par un DJ.

23/09 > 05/11/2026
EXPOSITION
Dessiner pour voir
Découvrir l'univers d'Alix Garin et ses inspirations
LLN, Halles universitaires

Mardi 6/10/26 - de 18h à 20h
ATELIER
Dire le désir
Séance d’Art Thérapie avec Alix Garin
Dans les cadre de la semaine de la santé mentale
LLN, La Page d’Après

09/02/27 > 01/04/27
EXPOSITION
Carnets de Désirs
Vernissage de fin de résidence d’Alix Garin
LLN, Halles universitaires

Vous retrouverez également le talent d’illustratrice d’Alix Garin dans le cadre du grand jeu d’accueil La Quête organisé pour les étudiant·es le jeudi 24/9. Et c’est également elle qui a créé l’affiche de la 50e édition des 24h de Louvain-La-Neuve!