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La Ferme du Biéreau | 20 ans et toujours en mouvement

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15 September 2026

Vingt ans après son inauguration comme centre musical, la Ferme du Biéreau affiche une vitalité qui ne faiblit pas. Près de 23.000 spectateurs, plus d’une centaine de concerts par an, des productions qui tournent bien au-delà de Louvain-la-Neuve et un nouveau chantier en perspective: avec Gabriel Alloing, son directeur artistique, TRACES prend le pouls d’un lieu devenu incontournable.

Par Frédéric Blondeau

Au cœur de Louvain-la-Neuve, elle fait désormais partie du paysage. Mais vingt ans après sa transformation en centre musical, la Ferme du Biéreau continue de grandir. «La dynamique reste très positive», se réjouit Gabriel Alloing, son directeur artistique depuis les débuts.

Comme dans tout le secteur culturel, le développement ne s’est pas toujours fait sans difficultés, notamment faute du soutien espéré de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour le pôle production. «Mais on s’est accrochés, avec de très belles réussites», souligne-t-il.

Et les chiffres parlent. Cette année, la Ferme devrait approcher les 23.000 spectateurs pour ses propres productions. Elle programme, bon an mal an, entre 100 et 120 concerts. En comptabilisant spectacles, productions en tournée, locations et activités diverses, le lieu est impliqué dans 400 à 500 événements par an.

Une activité impressionnante pour une structure relativement légère: une douzaine d’équivalents temps plein, soit 18 à 19 personnes, dont une part importante travaille à la technique.

Autre singularité: sur un chiffre d’affaires d’environ deux millions d’euros, près de deux tiers proviennent de recettes propres, contre un tiers de subsides, essentiellement apportés par les deux partenaires historiques de la Ferme, la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve et l’UCLouvain. Un modèle plutôt inhabituel dans le secteur culturel.

Des spectacles qui voyagent

L’une des grandes évolutions de ces dernières années est le développement du pôle production. Très tôt initiée, cette activité a été véritablement structurée il y a cinq à six ans, avec des moyens humains et financiers renforcés.

Aujourd’hui, les spectacles produits par la Ferme cumulent plus de 150 représentations, pour la plupart en dehors de ses murs. Avec, à la clé, quelques beaux succès.

Le Carnaval des animaux, par exemple, a été capté par France Télévisions. Diffusé à plusieurs reprises, le spectacle a déjà touché plus de 600.000 téléspectateurs.

Autre aventure au long cours : Pierre et le Loup avec Alex Vizorek, qui vient de fêter ses dix ans. France Télévisions doit enregistrer le spectacle en novembre à l’Opéra de Vichy, avant une diffusion prévue à partir de fin décembre. Cette nouvelle version sera enrichie d’une introduction consacrée à Prokofiev, à ses œuvres pour enfants et aux grandes voix qui ont interprété le célèbre conte musical.

Gabriel Alloing cite aussi avec fierté «Just Vox», qui vient de remplir l’Ancienne Belgique et tourne désormais en France. Au total, une dizaine de productions de la Ferme circulent actuellement.

Et la création continue. Parmi les prochains projets : un spectacle musical et littéraire autour de Christian Bobin, en partenariat avec Arsonic à Mons, ainsi que Carmen Opéra-cirque, réunissant dix musiciens et trois circassiens, auquel la Ferme s’associe dans le cadre du festival Kidzik, et qui devrait être programmé dans d’autres salles en Belgique.

Un lieu culturel… et universitaire

La Ferme du Biéreau n’a jamais oublié une part de son ADN: son lien étroit avec l’UCLouvain. La communauté universitaire investit régulièrement les lieux pour des événements institutionnels, des activités de facultés ou d’instituts de recherche, des revues et des initiatives étudiantes.

Le «concert de la rectrice» y est parfois organisé, tout comme le festival de jazz du Kot Certino ou les revues étudiantes. La Ferme accueille également des artistes en résidence de l’UCLouvain, comme Saule cette année, et multiplie depuis ses débuts les collaborations avec UCLouvain Culture.

À côté de la Grange – la grande salle qui peut recevoir environ 400 personnes assises et 600 debout –, les Écuries offrent un espace plus petit et polyvalent, particulièrement prisé par les étudiant·es et les kots à projet.

«Nous voulions un outil fonctionnel, bien équipé, mais pas trop coûteux, qui puisse servir aussi bien à la communauté universitaire qu’aux associations locales et aux artistes», rappelle Gabriel Alloing.

Concerts intimistes, soirées festives, événements associatifs… Les Écuries sont aujourd’hui largement occupées. Et les équipes de la Ferme ne se contentent pas de fournir un espace. Elles accompagnent aussi les organisateur·rices dans la réalisation technique de leurs projets. Une disponibilité particulièrement appréciée, entre autres par les étudiant·es, assure le directeur artistique.

Bientôt un nouveau foyer

Le succès de la Ferme a aussi son revers : on commence à s’y sentir un peu à l’étroit. Prochaine étape, donc: l’agrandissement du foyer, l’espace qui accueille le public avant et après les concerts.

«Dès qu’on dépasse 200 personnes, ce qui est le cas pour la majorité de nos concerts, on est fort à l’étroit», constate Gabriel Alloing. Une partie du public a dès lors tendance à quitter rapidement les lieux après le spectacle, plutôt que de prolonger la soirée.

Le futur foyer fera plus que doubler de superficie. Bar repensé, meilleure circulation, davantage de lumière: l’objectif est d’améliorer l’expérience du spectateur ou de la spectatrice, mais aussi de créer un nouvel espace de vie.

Le projet porte également une ambition architecturale. Cette extension contemporaine devra créer un trait d’union entre l’ancienne ferme en quadrilatère et la ville nouvelle qui s’est construite autour d’elle.

Ouvrir les chakras musicaux

Les travaux ne devraient pas empêcher la prochaine saison de tenir ses promesses. La Ferme continuera à miser sur la découverte, avec des artistes belges mais aussi des musiciens internationaux parfois très connus à l’étranger et moins identifiés chez nous, à l’image de la chanteuse coréenne Youn Sun Nah ou de Piers Faccini.

Électro, chanson française, jazz, classique contemporain, slam, rock, pop, musiques du monde… Gabriel Alloing revendique plus que jamais la vocation du lieu: être «la maison de toutes les musiques».

Après vingt ans à sa direction artistique, c’est précisément cette envie de décloisonnement qui continue de le faire vibrer.

«Ce qui m’amuse, ce n’est pas de faire la même chose année après année. C’est de grandir, de construire dans tous les sens du terme: le bâtiment, le pôle production, des saisons de plus en plus ambitieuses.»

Et surtout, continuer à provoquer la rencontre entre artistes et publics, sans se laisser enfermer dans des catégories.

«Je fais le pari que le public est capable d’ouvrir ses chakras musicaux et d’oser découvrir d’autres styles.»

Après vingt ans d’existence, l’ambition de la Ferme du Biéreau n’a pas fondamentalement changé. Elle continue de grandir sans perdre son ADN: s’ouvrir à tous les styles musicaux, aiguiser la curiosité du public, accueillir les artistes dans les meilleures conditions et soutenir la création.

Programme: laferme.be