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Un projet-clé pour garder une souveraineté sur l’IA générative

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2 July 2025 , modifié le 31 July 2025

L’IA générative est un formidable levier pour la pédagogie. Pour que son utilisation soit fiable et respectueuse des valeurs de l’UCLouvain, l’université développe sa propre interface d’IA générative, pensée au service de l’apprentissage. Explications avec Yves Deville, auteur et responsable de ce plan stratégique, et Robin Guérit, chef de projet.

Pourquoi est-il nécessaire que l’UCLouvain intègre l’intelligence artificielle générative ?

Yves Deville : L’IA générative, c’est-à-dire capable de générer du texte, des images, etc., est en passe de transformer de nombreux aspects de notre société. Dont les apprentissages et la pédagogie. Il y a trois éléments principaux qui nous conduisent à dire qu’il faut traiter cette question au niveau de la stratégie institutionnelle.

Robin Guérit : Ces trois éléments sont si soudains et bouleversants qu’ils sont vécus comme des chocs. Il y a d’abord la grande inquiétude des enseignants qui ont l’impression que tout est remis en question d’un coup : la façon d’enseigner, d'évaluer, d’accompagner les étudiants vers leur futur métier. Le deuxième choc, c’est que les étudiants se sont déjà emparés de l’IA générative. 86 % l’utilisent, dont 54 % chaque semaine. Mais sans aucun cadre, sans formation, alors qu’ils sont 93 % à être en demande de recommandations sur leur usage de l’IA au sein de l’université. Enfin, le troisième choc est celui de la fracture numérique puisque ces outils demandent souvent un abonnement et donc un coût. Ce qui accroît les inégalités.

Quels sont les objectifs de votre projet ?

Y.D. : Mettre l’IA générative au service de l’apprentissage. Notre feuille de route, c’est un accès équitable, des formations, des recommandations. Le but est que les étudiants – et leurs enseignants – acquièrent des compétences essentielles. Nous en avons identifiées trois. Être «AI-ready», c’est ce que tout le monde attend, que l’on forme étudiants et enseignants à ce type d’outil. Être «change-ready», car nous devons les former au changement puisqu’entre ce que l’IA générative est aujourd’hui et ce qu’elle sera dans trois ans, il y aura de grandes différences. Et enfin, être «human-ready». En tant qu’université, nous voulons mettre l’accent sur les spécificités humaines par rapport à ce qu’est l’IA : la créativité réelle, l’esprit critique, les relations sociales. Dans ce projet, nous souhaitons garder la maîtrise d’un outil. C’est en cela que notre stratégie se distingue de beaucoup d’autres universités : nous voulons garder notre indépendance et notre souveraineté, et non pas tout confier à un géant des GAFA. Nous construisons donc notre propre interface qui sera reliée à une IA générative européenne.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

R.G. : Que l’outil sera maîtrisé et fiable. Ainsi les inventions ou hallucinations de l’IA – courantes aujourd’hui – seront très limitées. Les enseignants chargeront eux-mêmes les documents et les ressources dans le système IA. Lorsqu’un étudiant posera une question à cette IA, la réponse puisera uniquement dans ces ressources-là afin d’assurer une réponse fiable et précise. L’outil IA sera un support supplémentaire d’apprentissage et d’enseignement. Il donnera aux étudiants un espace de travail maîtrisé par les enseignants.

Y.D. : Et ces documents et données seront déposés en local, ils ne partiront pas sur des serveurs ailleurs pour être utilisés à des fins d’entraînement des IA.

Nous travaillons à ce projet essentiel depuis un an et demi et il fait partie du plan stratégique de l’UCLouvain. Si l’université reconnaît que c’est une priorité, elle n’a toutefois pas les moyens de financer correctement l’ensemble des priorités stratégiques. C’est pourquoi nous avons besoin de soutien.