Villa romana
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Villa Romana di Aiano : quand l’archéologie éclaire notre avenir
Depuis plus de vingt ans, une équipe de chercheurs dirigée par le professeur Marco Cavalieri mène des fouilles archéologiques sur le site de la Villa Romana di Aiano, située près de San Gimignano, au cœur de la Toscane et aux marges de la région du Chianti.
Cette majestueuse villa romaine se trouve à proximité de la Via Francigena, l'une des plus célèbres voies de pèlerinage d'Europe reliant Canterbury à Rome.
Chaque année, ce projet de recherche nécessite un financement d'environ 50 000 euros afin de poursuivre les campagnes de fouilles, les analyses scientifiques et les actions de valorisation du patrimoine.
Une découverte archéologique exceptionnelle
Les fouilles ont permis de mettre au jour un système de jarres (dolia) et de bassins (lacus) servant à la production et au stockage du vin durant l'Antiquité.
Cette découverte a ouvert de nouvelles perspectives de recherche. Des pépins de raisin exceptionnellement conservés ont été retrouvés sur le site. Grâce à des analyses ADN réalisées dans un laboratoire spécialisé en Vénétie, les chercheurs tentent aujourd'hui d'identifier les cépages utilisés à l'époque.
L'objectif est ambitieux : retracer l'histoire de la viticulture toscane, comparer les cépages antiques à ceux cultivés aujourd'hui et mieux comprendre l'évolution des pratiques agricoles au fil des siècles.
Certaines hypothèses suggèrent que les techniques de vinification observées sur le site pourraient remonter jusqu'au VIIe siècle avant notre ère.
Une nouvelle campagne d'analyse des cépages est prévue dès le mois de juillet 2026.
Quand la recherche sort du laboratoire
Le projet Aiano ne se limite pas à la recherche académique.
À partir des découvertes réalisées sur le site, les chercheurs ont lancé un projet original : produire un vin inspiré des techniques ancestrales identifiées grâce aux fouilles et aux analyses des pépins retrouvés sur place.
Cette démarche constitue un remarquable exemple de transfert des connaissances vers la société.
Plus encore, 30 % des bénéfices générés par la vente de chaque bouteille sont directement réinvestis dans le financement des recherches archéologiques.
Une archéologie participative
L'un des objectifs majeurs du projet consiste à rendre l'archéologie accessible au plus grand nombre.
L'équipe de recherche défend une approche participative où les citoyens deviennent acteurs de la découverte et de la valorisation du patrimoine.
Cette démarche « bottom-up » vise à rapprocher la science de la société en impliquant le public dans les projets de recherche et en démontrant l'importance des sciences humaines dans notre compréhension du monde contemporain.
Le projet illustre parfaitement comment une recherche fondamentale peut produire des retombées culturelles, éducatives et économiques concrètes.
Un levier pour un tourisme plus durable
Au-delà de son intérêt scientifique, le projet contribue également au développement territorial de la région.
Aujourd'hui, le tourisme en Toscane est fortement concentré dans les villes emblématiques telles que Florence, Pise ou Sienne, générant parfois une pression importante sur le patrimoine local.
Le développement du site archéologique d'Aiano participe à une stratégie de diversification touristique en attirant les visiteurs vers les zones rurales.
Cette approche favorise un tourisme plus durable et contribue à valoriser des territoires moins fréquentés tout en préservant les centres historiques les plus visités.
Le symbole du poisson de verre
Chaque bouteille produite dans le cadre du projet porte sur son étiquette la représentation d'un poisson de verre découvert lors des fouilles.
Cet objet décoratif ornait autrefois la villa romaine.
Il témoigne également des échanges culturels qui traversaient le bassin méditerranéen durant l'Antiquité. Réalisé selon des techniques de façonnage de la pâte de verre qui seront plus tard magistralement développées à Venise, elles-mêmes héritées de savoir-faire égyptiens et phéniciens, ce poisson, produit en Egypte, représenterait une daurade inspirée des illustrations naturalistes conservées dans la célèbre bibliothèque d'Alexandrie.
Cette découverte constitue aujourd'hui l'un des emblèmes du projet.
Une vision pour l'avenir
L'ambition de l'équipe est désormais de créer, d'ici 2029, un véritable parc et musée archéologique autour de la Villa Romana di Aiano.
Cet espace permettra de préserver les vestiges, de diffuser les connaissances scientifiques auprès du grand public et de renforcer l'attractivité culturelle de la région.
Le projet s'inscrit ainsi dans une vision à long terme où recherche, patrimoine, citoyenneté et développement durable se rejoignent au bénéfice de la société.