Centre de documentation sur l’islam contemporain

Fil d'actualité

Fil d'actualité :  février 2020

L'Exécutif des Musulmans de Belgique veut féminiser l’offre religieuse au sein des mosquées belges

A. Wavreille, Bientôt des théologiennes dans les mosquées belges pour accompagner les femmes musulmanes, RTBF.be, 7 février 2020. Cette offre consiste à engager 18 théologiennes et prédicatrices qui officieront dans des mosquées. Il est important de noter que celles-ci ne pourront remplir la fonction d’imam, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas, habilitées à diriger la prière, par exemple. Leur rôle se limite ainsi à l’enseignement religieux et au soutien spirituel auprès d’un public principalement féminin. Ce phénomène n’est toutefois pas nouveau. En effet, plusieurs régions du monde musulman, dont le Maroc et l’Égypte, se sont investies dans la formation de prédicatrices. Au Maroc, à part sur le plan symbolique, Asma Lamrabet souligne que cette féminisation de l’autorité religieuse musulmane n’a fait que « transmettre un système patriarcal » et une religiosité conservatrice ancrée dans la mentalité ambiante sans permettre d’avancées, entre autres dans le domaine du droit des femmes. Quant à l'Exécutif des Musulmans de Belgique, il voit son champ d’action s’élargir, ne se limitant plus à l’organisation du culte. Les dernières actions menées concernent la mise en place de formation pour les futurs responsables religieux en partenariat avec les universités, la reconnaissance des lieux de culte, etc. L’objectif affiché des responsables étant la modernisation du champ religieux et l’impulsion d’un islam progressiste.

K. Fadoul, La Grande Mosquée de Bruxelles introduit une demande de reconnaissance, RTBF.be, 29 janvier 2020. Suite à l’annulation de la concession accordée aux Saoudiens en 1969 pour une période de 99 ans, la Grande Mosquée de Bruxelles a été reprise début 2019 par l’Exécutif des Musulmans de Belgique qui vient d’introduire, soit un an plus tard, une demande de reconnaissance auprès de la Région de Bruxelles-Capitale.

La ligue islamique veut arrêter de financer les mosquées à l’étranger

Riyad se désengage des mosquées à l’étranger, Courrier Arabe, 4 février 2020. Depuis sa création en décembre 1962, la Ligue islamique mondiale a financé et géré de nombreux projets de constructions de lieux de cultes à travers le monde et particulièrement en Europe. La ligue, sous le statut d’ONG, est considérée par les observateurs comme une « structure infra-étatique saoudienne ». Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa, secrétaire général de La Ligue, a récemment annoncé qu’elle a décidé de se délier progressivement des mosquées qu’elle finançait. L’un des arguments avancés est que la poursuite de financement signifie « que nous continuons de l'influencer » le culte, l’objectif étant par ailleurs de confier la gestion des mosquées à des conseils d’administration locaux collaborant avec les autorités locales. Cependant, on ne relève aucune concertation avec les communautés locales. C’est, en outre, le cas de la mosquée de Genève, avant l’annonce de départ dans les médias. Aussi, la question des financements de ces structures et lieux de cultes demeure. Notons que dans le cas de la Belgique, c’est le gouvernement belge qui a pris la décision d’interrompre la concession. En octobre 2017, suite à la Commission d’enquête parlementaire belge sur les attentats du 22 mars 2016, un accord unanime est intervenu pour la remise d’un avis favorable à l’annulation du financement et ce, malgré les nouvelles orientations de l’Arabie saoudite et son ouverture plus importante.

Communautarisme Le président français E. Macron à présenter son plan de lutte contre le communautarisme ce mardi 18 février.

Lors de son discours E. Macron privilégie le terme de « séparatisme islamiste » à celui de « communautarisme » jugé imprécis. Concrètement, c’est donc le « séparatisme islamiste » qui est visé avec en ligne de mire des enjeux sécuritaires, mais tourne aussi relatifs à la structuration de l’islam, des financements étrangers, de la montée de l’islamisme dans certains espaces une quinzaine de quartiers sont définis comme sensible à cet égard. Le quotidien Le Point a pu se procurer un « document confidentiel » d’une trentaine de pages datant du mois de janvier. D’après le dossier, la situation est alarmante puisque le séparatisme islamiste serait à l’œuvre à travers la création d’un écosystème parallèle. Il s’agit d’offres de service au sein de l’associatif issu de mouvances islamistes dans le domaine de l’éducation, du sport, etc. Le rapport pointe également le nombre d’enfants scolarisés dans des écoles « hors contrats » ou à la maison ainsi que l’apparition de « listes communautaires » pour les élections. Le document recommande 25 actions autour de 4 axes. Parmi cette batterie de recommandations, notons une volonté de « reconquête républicaine ». Concrètement, il s’agit d’un déploiement de services éducatifs, sociaux, culturels, sportifs alternatifs dans les quartiers définis comme particulièrement sensible. Parmi les propositions, le président français insiste sur la nécessité de lutter contre l’influence étrangère en mettant notamment fin au système d’« imams détachés », en privilégiant la formation en France et en contrôlant les flux financiers à destination des lieux de cultes provenant de l’étranger. Quant à la question du voile, le président estime que c’est une question qui divise. Voici le lien pour l’intégralité du discours https://www.youtube.com/watch?v=YE6h00Fjyjc

L’affaire Mila : le périmètre de la liberté d’expression.

Les Français, l'affaire Mila et le droit au blasphème, IFOP, 4 février 2020. Un sondage commandé par Charlie Hebdo à l’Ifop montre que Mila est soutenue par 53% des Français, il s’agit donc d’une petite majorité. Les soutiens sont plus importants au sein des populations ayant un capital culturel, social et économique plus important. La dimension religieuse joue aussi un rôle important puisque les musulmans se positionnent majoritairement pour le Hashtag #JesuispasMila. Plus de 58% des personnes interrogées n’associent pas les propos de Mila au racisme. Quant au droit au blasphème, la moitié (50%) sont favorable au droit de critiquer une croyance. Les personnes interviewées qui s’y opposent sont majoritairement les moins de 25 ans (41%), suivi des personnes à faible capital social et culturel (39%), des musulmans (34%) et enfin des protestants (32%). Des débats s’expriment entre ceux qui mettent en avant le droit d’être respecté dans sa croyance et sa religion et demande d’une liberté encadrée et ceux qui mettent en exergue la liberté de critiquer la religion. Sur cette question, J. de Saint Victoire ((2015). Du blasphème dans la République) parle de « choc des sensibilités » entre le monde musulman et l’Occident.

Emballement pour les ouvrages critiques envers « l’Islam populaire » au Salon du livre de Casablanca

Les livres critiquant l’Islam populaires au Salon du livre de Casablanca, bladi.net, 14 février 2020. Le Salon international de l’édition et du livre à Casablanca organisé par le ministère de la Culture marocaine est un évènement culturel et populaire incontournable. Cette 26e édition se démarque par la présence d’ouvrages « critiquant l’islam populaire ». Relevons, entre autres, le livre intitulé « Les manuscrits du Coran : Introduction à l’étude des manuscrits anciens » de Mohamed Msiyeh ou encore le livre polémique traitant de l’athéisme, « Les mémoires d’un mécréant marocain » écrit par Hicham Nostick qui était déjà présent l’année dernière. Le livre de Rachid Ilal, « Sahih Al Boukhari : fin d’une Légende », a quant à lui été censuré alors que l’entièreté du stock était écoulée. Dans l’ensemble, les stands où se trouvaient ces livres étaient en rupture. Cet engouement montre ainsi l’écart entre les discours officiels sur l’islam et les sociétés musulmanes – ici marocaine – dans la mesure où la majorité de ces livres ont fait polémique et ont été largement critiqués par les autorités religieuses alors qu’ils ont connu un intérêt certain auprès de nombreux lecteurs.

Une radiographie des hostilités envers les personnes identifiées comme juives

D. Reynié et S. Rodan-Benzaquen, Radiographie de l’antisémitisme en France, Fondapol et AJC, janvier 2020. Une radiographie visant à mesurer l’antisémitisme en France a été réalisée par Fondapol (Fondation pour l’innovation politique, un Think Tank libéral) en partenariat avec l’American Jewish Committee (AJC). L’enquête qualitative a été menée par l’Ifop. Il en résulte que le sentiment d’antisémitisme est en augmentation : un tiers des Français de confession juive se sentent menacés, car ils sont identifiés comme juifs et 70% déclarent avoir été victime au moins une fois d’acte antisémite. Ce phénomène touche particulièrement les jeunes entre 18 et 24 ans. Les personnes de culture et de confession juives mettent en œuvre des « stratégies d’évitement et de dissimulation ». Parmi les 52% de juifs qui envisagent de quitter la France, 21% le souhaitent « en raison des craintes concernant l’avenir de la communauté juive ». Les opinions sur les causes de l’antisémitisme sont multiples. Toutefois, une distinction doit être faite entre le grand public et les Français de confession ou de culture juive. Pour ces derniers, la cause première serait l’islamisme (45%) alors que le grand public met davantage l’accent les préjugés sur les juifs (58%), l’islamisme (36%) venant au second plan. En outre, les Français d’origine ou de confession juive mentionnent, en les plaçant à un même niveau, la responsabilité des idées de gauche ainsi que celles de droite alors que le grand public identifie plus les idées d’extrême droite comme cause de l’antisémitisme. Enfin, l’enquête note une convergence de l’idée que l’antisémitisme constitue un problème de société et non un problème juif. Notons ainsi que les discours de l’extrême droite ne sont plus les seuls responsables de l’antisémitisme, on accuse aussi les milieux d’extrême gauche et l’islam radical.

Laïcité française dans un paysage religieux mouvant

J. Prades, Laïcité : l’exception n’est pas là où les Français la voient, The Conversation, 23 janvier 2020. En France, les tensions et débats récents sur la laïcité - et plus particulièrement la visibilité religieuse musulmane - ont été ravivés par la pluralisation religieuse au sein de l’espace public. La laïcité est un processus commun à plusieurs pays européens. En effet, il s’agit non seulement d’une modalité de la modernité européenne et d’un sécularisme particulier désignant une séparation des églises et de l’État. Un concept recouvrant des réalités historiques et des dynamiques contemporaines différentes. Ainsi, le mouvement des Lumières n’a pas connu la même déclinaison. Par exemple, l’Enlightenment anglais, contrairement aux Lumières françaises, n’a pas opposé raison et foi. Aussi des pays comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne n’ont pas établi de séparation stricte entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Selon l’auteure, l’une des caractéristiques de la laïcité française est qu’elle a peu d’expérience en termes de pluralisme religieux.

Sur cette thématique, voir notamment l’« Étude sur l’expression et la visibilité religieuses dans l’espace public aujourd’hui en France », Observatoire de la Laïcité, juillet 2019. Une étude réalisée par l’Observatoire de la laïcité qui pointe non seulement un retour de la visibilité religieuse, mais aussi un « recours à la religiosité » plutôt qu’un « regain de religiosité ». Ce rapport fait la synthèse de plusieurs recherches scientifiques (études qualitatives et quantitatives) et se fonde aussi sur l’audition de plusieurs spécialistes. Elle relativise donc l’idée de « regain du religieux », car elle ne se traduit dans la réalité que par une visibilité religieuse plus importante qui ne touche que certains pratiquants musulmans et évangélistes. L’analyse de la réalité sociologique montre que la sécularisation se poursuit dans la société française. En effet, on constate plutôt une diminution des personnes se déclarant appartenir à une conviction et une augmentation des personnes se disant athées (ou encore agnostique, voire indifférente). Le phénomène de visibilité religieuse plus important dans une « société profondément sécularisée » est alors expliqué par de multiples facteurs. Tout d’abord, ce fait concerne principalement les religions nouvellement installées. Ensuite, l’expression publique de sa religiosité fait partie de la construction identitaire, surtout au sein de populations défavorisées qui ont recours de manière plus prononcée à la religion, laquelle devient un refuge face à un avenir incertain. De plus, comme le rapport l’explique aussi, par l’« affaiblissement des idéologies séculières » telles que le libéralisme, le socialisme, le nationalisme, etc.,  de même que le bricolage religieux. Enfin, concernant l’islam plus précisément, une note de bas de page indique « Au sein de l’islam, à l’inverse d’une perception générale, il y a aujourd’hui deux fois plus de personnes qui quittent la religion musulmane, c’est-à-dire qui viennent d’une famille de confession musulmane puis se déclarent « sans religion », que de personnes qui entrent dans la religion musulmane : 15% des personnes issues de famille de confession musulmane se déclarent « non musulman » quand 7,5% des personnes se déclarant de confession musulmane n’ont aucun parent de confession musulmane » (p. 2).

Les leçons à tirer de l’exclusion d’Emir Kir 

F. Dassetto, En amont d’Emir Kir ou quand la politique mêle les pinceaux, 25 janvier 2020. À la suite d’une rencontre du bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir avec une délégation de six maires turcs, dont deux du MHP, parti d'extrême droite, un militant a saisi la commission de vigilance du PS bruxellois pour « non-respect du cordon sanitaire », raison pour laquelle la commission a pris la décision d’exclure le bourgmestre. Comme le souligne F. Dassetto, l’exclusion de ce « poids lourd » du parti socialiste bruxellois est néanmoins sujette à de nombreuses interrogations qui dépassent sa personne. En effet, qu’est-ce qui a poussé le parti socialiste à faire primer maintenant les « valeurs » du parti sur les intérêts électoraux et politique alors que les écarts d’Emir Kir datent de quelques années. Rappelons-nous notamment ses positions ambiguës sur la réalité du génocide arménien. Pour mieux comprendre la situation des élus belgo-turcs, l’auteur retrace brièvement la carrière politique du politicien, mais aussi l’histoire politique de la Turquie en mettant l’accent sur les dynamiques politico-religieuses récentes. L’exclusion d’Emir Kir pose la question du devenir des Belgo-Turcs, mais aussi plus largement la problématique du vote ethnique, du communautarisme, de la loyauté envers la Belgique des binationaux, la volonté d’encadrement et de contrôle des autorités turques de sa diaspora, l’attachement à la vie politique turque, la difficulté d’avoir un discours critique sur celle-ci, etc.  Afin de dépasser la « crainte et le conformisme conséquent installé au sein de cette population. », surtout dans les espaces où se concentre une diaspora turque engendrant un contrôle social plus important, et sortir de cette impasse, l’auteur propose une « charte déontologique des mandataires politiques et des fonctionnaires qui pourrait éclairer cet exercice difficile du mandat politique. » L’exclusion du parti socialiste n’est cependant pas un fait isolé. Il s’agit en effet de la deuxième exclusion en quelques semaines. En France, sur la même problématique, notons qu’un citoyen d’origine turque vivant en France depuis 43 ans (il a 47 ans) s’est vu refuser sa demande de naturalisation en raison de son « engagement politique envers son pays d’origine », pour plus d’information voir le lien suivant https://www.redaction.media/articles/lengagement-envers-pays-dorigine-etre-motif-de-refus-de-loctroi-de-nationalite-francaise/

Vous êtes la génération de quoi ?

Generation What? Arabic Countries. La grande enquête sur la jeunesse de 18 à 34 ans a d’abord été lancée à l’échelle européenne dans 19 pays (elle a débuté en France en 2013 et en Belgique en 2016). Après avoir dressé le portrait de la jeunesse européenne, à partir de 2017, l’étude s’est élargie à huit pays arabes (le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Jordanie, la Palestine et le Liban). La coordination scientifique et le rapport régional ont été assurés par la sociologue Anne Muxel et la statisticienne Céline Mardon, mais le dépouillement des données et leur analyse ont été réalisés par   des scientifiques locaux. L’enquête, disponible en ligne, couvre plusieurs domaines et comporte cent quarante-neuf questions ainsi que des vidéos de jeunes répondant aux questionnaires. Les nouveaux questionnaires ont été adaptés aux contextes locaux. Au-delà de la volonté de brosser un portrait plus précis de cette jeunesse, on y retrouve aussi des « questions personnalisées sur l'UE, élaborées spécifiquement pour les publics arabes et qui devraient permettre aux responsables politiques de l'UE de mieux saisir la façon dont l'UE est perçue dans ses pays partenaires ». Comme indiqué ci-avant, le questionnaire est disponible en ligne, mais est également relayé dans le monde arabe par des chaînes de télévision et médias locaux officiels, ce qui peut susciter de la méfiance de la part de certains jeunes - notamment vis-à-vis des médias officiels - comme c’est le cas notamment en Algérie.

Les liens pour :

Une augmentation de la population musulmane au Royaume-Uni ?

New estimates by the Office of National Statistics finds the Muslim Population the fastest growing faith group in England, Euro-Islam.info, 6 janvier 2020. Le Bureau des statistiques nationales du Royaume-Uni estime que la population musulmane est le groupe religieux qui connait la croissance la plus importante. Les musulmans deviennent ainsi le deuxième groupe religieux du pays. Notons que cette information n’est toutefois par le résultat d’une enquête ciblant spécifiquement les communautés religieuses. Il s’agit de la combinaison de recensements, d’enquêtes sur les ménages et de l’enquête sur la population.

Mélange de pratiques soufi et de méditation zen : une réinvention de nouvelles religiosités contemporaine

D. Chams, En Égypte, l’essor du soufisme New Âge, Orient XXI, 9 janvier 2020. Dans le monde musulman, nous assistons à l’apparition de nouvelles formes syncrétiques de spiritualité. Malgré l’éloignement de ces pratiques spirituelles de l’univers classique du soufisme, l’introduction d’éléments extérieurs se justifie à travers le concept d’universalisme du message soufi.  À titre d’exemple, dans l’une des plus grandes métropoles du monde arabe - le Caire -, on retrouve aussi bien des Égyptiens que des Occidentaux dans une salle aux lumières tamisées par la lueur des bougies. Une coach spirituelle y propose des séances de méditation en mobilisant des techniques de respiration de yoga tout en récitant les noms d’Allah et des versets coraniques. La quête mystique et le besoin de spiritualité, mais aussi le contact avec d’autres traditions religieuses et les approches psychologiques modernes de développement personnel, créent de nouvelles formes de religiosité. Ce sont des moyens de lutter contre le mode de vie moderne, les participants aspirant non seulement à une harmonisation des « champs d’énergie » et de lâcher-prise, mais recherchant également une manière « d’alléger les fardeaux de la vie » dans une société où le mal-être et la souffrance psychologique ne sont plus tabous. En outre, cette demande de religiosité compatible avec le contexte contemporain émane des classes supérieures, souvent occidentalisées, mais attire aussi un public occidental comme mentionné plus haut. D’ailleurs, des mouvements tels que le Sufi Order International (SOI) ont été créé pour un public occidental.

Les courants libéraux dans le contexte européen

M-C. Royen, Coran only, LeVif.be, 7 janvier 2020. Dans le contexte contemporain, internet devient un outil de communication et de débat, mais aussi de diffusion. Les courants d’idées en vogue dans certains milieux musulmans sont en effet très souvent débattus sur le web.  Cet article traite des coranistes en particulier, un mouvement qui plaide en faveur d’une compréhension de l’islam basé sur le texte coranique et une méfiance vis-à-vis des Hadits (propos attribués au Prophète). Dans le contexte européen, il se qualifie de libéral. Vis-à-vis de la deuxième source (Hadiths), les coranistes adoptent différentes postures. Les libéraux ou modernistes sont principalement ceux qui n’acceptent que les principes religieux, en accord non seulement avec le Coran, mais aussi avec les valeurs contextuelles dominantes. La branche la plus radicale refuse toute légitimité à le Hadith et préconise un retour au Coran comme seule source de l’islam. D’autres ne rejettent les hadiths que s’ils sont en contradiction avec le Coran, la raison et la morale de l’époque. Pour d’autres encore, il s’agit de remettre le Coran à sa place de première source.

Formation /enseignement supérieur

H. Ben Rhouma, Avec l’ENAM, le recrutement des aumôniers militaires du culte musulman se professionnalise, SaphirNews, 26 décembre 2019. En France, la mise en place d’un service d’aumônerie par le ministère de la Défense date de 2006. Ce n’est toutefois que depuis mai 2017 que les aumôniers doivent disposer d’un diplôme universitaire de formation civique pour exercer. À partir de septembre 2020, la création d’une formation diplômante au sein de l’école nationale de l’aumônerie militaire (ENAM) permettra de franchir une autre étape importante dans la professionnalisation de l’aumônerie musulmane.  En plus d’une formation initiale délivrée par le ministère des Armées, un cursus de trois ans comprenant une proportion importante (80%) de cours académique et pratique propre au domaine militaire verra le jour. La théologie musulmane représente quant à elle 20% du ratio. La formation se fera en partenariat avec l’EPHE et l’Institut européen en sciences des religions (IESR-EPHE) qui a l’heure actuelle délivre le DU République et Religions.  La formation sera accessible à toute personne de nationalité française détentrice d’un baccalauréat.

Fermeture administrative de l’IESH Paris

The closure of an Islamic Institute in Paris’s region,  Euro-Islam.info, 24 décembre 2019. Les mesures administratives sont les dispositions les plus utilisées par les préfets pour la fermeture d’établissements à caractère religieux.  Les motifs pour ce faire se référant au contenu ou aux soupçons de radicalisation semblent relativement difficiles à mettre en œuvre et ce malgré les mesures prises lors de l’état d’urgence pour faciliter les fermetures de ce type de lieux rendues possibles sur base des législations de droit commun à la disposition des autorités. La fermeture de l’un des établissements musulmans les plus influents, l’IESH de Paris, a été opérée via un arrêté préfectoral invoquant des « raisons de non-conformité aux normes de sécurité ». Cet institut, fondé en 1990, a fait l’objet de critiques au sujet de son manque de transparence et de l’influence de savants étrangers (notamment Qardawi). Suite à la fermeture de l’établissement, un appel aux dons a été lancé pour le financement des travaux de remise en conformité.

Analyses

La crise du discours religieux musulman

 

Entretien avec le Pr émérite Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman : Le nécessaire passage de Platon à Kant », Presses universitaires de Louvain, oct. 2019

Novembre 2019

 

CISMODOC - Dans l’ouvrage, vous avancez la thèse selon laquelle ce que l’on identifie erronément comme une « crise de l’islam » est en réalité une crise culturelle. Cette crise renvoie tant à une opposition entre une mémoire collective et une aspiration à la vie intime (jusque dans le rapport à Dieu), qu’à une volonté que soit ajustée l’interprétation du Coran à la sécularisation sociologique objective et aux changements sociaux du dernier siècle. Vous mettez en exergue une « sous-estimation des dynamiques qui traversent les sociétés musulmanes ». Pouvez-vous en dire davantage ?

Pr L. Addi : L’une des principales thèses que je défends est que les crises religieuses expriment des changements culturels, c’est-à-dire des conflits d’interprétation du texte sacré. Je déduis que ce n’est pas l’islam qui est en crise mais la culture qui le véhicule. C’est parce qu’il y a eu des bouleversements sociaux que la culture du passé résiste face à celle qui est en train de naître. Si la philosophie n’avait pas été interdite à partir du XIIe siècle comme activité intellectuelle autonome, elle aurait peut-être facilité l’émergence de la nouvelle culture comme cela s’est passé en Europe avec la philosophie moderne. Dans les sociétés musulmanes d’aujourd’hui, il y a une culture héritée du passé qui fait obstacle par exemple à l’égalité homme/femme, la liberté de conscience, ou à la rénovation du fiqh sur la base de valeurs universelles, etc. Mais une nouvelle culture est en train de naître pour être compatible avec les aspirations des jeunes générations de musulmans. Vous allez dire mais est-ce possible en Islam ? C’est possible parce que les écrits des anciens théologiens ne sont que des interprétations du Coran. De nouvelles interprétations feront jour pour remplacer les anciennes.

CISMODOC - Est-ce qu’un processus de sécularisation est en cours dans les sociétés musulmanes ? Est-ce que vous constatez des transformations dans les formes d’appartenances à l’islam ? Ou encore un rapport distancié à une certaine lecture littéraliste du Coran ou une approche moins ritualiste de l’islam ?

Pr L. Addi : Le processus de sécularisation dans les sociétés musulmanes est en cours et il est irréversible. Le mode de vie à Alger, au Caire et à Bagdad, et même dans les villages lointains, serait condamné par les vieux théologiens. Ibn Hanbal ou Ibn Tayymiya n’accepterait pas qu’une femme soit médecin ou enseignante après avoir eu une formation dans une université mixte. Or, aujourd’hui qui ne rêve pas que sa fille soit médecin ? Sur beaucoup de questions, les musulmans ont changé. La façon de se marier des jeunes n’a rien à voir avec celle de leurs grands-parents. Les musulmans ont changé de mode de vie et ils sont à la recherche d’une théologie qui rend licite ce nouveau mode de vie.  

CISMODOC - Est-ce pour ces raisons que vous affirmez que « la sécularisation est un thème sociologique et non théologique » ?  Est-ce parce que la sociologie s’intéresse à la culture à « travers laquelle est vécue la croyance religieuse » comme vous le dites à la p. 212. de votre livre ?

Pr L. Addi : La sécularisation est en effet un thème sociologique et non théologique. On sécularise la culture, pas la religion. On sécularise l’interprétation que nous avons du texte sacré. Une religion sécularisée ne veut rien dire. On ne sécularise pas Dieu. Mais on sécularise la façon de l’adorer.

CISMODOC - Quels sont selon vous les enjeux de la sécularisation ?  Quelle distinction entre le sacré et le profane au sein de la pensée musulmane ?

Pr L. Addi : Le Coran est un texte sacré qui fait la différence conceptuelle entre ‘ibadates et mou’amalates. Les mou’amalates appartiennent à l’espace profane, à l’espace public ; les ‘ibadates appartiennent à l’espace privé. Si le Coran fait cette distinction, cela signifie qu’il ne s’oppose pas à la séparation du sacré et du profane, ce qui veut dire aussi qu’il ne s’oppose pas à la sécularisation. Il y a par ailleurs des hadiths du prophète qui vont dans le sens de la sécularisation. « Travaillez sur terre comme si vous alliez vivre éternellement, et pensez à Dieu comme si vous alliez mourir demain ».

CISMODOC - Selon votre formule, le sacré existe pour soi et non en soi. Dès lors on ne sécularise pas Dieu, mais bien la culture dans laquelle la foi est vécue. Pour que cette idée atteigne la vie quotidienne du musulman, vous proposez de substituer la métaphysique de Platon par celle de Kant. Quels en seraient les premiers jalons ?

Pr L. Addi : La connaissance scientifique a fait un bond en avant avec la philosophie de Kant qui distingue la chose en soi et la chose pour soi. L’homme ne peut pas connaître la réalité telle que Dieu ou la nature l’a créée dans toute sa complexité. Il ne peut connaître que ce que lui permettent ses facultés mentales et sa subjectivité. Il ne connaît pas les choses en elles-mêmes, il les connaît seulement pour lui-même. Le même raisonnement peut être fait pour le texte sacré. Nous ne connaissons Dieu qu’à travers notre culture et notre subjectivité. C’est ce qui explique les conflits et les schismes religieux dans le même dogme. Pourquoi les juifs, les musulmans et les chrétiens sont divisés alors qu’ils se réclament du même monothéisme abrahamique ? C’est parce que les cultures de l’humanité sont diverses. Qu’est-ce qui fait que juifs, chrétiens et musulmans adorent le même Dieu dans des temples différents ? Le judaïsme, le christianisme et l’islam enseignent la même eschatologie mais ils diffèrent par la culture des peuples. Allons plus loin. Qui des catholiques ou des protestants détiennent la vraie parole de Jésus ? Qui des sunnites ou des chiites sont les plus fidèles au Coran ? Ces questions montrent que les hommes ne détiennent pas le monopole de la vérité divine. Ils n’ont que l’interprétation de cette vérité que leur permet leur culture et que justifient leurs intérêts. Et si on accepte cette idée, la pratique de la religion devient tolérante. N’oublions pas que les anciens disent toujours, après avoir exposé leurs points de vue, « et seul Dieu le sait » (Allah ou a’lam).

CISMODOC - Vous pensez que nous sommes dans un moment de transition vers une modernité ? Est-ce une modernité différenciée ? Quelle est la place de la philosophie dans ce processus ?

Pr L. Addi : La modernité se définit comme l’autonomie du sujet et elle est inéluctable. Or, les textes canoniques de l’Islam, de Al Ash’ari à Mohamed Abdelwahab en passant par al Ghazali sont contre l’autonomie du sujet. Que va faire alors le musulman ? Choisir l’autonomie et abandonner l’islam, ou continuer d’être musulman et refuser d’être autonome ? Et bien il y aura des théologiens qui vont rendre licite l’autonomie sur la base d’une nouvelle interprétation du texte sacré. Ils produiront une lecture moderne du Coran. 

CISMODOC - Dès la préface, vous regrettez que l’islam soit encore analysé comme un objet en soi, vivant seulement dans l’imaginaire des académiques, plutôt que comme un objet pour soi, présent dans les pratiques sociales des musulmans (p. 7). Selon vous, qu’est-ce qui explique le maintien de ce biais et que peut-on faire pour s’en émanciper ?

Pr L. Addi : J’ai écrit cette phrase parce qu’il y a des universitaires qui croient étudier l’islam alors qu’ils étudient les musulmans. Le vrai islam, l’islam en soi n’est connu que de Dieu et des prophètes. Les croyants ne le connaissent qu’à travers leurs interprétations. Par conséquent, les chercheurs qui prétendent étudier l’islam n’étudient en fait que des interprétations.

CISMODOC - Dans le troisième chapitre de l’ouvrage, vous identifiez un lien étroit entre le déclin des confréries soufies au XXe siècle et l’apparition de l’islamisme. Vous décrivez d’ailleurs l’islamisme comme « prolongement profane du soufisme » qui aurait capté la contestation sociale en remplaçant la spiritualité par la politique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pr L. Addi : Le soufisme est l’interprétation platonicienne du monde dans sa pureté et Nietzsche a bien vu cela pour l’Europe médiévale lorsqu’il écrit : « Le christianisme est du platonisme pour le peuple ». Cette phrase est encore plus vraie pour les soufis. Ibn ‘Arabi était appelé Cheikh al Akbar mais aussi Ibn Flatun (fils de Platon). Le soufisme a décliné à la suite des transformations sociales des deux derniers siècles, mais sa métaphysique est restée active dans la mémoire collective. Elle n’a pas été remplacée comme en Europe par une autre métaphysique. Ce qui a créé un vide qu’a facilement occupé l’islamisme qui a sécularisé le soufisme en le politisant. Il ne s’agit plus d’être un saint sur terre et de vivre avec des anges, mais de construire un Etat sur la base de la shari’a. L’utopie eschatologique des soufis a été transformée en utopie politique par les islamistes. Je rappelle que la Nahda a contribué à délégitimer le soufisme, mais elle n’a pas proposé une métaphysique nouvelle.

CISMODOC - Vous avez consacré un chapitre au droit musulman. Comment se pose la problématique juridique dans la société musulmane aujourd’hui ?

Pr L. Addi : Il est nécessaire d’avoir un large débat sur cette question à la lumière de l’histoire de la pensée juridique en terre d’islam et à la lumière de la sociologie juridique. Cela permettra de clarifier les termes du débat et de lever beaucoup de malentendus. En rédigeant mon livre et en faisant des recherches sur ce thème, j’ai découvert que les concepts de shari’a, de fiqh et de droit musulman ne recouvrent pas la même réalité. La shari’a est l’idéal de justice tel que prescrit dans le Coran. Dieu dit qu’il faut être juste et être solidaire avec les pauvres et les faibles. Le fiqh est la traduction dans la culture de l’époque de cet idéal de justice. Et à l’exception de quelques règles qui ont persisté (polygamie, héritage…) et aussi de quelques règles de droit commercial, le fiqh est tombé en désuétude. Il ne correspond pas à la vie sociale d’aujourd’hui. Le fiqh n’est pas un droit édicté par l’Etat, c’est une morale édictée par la société. Quant au droit musulman, c’est une synthèse du fiqh et du droit européen rendu nécessaire par l’apparition de l’Etat-nation qui a le monopole sur la création de la règle juridique. Le droit musulman, qui est encore en construction, ne cherche pas à protéger la communauté comme le fiqh, il cherche à protéger les intérêts de l’individu. La substitution de la répudiation par le divorce s’inscrit dans cette logique voulue par l’ordre familial qui n’accepte plus la répudiation. Les familles ne veulent plus que leurs filles soient répudiées. S’il y a séparation du couple, ce sera l’affaire de l’Etat et non de l’imam de la mosquée. Mais le droit musulman n’a pas achevé son parcours d’élaboration ; il y a encore des résistances culturelles sur de nombreux aspects.  

CISMODOC - Votre approche scientifique des textes religieux : est-ce que vous privilégiez une approche interprétative par rapport à une approche critique ? Quelles réponses sont aujourd’hui apportées par le discours religieux aux demandes sociales de changement ?

Pr L. Addi : Les sciences humaines sont des sciences critiques. Elles critiquent le poids de l’idéologie et la fausse conscience dans la représentation de nous-mêmes. L’une des tâches des intellectuels musulmans est de faire une analyse critique du corpus religieux pour permettre la naissance d’un nouveau corpus compatible avec la liberté de conscience. Il faut dépasser Ibn Hanbal et Ibn Tayymiya en utilisant les sciences humaines et la philosophie. Mohamed Shahrour suggère de lire le Coran à la lumière des connaissances actuelles, les connaissances apparues après la révélation coranique. Personnellement, je trouve que le Coran est plus riche spirituellement et humainement à la lumière de la philosophie de Kant. Lire le Coran à travers la métaphysique de Platon comme l’ont fait les théologiens ne correspond pas à la sensibilité d’aujourd’hui.

CISMODOC - Que pensez-vous de la pensée musulmane dans le contexte européen ? S’agit-il également d’une crise culturelle dans le contexte européen ? Pensez-vous qu’une autonomisation de la pensée par rapport au discours religieux est possible pour les musulmans européens ? Quelles sont les conditions de cette autonomie ? La fin de l’influence étrangère (des pays d’origine) ? Une meilleure intégration socio-économique, mais aussi culturelle des communautés musulmanes ? Tous ces facteurs ?

Pr L. Addi : La situation des musulmans d’Europe est complexe. Par fidélité aux pays d’origine, beaucoup d’entre eux montrent un attachement à l’interprétation du Coran de leurs parents et grands-parents. J’ai le sentiment que les musulmans d’Europe ne se sentent pas légitimes pour innover en matière religieuse. 

CISMODOC - À la lecture de votre ouvrage on (re)découvre les fondements communs entre les sociétés musulmanes et les sociétés européennes ainsi que les attitudes ethnocentrées réciproques. Votre perspective comparative et la mise en exergue de fondements communs sont-elles des outils pour une hybridité culturelle assumée des musulmans européens ?

Pr L. Addi : Les musulmans et les Européens ne s’opposent pas pour des raisons religieuses ; ils s’opposent pour des raisons politiques. Prenez le cas de l’islamophobie. C’est du racisme qui se légitime par les valeurs de la laïcité. On constate que les partis de droite et d’extrême droite sont les plus islamophobes alors que par le passé, ils ont combattu la laïcité et ont défendu le contrôle de la société par l’Eglise. Le rejet des musulmans est une réaction raciste. Ceci dit, les actes terroristes perpétrés au nom de l’islam par des jeunes en souffrance psychologique sont à condamner fermement. Les musulmans belges, français… sont des Français, des Belges… et à ce titre, ils sont solidaires de leurs communautés nationales respectives.

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Nos nouveautés

Dassetto F., Bilan du devenir du jihadisme radical-terroriste en fin 2019 après la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, la vitalité de foyers radicaux jihadistes et le désordre au nord de la Syrie, novembre 2019. Le clerc combattant Abou Bakr Al Bagdhadi avait lancé un « Califat » islamique (appelé également avec l’acronyme Daesh) prétendant se situer en ligne directe avec la réalité politique et religieuse du Prophète Muhammad. Il avait également fait prendre en 2014 un nouveau tournant au jihadisme radical, à la suite de celui inspiré et programmé par Oussama Ben Laden et ses compères dans les années 2000. Il est mort le 27 octobre. Il a été tué lors d’un raid des forces spéciales américaines. Etonnement, alors qu’on le pensait terré dans des régions désertiques, il vivait depuis quelques mois dans un village près de la ville d’Idleb, au nord- ouest de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque, dans une région contrôlée par des groupes islamistes proches d’Al-Qaida (donc opposés à Daesh) et par des postes d’observation de l’armée turque. Cela fait partie des jeux difficiles à comprendre qui se jouent dans la région. > En savoir plus

Entretien avec Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant », In Cismodoc en débats [online], Université catholique de Louvain, novembre 2019, p. 6.  Le discours religieux musulman est pris dans une fièvre idéologique depuis au moins deux siècles, réagissant avec une violence verbale aux évolutions sociales, ce qui atteste d'une crise culturelle profonde. La domination européenne a révélé la crise, mais elle n’en est pas la cause. Celle-ci est à rechercher dans l’histoire intellectuelle de la culture religieuse au cours de laquelle l’orthodoxie officielle avait interdit la philosophie comme activité intellectuelle autonome. > En savoir plus

F. Dassetto, Les institutions européennes face aux religions et à la complexe question de l’islam. Tâtonnements en attente d’une vision globale Essai prospectif, juin 2019, 64 p. Que doivent faire les états en matière de religion ? On pourrait répondre qu’ils ne doivent rien changer par rapport aux équilibres qui se sont forgés durant les siècles précédents, lors de la constitution des États-nations modernes. Équilibre incertain, qui a vu des issues différentes en Europe, allant de la totale séparation entre religions et état jusqu’à des rapports plus conciliants et réciproquement fonctionnels. Ne rien faire, d’autant plus que les instances religieuses connaissent une perte d’emprise sur les populations dans un bon nombre de pays ou bien, au contraire, en profiter pour liquider les privilèges que les religions ont réussi à garder ? Que doivent faire les instances européennes ? > En savoir plus

A. Belhaj, « Tajdid (renouveau) ». In : Vocabulaire de l'Islam (online), avril 2019, p. 3. Le terme tajdid (renouveau) dérivé de la racine j-d-d donne un sens de nouveauté, de grandeur, d’effort, de chance, de renouveau, etc.Dans la pensée islamique pré-moderne, le concept de tajdid ou de tajaddud (son synonyme) n’a été utilisé que dans la période tardive (14ème-15ème siècles), dans le sens de renouveler l’application du Coran et de la sunna dans les commentaires du hadith.

N. El Makrini, « N. Tabbara (2018), « L’islam pensé par une femme, Bayard ».  In : Compte rendu du Cismodoc (online), avril 2019, p. 3.  Riche d’un parcours personnel et intellectuel varié, N. Tabbara souhaite être une voix parmi d’autres en proposant une manière de vivre sa religiosité en phase avec son temps. Dans son ouvrage « L’islam pensé par une femme », elle prône une nouvelle interprétation de l’islam qui doit, selon elle, se faire à partir du Coran. > En savoir plus

N. El’Makrini, « Pratique médicale, spiritualité et Islam », mars 2019, p. 17. Au cours de ces dernières années, les sociétés européennes se considérant comme affranchies du religieux, ou du moins au sein desquelles la religion détermine de moins en moins les comportements quotidiens, sont confrontées à des débats suscités par des affirmations identitaires, culturelles et religieuses. Ce phénomène traverse l’ensemble des champs sociaux, y compris le champ médical. Aux réalités diverses, psychologiques, socio-économiques, etc., auxquels sont confrontés les professionnels de la santé, ils doivent aujourd’hui également prendre en considération la multiplicité des héritages ainsi que les différentes références culturelles et religieuses.

Gh. Djelloul, « Ismaël Saïdi et Michael Privot (2018), Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?, Flammarion », In : Compte rendu du Cismodoc(online), mars 2019, 2p. Ce livre a vocation à rendre accessible une somme importante de connaissances tirées de travaux de sciences humaines et sociales concernant l’environnement socio-politique du prophète de l’islam. Loin de constituer une énième biographie traditionniste dans le style narratif de la sira nabawiya (la vie du prophète), les auteurs procèdent au contraire à la déconstruction de nombreux récits mythologiques contenus dans cette « histoire sainte ». > En savoir plus

N. El’Makrini, « Les tenues « islamiques » des femmes : le voile partiel et intégral », mars 2019,7 p. La tenue vestimentaire des femmes musulmanes dans l’espace extra-domestique varie selon la région, l’origine sociale, l’urbanité ou le degré d’attachement à la norme islamique. Cette norme ne donne pas de réponse définitive sur la forme de cette tenue vestimentaire. > En savoir plus

Belhaj A., Dassetto F. et El’Makrini N., Le chiisme et les quarante ans de la révolution iranienne, janvier 2019, 62 p. En janvier et février 2019, l’Iran célèbre le 40ème anniversaire de la révolution islamique qui a mené à la fondation de la République islamique en 1979. Il s’agit d’un élément majeur de l’histoire contemporaine de l’islam, du Moyen-Orient et du monde qui a eu et continue à avoir des conséquences géopolitiques importantes. > En savoir plus

M. Brignone, « Les transformations en cours dans l’islam marocain », novembre 2018, 7p. Dès 2002, le Maroc s’est engagé dans une profonde restructuration du champ religieux, pour affronter, à l’intérieur, les lectures fondamentalistes et promouvoir, à l’extérieur, un Islam tolérant et modéré. Au cœur de ce projet se trouve l’Université Qarawiyyin, qui s’est vu confier la tâche de former les oulémas de demain. > En savoir plus

N. El’Makrini « Jean-Claude Kaufmann (2018). Burkini: Autopsie d'un fait divers, Les Liens qui Libèrent », In : Compte rendu du Cismodoc(online), décembre 2018, 2p. Le sociologue J-Cl. Kaufmann s’était déjà penché sur la question de la nudité et de l’exposition du corps de la femme à la plage, à travers la « pratique des seins nus » dans son ouvrage « Corps de femmes, regards d’hommes », publié en 1995.  Dans cet ouvrage, il analyse l’esthétique des gestes ainsi que les règles et comportements subtils, complexes et précis en vigueur dans cet espace, comme par exemple le contrôle du regard et ce que E. Goffman nomme « l’inattention respectueuse ». Dans le présent ouvrage, il poursuit ce travail d’analyse et de compréhension à partir de l’emballement médiatique et la « crise du burkini » qui a eu lieu en France durant l’été 2016. > En savoir plus

N. El’ Makrini, Rapport des musulmans contemporains au Coran, octobre 2018, 4 p. Cette sélection bibliographique est un compte rendu du numéro 23 de la revue Oasis. Fondazione Internazionale Oasis (dir.) (2016), Le Coran et ses gardiens > En savoir plus

Entretien avec Lionel Remy, à propos de son ouvrage : "Le parti ISLAM. Filiations politiques, références et stratégies. Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan", octobre 2018, 3 p. C'est un parti qui a un nombre très réduit de membres et pourtant, il a eu un large écho médiatique, et aux dernières élections communales il a récolté quelques 5.000 voix.  > En savoir plus

B. Brodard, « La formation des autorités religieuses musulmanes en Suisse », juin 2018, 12 p. En Suisse, la formation des autorités religieuses musulmanes est devenue un enjeu public. Ces dernières années, l’islam a acquis en visibilité et est devenu un thème largement médiatisé et discuté politiquement. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. La formule « l’islam du juste milieu » est très populaire dans le monde musulman contemporain, y compris parmi les citoyens musulmans européens pour qualifier l’islam vécu ou promu par des personnes ou groupes islamiques qui visent à témoigner d’un islam à la fois orthodoxe et adapté au contexte. Cette expression courante, d’apparence anodine, suscite toutefois perplexité au sein d’un public peu averti quant à la teneur concrète des discours musulmans véhiculés sous ce label. > En savoir plus

Gh. Djelloul et B. Maréchal, L’islam et les musulmans en Belgique : Quelques repères historiques, démographiques et organisationnels , avril 2018, 7 p. La présence musulmane en Belgique remonte essentiellement au milieu des années 1960, même s’il y a des musulmans dans le pays depuis le XIXème siècle. [...] En cinquante ans, et notamment dans le prolongement de la reconnaissance officielle de l’islam en 1974, les dynamiques musulmanes d’implantation et d’investissement se sont transformées et diversifiées. > En savoir plus

N. El’Makirini et B. Maréchal, Le vécu des musulmans européens en tensions : une brève présentation des enjeux du devenir de l’islam contemporain, février 2018, 6 p. Depuis les années 1970, dans le monde musulman ainsi qu’en Europe, « l’islam est redevenu un axe de référence pour les individus et pour la société » (Dassetto : 2004) mais les attentats récemment perpétrés au nom de l’islam dans les pays occidentaux et la violence présente dans le monde arabo-musulman depuis quelques décennies renforcent l’idée que les discours voire les pratiques des mouvements radicaux dominent et sont les plus actifs dans le vécu des populations musulmanes. > En savoir plus

Gh. Djelloul et N. El’Makrini, Le féminisme islamique comme courant minoritaire en voie d’institutionnalisation, janvier 2018, 17 p. Le « Féminisme islamique » est un courant de pensée relativement récent, de production intellectuelle, autour d'un corpus religieux, alimenté par un réseau transnational de militantes  dans des contextes socio-politiques très contrastés. L’objectif de cet article est de dresser le panorama des luttes communes et des modalités d’action des différents collectifs qui l’animent, pour réfléchir dans un deuxième temps au degré d’institutionnalisation atteint par ces groupes de militantes. > En savoir plus

Entretien avec Felice Dassetto, à propos de son ouvrage : Jihad u akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le sunnisme contemporain (1070-2018). Dans le cadre d’un entretien mené au CISMOC en avril 2018, le Prof. F. Dassetto revient ici sur les motivations à la base de cet ouvrage ainsi que sur les jalons qui ont façonné sa réflexion sociologique sur le radicalisme violent islamique. > En savoir plus