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Musulmans, islams et pandémie : le confinement entre contrainte et résilience

 

La religion en temps de Covid-19

Jean Philippe Schreiber, La religion à l’épreuve de la pandémie de coronavirus, février-juin 2020, Orela, 16 juillet 2020. L’Observatoire des Religions et de la laïcité (ORELA) a publié un rapport d’une cinquantaine de pages sur les « enjeux liés à la religion » durant la crise sanitaire en cours. Si celle-ci laisse peu de place au religieux, à la légitimité accordée aux politiques, experts et scientifiques, force est pourtant de constater que le religieux joue traditionnellement un rôle fondamental dans les étapes de vie telles que la maladie ou la mort, obligeant les acteurs religieux, comme d’autres, à voir leur légitimité mise en balance face aux urgences sanitaires gouvernementales. Dans la mise en œuvre de l’État d’urgence, la sécurité sanitaire va primer sur l’ensemble des libertés, y compris la liberté religieuse et ce, d’autant plus que le religieux est régulièrement pointé du doigt quant aux potentiels rassemblements religieux, vecteurs de propagation du virus. Le rapport note une indocilité de certains courants religieux parmi les grandes religions, particulièrement au sein des franges les plus « traditionalistes ou radicales » qui ont privilégié la pratique du culte religieux au respect des consignes sanitaires. En ce sens, défier l’interdiction est une manière de mettre sa piété à l’épreuve, une « forme d’héroïsation des vertus de la foi » (p. 40). Cependant, le rapport met aussi en exergue l’adhésion d’un nombre important d’autorités religieuses face « aux interdictions édictées par les pouvoirs publics » (p. 51) et qui ont privilégié la collaboration avec les autorités politiques et sanitaires. La préservation de la vie humaine a été rappelée principalement dans le judaïsme et l’islam, laquelle a notamment été avancée pour justifier la suspension des cérémonies funéraires. Concernant l’islam, on a vu la capacité des autorités religieuses musulmanes à s’adapter à la situation de crise grâce à des interprétations multiples s’éloignant du statut rigide et immuable de l’islam. Et ce, même si la crise a affecté le religieux aussi bien dans sa dimension collective que sociale pendant le mois de Ramadan en pleine période de confinement.

Toutefois, dans les discours religieux - y compris musulman -, on remarque un lien entre eschatologie religieuse, discours sur la fin des temps et épidémie. Au sein du monde musulman, le châtiment divin comme explication à la pandémie est principalement partagé par les ultra-conservateurs ou encore les salafistes. C’est notamment le cas de Hani Ramadan lorsqu’il évoque la pandémie serait en partie liée à l’éloignement des prescrits et moral religieux. Sur le plan financier, la crise a également eu un impact puisque les dons des fidèles ont diminué affectant directement la santé financière des lieux de culte. Aussi, même si le grand pèlerinage, une institution religieuse générant d’importants revenus (tourisme religieux) a pu être maintenu le nombre de participants fut toutefois très limité. En Belgique, la majorité des lieux de cultes musulmans ont rapidement opté pour la prudence en ordonnant leur fermeture. Dès le début du déconfinement, la reprise des pratiques religieuses collectives s’est accompagnée d’importantes mesures sanitaires. « En Europe occidentale, c’est souvent l’Église catholique qui a été la plus revendicative en la matière », notamment en France. Selon le rapport, « L’institution catholique entend encore être traitée à part » du fait, notamment, de sa présence historique et de l’identité catholique de nombreux pays européens. Cependant, note le rapport, on glissera « à brève échéance, vers une mise à égalité avec les autres cultes » (p.39). Enfin, notons la capacité d’adaptation des religions à s’outiller du numérique pour répondre aux enjeux de la crise. Si son usage était déjà monnaie courante pour certains courants religieux qui maîtrisent très bien la communication virtuelle, d’autres craignent « le délitement de l’esprit de communauté » (p. 43). Nous assistons à un changement de paradigme : allons-nous vers une privatisation du religieux ? Vers d’autres sociabilités et dynamiques communautaires ?

Les grandes religions entre soumission et contournement des consignes sanitaires

J-L. Schlegel, La religion au temps du coronavirus, Esprit, mai 2020. A part les milieux réactionnaires et radicaux, « le confinement a été en général rigoureusement respecté par les grands groupes religieux et leurs dirigeants ». Cette période a impacté le religieux, non seulement par la suspension de l’ensemble des activités religieuses collectives, mais aussi en termes d’accompagnement des malades et des mourants. Le discours religieux permet de mettre des mots sur la mort et la douleur, c’est d’ailleurs l’une de ses fonctions premières. En temps de crise, la religion est aussi une source de « réconfort » par l’apport d’un soutien moral et psychologique. Un soutien spirituel dont les pratiques s’apparentent aux théories de développement personnel. Les religions contournent l’interdiction de se rassembler en déplaçant le « réel dans le numérique ». En outre, le confinement a tendance à « consolider » la présence digitale du religieux, et plus particulièrement les courants « identitaire et traditionaliste » ainsi que les mouvances radicales. Cependant, cette présence dans le monde virtuel risque de transformer le religieux dont la pratique est incarnée dans le corps. En cette période de crise, on entend très peu de discours portant sur la question du sens à donner à sa vie alors qu’en ces temps incertains, la majorité des croyants restent préoccupés par leur survie et le retour à la vie normale. 

Mobilisation des grandes traditions religieuses autour de l’outil numérique.

D. Douyer, Le numérique, garant de la continuité religieuse ?, The Conversation, 10 juin 2020. La présence du religieux sous forme numérique n’est pas neuve. Ce sont d’ailleurs les courants religieux traditionalistes qui sont les plus investis dans cette forme de communication. À l’heure de la pandémie de Covid-19, ils ont dû procéder à des ajustements et s’organiser pour maintenir une certaine continuité de la pratique religieuse. L’auteur signale que « les approches plus réformistes ou contemporaines et réflexives ou critiques sont relativement absentes des dispositifs numériques religieux, ou nettement moins visibles ». Il l’explique à la fois par la complexité de leurs propos, mais aussi par le manque de moyen. La visibilité religieuse plus importante sur internet est un moyen de résistance par rapport à la limite de la pratique religieuse collective imposée par la crise sanitaire. Cette présence religieuse symbolique sur le web ne permet pas de vivre réellement « le cœur de l’expérience religieuse », mais constitue cependant un soutien moral. En outre, sur le web, la dimension matérielle et physique ainsi que les dons d’argent sont restreints. Enfin, la large offre religieuse en ligne permet aux internautes de ne pas se cantonner au religieux de la paroisse ou de la mosquée locale. Elle n’offre toutefois pas « de communauté d’esprit et d’échange du partage d’un langage (mots, expressions), d’images parfois, de gestes et de rites communs ».  

Renforcement du nationalisme religieux avec la crise actuelle

J. Cesari, COVID-19 and Religion: Between Nationalism and Communal Responsibility, Euro-Islam, 9 juin 2020. La crise sanitaire actuelle a renforcé l’articulation entre nationalisme et religion qui était en plein essor depuis une décennie. Notons d’abord que même si la crise est mondiale, les mesures sanitaires sont prises par les autorités politiques et sanitaires au niveau national. La fragmentation des décisions montre que non seulement il n’y a pas de communauté politique mondiale, mais que le nationalisme et le protectionnisme a également prévalu au niveau européen. Sont particulièrement pointés du doigt la fermeture des frontières et le manque de solidarité intra-européenne avec les pays fortement touchés comme l’Italie, l’Espagne, etc.  L’état nation en ressort donc plus fort et la solidarité s’est principalement développée localement. Le nationalisme religieux semble en outre s’être accentué durant cette période de pandémie et risque de se développer davantage après la crise liée au Coronavirus. D’après J. Cesari, cette hypothèse s’avère plus probante au vu des manifestations auxquelles on a assisté suite à la mort de George Floyd. Elle souligne aussi un rapprochement vicieux entre les nationalistes et certaines communautés religieuses qui engendrent une stigmatisation de l’autre. C’est notamment le cas de l’opération menée sur les réseaux sociaux par les nationalistes hindous intitulée #CoronaJihad qui accuse les musulmans d’être les responsables de la propagation du Coronavirus. Dans l’espace européen, les musulmans ont également été suspectés d’avoir continué à pratiquer des prières collectives. Enfin, l’anthropologue rappelle que l’ensemble des autorités religieuses a privilégié la préservation de la vie en tentant de maintenir – virtuellement – la pratique religieuse et le lien avec leurs fidèles tout en leur apportant un soutien psychologique. Dans le contexte européen, les autorités religieuses ont réagi à la fermeture des lieux de cultes au niveau national, mesure qui n’a rencontré que très peu de résistance de la part des autorités et fidèles musulmans. Des controverses intra-musulmanes ont par contre été observées au Royaume-Uni et des résistances plus importantes ont eu lieu en Iran et au Pakistan de dignitaires religieux musulmans.

Prière à la mosquée, cet « habitus collectif » délaissé par les musulmans en période crise

L. Addi, Le Covid-19 et la pratique de la prière chez les musulmans, par Lahouari Addi., Cahier des fellows de l’IMéRA, 6 juin 2020. Afin d’endiguer la pandémie, plusieurs pays musulmans ont décidé de fermer les lieux de culte. Pourtant, la prière collective est essentielle dans le contexte musulman et cela pour plusieurs raisons. D’abord, se rendre à la mosquée pour y effectuer la prière est non seulement un indice de religiosité, mais aussi de droiture morale. En contexte musulman, les temps de prières permettent de structurer une journée. Il s’agit également d’un « habitus collectif », la prière collective constituant en effet un moment de sociabilité, car les fidèles prennent généralement le temps d’échanger sur divers sujets après celle-ci.  Si des dignitaires religieux ont exprimé leurs frustrations et que certains responsables religieux et islamistes, dont Ali Belhaj, ont affirmé que la mort est une volonté divine et que par conséquent c’est Dieu qui tue et non le Covid-19, ces positions ont été désavouées par la majorité des musulmans et des responsables religieux. Pour L. Addi, l’acceptation des restrictions sanitaires s’explique par le pragmatisme des croyants en période tendue. En effet, en temps de crise, les autorités religieuses musulmanes « sont plus attentives aux ressources théologiques qui donnent la priorité à la vie par rapport à la pratique rituelle ». Les fidèles musulmans ont accepté cette explication et se sont montrés attentifs aux discours religieux qui expliquent que la vie et la mort appartiennent à Dieu, mais qu’il ne faut pas pour autant prendre des risques et ensuite s’en remettre à Dieu.

Coronavirus et musulmans de Russie

A. Collard-Nora, Les musulmans de Russie face à la pandémie, GSRL, 15 juin 2020. L’espace public post-soviétique a permis une nouvelle présence et visibilité religieuse, y compris musulmane, notamment par la réouverture de lieux de culte, de lieux de formation religieux, etc. Notons d’abord qu’en Russie l’islam occupe la deuxième place de la vie religieuse. Il s’agit principalement de minorités ethniques (les Tatars, les Bashkirs, etc.).  Les musulmans russes de chaque région disposent d’une instance représentative, la direction spirituelle des Musulmans (DUM). Le Conseil des oulémas de cette structure religieuse recommande le respect des consignes sanitaires. En privilégiant un islam traditionnel (sunnite et rite hanafite) ainsi qu’une approche locale, elle se veut, aussi être une alternative à l’islam réactionnaire, particulièrement le wahabisme et le radicalisme qui sont considérés comme les responsables de la violence et des séparatismes. Elle est ainsi un instrument du pouvoir central, son rôle étant de superviser les populations musulmanes. À titre illustratif, voici quelques mesures qui ont été prises en Russie : fermeture des mosquées, enterrements sans lavage mortuaire, annulation des invocations collectives (dhikr) des confréries soufies, etc. La période de Ramadan a également été privée de sa dimension collective et il y a eu suspension du pèlerinage à la Mecque. Notons que les premiers cas de coronavirus en Tchétchénie sont des pèlerins revenant d’Arabie Saoudite.

Sciences et religion en période de pandémie

J. Baubérot et P-J. Luizard, Autorités religieuses et autorités scientifiques : comment leurs rapports manifestent la sécularisation des sociétés ?,  Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL), 5 mai 2020. Un entretien de Pierre-Jean Luizard avec Jean Baubérot sur les rapports entre autorités religieuses et scientifiques en cette période de crise sanitaire. Selon J. Baubérot, on assiste à la fois à une sorte de remise en cause des sciences médicales liée notamment à une incertitude, mais aussi à une « certaine acceptation par l’autorité religieuse de la différenciation des sphères spirituelles et d’ici-bas ». Il l’illustre par les propos du dirigeant du Hezbollah qui déclare « Obéir aux médecins et aux aides-soignants est une obligation religieuse ». Selon Baubérot, cela démontre une différenciation des différentes sphères et un processus de sécularisation, mais aussi un affaiblissement de l’autorité religieuse. Pour conclure, l’historien indique que ce qui lui semble évident est que « la crise actuelle est porteuse, à court et plus long terme, de changements de représentations à la fois religieuse et séculière où vont se court-circuiter à la fois les cultures spécifiques nationales et régionales et les interconnections liées à la globalisation ».

Ramadan, confinement et pandémie

J-P. Filiu, Les leçons d’un ramadan sous coronavirus,  Un si Proche Orient, 24 mai 2020. L’auteur tente de faire un bilan après le Ramadan. Malgré le fait que la sociabilité spécifique à cette période a été perturbée, il s’avère que l’ensemble des gouvernements et des autorités religieuses musulmanes ont maintenu les dispositifs de confinement lors du mois du Ramadan à l’exception notamment de l’Iran et du Pakistan. Parmi les arguments religieux qui ont été les plus cités, on relève notamment “Celui qui sauve une vie humaine, c’est comme s’il a sauvé toute l’humanité.”. L’Iran et le Pakistan ont préféré la paix sociale, et ce malgré les avertissements des autorités médicales. En effet, le maintien de rituels religieux dans les mosquées participe à la diffusion du virus malgré les mesures de distanciation sociale et les gestes barrière, d’autant que les protestations sociales ont été freinées en raison du Coronavirus aussi bien en Algérie, qu’en Irak ou encore au Liban. Mais l’après-ramadan et l’après-confinement risquent de voir les protestations reprendre de plus belle.

La gestion de la pandémie en Turquie

B. Balci, Islam et gestion de la crise du Covid-19, SciencesPo, 24 avril 2020. L’article a pour objectif d’analyser les interprétations religieuses de l’actuelle crise sanitaire en Turquie où le confinement généralisé affecte et freine également l’ensemble des activités dans tous les domaines. Concernant le domaine religieux, la légitimation de la suspension des rites religieux collectifs s’est produite aussi bien par l’intermédiaire des autorités religieuses que par les intellectuels musulmans qui impactent également l’opinion publique. Ces derniers sont principalement relayés par les médias. Bayram Balci met en exergue une divergence d’opinions dans l’interprétation de la crise sanitaire de l’islam turque en ce sens qu’une minorité a réagi avec « fatalisme et résignation », interprétant cette situation telle une punition divine, le refuge se trouvant pour certains dans la pratique religieuse alors qu’une autre frange a eu recours aux théories complotistes. Le plus grand nombre, en particulier l’islam officiel (à travers la Diyanet), l’islam confrérique et les éditorialistes des journaux et quotidiens islamistes, a donné priorité à la crise sanitaire en se référant aux textes religieux et à la gestion des épidémies dans l’histoire de l’islam, mais aussi à l’histoire contemporaine de la Turquie pour alimenter le nationalisme.  Quant aux intellectuels musulmans, ils s’intéressent à trois figures en particulier : Abdurrahman Dilipak qui publie ses articles dans un quotidien islamiste ; Hayrettin Karaman qui développe également une pensée fondamentaliste et enfin Ihsan Eliaçik qui représente les islamistes anti-capitalistes. Ils montrent également que la crise sanitaire n’a pas atténué la polarisation politique.

Groupes radicaux et pandémie

E. Bouvier, Daech et pandémie de coronavirus : une instabilité sociopolitique et un « repli sur soi » étatique qui profitent à l’EI, Les Clés du Moyent-Orient, 18 mai 2020. Même si la crise sanitaire a évacué le groupe Daech de la scène médiatique, ses activités terroristes semblent s’intensifier en cette période de pandémie, profitant de l’incertitude sécuritaire, mais aussi politique au Moyen-Orient. La crise sanitaire mondiale permet de mieux asseoir leur propagande et alimenter leurs discours apocalyptiques. C’est également interprété comme une volonté divine, mais aussi un châtiment divin destiné à punir « les adversaires de l’islam » même s’ils n’ont pas développé de « grandes théories conspirationnistes autour de la pandémie ». La mauvaise gestion de la crise sanitaire des pays musulmans ainsi que les conséquences économiques et sociales sont une aubaine pour ces groupes terroristes. En effet, même s’il est difficile de faire des pronostics, il semble évident que « les différents groupes djihadistes ne manqueront pas de chercher à convertir les sentiments d’injustice et de mécontentement social qui traversent l’espace arabo-musulman en opportunité d’asseoir leur discours de rupture et de renforcer leur influence ».

L’islam confrérique africain et l’influence du salafisme

Ch. Pellegrino, L’islam inclusif du Sénégal, Oasis, 11 mai 2020. Le Sénégal, un pays historiquement imprégné par le soufisme, la voie soufie comptant un grand nombre d’adeptes. Plusieurs confréries se sont ainsi développées étant la Tidjaniyya, la Mouridiyya, la Qadiriyya et la Layèniyya. La plus importante en termes de nombre de disciples est la Tidjaniyya avec 49% de la population. Le mouvement religieux le plus dynamique et qui occupe le devant de la scène publique est la Mouridiyya (31% de la population) à partir notamment de la ville cultuelle de Touba. Les deux autres confréries constituent respectivement 8 % (Qadiriyya) et 6% (Layèniyya) de la population. La dynamique mouride s’explique notamment par l’importance particulière accordée au travail, mais aussi grâce à son inscription locale. C’est un natif du Sénégal, fondateur de la confrérie, qui a permis de développer « une forme d’islam autochtone » avec une dimension spirituelle forte. Les confréries constituent l’un des principaux vecteurs d’enseignement. Si l’on se penche plus particulièrement sur les confréries soufies, celles-ci sont souvent présentées comme le ciment de la stabilité du pays, formant un rempart contre le radicalisme et l’extrémisme religieux. Cependant, depuis quelques années, on note dans la région l’influence progressive du salafisme véhiculée par des personnalités religieuses formées en Arabie Saoudite. Actuellement, le « grand dilemme du Sénégal est de trouver le point d’équilibre entre les valeurs traditionnelles et les valeurs d’importation ». 

Fêtes religieuses et confinement en France

Rassemblements dans les lieux de culte : le Conseil d’État ordonne au Premier ministre de prendre des mesures moins contraignantes. Alors qu’en France le Conseil d’État ordonne de lever l’interdiction des réunions dans les lieux de cultes, le Premier ministre français indique au début du mois de mai qu’il est prêt à « étudier » la reprise des offices religieux pour le 29 mai car dit-il "Je sais que la période du 29 mai au 1er juin correspond, pour plusieurs cultes, à des fêtes ou à des étapes importantes du calendrier religieux". En effet, la Pentecôte a lieu le 31 mai et Chavouot (qui commémore le don de la thora au peuple juif) aura lieu du jeudi 28 au samedi 30 mai. Le gouvernement français ne semble pas avoir pris en compte la célébration de la fin du Ramadan (Aïd al-Fitre), celle-ci ayant eu lieu le 24 mai. Plusieurs voix, dont celles de responsables religieux, ont par conséquent manifesté leur mécontentement car il s’agit de l’une deux fêtes les plus importantes du calendrier musulman. Cependant, d’autres responsables musulmans ont expliqué que l’intensité de la pratique religieuse était différente. Rappelons que l’ouverture du 29 mai est une réponse aux demandes pressantes des ecclésiastiques.

Que disent les feuilletons du Ramadan sur l’évolution des relations avec l’État hébreu au Moyen-Orient ?

Dans de nombreux pays musulmans, le rythme de la vie change tout au long du mois du Ramadan. Le temps social, familial, professionnel, communautaire se calque sur ce rituel religieux (le repas de rupture, les prières surérogatoires, la collation de la nuit, etc.). Les productions audiovisuelles nationales adaptent leur programmation en proposant non seulement plus d’émissions religieuses, mais aussi des divertissements et des feuilletons télévisés « spécial ramadan ». Ces séries sont généralement diffusées après le repas du soir et touchent un public important incluant les familles qui n’ont pas pour habitude de regarder ce type de programme (L. Choubika, 1995). Comme le souligne Gonzalez-Quijano les séries du Ramadan sont devenues, pour une importante part de la population « un rite quasi religieux tant sa consommation est associée au rythme social du mois de ramadan, avec, à l’heure de la rupture du jeûne, les longues soirées où l’on regarde et commente, en famille et entre voisins les séries télévisées préparées de longue date pour ce pic d’audience. » (Gonzalez-Quijano, 2013). De plus, le programme « spécial Ramadan » des télévisions nationales est soumis à un important contrôle, ce qui n’est pas un phénomène neutre. Il revêt une connotation politique, car il s’agit d’une opportunité pour influencer l’opinion publique (Christmann, Andreas., 2000). En effet, ces programmes marquent l’appartenance religieuse, mais aussi l’appartenance nationale et la vision politique (voire géopolitique) de l’État. Ceci est perceptible dans des séries télévisuelles spéciales ramadan 2020. À titre d’exemple, la série égyptienne de science-fiction intitulée  « The End »  (El-Nehaya) qui porte sur la fin de l’Etat hébreu et qui a été produite par un studio proche d’Abdel Fattah al-Sissi, a suscité une réaction du gouvernement israélien alors que les deux pays sont pourtant réputés entretenir de bons rapports entre eux. A. Arefi Quand les séries du ramadan servent le rapprochement israélo-arabe, 29 avril 2020. Deux autres séries diffusées par le groupe saoudien MBC ont quant à elles provoqué l’émoi auprès d’une opinion publique sensible à la cause palestinienne. Il s’agit de la série Makhraj 7 (sortie 7) et de la série « Umm Haroun » (La Mère d'Aaron). Au troisième épisode de Makhraj 7, on assiste à une mise en scène de deux Saoudiens débattant sur les opportunités de développer des rapports commerciaux avec Israël. Deux éléments significatifs ressortent de cette discussion : d’une part une volonté de normalisation avec Israël et d’autre part un regard critique porté sur les Palestiniens en les traitant notamment « d’ingrats » dans la mesure où ils « nient le soutien apporté par les Saoudiens ». Quant à la série ramadanesque « Umm Haroun » (La Mère d'Aaron), elle évoque la présence juive dans la région. Cette fiction raconte la vie d’une femme de confession juive vivant au Koweït avant la Première Guerre mondiale et met en scène les relations entre femmes musulmanes et juives de l’époque. L’histoire est interprétée par certains comme un moyen de normalisation des relations avec Israël ; pour d’autres, cette série relate des faits historiques dans la mesure où des juifs ont fait partie du paysage au Moyen-Orient depuis l’antiquité, la cohabitation entre les deux communautés s’étant déroulée dans une paix relative jusqu’au XXe siècle. Le changement de ton de l’Arabie Saoudite envers l’État hébreu peut sembler contre nature, car il a historiquement soutenu la cause palestinienne. Cependant, un rapprochement entre les deux pays s’opère depuis quelques années pour des raisons stratégiques et géopolitiques. Il est également lié à la personnalité du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane. En outre, la série s’inscrit dans un processus de rapprochement entre les deux pays, mais aussi avec une volonté de sensibilisation d’opinion publique à la normalisation des relations avec Israël.

L’épidémie dans les traditions religieuses

A. Ambrosio, Ce que les textes sacrés nous enseignent de l’épidémie, The Conversation, 23 avril 2020. De tout temps, les traditions religieuses ont interprété le monde en donnant des explications aux événements qui traversent les sociétés. Les religions monothéistes considèrent ainsi que les épidémies et phénomènes dits surnaturels ou de grandes ampleurs sont avant tout provoqués par une volonté divine. Les interprétations religieuses pour expliquer les épidémies peuvent aussi être associées d’une manière ou d’une autre à la fin du monde. Cette explication eschatologique est particulièrement présente dans le Nouveau Testament. Indiquer que les épidémies représentent un moyen de préparer l’humain à sa mort est un autre type d’interprétation que l’on retrouve entre autres dans la littérature religieuse catholique.  Dans la tradition musulmane, on observe des notions de châtiment ou de punition divine envers une humanité pècheresse. À l’époque contemporaine, le recours à des éléments de la tradition religieuse est repris consciemment - ou inconsciemment - dans les explications des phénomènes récents. Ce type de discours persiste et s’adapte. C’est ainsi que l’État d’exception permanent, avec une limitation des libertés publiques, est en quelque sorte une « eschatologie laïque».

« Nous ne croyons pas au coronavirus, nous croyons en Allah. Quoi qu'il arrive, cela vient d'Allah » (propos d’un religieux pakistanais)

Maria Abi-Habib et Zia ur-Rehman, Imams Overrule Pakistan’s Coronavirus Lockdown as Ramadan Nears , The New York Times, 23 avril 2020. Dans la majorité des pays musulmans, les autorités religieuses ont collaboré avec les autorités politiques en demandant aux fidèles de prier chez eux et en se positionnant en faveur d’une suspension des prières collectives dans les mosquées.  Même le petit et le grand pèlerinage ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre. Toutefois, des dignitaires religieux parmi les plus écoutés au Pakistan ont fait pression sur le gouvernement pour que les mosquées soient exemptées des consignes sanitaires. L’État a fini par céder sous la pression des leaders religieux, malgré le risque important que présentent des rassemblements religieux susceptibles d’être vecteurs de transmission et de propagation du Coronavirus. Alors que tous les autres lieux publics sont fermés, certains se posent la question de savoir qui gère la crise sanitaire : les autorités politiques ou les autorités religieuses ? Dans quelques autres pays tels que le Bangladesh et le Niger, des responsables religieux et des fidèles se sont opposés à la fermeture des lieux de culte. 

L'impact de la pandémie sur le quotidien des musulmans

M. Ozlap, How coronavirus challenges Muslims’ faith and changes their lives, The Conversation, 2 avril 2020. Outre la nécessité d’adapter la pratique religieuse, la question du confinement pose aussi la question de la bienfaisance envers les parents et, d’après la conception de l’islam, la nécessité de leur rendre visite. L’importance de la distanciation sociale imposée et l’interdiction des visites familiales peuvent être interprétées comme une ingratitude. La fermeture des mosquées pèse aussi sur le sentiment communautaire, et plus particulièrement sur la prière collective du vendredi. La crise va en outre affecter le déroulement du mois de ramadan qui est traditionnellement caractérisé par des prières collectives quotidiennes et des réunions familiales plus fréquentes. Les débats théologiques autour de la crise montrent une variété de positions. Une première que l’on pourrait qualifier de fataliste. Tout provient de Dieu y compris le virus. Celui-ci est une punition et un avertissement divins pour nos excès envers l’environnement mais aussi pour nos excès personnels. Il faut s’en remettre à Dieu et compter sur lui (tawakkul). Il protégera les « justes ». Cette attitude réduit la peur, mais entraîne cependant un risque d’inaction. Pour d’autres, c’est un test divin dans le sens où nous sommes confrontés à des difficultés temporaires visant à renforcer la foi. Cette perspective permet de faire preuve de résilience. De manière générale, il y a une recherche d’équilibre entre précaution et confiance en Dieu.  

Les appels à la prière dans les rues de Bruxelles et dans certaines villes françaises

Des vidéos montrant des appels à la prière et des récitations religieuses tournées dans les rues de Bruxelles (Anderlecht et Molenbeek) circulent sur les réseaux sociaux. K.F., Coronavirus : des appels à la prière à Molenbeek, actes de la droite identitaire ? (vidéos), RTBF.be, 4 avril 2020. En Belgique, aucune mosquée n’a fait des appels à la prière, d’autant plus qu’elles sont fermées. Par contre, des vidéos tournées sur trois artères principales de Molenbeek (les boulevards Mettewie et Machtens ainsi que l’avenue des Tamaris) tournent sur les réseaux sociaux avec en fond sonore un appel à la prière. Deux hypothèses : il s’agit soit d’un acte isolé émanant d’un fidèle musulman, soit de l’acte provocateur d’un partisan de mouvement d’extrême droite (le fait qu’il utilise un haut-parleur est un indicateur). Ce qui est certain, c’est qu’un DJ de Molenbeek a fait danser un des quartiers de la ville pendant un quart d’heure. Quant aux appels à la prière, ils ont été largement relayés à la fois par des musulmans (et à notre connaissance, aucun des responsables religieux connus ne l’a fait) et des partis d’extrême droite.

M. Le Priol, Les mosquées « profitent »-elles du confinement pour faire retentir l’appel à la prière ?, La Croix, 6 avril 2020. En France, dans une lettre ouverte, Marine Lepen adresse une lettre au Président pour dénoncer « une nouvelle escalade dans l’occupation illégale du domaine public par voix sonore ». Selon elle, les responsables des mosquées profitent de la situation de crise pour faire « retentir des appels à la prière » faisant référence à l’appel à la prière lancé par la mosquée de Lyon le 25 mars dernier. Or, il s’agissait d’un acte interreligieux, la mosquée de Lyon ayant souhaité se joindre aux églises qui ont fait sonner leurs cloches pour remercier les équipes du corps médical. Une seconde vidéo filmée d’un balcon a été relayée par un site musulman qui se présente comme le « journal des mosquées de France ». Rappelons que, les mosquées – comme d’ailleurs tous les lieux de culte – sont à l’heure actuelle fermées. Suite à cette polémique, Christophe Castaner a demandé aux responsables religieux de trouver d’autres formes d’expression, l’appel à la prière s’écartant des usages. Les religieux musulmans devront par conséquent trouver un moyen non religieux pour exprimer leur soutien. D’autres pays européens – comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni - tolèrent les appels à la prière. On retrouve même des versets coraniques sur des panneaux publicitaires installés dans les arrêts de bus aux Pays-Bas. 

Perturbation du Ramadan

Depuis le 26 mars, les musulmans sont entrés dans le mois précédent le mois de Ramadan : le mois de Chaabane. Ce mois est une préparation spirituelle au Ramadan. Il est recommandé aux musulmans de multiplier les actes d’adoration et de jeûne pour préparer son « corps et son âme » au jeûne du ramadan qui débutera le 24 avril. Cette année, le mois saint sera également bouleversé en raison de l’absence de prière collective, de réunion familiale, mais aussi avec le risque de ne pas pouvoir fêter l’aïd al fitr. En Belgique, l’Exécutif des Musulmans recommande aux mosquées d’accompagner les fidèles durant le Ramadan en organisant des prêches en ligne. Quant à la consommation plus importante qui caractérise cette période, S. Echallaoui rappelle à la communauté musulmane « de donner au Ramadan son caractère de spiritualité et de recueillement. Ce n’est pas parce qu’on ne remplit pas sa table que son jeûne n’est pas validé. La Belgique traverse un moment difficile : il ne s’agit pas de se ruer dans les magasins pour constituer des stocks, et vivre comme si de rien n’était ».

Cl. Hache, Le ramadan à l'épreuve du confinement, L’Express, 13 avril 2020.  En France, une note du 7 avril relaie la crainte des policiers du renseignement territorial face au risque de non-respect du confinement de la part de groupes salafistes. Ceux-ci, attachés aux prières collectives, pourraient en effet décider de se rassembler à leur domicile. Cela dépendra également de la capacité d’encadrement des fidèles de la part des autorités religieuses musulmanes. L’ensemble des événements religieux sera impacté. Les nouvelles technologies seront un moyen de maintenir le lien avec les fidèles.

D. Rinallo, Quelques pistes pour célébrer Pâques, Pessah et le Ramadan pendant le confinement, The Conversation, 7 avril 2020. Toutes les expériences religieuses communes mises à mal. L’interdiction de toute expérience physique obligera à vivre de manière différente les rassemblements religieux. Les autorités religieuses devront faire « preuve de créativité dans l’utilisation des médias traditionnels et des nouvelles technologies de communication pour garder le lien entre célébrants et communautés, et entre les fidèles. » Concernant l’islam par exemple, les appels à la prière d’imams sur les réseaux sont un moyen pour garder le contact avec les fidèles.

Pas d’imams détachés pour accompagnement spirituel durant le Ramadan

L. Farelli, Coranavirus : pas d’imams détachés pour Ramadan 2020, SaphirNews, 4 avril 2020. Alors que le gouvernement français prévoyait la fin des « imams » détachés dans son discours « sur le séparatisme islamiste »,  avec la fermeture des frontières, ces imams ne seront pas en mesure d’assurer les prières nocturnes et l’encadrement religieux durant le Ramadan.  La crise sanitaire a précipité la réflexion à propos de la dépendance de vis-à-vis des cadres religieux étrangers comme le note le Conseil du culte musulman (CFCM) pour qui « Acquérir cette autonomie n’est plus une option, elle est aujourd’hui plus que jamais une nécessité. ».

Après la suspension du petit pèlerinage (omra) le grand pèlerinage annuel (hadj) risque également d’être annulé

Malgré la manne financière non négligeable - c’est en effet la deuxième source de revenus après le pétrole - les autorités saoudiennes appellent à suspendre les préparatifs du grand pèlerinage (hadj) alors que plus de deux millions de personnes accomplissent le cinquième pilier de l’islam en y participant. Contrairement au petit pèlerinage (omra) auquel on peut prendre part tout au long de l’année, le grand pèlerinage se déroule durant cinq jours précis de l’année. Cette année, la période est fixée à la fin du mois de juillet, début du mois d’août.

M. Buitelaar, The Hajj in Times of Epidemics , Religion & Diplomacy, 1er avril 2020. Avec le rassemblement d’un nombre important de pèlerins, la Mecque et Médine risquent d’être un lieu de contamination, raison pour laquelle il est fort probable qu’il soit annulé en raison de la crise provoquée par la pandémie de coronavirus. En temps normal, et cela depuis plusieurs années, les autorités saoudiennes fixent des quotas par pays, et principalement pour les pays musulmans, afin de réguler le nombre croissant de pèlerins. Des travaux d’expansion ont également été entrepris pour augmenter la capacité d’accueil. Dans la majorité des pays musulmans, les places sont attribuées par l’intermédiaire d’une loterie aléatoire alors que dans d’autres pays comme l’Indonésie, des listes d’attentes sont mises en place et la gestion des inscriptions confiée à des agences privées, ce qui entraîne des délais d’attente relativement importants, pouvant parfois atteindre 20 ans !  Dans l’histoire de l’islam, Marjo Buitelaar explique que dans le passé le monde musulman a été frappé par des épidémies telles que le typhus ou le choléra, les grands rassemblements religieux ayant été vecteurs de transmission. À l’époque coloniale, un contrôle sanitaire avait été mis en place en vue aussi de maîtriser les rébellions ainsi que les mouvements anticoloniaux. Le progrès sanitaire de l’Occident et les théories hygiénistes vont influencer les penseurs réformistes. C’est ainsi que Muhammad Ali Effendi (fonctionnaire et photographe célèbre égyptien) recommandera de s’abstenir de boire l’eau de Zamzam ou encore de ne pas toucher la pierre noire pour pallier tout risque de contamination.  L’auteure rappelle qu’il est à l’heure actuelle encore trop tôt pour évaluer les transformations que la crise que nous vivons suscitera, mais les propositions depuis longtemps évoquées pour élargir la période de pèlerinage pourrait être une solution.

M. Abu Sneineh, Épidémies, politique et conflits : les annulations du hadj au cours des siècles, Middle East Eye, 7 avril 2020. Dans l’histoire de l’islam, on a assisté à plusieurs suspensions du Hajj, certaines pour des raisons de sécurité en temps de guerre, d’autres pour des raisons sanitaires liées à des épidémies. La première annulation remonte à 629. Les interruptions les plus récentes ont eu lieu entre 1837-1858, période à laquelle le hadj fut suspendu trois fois en raison de l’épidémie du choléra et en 1831 suite à une épidémie originaire d’Inde. Depuis la création du Royaume d’Arabie Saoudite en 1932, c’est néanmoins à présent la première annulation du Hajj.

Confinement et le mouvement de protestation en Algérie

Algérie – Révolution suspendue ?, Géopolis, 10 avril 2020. En Algérie, la crise du coronavirus s’est invitée dans le mouvement pacifique citoyen : le Hirak. Après un an de protestation massive, on assiste à sa suspension. Géopolis a fait le point sur la situation du pays avec Akram Belkaïd (journaliste au Monde diplomatique) et Ghaliya Djelloul (sociologue au Cismoc, UCLouvain). Selon Akram Belkaïd, l’Algérie connait un durcissement de la répression, mais dès la fin de la crise sanitaire, il y a fort à parier que le mouvement de protestation s’emparera à nouveau de la rue. Pour Ghaliya Djelloul, ce mouvement a permis d’unir la société autour d’une revendication commune - la demande d’un État civil - sans pour autant l’homogénéiser et nier son pluralisme. En cela, ce mouvement participe à la dépolarisation du champ politique entre les tenants d’un État laïc et ceux qui revendiquent un État islamique, rendant possible une convergence pour la demande de droits citoyens. Ainsi, les mouvements islamistes sont une composante de ce mouvement, mais n’en sont toutefois pas les leaders. D’autre part, on assiste à un changement de culture politique par le caractère pacifique du mouvement qui « refuse la violence ». Cette non-violence permet non seulement aux femmes, mais également au mouvement féministe algérien, d’occuper une place dans l’espace public et d’y acquérir une certaine légitimité au fil du temps. Quant à la question de la religion, l’occupation de l’espace public pour la revendication des droits civils refoule la religion de l’espace public au sens politique (elle illustre son propos avec la pratique des croyants qui se rendent le vendredi à la mosquée avant de rejoindre les manifestations, en tant que citoyens, pour revendiquer des droits politiques et sociaux). Alors que l’espace collectif communautaire semblait être le seul existant jusqu’à présent, le hirak permet une séparation de la politique et du religieux pour expérimenter une véritable sphère publique.

Crises sanitaires et islam de Belgique

Communiqué de presse de l’EMB au sujet du coronavirus.

Dans un premier communiqué datant du 11 mars 2020, on y retrouve les recommandations des autorités sanitaires belges aussi bien au niveau individuel que collectif.  Il rappelle que la prière du vendredi rassemble un nombre important de personnes, dont des personnes âgées et à risques. Concernant la fréquentation des lieux de cultes musulmans belges, les responsables de ces derniers invitent les personnes fragiles sur le plan de la santé et ceux présentant des symptômes grippaux à ne pas se rendre à la mosquée pour l’instant. Ils recommandent par ailleurs de remplacer les serviettes par des serviettes à usage unique dans les espaces d’ablution. La Grande Mosquée de Bruxelles (celle du Cinquantenaire) restera quant à elle fermée pour les prières du vendredi jusqu’à nouvel ordre, et ce à partir de ce vendredi 13 mars.  Suite aux mesures prises par le Centre national de sécurité et annoncées ce jeudi 12, l’EMB a fait un nouveau communiqué ce vendredi 13 mars en matinée dans lequel il est demandé aux mosquées de fermer leurs portes et de suspendre toutes les activités jusqu’au 3 avril. Plusieurs autres structures associatives musulmanes annoncent la suspension de toutes les activités jusqu’à nouvel ordre. Il s’agit notamment de la Ligue des Musulmans de Belgique, Al-Khalil, etc. Dès le 2 mars, l’Arabie Saoudite a quant à elle décidé de suspendre temporairement la Omra (petit pèlerinage) dans les deux villes saintes musulmanes (La Mecque et Médine) afin de prévenir la propagation du coronavirus. Le grand pèlerinage aura lieu cette année durant les vacances d’été, les autorités saoudiennes précisant que cela dépendra de l’évolution de la situation. Notons que l’interdiction temporaire ne concerne pas uniquement les pèlerins, mais également les voyageurs avec visa touristique provenant de régions touchées par le coronavirus.

Analyses

Musulmans et islams face à la pandémie et au confinement

 

 Des enjeux multiples autour de l’islam et des vécus des musulmans confrontés au virus et à la pandémie, en quête de sens et de mécanismes d’adaptation à la crise

Avril 2020

En un mois, la pandémie du Covid-19 a fait basculer la vie de centaines de millions de personnes sur la planète. Elle les confronte à des incertitudes croissantes mais surtout à leur vulnérabilité non seulement vis-à-vis de leurs conditions matérielles et psychologiques de subsistance - y compris les besoins physiques primaires d’une grande partie d’entre eux -, mais aussi de la maladie et de la mort. Pour tout un chacun(e), l’épidémie fait ressortir des questions plus ou moins nouvelles par rapport aux habitudes et certitudes, en lien à des changements plus ou moins radicaux de vie, imposés ; ceux-ci affectent nos manières d’être au monde, nos manières de vivre notre quotidien, nos manières d’être en relation, la priorité de nos préoccupations. Les questionnements prennent des formes spécifiques chez chacun(e). Mais ils renvoient généralement à des dimensions fondamentales de l’existence qui, pour tout croyant(e) en particulier, recoupent aussi des préoccupations directement religieuses, et bien d’autres aspects.

D’une part, ces interrogations se rapportent en effet au sens donné ou à donner individuellement à cette épidémie et à ses conséquences angoissantes, susceptibles d’entraîner des bifurcations ou des ruptures de vie. De multiples interprétations de leurs causes et finalités sont possibles, en lien aux interprétations historiques et contemporaines variées des sources scripturaires islamiques. Celles-ci sont susceptibles de construire diverses normativités et/ou éthiques variées, sachant que chez les musulman(e)s, par-delà la diversité des sensibilités personnelles, quelques aspects ressortent habituellement. On pense au caractère constructif voire positif de l’épreuve1 qui teste notamment la confiance et la piété des croyant(e)s. Il y a l’acceptation de la toute-puissante volonté divine, sachant qu’en dernier recours, « c'est Lui qui me guérit » (Coran.26 :80-). On peut pointer l’éventuel aspect punitif de cette pandémie, suite à

des excès commis, mais plus encore les attitudes à devoir développer, ne serait-ce que le repentir pour se rapprocher de Dieu. Plus globalement, pour la tradition musulmane, l’homme est considéré comme créature responsable par rapport à l’ensemble de la création et sa vie sur terre devrait avoir d’emblée un sens. Mais si la vie est certes souvent vécue par les musulman(e)s comme un des aspects de la grandeur de Dieu, elle n’en demeure pas moins considérée comme Lui appartenir. Quant à l’inéluctabilité de la mort, rappelée au quotidien, elle est essentiellement envisagée comme un passage, un simple état préalablement à l’accession au Salut, dans l’Au-delà, après avoir réussi l’épreuve du Jugement pour les intentions et actes individuellement assumés sur terre2.

D’autre part, la pandémie renvoie également à des considérations politiques au sens large quant aux mesures à devoir prendre et/ou accepter, ou non, pour solutionner les nombreux problèmes qui se posent, que ce soit sur le plan individuel et collectif, sachant que la tradition musulmane valorise habituellement des valeurs génériques telles que la patience, la solidarité et la justice. En effet, quelles attitudes adopter par rapport à une politique sanitaire et de traitement des malades voire des personnes à risque quand des avis de politiques ou même d’experts médicaux sont à tout le moins relativisés par des autorités religieuses ou même simplement des associations à référence religieuse3 voire encore des productions anonymes, insidieusement mensongères, sur les réseaux sociaux ? Que faire des politiques plus ou moins restrictives de confinement et de limitation des libertés publiques qui ont des conséquences dramatiques sur les personnes défavorisées, à fortiori aussi sur les sans-abris et les sans-papiers ? Comment assumer la question de la prise en charge d’un accompagnement humaniste dans la maladie alors que les relations interindividuelles se trouvent fortement réglementées voire interdites ? > En savoir plus

Nos nouveautés

Belhaj, N. El Makrini, B. Maréchal « Musulmans et islams face à la pandémie et au confinement :analyse de discours de leaders contemporains qui circulent sur la toile en Belgique francophone » in Cismoc Papers-on-line, mai 2020, 20p. Les deux précédents paper-on-line du mois d’avril ont présenté quelques enjeux et balises relativement aux particularités de ce ramadan 2020, vécu en plein confinement des suites de la pandémie mondiale du Covid-19, qui affecte également les musulman(e)s en Belgique. Certes, certains discours intra-islamiques y avaient déjà été brièvement présentés, notamment celui d’un leader proche d’une confrérie soufie ou encore celui du président d’une mosquée bruxelloise. Ce paper-on-line s’attarde désormais sur les discours de certains leaders religieux. > En savoir plus

F. Dassetto, « Ramadan en prison au temps du Covid-19. Entretien avec M. Vincent Spronck, directeur de la prison de Forest » in Cismoc Papers-on-line, mai 2020. FD. La prison que vous dirigez est une des prisons bruxelloises. La période de ramadan doit être assez particulière pour des personnes de confession musulmane. Y a-t-il des personnes qui suivent le ramadan dans la prison ? VS. Je ne sais pas vous le dire directement, car l’aspect religieux est une question personnelle que l’administration n’est pas censée connaître. Nous pouvons estimer le nombre indirectement à partir justement de la situation du ramadan. > En savoir plus

A. Belhaj, F. Dassetto, Gh. Djelloul, N. El Makrini, B. Maréchal « Musulmans et islams face à la pandémie et au confinement : balises et enjeux divers » in Cismoc Papers-on-line, avril 2020. Comme une partie du monde, les musulmans sont confrontés à la pandémie du Covid-19. C'est évidemment aussi le cas de ceux qui vivent en Europe et en Belgique. Ce dossier porte une attention à quelques aspects des attitudes, des débats, des positionnements des musulmans face à cette épidémie, à la mort et au confinement. Prises de conscience du danger de la pandémie et de ses conséquences, débats normatifs, attitudes spirituelles, enjeux idéologiques et politiques s’y mêlent. Les sujets traités dans ce dossier témoignent des manières dont les musulmans traversent la pandémie, entre (in)certitudes, contraintes et résilience. > En savoir plus

Dassetto F., Bilan du devenir du jihadisme radical-terroriste en fin 2019 après la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, la vitalité de foyers radicaux jihadistes et le désordre au nord de la Syrie, novembre 2019. Le clerc combattant Abou Bakr Al Bagdhadi avait lancé un « Califat » islamique (appelé également avec l’acronyme Daesh) prétendant se situer en ligne directe avec la réalité politique et religieuse du Prophète Muhammad. Il avait également fait prendre en 2014 un nouveau tournant au jihadisme radical, à la suite de celui inspiré et programmé par Oussama Ben Laden et ses compères dans les années 2000. Il est mort le 27 octobre. Il a été tué lors d’un raid des forces spéciales américaines. Etonnement, alors qu’on le pensait terré dans des régions désertiques, il vivait depuis quelques mois dans un village près de la ville d’Idleb, au nord- ouest de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque, dans une région contrôlée par des groupes islamistes proches d’Al-Qaida (donc opposés à Daesh) et par des postes d’observation de l’armée turque. Cela fait partie des jeux difficiles à comprendre qui se jouent dans la région. > En savoir plus

Entretien avec Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant », In Cismodoc en débats [online], Université catholique de Louvain, novembre 2019, p. 6.  Le discours religieux musulman est pris dans une fièvre idéologique depuis au moins deux siècles, réagissant avec une violence verbale aux évolutions sociales, ce qui atteste d'une crise culturelle profonde. La domination européenne a révélé la crise, mais elle n’en est pas la cause. Celle-ci est à rechercher dans l’histoire intellectuelle de la culture religieuse au cours de laquelle l’orthodoxie officielle avait interdit la philosophie comme activité intellectuelle autonome. > En savoir plus

F. Dassetto, Les institutions européennes face aux religions et à la complexe question de l’islam. Tâtonnements en attente d’une vision globale Essai prospectif, juin 2019, 64 p. Que doivent faire les états en matière de religion ? On pourrait répondre qu’ils ne doivent rien changer par rapport aux équilibres qui se sont forgés durant les siècles précédents, lors de la constitution des États-nations modernes. Équilibre incertain, qui a vu des issues différentes en Europe, allant de la totale séparation entre religions et état jusqu’à des rapports plus conciliants et réciproquement fonctionnels. Ne rien faire, d’autant plus que les instances religieuses connaissent une perte d’emprise sur les populations dans un bon nombre de pays ou bien, au contraire, en profiter pour liquider les privilèges que les religions ont réussi à garder ? Que doivent faire les instances européennes ? > En savoir plus

A. Belhaj, « Tajdid (renouveau) ». In : Vocabulaire de l'Islam (online), avril 2019, p. 3. Le terme tajdid (renouveau) dérivé de la racine j-d-d donne un sens de nouveauté, de grandeur, d’effort, de chance, de renouveau, etc.Dans la pensée islamique pré-moderne, le concept de tajdid ou de tajaddud (son synonyme) n’a été utilisé que dans la période tardive (14ème-15ème siècles), dans le sens de renouveler l’application du Coran et de la sunna dans les commentaires du hadith.

N. El Makrini, « N. Tabbara (2018), « L’islam pensé par une femme, Bayard ».  In : Compte rendu du Cismodoc (online), avril 2019, p. 3.  Riche d’un parcours personnel et intellectuel varié, N. Tabbara souhaite être une voix parmi d’autres en proposant une manière de vivre sa religiosité en phase avec son temps. Dans son ouvrage « L’islam pensé par une femme », elle prône une nouvelle interprétation de l’islam qui doit, selon elle, se faire à partir du Coran. > En savoir plus

N. El’Makrini, « Pratique médicale, spiritualité et Islam », mars 2019, p. 17. Au cours de ces dernières années, les sociétés européennes se considérant comme affranchies du religieux, ou du moins au sein desquelles la religion détermine de moins en moins les comportements quotidiens, sont confrontées à des débats suscités par des affirmations identitaires, culturelles et religieuses. Ce phénomène traverse l’ensemble des champs sociaux, y compris le champ médical. Aux réalités diverses, psychologiques, socio-économiques, etc., auxquels sont confrontés les professionnels de la santé, ils doivent aujourd’hui également prendre en considération la multiplicité des héritages ainsi que les différentes références culturelles et religieuses.

Gh. Djelloul, « Ismaël Saïdi et Michael Privot (2018), Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?, Flammarion », In : Compte rendu du Cismodoc(online), mars 2019, 2p. Ce livre a vocation à rendre accessible une somme importante de connaissances tirées de travaux de sciences humaines et sociales concernant l’environnement socio-politique du prophète de l’islam. Loin de constituer une énième biographie traditionniste dans le style narratif de la sira nabawiya (la vie du prophète), les auteurs procèdent au contraire à la déconstruction de nombreux récits mythologiques contenus dans cette « histoire sainte ». > En savoir plus

N. El’Makrini, « Les tenues « islamiques » des femmes : le voile partiel et intégral », mars 2019,7 p. La tenue vestimentaire des femmes musulmanes dans l’espace extra-domestique varie selon la région, l’origine sociale, l’urbanité ou le degré d’attachement à la norme islamique. Cette norme ne donne pas de réponse définitive sur la forme de cette tenue vestimentaire. > En savoir plus

Belhaj A., Dassetto F. et El’Makrini N., Le chiisme et les quarante ans de la révolution iranienne, janvier 2019, 62 p. En janvier et février 2019, l’Iran célèbre le 40ème anniversaire de la révolution islamique qui a mené à la fondation de la République islamique en 1979. Il s’agit d’un élément majeur de l’histoire contemporaine de l’islam, du Moyen-Orient et du monde qui a eu et continue à avoir des conséquences géopolitiques importantes. > En savoir plus

M. Brignone, « Les transformations en cours dans l’islam marocain », novembre 2018, 7p. Dès 2002, le Maroc s’est engagé dans une profonde restructuration du champ religieux, pour affronter, à l’intérieur, les lectures fondamentalistes et promouvoir, à l’extérieur, un Islam tolérant et modéré. Au cœur de ce projet se trouve l’Université Qarawiyyin, qui s’est vu confier la tâche de former les oulémas de demain. > En savoir plus

N. El’Makrini « Jean-Claude Kaufmann (2018). Burkini: Autopsie d'un fait divers, Les Liens qui Libèrent », In : Compte rendu du Cismodoc(online), décembre 2018, 2p. Le sociologue J-Cl. Kaufmann s’était déjà penché sur la question de la nudité et de l’exposition du corps de la femme à la plage, à travers la « pratique des seins nus » dans son ouvrage « Corps de femmes, regards d’hommes », publié en 1995.  Dans cet ouvrage, il analyse l’esthétique des gestes ainsi que les règles et comportements subtils, complexes et précis en vigueur dans cet espace, comme par exemple le contrôle du regard et ce que E. Goffman nomme « l’inattention respectueuse ». Dans le présent ouvrage, il poursuit ce travail d’analyse et de compréhension à partir de l’emballement médiatique et la « crise du burkini » qui a eu lieu en France durant l’été 2016. > En savoir plus

N. El’ Makrini, Rapport des musulmans contemporains au Coran, octobre 2018, 4 p. Cette sélection bibliographique est un compte rendu du numéro 23 de la revue Oasis. Fondazione Internazionale Oasis (dir.) (2016), Le Coran et ses gardiens > En savoir plus

Entretien avec Lionel Remy, à propos de son ouvrage : "Le parti ISLAM. Filiations politiques, références et stratégies. Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan", octobre 2018, 3 p. C'est un parti qui a un nombre très réduit de membres et pourtant, il a eu un large écho médiatique, et aux dernières élections communales il a récolté quelques 5.000 voix.  > En savoir plus

B. Brodard, « La formation des autorités religieuses musulmanes en Suisse », juin 2018, 12 p. En Suisse, la formation des autorités religieuses musulmanes est devenue un enjeu public. Ces dernières années, l’islam a acquis en visibilité et est devenu un thème largement médiatisé et discuté politiquement. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. La formule « l’islam du juste milieu » est très populaire dans le monde musulman contemporain, y compris parmi les citoyens musulmans européens pour qualifier l’islam vécu ou promu par des personnes ou groupes islamiques qui visent à témoigner d’un islam à la fois orthodoxe et adapté au contexte. Cette expression courante, d’apparence anodine, suscite toutefois perplexité au sein d’un public peu averti quant à la teneur concrète des discours musulmans véhiculés sous ce label. > En savoir plus

Gh. Djelloul et B. Maréchal, L’islam et les musulmans en Belgique : Quelques repères historiques, démographiques et organisationnels , avril 2018, 7 p. La présence musulmane en Belgique remonte essentiellement au milieu des années 1960, même s’il y a des musulmans dans le pays depuis le XIXème siècle. [...] En cinquante ans, et notamment dans le prolongement de la reconnaissance officielle de l’islam en 1974, les dynamiques musulmanes d’implantation et d’investissement se sont transformées et diversifiées. > En savoir plus

N. El’Makirini et B. Maréchal, Le vécu des musulmans européens en tensions : une brève présentation des enjeux du devenir de l’islam contemporain, février 2018, 6 p. Depuis les années 1970, dans le monde musulman ainsi qu’en Europe, « l’islam est redevenu un axe de référence pour les individus et pour la société » (Dassetto : 2004) mais les attentats récemment perpétrés au nom de l’islam dans les pays occidentaux et la violence présente dans le monde arabo-musulman depuis quelques décennies renforcent l’idée que les discours voire les pratiques des mouvements radicaux dominent et sont les plus actifs dans le vécu des populations musulmanes. > En savoir plus

Gh. Djelloul et N. El’Makrini, Le féminisme islamique comme courant minoritaire en voie d’institutionnalisation, janvier 2018, 17 p. Le « Féminisme islamique » est un courant de pensée relativement récent, de production intellectuelle, autour d'un corpus religieux, alimenté par un réseau transnational de militantes  dans des contextes socio-politiques très contrastés. L’objectif de cet article est de dresser le panorama des luttes communes et des modalités d’action des différents collectifs qui l’animent, pour réfléchir dans un deuxième temps au degré d’institutionnalisation atteint par ces groupes de militantes. > En savoir plus

Entretien avec Felice Dassetto, à propos de son ouvrage : Jihad u akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le sunnisme contemporain (1070-2018). Dans le cadre d’un entretien mené au CISMOC en avril 2018, le Prof. F. Dassetto revient ici sur les motivations à la base de cet ouvrage ainsi que sur les jalons qui ont façonné sa réflexion sociologique sur le radicalisme violent islamique. > En savoir plus