Centre de documentation sur l’islam contemporain

Le mois de Ramadan. Un rite pas comme les autres

Pour comprendre l'actualité...

Parmi les rites des religions mondiales, celui musulman du Ramadan présente une particularité en tant que rite exceptionnel de « longue durée ». Pendant le neuvième mois de l’année musulmane, ce rite empreint de continuités et de ruptures mobilise l’ensemble de la communauté musulmane. Ce rite a fait l’objet d’une analyse dans le dossier : A. Belhaj, F. Dassetto, N. El Makrini et B. Maréchal, «Analyses, débats et questions autour du Ramadan », in Dossiers documentaires du CISMODOC (online), Université catholique de Louvain, mai 2017, 17 p.

Pour en savoir plus: nos nouveautés

Nouveaux dossiers documentaires 
Sortie de la publication du prof. F. Dassetto
Nouveaux mots de vocabulaire
  • Wasatiyya (juste milieu)
  • Fiqh ( La jurisprudence musulmane dans le sunnisme)
  • Tafsīr ( Interprétation du texte coranique )
Comptes-rendus de conférence, séminaire, journée d'étude, etc.

 

 

Pour visibiliser les dynamiques en cours

Une nouvelle vague d’antisémitisme en Europe ?

Le meurtre de Mireille Knoll a ravivé le débat sur la résurgence d’un « nouvel antisémitisme », qui serait différent de l’antisémitisme « traditionnel » en Europe. Les transformations de l’antisémitisme s’observent notamment au travers des « origines » des auteurs d’actes et d’incidents antisémites : des jeunes des banlieues issues principalement de l’immigration maghrébine. Beaucoup de juifs expriment d’ailleurs leur sentiment d’insécurité.

L’agitation ces dernières semaines a mené à  la publication dans le journal Le Parisien d’un manifeste contre le nouvel antisémitisme, 21 avril 18, signé par plus de 250 personnalités et relayé dans plusieurs médias ce qui a accentué la polémique. Parmi les signataires de cette tribune, on retrouve plusieurs personnalités, des intellectuels, des dignitaires religieux - dont des imams musulmans -, des artistes, des personnalités médiatiques, des figures politiques comme l’ancien Premier ministre M. Valls et l’ancien Président N. Sarkozy, etc.  Ce thème fera l’objet d’un ouvrage collectif qui sortira à la fin de ce mois d’avril, Le Nouvel Antisémitisme en France , Albin Michel

Outre la présence parmi ces signataires de personnalités publiques controversées comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Waleed al-Husseini, Hassen Chalghoumi, etc., ce manifeste a suscité diverses réactions.

C’est d’abord l’origine religieuse de ce nouvel antisémitisme et l’exhortation faite aux imams de procéder à une nouvelle interprétation de certains passages des textes sacrés qui a fait réagir. En effet, si certains d’entre eux ont signé ce manifeste, d’autres ont cependant interprété la demande de contextualisation de texte religieux comme une injonction. Une trentaine de dignitaires religieux ont d’ailleurs pris la parole pour la dénoncer dans une tribune intitulée : « Nous, imams indignés, sommes prêts à nous mettre au service de notre pays » du journal Le Monde, 24 avril 18 se disant conscients des violences commises au nom de l’islam et affirmant leur engagement dans la lutte contre l’antisémitisme et le radicalisme tout en proposant leur « expertise théologique ». Parmi les imams signataires, des personnalités connues telles que Tareq Oubrou, Othmane Iquioussen, Mohamed Bajrafil ou encore Abdallah Dlioueh. Le manifeste contre le nouvel antisémitisme fut aussi condamné par le grand mufti d’Égypte, Shawki Allam, président de l’institution « Dar al iftah » qui estime que cette déclaration « renforce le sentiment de marginalisation et de racisme ressenti par les minorités musulmanes ». L. Farelli, L'autorité du grand mufti d'Egypte condamne l’appel contre « l'antisémitisme musulman », SaphirNews, 26 avril 18

C’est ensuite le passage qui rappelle et insiste sur l’origine judéo-chrétienne de la France qui a également suscité la controverse, car il pose la question de la place des citoyens musulmans dans la société française : sont-ils d’authentiques Français (ou Européens) ? Le débat s’interroge ainsi sur la part musulmane de l’Europe. C’est l’opinion de Claude Askolovitch dans son texte Le « manifeste contre le nouvel antisémitisme », une logique dévastatrice, Slate.fr, 23 avril 18, il estime que le combat contre la résurgence de cet antisémitisme ne peut se faire à partir d’une identité exclue, relève l’aspect stigmatisant du manifeste dans lequel le combat s’énonce en termes de syllogisme « La France, sans les juifs, ne serait pas elle-même ? Les juifs sont les victimes de musulmans ? La France, par ces musulmans, ne sera plus la France. » Le Premier ministre Louis Michel a d‘ailleurs repris cette formulation selon laquelle la « Belgique sans les Juifs n’est pas la Belgique ». Ceci dit en passant, cela s’avère être une réalité pour un grand nombre de pays à travers le monde, y compris musulmans.

D’autres opposants à cette tribune dénoncent également une volonté de dresser les communautés les unes contre les autres. C’est le cas de la tribune de  Samia Hathroubi ( ancienne enseignante en histoire), « Antisémitisme musulman » : quand la mise en concurrence des communautés et des racismes devient mortifère, SaphirNews, 24 avril 18 qui écrit qu’elle refuse l’instrumentalisation récente des affaires médiatiques, la mise en concurrence de l’islamophobie et de l’antisémitisme et estime que « la lutte contre l’antisémitisme est une affaire trop sérieuse pour être utilisée à des fins de mise en concurrence entre citoyens musulmans et juifs ». Le rabbin Dephine Horvilleur, «Juifs et musulmans: sortons ensemble des dénis», Le Temps, 25 avril 18. Cette figure important du mouvement juif libéral n’a pas signé ce manifeste, elle estime quant à elle que ce dernier contient de « nombreuses vérités », notamment la nécessité de faire une lecture critique des textes religieux, mais refuse la « compétition victimaire ». Selon elle, l’une des causes de ce renouveau de l’antisémitisme est « l’état psychologique dans lequel se trouvent les jeunes de nombreux quartiers populaires ».

Le manifeste pointe également du doigt l’antisionisme qui serait une version nouvelle d’antisémitisme, une hostilité anti-juive, sous couvert de critique, de la politique d’Israël mais aussi d’antiimpérialisme et anticapitalisme. Ce type d’antisémitisme serait la conséquence du contexte globalisé marqué par la géopolitique au Proche-Orient. L’antisionisme n’est toutefois pas propre à une partie des populations musulmanes « pro-palestinienne » ; il réunit des militants de gauche et d’extrême gauche tiers modistes qui défendent cette cause.

La question qui reste posée : Qui sont réellement les destinataires de ce manifeste ? Les communautés musulmanes ? Les élites musulmanes ? Les hommes politiques qui devraient exiger une réforme de l’islam? Les autorités musulmanes ? Ou s’agit-il uniquement de mettre en garde et de sensibiliser l’opinion publique française ?

Sur cette thématique signalons, l’étude de Günter Jkeli, publiée en 2015, se base sur d’un terrain réalisé entre 2005 et 2007, European Muslim Antisemitism. Why Young Urban Males Say They Don’t Like Jews, Bloomington. L’ouvrage montre que les stéréotypes à l’égard des juifs sont les mêmes que ceux véhiculés chez les non musulmans et s’appuient en outre sur les sources classiques de l’antisémitisme européen. À cela vient notamment s’ajouter le conflit israélo-palestinien. 

Notons également, que la recrudescence de l’antisémitisme se fait également sentir dans des régions n’ayant pas de population d’origine musulmane - comme en Pologne –où un antisémitisme latent existe.  C’est l’une des explication du sociologue M. Wieviorka, «Nouvel antisémitisme» : un manifeste «partiel et partial», Libération, 24 avril 18 Le sociologue estime que le manifeste sur le nouvel antisémitisme est d’une part, partiel dans la mesure où il ne prend pas en compte l’antisémitisme dans son ensemble et d’autre part, partial car il le réduit à l’islam.Signalons également l’ouvrage collectif qu’il a dirigé M. Wieworka (2005), intitulé La tentation antisémite. Haine des Juifs dans la France d'aujourd'hui, Laffont. L’auteur explique que l’objectif de ce livre n’est pas d’amplifier ou de minimiser le phénomène de l’antisémitisme.  Il établit dans un premier temps une comparaison entre la situation actuelle et le passé. Il montre ensuite, en reprenant les arguments antisémites classiques - auxquels s’ajoutent l’antisionisme et le communautarisme, en ce y compris le juif - que l’antisémitisme contemporain est fractionné et donc complexe.

En Belgique

Enfin dans le contexte belge, signalons la polémique suscitée autour de l’attribution, par l’ULB, du titre de Docteur honoris causa au cinéaste Ken Loach accusé d’antisémitisme et de négationnisme. C’est au départ plusieurs associations juives qui désapprouvent cette mise à l’honneur. Le Centre Communautaire Laïque Juif David Susskind (CCLJ), la Continuité de l’Union des Anciens Résistants Juifs de Belgique, L’Enfant Caché, l’Union des Déportés Juifs en Belgique (UDJB) et l’Union des Étudiants Juifs de Belgique (UEJB) visent en effet son antisémitisme sous couvert de militantisme pour la cause palestinienne. Un choix contesté également par le Premier ministre Charles Michel. Charles Michel désapprouve la mise à l'honneur de Ken Loach mais l'ULB maintient sa décision, La Libre.be, 25 avril 18