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CISMODOC

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Avril 2022

L’un des plus influents imams bruxellois est privé de permis de séjour, ce qui engendre de nombreuses réactions.

Sur base d’éléments provenant de la Sûreté de l’État, Sammy Mahdi, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, annonçait le jeudi 13 janvier le retrait du permis de séjour de Mohamed Toujgani, accompagnée d’une interdiction d’entrée sur le territoire belge pour une période de 10 ans.

Les griefs à son encontre

Mohamed Toujgani, une « personnalité incontournable » et influente de l’islam bruxellois[1] avait déjà suscité la polémique en 2009 par la diffusion d’une vidéo dans laquelle, il appelait à « brûler les sionistes oppresseurs »[2] lors de l’opération israélienne « Plomb durci » sur la bande de Gaza. Il s’était par la suite excusé en reconnaissant un dérapage lié au contexte de guerre. Bien que la vidéo ait refait surface en 2019, l’imam n’avait cependant pas fait l’objet de poursuites judiciaires.

Le 16 octobre 2021, les services de renseignement ont rendu un avis défavorable à sa demande de nationalité[3] belge, qualifiant le discours de l’imam de rigoriste et l’accusant d’entretenir des relations de dépendance à l’égard des autorités marocaines. On lui reproche également de ne maîtriser aucune des langues nationales alors qu’il séjourne en Belgique depuis quarante ans (1982). Ses discours et prêches du vendredi se tenaient en arabe, bien que les prêches étaient traduits en français par un interprète.

Il est également important de signaler son attitude réfractaire concernant le principe d’égalité entre les femmes et les hommes. D’une part, il est lui-même ouvertement bigame. Pour se défendre, il affirme dans un entretien qu’il respecte la loi belge, car en Belgique il n’a qu’une épouse. La deuxième étant au Maroc, où la polygamie est tolérée. D’autre part, il était parmi les personnes opposées à la réforme du Code du statut personnel (la Moudawana)[4] qui visait l’amélioration des conditions de la femme dans la législation marocaine.

Ses fonctions dans le paysage de l’islam belge

Mohamed Toujgani a officié jusqu’en 2021 à la mosquée Al Khalil, située sur la commune de Molenbeek, où il est devenu un personnage clé. Le sermon du vendredi dans l’un des plus grands lieux de culte, de sensibilité frériste, attire de nombreux fidèles, sa capacité d’accueil pouvant aller jusqu’à 3.000 personnes. Cette mosquée, rattachée à la « Ligue d’entraide islamique » se présente sur son site internet comme « la plus grande institution musulmane de Belgique ». Elle a été créée en 1985 par un cercle de personnes qui gravitaient autour de la branche syrienne des frères musulmans réfugiés en Allemagne à la suite de leur répression par le président Hafez Al-Assad et plus particulièrement Issam al-Attar, personnalité clé des frères musulmans installée à Aix-la-Chapelle[5].

En plus d’abriter la mosquée Al Khalil, l’ancien immeuble industriel accueille diverses activités religieuses et pédagogiques : on y trouve l’école « Al Khalil » qui dispense des cours d’arabe les mercredis et samedis à des enfants en âge scolaire, de la maternelle à la fin du secondaire ; l’Institut des Études islamiques qui propose un cursus d’enseignement supérieur de trois ans destinés à des étudiant(e)s détenant un CESS[6] ; le comité de femmes s’appelant « Al Moujtahidate » et enfin la Ligue d’entraide islamique qui collabore avec l’école La Plume, une école confessionnelle islamique dont le projet scolaire créé en 2011 est subventionné.

Notons que l’imam était également membre du Conseil des Théologiens, un organe qui a pour mission de rendre des avis théologiques et « d’évaluer et former des imams et conseillers islamiques »[7]. Ces dernières années, cet organe s’est rapproché de l’EMB (Exécutif des Musulmans de Belgique), qui revendique pratiquer « l’islam du juste milieu »[8], tout en soutenant ainsi une légitimation réciproque accrue entre eux. Le président du Conseil des Théologiens est le cousin de Mohamed Toujgani : Tahar Toujgani, qui est imam dans une mosquée d’Anvers et aussi président du Conseil européen des oulémas marocains.

Les réactions et soutiens

L’annonce de l’interdiction d’entrée sur le territoire belge de ce dernier a suscité de nombreuses réactions dont celle de la mosquée Al Khalil où il a prêché pendant plusieurs années. Le communiqué de presse de la mosquée indique qu’elle apprend « avec consternation et stupéfaction » la décision du Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration de retirer le permis de séjour de M. Toujgani. Elle estime que la décision est infondée et arbitraire en rappelant que l’imam est présent en Belgique depuis quarante ans, qu’il « a toujours respecté les lois et les règles de notre pays » et régulièrement été sollicité par les pouvoirs publics pour apaiser les tensions. Le communiqué émane en fait de plusieurs organisations religieuses musulmanes et vise le « soutien à l’imam M. Toujgani et demande d’annulation du retrait de son titre de séjour ». Il a été fortement relayé sur les réseaux sociaux, en soulignant que M. Toujgani bénéficie « du soutien d’une grande partie de la population musulmane de Belgique ». Certains politiciens ont salué la décision du Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration alors que d’autres la critique, comme Ahmed El Khanouss, un conseiller communal cdH (Centre Démocrate humaniste) de Molenbeek à qui il a été ensuite reproché de relativiser les propos tenus par l’imam en 2009 et de qualifier l’interdiction de séjour en « mesure de déportation » sur sa page Facebook. Il n’a finalement pas été exclu du cdH, son parti politique, mais le comité de déontologie lui a adressé un avertissement. Une autre réaction à signaler est celle du Collectif Laïcité Yallah. Plusieurs de ses membres ont signé une carte blanche[9], dans laquelle il dénonce une culture politique clientéliste qui contribue au maintien d’un profil comme celui de l’imam Toujgani.

Quant au fait qu’il représenterait « un danger pour la sécurité nationale », l’islamologue A. Belhaj estime pour sa part que M. Toujgani est un « imam modéré » et qu’il ne « véhicule certainement pas des discours de haine à l’égard de la société belge, même s’il peut exprimer des ressentiments et des émotions excessives sur la question palestinienne, sachant qu’il dénonce la violence et a condamné la radicalisation auprès des jeunes. »[10]. Quant à la politologue C. Torrekens, elle indique avoir du mal à croire qu’il représente une menace pour la sécurité nationale[11]. S. Mahdi et la Sureté maintiennent toutefois qu’il véhicule un discours radical et antisémite, qu’il s’oppose à l’égalité homme-femme, etc. Dans un entretien en arabe dialectal diffusé sur Maghreb TV, l’imam affirme ne pas comprendre en quoi il représenterait un danger pour la sécurité de l’État t alors qu’il fut l’interlocuteur des pouvoirs publics lors des attentats, de la pandémie, des inondations, etc. Il explique également qu’on ne peut être à la fois un agent des services marocains et tenir un discours extrémiste. En effet, selon lui, l’islam des autorités marocaines ne tolère pas ce type de discours. Il conclut en affirmant faire confiance à la justice belge[12].

De son côté, l’EMB (Exécutif des Musulmans de Belgique) souligne dans un communiqué que le retrait du titre de séjour est « une affaire strictement privée sur laquelle notre institution n’a aucun commentaire à apporter » en ajoutant qu’il n’y a pas « de lien d’autorité avec les imams non rattachés aux mosquées subventionnées. ». En effet, le traitement de l’imam n’est pas pris en charge par l’Administration du culte (SPF Justice), mais plutôt à tout le moins par les dons des fidèles. La mosquée Al Khalil n’étant pas subsidiée, sa non-reconnaissance implique par conséquent qu’elle n’est pas structurellement liée à l’EMB. Cependant, l’EMB ne mentionne pas le fait que le Conseil des Théologiens, duquel il s’est officiellement rapproché et dont fait partie Toujgani, lui fournit une légitimé religieuse qu’il n’exerce qu’une autorité administrative.

L’interdiction de séjour et l’expulsion d’imams en raison de leurs déclarations politico-religieuses se sont accentuées ces dernières années. Aujourd’hui, dans une logique davantage sécuritaire, les autorités politiques et judiciaires sont plus attentives au profil des imams même si elles ne peuvent se prononcer sur la légitimité d’un responsable religieux aux yeux des fidèles. Elles vont notamment s’attarder sur la relation qu’ils entretiennent avec leur pays d’origine, mais aussi à leur environnement religieux en tentant de déterminer si l’imam est proche d’un islam politique ou oppositionnel.

En ce qui concerne le statut de l’imam dans l’environnement sunnite, il est important de noter que, contrairement aux autres leaders religieux musulmans tels que les muftis (jurisconsultes) ou encore les oulémas (savants religieux), celui-ci a initialement pour (seul) rôle celui de diriger les cinq prières quotidiennes, ce qui ne nécessite pas une formation de longue durée. Or, dans le contexte européen, la fonction d’imam s’est souvent fort complexifiée et beaucoup attestent désormais d’un long parcours de formation. Les imams doivent non seulement répondre à des questions religieuses et à des problématiques familiales, etc., mais ils sont également appelés à collaborer avec les autorités locales voir avec les services de police.

Les juges statuent davantage sur la déchéance de la nationalité

En février 2022, la Cour d’appel de Bruxelles a privé de la nationalité belge, par défaut, treize personnes condamnées pour terrorisme. Dans un contexte où les États européens sont confrontés aux phénomènes de terrorisme, « la déchéance de nationalité est de plus en plus prononcée ». En Belgique, la privation de la nationalité a ainsi connu à la fois un élargissement de son champ d’application ainsi qu’un accroissement de sa mise en œuvre[13] face à l’ampleur du danger terroriste de ces dernières années. La déchéance de la nationalité ou le refus de l’octroi de la nationalité sont justifiés pour « des motifs tenant notamment à la protection de l’ordre public ».

Soulignons d’abord que le droit international accorde à chaque État souverain la définition de ses propres règles de retrait et d’attribution de la nationalité. De ce fait, les États ont ainsi la possibilité de définir leurs propres critères de qui « peut appartenir à sa communauté nationale »[14]. La déchéance de la nationalité, est « apparue dans l’entre-deux-guerres (1.2.1), est une sanction exceptionnelle adressée à des individus qui ont « gravement manqué au devoir de citoyen belge ». Son objectif était de sanctionner les « traîtres », c’est-à-dire ceux qui « avaient manqué, ou manqueraient à l’avenir, de loyauté envers la patrie »[15].

Depuis lors, l’ordre juridique belge a connu plusieurs évolutions à ce sujet et suite à des demandes d’abrogation, on assiste même à une « restriction de son champ d’application » au début des années nonante. D’autres remaniements auront lieu par la suite : d’abord en 2006, puis en 2012 et en 2015, visant au contraire à l’élargissement de son champ d’application, notamment pour le cas de fraude avéré lors de son acquisition.

Entre autres, à la suite de la série d’attentats perpétrés en Belgique, une proposition de loi fut introduite dans une logique sécuritaire par trois députés N-VA visant la déchéance automatique de la nationalité lors de faits de terrorisme pour « tout Belge possédant une autre nationalité »[16]. Cette proposition fut critiquée par le Conseil d’État la jugeant « insuffisamment justifiée et source d’incohérences et de discriminations », ce qui explique qu’elle finira par être rejetée[17]. La dernière évolution, celle de 2015, elle concerne aussi principalement la menace terroriste : en effet, « un nouvel article est inséré dans le Code de la nationalité belge (CNB), permettant au tribunal de première instance de déchoir de la nationalité lorsqu’il condamne pénalement du chef d’une infraction terroriste (1.2.6). »

Dans son arrêt n° 16/2018 du 7 février 2018, la Cour constitutionnelle établit quelques précisions. Elle souligne que la déchéance de la nationalité est « une mesure exceptionnelle qui ne peut être décidée que par une juridiction en cas de manquement grave aux devoirs de tout citoyen et à condition que la déchéance n’ait pas pour effet que l’intéressé devienne apatride ». Elle ajoute par ailleurs qu’elle « n’est pas automatique et doit être demandée par le Ministère public ». Il est important de souligner que la privation de la nationalité est de nature civile et qu’elle est par conséquent « indépendante de toute poursuite pénale »[18].

L’Exécutif des Musulmans de Belgique et sa relation avec l’ Etat

L’organisation chargée de la gestion du temporel musulman - l’Exécutif des Musulmans de Belgique - est également dans le viseur du Ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD). Nous notons des tensions et difficultés pointées avec et au sein de l’organe-chef de culte[19]. C’est dans un contexte de dysfonctionnements internes et relations complexes avec les autorités politiques, que le 18 février le Ministre de la Justice fait savoir qu’il entamait une procédure de retrait de la reconnaissance officielle de cet organe chef de culte alors que par un communiqué du 28 janvier 2022, l’Exécutif des Musulmans avait annoncé qu’un projet de renouvellement venait tout juste d’être approuvé, unanimement, « lors d’un vote de la Commission de Concertation pour le renouvellement de l’Organe représentatif du Culte Musulman en Belgique »[20]. Le communiqué indiquait en outre que le projet de réforme serait envoyé au Ministre de la Justice « pour information ».

De son côté, le Ministre de la Justice a jugé ce projet insuffisant et a affirmé que l’EMB a un droit de réplique par rapport à ce projet de retrait de la reconnaissance de l’Organe chef de culte. Ce dernier interviendra par la publication d’un arrêté royal, le ministre de la Justice estimant ne pas avoir besoin de l’accord du gouvernement. Il indique en outre qu’après avoir été informés, les ministres-présidents n’ont pas émis d’avis défavorable[21].

Si l’instance est privée de reconnaissance, cela signifie d’une part que l’EMB ne sera plus l’interlocuteur officiel des communautés musulmanes et, d’autre part, qu’il ne percevra plus les subsides annuels auxquels il prétend. Le Ministre assure que les entités fédérées restent compétentes à propos de la reconnaissance des mosquées qui pourra se faire sur base individuelle[22].

Pour justifier sa décision, Vincent Van Quickenborne indique que cette instance chargée de la gestion temporelle du culte musulman “ne peut plus être un partenaire de discussion” car elle n’est pas représentative des communautés musulmanes en Belgique et qu’elle manque de professionnalisme. Comme pour le retrait du permis de séjour de l’imam bruxellois, le Ministre évoque l’ingérence étrangère. Le manque de transparence et le dysfonctionnement interne constatés depuis sa création en 1996 sont également largement rappelés par le Premier ministre pour qui « depuis sa création, l’Exécutif des Musulmans n’a connu que des échecs »[23]. Il se dit également déçu « du projet de renouvellement rendu par l’EMB » qui avait un nouveau plan de réorganisation et prévoyait des élections en mars 2022 dans le cadre d’un processus de renouvellement, notamment parce que « les membres des organes de décision devront nécessairement faire partie des mosquées » ce qui exclut une partie des communautés musulmanes. Il critique également l’approche ethnique, c’est-à-dire la distinction entre Marocains, Turcs et les « autres », ce qui selon lui accentue l’influence étrangère. Pourtant, les gouvernements précédents avaient encouragé le quota ethnique, car les musulmans provenaient principalement de l’immigration turque et marocaine. Il déplore aussi le peu de place laissé aux femmes et espère un renouvellement qui vient d’en bas, visant particulièrement les jeunes musulmans qui pensent de manière « moderne ».

Dans un communiqué du 18 février 2022, l’EMB fait savoir qu’il « poursuit son processus de renouvellement » et ne comprend pas cette décision[24]. Dans la presse, le président signale que l’organe dispose de son autonomie pour pouvoir s’organiser et rappelle « la séparation de l’Église et de l’État ». Par un autre communiqué du 5 mars 2022, il stipule qu’à présent que la situation sanitaire le permet[25], le processus de renouvellement de l’ORCMB (commission de concertation pour le renouvellement de l’organe représentatif du culte musulman en Belgique) est déclenché et souligne qu’il espère que le « renouvellement pourra se poursuivre dans un climat serein » et « qu'aucune autre initiative polarisante et déstabilisante ne sera prise du côté politique. » Il appelle enfin « toutes les mosquées à participer » et aspire à ce « que cet appel soit suivi massivement dans l'intérêt de la communauté musulmane de Belgique. »[26] Notons que l’EMB a informé les responsables de mosquées que les élections se tiendront le 26 mars prochain.[27]

Des chercheurs d’universités flamandes posent la question : pourquoi l’État cherche-t-il un représentant unique aux communautés musulmanes ? Le collectif met en exergue la difficulté de construire un islam belge en dehors de toute connexion avec le monde extérieur - par conséquent aussi avec le reste du monde musulman - et s’interroge sur la représentativité des communautés musulmanes de cet organe, car cela engendre selon le collectif des rivalités internes.

Enfin, C. Sägesser se demande si un « modèle d’un organe "chef de culte" peut vraiment fonctionner pour l’Islam » aussi bien parce qu’il n’a pas vraiment bien fonctionné depuis sa création, mais aussi en raison de l’absence de hiérarchie dans l’islam sunnite majoritaire dans le contexte européen[28].


[1] Dassetto, F. (2011), « Le monde associatif de socialisation hors mosquée ». In L’iris et le croissant : Bruxelles et l’islam au défi de la co-inclusion. Presses universitaires de Louvain.

[2] La traduction de son avocat : « Seigneur, déverse la frayeur dans le cœur des sionistes oppresseurs. Fais que le sang des martyrs soit une arme sous les pieds de l’oppresseur et fais qu’il soit un feu ardent qui les brûle et un vent qui les fustige. Fais disparaître leurs factions et leur étendard. »

[3] Il avait jusqu’à présent gardé la seule nationalité marocaine, sa demande de naturalisation étant récente. Notons que la plupart des imams en Belgique proviennent de Turquie ou du Maroc et n’ont pas la nationalité belge.

« L’article 15 du Code de la nationalité belge (CNB) prévoit que l’étranger qui sollicite l’acquisition de la nationalité belge peut se voir opposer un refus en raison de l’existence de faits personnels graves. Sur la notion de faits personnels graves, cf. C. Macq (2020), « Voyage dans les méandres de la notion de faits personnels graves », Revue du droit des étrangers, n° 206, p. 5 et suivantes.

[4] La journaliste M-C. Royen l’évoque dans un article de l’hebdomadaire Le Vif-L’Express du 20 janvier 2022, Mohamed Toujgani. L’imam indésirable. Disponible sur : https://www.levif.be/actualite/belgique/mohamed-toujgani-l-imam-indesirable-portrait/article-normal-1515291.html

 La dernière révision de la Moudawana a eu lieu en 2004. Dans le contexte marocain, le statut personnel s’inspire du droit islamique (fiqh) alors que les autres codes sont d’inspiration occidentale. Les changements du code la famille instauraient entre autres une plus grande égalité entre époux, le contrôle strict de la polygamie, la fixation de l’âge du mariage à 18 ans et la mise en place du divorce judiciaire.

Pour aller plus loin, voir notamment l’article de B. Murgue, (2011). La Moudawana : les dessous d’une réforme sans précédent. Les Cahiers de l'Orient, 102, 15-29. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/lcdlo.102.0015

[5] B. Maréchal (2007), « Le devenir des Frères musulmans : entre visibilité et déclin », La Revue nouvelle, 9, p. 30.

Voir aussi M. Oumzil (2014), « Al Khalil, une mosquée en extension », in CLARA, 2, 75-85. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/clara.002.0075

[6] Le site de l’Institut indique que la formation « s’articule autour de cinq pôles académiques constitués de matières qui lui donnent sa consistance académique et sa pertinence scientifique : le savoir des sources, le savoir de la culture, le savoir de la théologie, le savoir des sciences humaines et le savoir-faire méthodologique ». Pour plus d’information, voir le lien suivant : http://iei.alkhalil.be/matieres

[7] J-F. Husson, L’organisation du culte islamique en Belgique. Disponible sur : https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/216109/1/Husson_organisation_culte-islamique.pdf

[8] Pour une approche critique de ce terme, voir A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. Disponible sur : https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-cismodoc/dossier-documentaire/Dossier%20documentaire%20mai%2018%20-%20Concept%20de%20Wasattiya-CISMODOC_0.pdf

[9] Il s’agit du quotidien La Libre, 17 janvier 2022, L'imam Toujgani est le produit d’un système clientéliste qu’il est temps de démanteler. Disponible sur : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/01/17/limam-toujgani-est-le-produit-dun-systeme-clienteliste-quil-est-temps-de-demanteler-JWJ6ISQWVRH4RBW4ZMZGOQ4KOE/

[10] 13 janvier 2022, Pourquoi l’imam Toujgani, figure emblématique bruxelloise, est interdit de territoire, Le Soir. Disponible sur : https://www.lesoir.be/417889/article/2022-01-13/pourquoi-limam-toujgani-figure-emblematique-‌bruxelloise-est-interdit-de

[11] Ibid.

[13] Macq, C. (2021). Contours et enjeux de la déchéance de la nationalité. Courrier hebdomadaire du CRISP, 2515-2516, 5-122. Disponible sur : https://doi.org/10.3917/cris.2515.0005

[14] Pour plus d’explications concernant l’attribution et l’acquisition, voir l’article susmentionné.

[15] Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation (2016), « La déchéance de nationalité. Une question qui fait débat… ou pas ». Disponible sur : https://www.cpcp.be/wp-content/uploads/2019/05/decheance-nationalite.pdf 

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18] Ibid.

[19] Nous évoquons ces polémiques dans les différents fils d’actualité du Cismodoc, voir notamment celui d’octobre 2021.

[20] 28 janvier 2022, L’EMB annonce son projet de renouvellement, EMB. Disponible sur : https://www.embnet.be/fr/lemb-annonce-son-projet-de-renouvellement

[21] 26 février 2022, Vincent Van Quickenborne: "Depuis sa création, l’Exécutif des musulmans n’a connu que des échecs", La Libre. Disponible sur : https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2022/02/26/vincent-van-quickenborne-depuis-sa-creation-lexecutif-des-musulmans-na-connu-que-des-echecs-BFU4RX73RRHEZP7LZRYNZQ4LQM/

[22] 18 février 2022, Van Quickenborne met fin à la reconnaissance de l'Exécutif des musulmans, vrtNWS flandreinfo.be. Disponible sur : https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2022/02/18/van-quickenborne-met-fin-a-la-reconnaissance-de-l-executif-des-m/ « toutefois que les entités fédérées resteront toujours compétentes pour reconnaître des mosquées sur base individuelle »

[23] 18 février 2022, Van Quickenborne met fin à la reconnaissance de l'Exécutif des musulmans, vrtNWS flandreinfo.be. Disponible sur : https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2022/02/26/vincent-van-quickenborne-depuis-sa-creation-lexecutif-des-musulmans-na-connu-que-des-echecs-BFU4RX73RRHEZP7LZRYNZQ4LQM/

[24] 18 février 2022, Communiqué : l'EMB poursuit son processus de renouvellement, EMB. Communiqué disponible au lien suivant : Communiqué : l'EMB poursuit son processus de renouvellement | EMB (embnet.be)

[25] Le vendredi 4 mars le Comité de concertation décide de passer au code orange et assouplit les restrictions sanitaires à partir du lundi 7 mars.

[26] 5 mars 2022, COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Le processus de renouvellement de l'ORCMB est lancé, EMB. Communiqué disponible au lien suivant : COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Le processus de renouvellement de l'ORCMB est lancé | EMB (embnet.be)

[27] 5 mars 2022, Renouvellement de l'Organe Représentatif du Culte Musulman en Belgique (ORCMB) – 2022, EMB. Ce message se trouve au lien suivant : Renouvellement de l'Organe Représentatif du Culte Musulman en Belgique (ORCMB) - 2022 | EMB (embnet.be)

[28] 20 octobre 2021, Influences étrangères, dysfonctionnement, copinage… Que se passe-t-il à l’Exécutif des Musulmans de Belgique ?, RTBF.be. Disponible sur : https://www.rtbf.be/article/influences-etrangeres-dysfonctionnement-copinage-que-se-passe-t-il-a-lexecutif-des-musulmans-de-belgique-10863693

 

Analyses

Les cercles féminins pieux d'apprentissage en Belgique et aux Pays-Bas

 

 Entretien avec Sahar Noor autour de son ouvrage Creating a Female Islamic Space. Piety, Islamic Knowledge and Religious Authority among Born-Muslims and Converts to Islam in the Netherlands and Belgium, Global Academic Press, 2018

Juin 2021

A. Belhaj & B. Maréchal - Sahar, pouvez-vous d'abord nous parler un peu de vous, de votre parcours et de vos intérêts de recherche ?

S. Noor - Je m'appelle Sahar Noor, j'ai un doctorat en études religieuses. J'ai également un MA et un BA en études religieuses, ainsi qu'un BA en journalisme. Je travaille actuellement comme chercheuse principale à Movisie, un institut de recherche néerlandais qui s'occupe de questions sociétales. Mes intérêts de recherche sont la diversité en général et l'inclusion en particulier. À partir du 1er juillet 2021, je travaillerai comme responsable de la diversité et de l'inclusion au BNNVARA, un média audiovisuel néerlandais. J'utiliserai toutes mes connaissances théoriques sur la diversité et l'inclusion et je m'éloignerai de la recherche pendant un certain temps.

A. Belhaj & B. Maréchal - Quel type de cercles pieux d'apprentissage avez-vous étudié en Belgique ?

S. Noor - J'ai étudié les cercles pieux - en néerlandais zustergroepen et en flamand zusterwerking. Les cercles pieux sont des groupes informels, composés de musulmanes de naissance et de femmes converties à l'islam. Les cercles pieux offrent un espace dans lequel les participantes peuvent écouter des conférences, approfondir leurs connaissances islamiques, partager des expériences personnelles, devenir membres d'un réseau de soutien composé de femmes musulmanes actives sur le plan religieux et s'engager dans un activisme inspiré de l'islam. Il s'agit avant tout d'un espace dans lequel les femmes musulmanes peuvent façonner leur religiosité. Pendant mon travail de terrain, j'ai cherché et trouvé plus de cinquante cercles pieux via Internet et par le biais de mes interlocutrices. Finalement, sur une période de trois ans, j'ai mené une observation participante dans treize cercles pieux néerlandais et onze flamands. Les cercles de piété que j'ai rencontrés étaient dynamiques et flexibles. Certains étaient actifs et organisaient des activités sur une base régulière selon un calendrier annuel et d'autres étaient moins réguliers et ne se réunissaient qu'occasionnellement.

A. Belhaj & B. Maréchal - Vous avez écrit que "les cercles pieux que vous avez étudiés en Belgique étaient mieux organisés, plus actifs et moins dépendants d'autres organisations musulmanes que leurs homologues néerlandais". Comment expliquez-vous cette différence entre les contextes belge et néerlandais ?

S. Noor - En Belgique, il y a une séparation de l'Eglise et de l'Etat. La différence avec les Pays-Bas est qu'en Belgique, les religions peuvent être légalement reconnues par l'État et, par conséquent, recevoir un soutien financier de ce dernier. L'islam a été légalement reconnu par l'État belge en 1974. Par conséquent, les cercles pieux flamands ont la possibilité de s'enregistrer en tant qu'associations sans but lucratif. Cela signifie qu'ils peuvent devenir des entités juridiques sur la base du statut par lequel ils formulent leurs objectifs. L'enregistrement s'accompagne d'obligations administratives, comme le paiement d'une taxe annuelle. De l’autre côté, leur officialisation leur donne le droit de recevoir un financement public qui leur permet de faciliter leurs événements. Elle leur permet de louer un espace pour leurs activités, de payer les prédicateurs et les enseignants qu'ils engagent pour des leçons sur le Coran et l'arabe ou de payer du matériel d'étude comme les livres. Par conséquent, les cercles pieux que j'ai étudiés en Belgique étaient mieux organisés, plus actifs et moins dépendants d'autres organisations musulmanes que leurs homologues néerlandais. En Flandre, ce n’est pas en tant que cercles pieux ou lieux de culte (ce qui obligerait de passer par l’EMB pour leur reconnaissance) qu’ils sont subventionnés, mais en tant qu’ASBL (Vereniging Zonder Winstoogmerk (VZW) : neuf des onze cercles flamands que j’ai étudiés sont enregistrés comme ASBL et deux ne le sont pas.

A. Belhaj & B. Maréchal - Votre livre met en avant le cadre théorique de la piété. Comment définissez-vous ce concept par rapport à la quête du savoir islamique en Europe ?

S. Noor - Mes interlocutrices étaient certaines que la piété est une question d'amélioration de soi, de construction d'un lien avec Dieu, de croissance religieuse et de travail pour l'amélioration de l'oumma. Dans les cercles de piété, les femmes musulmanes acquièrent, transmettent, produisent, déconstruisent et interprètent des connaissances tout en poursuivant leur objectif de cultiver la piété. Les cercles pieux sont des groupes locaux de production de connaissances pour les femmes, leur fournissant un espace dans lequel elles peuvent démontrer leur autonomie religieuse. Le but de l'acquisition de connaissances est de parvenir à devenir plus pieuse. Il est important de noter que toutes les interlocutrices ont souligné que les connaissances devaient être acquises dans le but de pratiquer (au mieux) l'islam.

Mes interlocutrices étaient conscientes que pour rester engagées dans l'islam, elles dépendaient de l'acquisition active de connaissances grâce auxquelles elles pouvaient continuer à nourrir leur évolution spirituelle. Par conséquent, si une femme souhaite rester pieuse, elle doit " faire couler le fleuve du savoir ", comme l'a dit l'une de mes interlocutrices. Ainsi, la recherche active de connaissances religieuses était considérée comme nécessaire au processus d’alimentation continue d’une culture de la piété. Conscientes de cette exigence, mes interlocutrices participaient régulièrement (souvent chaque semaine, le plus souvent chaque mois) à des cercles pieux pour enrichir continuellement leur socle de connaissances religieuses.

Lors des rassemblements pieux, j'ai remarqué que l'acquisition et la transmission des connaissances religieuses ne généraient pas seulement un style de vie pieuse, mais étaient aussi des pratiques dévotionnelles en elles-mêmes. Aux yeux de mes interlocutrices, la quête d'acquisition de connaissances religieuses faisait partie d'un comportement pieux exemplaire. Elle était saluée par l’expression courante de nombreux mashaʾallahs (ndr : littéralement, advient ce que Dieu veut est une expression de l’étonnement pieux, de l’appréciation et de la joie face à une situation perçue comme signe de Dieu. Parfois, l’expression est utilisée pour se protéger de la jalousie ou du « mauvais œil »). Mes interlocutrices considéraient l'intention d'acquérir et de produire des connaissances islamiques ; l'acte même de lire, d'écouter ou d'assister à des conférences y sont considérés comme des actes louables qui seraient divinement récompensés. D'ailleurs, d'après ce que j'ai pu observer, mes interlocutrices participaient aux cercles pieux dans un état de « pureté rituelle » :  elles arrivaient aux réunions après avoir effectué le wuduʾ, l'une des formes de lavage rituel effectué par les musulmans avant la prière. Bien que la plupart d'entre elles aient commencé le rassemblement en priant collectivement et que, dans ce contexte, l'accomplissement du wuduʾ était nécessaire pour prier, celles qui ne priaient pas s’assuraient d’avoir quand même aussi accompli leur wuduʾ. À travers l'exécution du wuduʾ, mes interlocutrices créaient un état de pureté rituelle au sein du collectif car elles parlaient de Dieu, du Coran et des Prophètes dans un contexte de dévotion. Elles considéraient ces sujets comme sacrés, et avaient donc besoin de créer un cadre de pureté qui passait à la fois au travers de leur corps et de leur esprit. Elles terminaient également leurs rassemblements par une prière collective.

Un autre exemple qui souligne le caractère cultuel de l'acquisition et de la transmission des connaissances est la façon dont la plupart des femmes expriment leur sentiment de proximité avec Dieu pendant les réunions. Elles essayaient de comprendre ses commandements et affirmaient avoir fait l'expérience de sa présence. En conséquence, les femmes devenaient souvent émues et pleuraient parfois, ou levaient les mains pour prononcer un duʿaʾ collectif. Dans ces invocations, elles demandaient à Dieu de les récompenser pour leurs efforts dans la recherche de la connaissance. Tout comme mes interlocutrices s'efforçaient d'accomplir leurs prières quotidiennes, de revêtir leur hijab et de jeûner, elles consacraient tout autant d'efforts à assister à ces rassemblements pour obtenir des connaissances islamiques. Par exemple, mes interlocutrices ont souvent parlé des défis domestiques qu'elles ont dû relever en raison de leur participation aux cercles pieux : trouver une baby-sitter pour leurs enfants, réorganiser les activités domestiques telles que la préparation des repas pour leur famille, trouver un moyen de transport ou même convaincre leur mari de les laisser participer à ces cercles pieux ont été mentionnés. Certaines femmes ont confié que leurs maris ne les soutenaient pas toujours dans leurs activités religieuses. D'une manière générale, ces interlocutrices ont évoqué la méfiance de leurs maris vis-à-vis de leur participation aux cercles pieux parce qu’ils craignent que ces cercles n’aient pas de fondements dans la tradition musulmane. Par conséquent, avant de pouvoir rejoindre les cercles pieux, elles devaient convaincre leurs maris que ces activités étaient louables d'un point de vue islamique. Après avoir examiné mes observations dans les cercles pieux, je conclus que l'acquisition et la transmission du savoir peuvent être considérées comme une forme de culte à part entière. La quête du savoir est considérée comme une récompense divine et une pratique dévotionnelle similaire à d'autres pratiques cultuelles.

A. Belhaj & B. Maréchal - Vous semblez identifier une tension entre la piété individuelle et communautaire. Comment décrivez-vous la dynamique de cette tension ?

S. Noor - Les vertus jugées nécessaires à la formation de la piété étaient la prière, le jeûne, le port du hijab et l'acquisition de connaissances islamiques. Cette dernière était accomplie en rejoignant des communautés religieuses, comme les cercles pieux, en assistant régulièrement à des conférences dans les mosquées ou en suivant des cours d'arabe ou de Coran. Mes interlocutrices ont insisté sur le fait que l’entretien de ces vertus exigeait de la discipline et était une condition nécessaire à leur croissance religieuse. A mesure que la transformation de mes interlocutrices se poursuivait, la majorité d'entre elles ont mentionné qu'elles avaient subi des pressions religieuses exercées par leurs familles, leurs amis, leurs collègues et leurs communautés religieuses. Le port de la tenue islamique - notamment le hijab - a souvent été mentionné à cet égard.

Je tiens à souligner que même si nombre de mes interlocutrices sont nées musulmanes, elles ont affirmé qu'elles avaient rencontré des difficultés lorsqu'elles avaient décidé de porter le hijab dans des communautés où le port du foulard n'était pas la norme. Les parents, en particulier, craignaient que, compte tenu de la politisation du hijab, leur fille ne devienne la cible de discriminations au travail ou dans les espaces publics, voire qu'elle soit agressée physiquement par les adeptes de l’extrême droite. L'individualisation est apparue le plus souvent chez les interlocutrices qui avaient déclaré avoir subi une telle pression religieuse qui les avait poussés à cultiver la piété individuellement plutôt qu'en conformité avec les normes communautaires.

Mes interlocutrices ont expliqué qu'en vieillissant, elles ont développé une vision plus réaliste, de manière moins exigeante, de leurs capacités et des possibilités de vivre réellement selon les règles d'Allah. En outre, quelques interlocutrices ont indiqué qu'elles avaient voyagé dans des pays islamiques où elles avaient rencontré des "types d'islam" autres que le leur. Elles ont expliqué que le fait de rencontrer d'autres façons d'être musulmane pieuse les a poussés à réfléchir de manière critique à leur propre style de vie. Elles m’ont dit que leur relation individuelle avec Allah devait être l'aspect le plus important d'un mode de vie pieux. Par la suite, cette prise de conscience les a conduits à privilégier un lien puissant avec Allah plutôt qu'avec une communauté religieuse. Cela ne signifie pas pour autant qu'elles n'interagissent plus avec les communautés religieuses. Elles ont simplement dit que le centre de leur gravité religieuse devenait Allah, et pour cette raison, leur objectif premier était de devenir pieuses aux yeux de Dieu et non seulement aux yeux des communautés religieuses.

A. Belhaj & B. Maréchal - Votre recherche porte sur l'autorité religieuse féminine. Comment votre recherche contribue-t-elle à mieux comprendre le rôle des femmes dans la formation de l'autorité islamique ?

S. Noor - Les autorités religieuses féminines façonnent la religiosité des participantes aux cercles pieux en fonction des circonstances locales, dans le cadre de leur vie quotidienne. Elles ne prétendent pas avoir une autorité religieuse de référence et ne se considèrent pas non plus comme telles ; ce sont les participantes aux cercles de piété qui leur attribuent une autorité religieuse. Elles étaient motivées par un certain nombre de raisons, notamment la liberté de discuter de n'importe quel thème qu'elles jugeaient important et la capacité de remettre en question les règles religieuses et d'expliquer leurs implications pour les femmes, évitant ainsi la domination masculine. Dans une perspective plus large, je considère cette évolution comme une tentative de produire un espace islamique féminin. Je soutiens que l'islam a été une ressource utile pour les femmes musulmanes. Ces autorités religieuses féminines utilisent leur autorité religieuse pour étudier les croyances et les pratiques islamiques. En conséquence, l'étude de l'islam leur permet de créer leur propre savoir islamique qui est largement lié au genre. Elles sont donc devenues des agents religieux dotés du pouvoir et de l'autorité nécessaires pour interpréter et produire des discours islamiques.

A. Belhaj & B. Maréchal - Vous utilisez la théorie de la "stratification du statut" de Max Weber pour expliquer les hiérarchies des vertus religieuses. Pouvez-vous nous en dire plus ?

S. Noor - Weber affirme que la piété crée inévitablement des hiérarchies de vertus religieuses sous la forme de groupes de statut pieux qui sont définis par leur combinaison réussie de pratiques orthodoxes. Dans cette lutte concurrentielle pour la vertu, il existe une hiérarchie des valeurs et des pratiques vertueuses que Weber exprime comme la distinction entre la religion "virtuose" et la "religion de masse". Les qualités religieuses dont sont dotées certaines personnes ne peuvent pas être atteintes par tout le monde, c'est pourquoi les "qualifications religieuses" des gens sont différentes. Cette différence de qualités conduit à une sorte de "stratification des statuts". Dans cette stratification, il existe une religiosité "virtuose", composée de "personnes religieusement qualifiées", et une "religiosité de masse", composée de "personnes qui ne deviendraient pas expertes en musique". Weber ajoute que tous les types de "religiosité intensive" ont tendance à conduire à une stratification du statut, sur la base de la différence de qualification charismatique.

J'ai utilisé ce cadre pour analyser l'interaction entre les musulmanes de naissance et les converties. J'ai remarqué comment les différences et les similitudes dans la culture de la piété entre elles peuvent conduire à des préjugés et des stéréotypes mutuels. D'une part, les musulmanes de naissance considèrent que les converties ont une "influence positive" sur elles en les inspirant, en les motivant à prendre leur religion au sérieux et en les faisant réfléchir de manière critique. D'autre part, les musulmanes de naissance voient les converties de manière moins positive, les qualifiant d'instables, de trop strictes et de déficientes en matière d’éducation religieuse en raison de la rapidité de leur engagement dans les cercles pieux. Malgré les critiques, les converties sont considérées comme plus pieuses en raison de la combinaison réussie de l'expression d'une piété visible, de l'acquisition de connaissances religieuses et de l'accomplissement de la daʿwa (ndlr : de la prédication). Les converties considèrent la culture des musulmans de naissance comme un obstacle au développement religieux de ses membres. Leur origine immigrée, leur "manque de compétences" et leurs lacunes dans les connaissances religieuses dont elles ont besoin pour accomplir la daʿwa ont également été mentionnés comme des obstacles à cause desquels elles sont considérées comme moins pieuses. Cependant, certaines converties ont déclaré que le capital religieux des musulmanes de naissance les rend plus pieuses que les converties. C'est notamment le cas des musulmanes de naissance qui sont avancées dans l'islam. Néanmoins, dans l'ensemble, les musulmanes de naissance et les converties considèrent que les converties sont un groupe de statut pieux et qu'elles réussissent mieux dans leur combinaison vertueuse. Certaines converties renforcent cette perspective en se positionnant comme plus puissantes en termes de capacité à avoir un impact sur la société et dans la pratique de la propagation de l'islam. Ces différences entre musulmanes de naissance et converties sont perçues par les premières comme éléments qui privilégient les converties dans la société par rapport aux musulmanes de naissance en termes d'opportunités d'éducation religieuse et de traitements spéciaux (par rapport à leur maîtrise du néerlandais, leur ancrage social, leurs compétences). Les interlocutrices musulmanes de naissance affirment que la tendance à considérer les converties comme "les mieux qualifiées sur le plan religieux" est à l'origine de différences et empêche l'oumma d'être unie.

A. Belhaj & B. Maréchal - Voyez-vous des différences entre les musulmanes de naissance et les converties à l'islam en termes d'investissement de l'autorité religieuse ?

S. Noor - En ce qui concerne l'autorité religieuse, les musulmanes de naissance sont considérées comme faisant davantage autorité. Par exemple, la majorité des autorités religieuses féminines nées musulmanes parlaient couramment l'arabe et avaient suivi une forme d'éducation religieuse. Leur connaissance de l'arabe leur donnait un accès immédiat aux sources religieuses, ce qui leur permettait d'interpréter ces sources et d'y réfléchir individuellement. C'est la raison pour laquelle de nombreuses autorités religieuses musulmanes de naissance ont déclaré avoir acquis une connaissance doctrinale et canonique de l'islam. Les autorités religieuses converties ont déclaré avoir acquis la majeure partie de leurs connaissances islamiques par leurs propres efforts et par l'autoformation. Par conséquent, elles se considéraient comme des " autodidactes ", c'est-à-dire des femmes qui avaient appris l'islam sans l'aide d'un enseignant ou de tout autre type d'éducation formelle. Les converties de cette étude étaient plus dépendantes des sources de connaissances islamiques écrites en anglais, en néerlandais ou en français. Les autorités religieuses féminines converties avaient tendance à minimiser leurs connaissances en les qualifiant de "connaissances pratiques de base de l'islam", c'est-à-dire des connaissances non discursives liées aux rituels islamiques, comme la prière, le jeûne, le don de la zakat ou la manière de laver les défunts.

A. Belhaj & B. Maréchal - Quels types de dilemmes les femmes musulmanes rencontrent-elles dans leur quête de piété ?

S. Noor - Mes interlocutrices ont fait l'expérience de leurs défis et dilemmes principalement sur la question du genre. Elles se sont senties habilitées à mobiliser des arguments religieux à partir de l'étude des sources religieuses et des pensées des personnages historiques musulmans afin de négocier les modalités d’application du patriarcat et/ou son principe même. J'utilise consciemment le verbe "négocier" ici. J'entends par "négocier" à la fois la manière de faire des compromis et de s'engager dans la confrontation. L'autonomisation de mes interlocutrices peut être considérée comme la recherche d'un terrain d'entente à partir duquel elles peuvent remettre en question certaines croyances et pratiques patriarcales, et trouver des stratégies soit pour s'y soumettre, soit pour les affronter. Je tiens à souligner que mes interlocutrices n'avaient pas pour objectif explicite de lutter contre la domination masculine. Je voudrais souligner que les motifs qui les poussaient à condamner les pratiques "misogynes" étaient également une tentative d'améliorer leur position sociale. Elles considéraient que la confrontation avec les normes "misogynes" faisait partie de leur effort de piété. Par exemple, mes interlocutrices ont parlé explicitement de l'injustice envers les femmes dans l'oumma musulmane et ont échangé des connaissances islamiques dans l'intention d'améliorer leur situation. Bien qu'elles n'aient pas toujours réussi à atteindre l'égalité des sexes, mes interlocutrices ont vécu la condamnation des pratiques "misogynes" comme quelque chose de plus que la création d'une équité pour être pieux. Il s'agissait d'une prise de pouvoir et, dans une certaine mesure, d'une émancipation.

Pour illustrer davantage cette idée, j'ai présenté différents cas sur la façon dont le fait de devenir pieux et d'obtenir des connaissances dans un cercle féminin de piété a influencé les perspectives de mes interlocutrices sur, par exemple, la division des sexes et leur rôle en tant qu'épouses.  En ce qui concerne les rôles de genre, certaines participantes ont adhéré à l'idée d'équité de genre en confirmant la complémentarité des rôles de genre spécifiques, dans lesquels les tâches principales de l'épouse en tant que femme au foyer et gardienne étaient renforcées. L'objectif des participantes n'était pas de reconfigurer les idées islamiques sur la division des sexes, mais de souligner les idées existantes d'équité entre les sexes. Les participantes ont reconfiguré l'obéissance du conjoint comme un type de culte et, ce faisant, ont renforcé et donné la priorité aux normes patriarcales. Ce renforcement de la division traditionnelle des rôles entre les sexes fait écho au principe d'équité entre les sexes.

D'autres participantes ont cherché à acquérir des connaissances centrées sur le genre afin de se sentir capables de s'opposer aux pratiques patriarcales. Elles ont obtenu des connaissances sur le genre pour améliorer leurs relations entre les sexes. Elles ont essayé de trouver des arguments religieux pour confronter les normes patriarcales et initier une réforme religieuse. Cette approche ressemble aux idées féministes musulmanes décrites par des universitaires féministes musulmanes comme Asma Barlas, Fatima Mernissi et Leila Ahmed, qui affirment qu'une interprétation plus progressiste de sources textuelles islamiques telles que le Coran peut créer une division des rôles entre les sexes qui soit plus juste.

A. Belhaj & B. Maréchal - Quel sens faut-il donner à l'action des femmes musulmanes en Europe aujourd'hui ?

S. Noor - Cette étude a montré que les femmes néerlandaises et flamandes, musulmanes de naissance et les converties à l'islam, ont créé des cercles d'étude pieux féminins dans lesquels elles articulent leur religiosité. Dans leur quête de piété et de connaissance de l'islam, elles ont organisé un espace religieux féminin. Elles considèrent le processus d'activité religieuse comme une source d'autonomie. Elles affirment que l'organisation d'activités religieuses leur a donné une liberté de mouvement et d'action. Il est intéressant de noter que les activités religieuses de ces groupes ont une fonction stratégique. En entreprenant ces activités, mes interlocutrices ont reconfiguré, réinterprété, critiqué ou rejeté certaines idées sur leur position dans la communauté et la société musulmane au sens large. En conséquence, elles ont fait preuve d'autonomie. Les femmes musulmanes produisent des connaissances et des pratiques religieuses qui correspondent à leurs besoins locaux et ont été adaptées à un contexte néerlandais ou flamand. Dans les cercles pieux composés de Néerlandaises et de Flamandes converties à l'islam et de Musulmans de naissance, l'étude et la diffusion des connaissances islamiques se font dans les langues néerlandaise et flamande. L'approche de mes interlocutrices à l'égard de l'étude de l'islam et de ses sources s'accorde avec des phénomènes européens tels que l'individualisation et l'autonomie religieuses. Ces caractéristiques permettent de comprendre comment les croyances et les pratiques musulmanes, ainsi que les modes de religiosité, se transforment chez les femmes musulmanes dans les sociétés européennes en une forme qui peut être considérée comme un "islam européen".

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Nos nouveautés

A. Belhaj & B.  Maréchal « Entretien avec Sahar Noor autour de son ouvrage Creating a Female Islamic Space. Piety, Islamic Knowledge and Religious Authority among Born-Muslims and Converts to Islam in the Netherlands and Belgium», in Cismodoc en débats (online), juin 2021, 9 p. Sahar, pouvez-vous d'abord nous parler un peu de vous, de votre parcours et de vos intérêts de recherche ?  > En savoir plus

A. Belhaj & B.  Maréchal « Entretien avec Martijn de Koning autour de son ouvrage (co-écrit avec Carmen Becker and Ineke Roex) Islamic Militant Activism in Belgium, The Netherlands and Germany: "Islands in a Sea of Disbelief"», in Cismodoc en débats (online), avril 2021, 8 p. Votre livre enquête sur des groupes islamistes tels que Sharia4Belgium, Millatu Ibrahim en Allemagne et Team Free Saddik/Behind Bars/Street Dawah aux Pays-Bas. Pourquoi avez-vous décidé de travailler sur ces groupes ? Et quelles sont les caractéristiques qui les distinguent dans l'éventail des groupes islamistes en Europe ? > En savoir plus

N. El Makrini et B. Maréchal, « H. Seniguer (2020), Les (néo) frères musulmans et le nouvel esprit capitaliste. Entre rigorisme moral, cryptocapitalisme et anticapitalisme, Editions Le Bord de l'eau ». In : Compte rendu du Cismodoc (online), mars 2021, 3 p. « Dans le prolongement des réflexions initiées par le politologue P. Haenni dans son ouvrage « l’islam de marché », qui traite de la compatibilité entre piété et performance économique mais aussi de la dissolution du religieux dans l’économie de marché, H. Seniguer, politologue et spécialiste de l’islamisme, se penche à son tour sur la relation de six personnalités musulmanes à l’économie capitaliste. ». > En savoir plus

B. Maréchal, « Que retient-on de la pièce « Muhammad » ?», In Compte rendu du Cismodoc (online), mars 2021, 4 p. « Au cœur de la pandémie et du confinement, le Théâtre de Liège a offert en streaming la pièce « Muhammad » du dramaturge belge d’ascendance marocaine Ismaël Saidi ; elle raconte la vie peu connue, pour le grand public, du Prophète de l’islam, traitée de manière innovante, pédagogique et humaniste ; un vrai défi vu toutes les difficultés de représenter le Prophète dans des œuvres artistiques, sauf dans la tendance dite du « théâtre islamique », masrah islami. Le 5 février 2021, maximum 286 personnes se sont connectées pour assister à ce spectacle. Il se joue solo sur scène, avec Ismaël Saïdi lui-même, dans une salle quasi complètement vide. » > En savoir plus

Cismodoc, « Entretien avec la politologue C. Torrekens autour de son ouvrage « Islams de Belgique. Enjeux et perspectives », in Cismodoc en débats [online],  mars 2021, 5 p. « CISMODOC – Dans votre ouvrage, vous distinguez cinq âges dans l’associatif musulman, passant des domaines plutôt cultuels et socio-économiques à des revendications plus culturelles. De manière générale, quelles sont pour vous les principales transformations observées dans le dynamisme associatif des vingt dernières années ? Et autour de quels enjeux celui-ci se concentre-t-il ? » > En savoir plus

Cismodoc, « Entretien avec la sociologue Gh. Djelloul, suite à sa défense de thèse, sur les enjeux de pouvoir relatifs aux dispositifs d’enserrement des femmes en Algérie, et leurs tactiques de desserrement », in Cismodoc en débats [online],  janvier 2021, 6 p. À propos de la place prédominante de la religion dans la société algérienne, et les sociétés à majorité musulmane en général, vous évoquez le « renforcement du religieux » au profit de l’État. Le religieux joue-t-il un rôle dans l’acceptation de l’autoritarisme, de l’injustice, du patriarcat ? Ou, au contraire : dans la résilience de la population face aux multiples sources d’autoritarisme ? D’ailleurs, en retournant dans l’histoire, quel a été le rôle de l’islam dans la lutte contre le colonialisme et quel lien établissez-vous entre Islam et « nationalisme culturel » ? > En savoir plus

Participation du Cismodoc à l’ouvrage collectif dirigé par S. Butcher, C. Odier, E. Frick (2021), Soins et spiritualités en temps de pandémie. L’épreuve de la Covid-19, Sauramps Medical. > En savoir plus

A. Belhaj, « Le difficile chemin vers « l’islam des Lumières », The Conversation, 21 octobre 2020. Le syntagme « L’islam des Lumières » désignant un « islam progressiste et libéral » alimente les débats en France. A. Belhaj explique que l’histoire de cette pensée est récente et n’a pas de fondement historique dans la civilisation arabo-musulmane ; son apparition est liée au besoin de contrer la montée de l’islamisme chez une poignée d’intellectuels dans l’espace franco-magrébin ; cet article discute en premier lieu des thèmes et outils privilégiés de “l’islam des Lumières". En second lieu, l’auteur aborde les difficultés envisagées par les penseurs de « l’islam des lumières » relatives à la domination de la pensée musulmane par les discours traditionalistes et militants, préconisant « une crise moderniste » et un dépassement d’un « islam en lutte ».

Cismodoc, « Entretien avec L. Tauil sur l’actualité de son ouvrage « Les femmes dans les discours fréristes, salafistes et féministes islamiques : Une analyse des rapports de force genrés », In Cismodoc en débats [online], juillet 2020, 8 p. L’ouvrage que vous venez de publier apporte un éclairage utile sur le « champ discursif de réislamisation » e.a. au sein des salafistes et des frères musulmans durant les années 2006 à 2011. Une caractéristique de ces discours religieux normatifs est qu’ils consacrent une part importante au(x) rôle(s), au(x) statut(s) des femmes et à leur(s) place(s) dans les sphères privée et publique ainsi qu’à la question du foulard. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini, B. Maréchal « Musulmans et islams face à la pandémie et au confinement :analyse de discours de leaders contemporains qui circulent sur la toile en Belgique francophone » in Cismoc Papers-on-line, mai 2020, 20p. Les deux précédents paper-on-line du mois d’avril ont présenté quelques enjeux et balises relativement aux particularités de ce ramadan 2020, vécu en plein confinement des suites de la pandémie mondiale du Covid-19, qui affecte également les musulman(e)s en Belgique. Certes, certains discours intra-islamiques y avaient déjà été brièvement présentés, notamment celui d’un leader proche d’une confrérie soufie ou encore celui du président d’une mosquée bruxelloise. Ce paper-on-line s’attarde désormais sur les discours de certains leaders religieux. > En savoir plus

F. Dassetto, « Ramadan en prison au temps du Covid-19. Entretien avec M. Vincent Spronck, directeur de la prison de Forest » in Cismoc Papers-on-line, mai 2020. FD. La prison que vous dirigez est une des prisons bruxelloises. La période de ramadan doit être assez particulière pour des personnes de confession musulmane. Y a-t-il des personnes qui suivent le ramadan dans la prison ? VS. Je ne sais pas vous le dire directement, car l’aspect religieux est une question personnelle que l’administration n’est pas censée connaître. Nous pouvons estimer le nombre indirectement à partir justement de la situation du ramadan. > En savoir plus

A. Belhaj, F. Dassetto, Gh. Djelloul, N. El Makrini, B. Maréchal « Musulmans et islams face à la pandémie et au confinement : balises et enjeux divers » in Cismoc Papers-on-line, avril 2020. Comme une partie du monde, les musulmans sont confrontés à la pandémie du Covid-19. C'est évidemment aussi le cas de ceux qui vivent en Europe et en Belgique. Ce dossier porte une attention à quelques aspects des attitudes, des débats, des positionnements des musulmans face à cette épidémie, à la mort et au confinement. Prises de conscience du danger de la pandémie et de ses conséquences, débats normatifs, attitudes spirituelles, enjeux idéologiques et politiques s’y mêlent. Les sujets traités dans ce dossier témoignent des manières dont les musulmans traversent la pandémie, entre (in)certitudes, contraintes et résilience. > En savoir plus

Dassetto F., Bilan du devenir du jihadisme radical-terroriste en fin 2019 après la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, la vitalité de foyers radicaux jihadistes et le désordre au nord de la Syrie, novembre 2019. Le clerc combattant Abou Bakr Al Bagdhadi avait lancé un « Califat » islamique (appelé également avec l’acronyme Daesh) prétendant se situer en ligne directe avec la réalité politique et religieuse du Prophète Muhammad. Il avait également fait prendre en 2014 un nouveau tournant au jihadisme radical, à la suite de celui inspiré et programmé par Oussama Ben Laden et ses compères dans les années 2000. Il est mort le 27 octobre. Il a été tué lors d’un raid des forces spéciales américaines. Etonnement, alors qu’on le pensait terré dans des régions désertiques, il vivait depuis quelques mois dans un village près de la ville d’Idleb, au nord- ouest de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque, dans une région contrôlée par des groupes islamistes proches d’Al-Qaida (donc opposés à Daesh) et par des postes d’observation de l’armée turque. Cela fait partie des jeux difficiles à comprendre qui se jouent dans la région. > En savoir plus

Entretien avec Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant », In Cismodoc en débats [online], Université catholique de Louvain, novembre 2019, p. 6.  Le discours religieux musulman est pris dans une fièvre idéologique depuis au moins deux siècles, réagissant avec une violence verbale aux évolutions sociales, ce qui atteste d'une crise culturelle profonde. La domination européenne a révélé la crise, mais elle n’en est pas la cause. Celle-ci est à rechercher dans l’histoire intellectuelle de la culture religieuse au cours de laquelle l’orthodoxie officielle avait interdit la philosophie comme activité intellectuelle autonome. > En savoir plus

F. Dassetto, Les institutions européennes face aux religions et à la complexe question de l’islam. Tâtonnements en attente d’une vision globale Essai prospectif, juin 2019, 64 p. Que doivent faire les états en matière de religion ? On pourrait répondre qu’ils ne doivent rien changer par rapport aux équilibres qui se sont forgés durant les siècles précédents, lors de la constitution des États-nations modernes. Équilibre incertain, qui a vu des issues différentes en Europe, allant de la totale séparation entre religions et état jusqu’à des rapports plus conciliants et réciproquement fonctionnels. Ne rien faire, d’autant plus que les instances religieuses connaissent une perte d’emprise sur les populations dans un bon nombre de pays ou bien, au contraire, en profiter pour liquider les privilèges que les religions ont réussi à garder ? Que doivent faire les instances européennes ? > En savoir plus

A. Belhaj, « Tajdid (renouveau) ». In : Vocabulaire de l'Islam (online), avril 2019, p. 3. Le terme tajdid (renouveau) dérivé de la racine j-d-d donne un sens de nouveauté, de grandeur, d’effort, de chance, de renouveau, etc.Dans la pensée islamique pré-moderne, le concept de tajdid ou de tajaddud (son synonyme) n’a été utilisé que dans la période tardive (14ème-15ème siècles), dans le sens de renouveler l’application du Coran et de la sunna dans les commentaires du hadith.

N. El Makrini, « N. Tabbara (2018), « L’islam pensé par une femme, Bayard ».  In : Compte rendu du Cismodoc (online), avril 2019, p. 3.  Riche d’un parcours personnel et intellectuel varié, N. Tabbara souhaite être une voix parmi d’autres en proposant une manière de vivre sa religiosité en phase avec son temps. Dans son ouvrage « L’islam pensé par une femme », elle prône une nouvelle interprétation de l’islam qui doit, selon elle, se faire à partir du Coran. > En savoir plus

N. El’Makrini, « Pratique médicale, spiritualité et Islam », mars 2019, p. 17. Au cours de ces dernières années, les sociétés européennes se considérant comme affranchies du religieux, ou du moins au sein desquelles la religion détermine de moins en moins les comportements quotidiens, sont confrontées à des débats suscités par des affirmations identitaires, culturelles et religieuses. Ce phénomène traverse l’ensemble des champs sociaux, y compris le champ médical. Aux réalités diverses, psychologiques, socio-économiques, etc., auxquels sont confrontés les professionnels de la santé, ils doivent aujourd’hui également prendre en considération la multiplicité des héritages ainsi que les différentes références culturelles et religieuses.

Gh. Djelloul, « Ismaël Saïdi et Michael Privot (2018), Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?, Flammarion », In : Compte rendu du Cismodoc(online), mars 2019, 2p. Ce livre a vocation à rendre accessible une somme importante de connaissances tirées de travaux de sciences humaines et sociales concernant l’environnement socio-politique du prophète de l’islam. Loin de constituer une énième biographie traditionniste dans le style narratif de la sira nabawiya (la vie du prophète), les auteurs procèdent au contraire à la déconstruction de nombreux récits mythologiques contenus dans cette « histoire sainte ». > En savoir plus

N. El’Makrini, « Les tenues « islamiques » des femmes : le voile partiel et intégral », mars 2019,7 p. La tenue vestimentaire des femmes musulmanes dans l’espace extra-domestique varie selon la région, l’origine sociale, l’urbanité ou le degré d’attachement à la norme islamique. Cette norme ne donne pas de réponse définitive sur la forme de cette tenue vestimentaire. > En savoir plus

Belhaj A., Dassetto F. et El’Makrini N., Le chiisme et les quarante ans de la révolution iranienne, janvier 2019, 62 p. En janvier et février 2019, l’Iran célèbre le 40ème anniversaire de la révolution islamique qui a mené à la fondation de la République islamique en 1979. Il s’agit d’un élément majeur de l’histoire contemporaine de l’islam, du Moyen-Orient et du monde qui a eu et continue à avoir des conséquences géopolitiques importantes. > En savoir plus

M. Brignone, « Les transformations en cours dans l’islam marocain », novembre 2018, 7p. Dès 2002, le Maroc s’est engagé dans une profonde restructuration du champ religieux, pour affronter, à l’intérieur, les lectures fondamentalistes et promouvoir, à l’extérieur, un Islam tolérant et modéré. Au cœur de ce projet se trouve l’Université Qarawiyyin, qui s’est vu confier la tâche de former les oulémas de demain. > En savoir plus

N. El’Makrini « Jean-Claude Kaufmann (2018). Burkini: Autopsie d'un fait divers, Les Liens qui Libèrent », In : Compte rendu du Cismodoc(online), décembre 2018, 2p. Le sociologue J-Cl. Kaufmann s’était déjà penché sur la question de la nudité et de l’exposition du corps de la femme à la plage, à travers la « pratique des seins nus » dans son ouvrage « Corps de femmes, regards d’hommes », publié en 1995.  Dans cet ouvrage, il analyse l’esthétique des gestes ainsi que les règles et comportements subtils, complexes et précis en vigueur dans cet espace, comme par exemple le contrôle du regard et ce que E. Goffman nomme « l’inattention respectueuse ». Dans le présent ouvrage, il poursuit ce travail d’analyse et de compréhension à partir de l’emballement médiatique et la « crise du burkini » qui a eu lieu en France durant l’été 2016. > En savoir plus

N. El’ Makrini, Rapport des musulmans contemporains au Coran, octobre 2018, 4 p. Cette sélection bibliographique est un compte rendu du numéro 23 de la revue Oasis. Fondazione Internazionale Oasis (dir.) (2016), Le Coran et ses gardiens > En savoir plus

Entretien avec Lionel Remy, à propos de son ouvrage : "Le parti ISLAM. Filiations politiques, références et stratégies. Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan", octobre 2018, 3 p. C'est un parti qui a un nombre très réduit de membres et pourtant, il a eu un large écho médiatique, et aux dernières élections communales il a récolté quelques 5.000 voix.  > En savoir plus

B. Brodard, « La formation des autorités religieuses musulmanes en Suisse », juin 2018, 12 p. En Suisse, la formation des autorités religieuses musulmanes est devenue un enjeu public. Ces dernières années, l’islam a acquis en visibilité et est devenu un thème largement médiatisé et discuté politiquement. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. La formule « l’islam du juste milieu » est très populaire dans le monde musulman contemporain, y compris parmi les citoyens musulmans européens pour qualifier l’islam vécu ou promu par des personnes ou groupes islamiques qui visent à témoigner d’un islam à la fois orthodoxe et adapté au contexte. Cette expression courante, d’apparence anodine, suscite toutefois perplexité au sein d’un public peu averti quant à la teneur concrète des discours musulmans véhiculés sous ce label. > En savoir plus

Gh. Djelloul et B. Maréchal, L’islam et les musulmans en Belgique : Quelques repères historiques, démographiques et organisationnels , avril 2018, 7 p. La présence musulmane en Belgique remonte essentiellement au milieu des années 1960, même s’il y a des musulmans dans le pays depuis le XIXème siècle. [...] En cinquante ans, et notamment dans le prolongement de la reconnaissance officielle de l’islam en 1974, les dynamiques musulmanes d’implantation et d’investissement se sont transformées et diversifiées. > En savoir plus

N. El’Makirini et B. Maréchal, Le vécu des musulmans européens en tensions : une brève présentation des enjeux du devenir de l’islam contemporain, février 2018, 6 p. Depuis les années 1970, dans le monde musulman ainsi qu’en Europe, « l’islam est redevenu un axe de référence pour les individus et pour la société » (Dassetto : 2004) mais les attentats récemment perpétrés au nom de l’islam dans les pays occidentaux et la violence présente dans le monde arabo-musulman depuis quelques décennies renforcent l’idée que les discours voire les pratiques des mouvements radicaux dominent et sont les plus actifs dans le vécu des populations musulmanes. > En savoir plus

Gh. Djelloul et N. El’Makrini, Le féminisme islamique comme courant minoritaire en voie d’institutionnalisation, janvier 2018, 17 p. Le « Féminisme islamique » est un courant de pensée relativement récent, de production intellectuelle, autour d'un corpus religieux, alimenté par un réseau transnational de militantes  dans des contextes socio-politiques très contrastés. L’objectif de cet article est de dresser le panorama des luttes communes et des modalités d’action des différents collectifs qui l’animent, pour réfléchir dans un deuxième temps au degré d’institutionnalisation atteint par ces groupes de militantes. > En savoir plus

Entretien avec Felice Dassetto, à propos de son ouvrage : Jihad u akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le sunnisme contemporain (1070-2018). Dans le cadre d’un entretien mené au CISMOC en avril 2018, le Prof. F. Dassetto revient ici sur les motivations à la base de cet ouvrage ainsi que sur les jalons qui ont façonné sa réflexion sociologique sur le radicalisme violent islamique. > En savoir plus