Centre de documentation sur l’islam contemporain

Fil d'actualité

Fil d'actualité :  novembre 2019

 

Acceptation d’un musulman comme voisin et membre de la famille aux États-Unis et en Europe

N. Sahgal et B. Mohamed, In the U.S. and Western Europe, people say they accept Muslims, but opinions are divided on Islam, Pew Research Center, 8 octobre 2019.Selon un sondage réalisé par le Pew Research Center, les Européens semblent plus réticents à l’idée d’avoir un membre de la famille musulman ou un voisin musulman que les Américains. L’enquête menée par téléphone a été réalisée auprès d’Américains et dans 15 pays européens. Concernant la Belgique, plus de 91% des Belges non-musulmans acceptent d’avoir un voisin musulman (c’est plus que les américains qui sont à 89%) et 77% de l’avoir comme membre de sa famille. En France, les chiffres sont « légèrement » moindres : 85% acceptent un musulman comme voisin, chiffre qui chute à 66% lorsqu’il s’agit de l’introduire dans la famille. On note une différence d’acceptation aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, le niveau d’étude influençant le niveau d’approbation d’un mariage mixte au sein de la famille. D’autres facteurs tels que l’âge ont un impact sur le degré d’ouverture à l’autre.

Apprentissage de la langue pour les imams

K. Fadoul,  Molenbeek va faciliter l'organisation de cours de français pour ses imams, RTBF.be, 28 octobre 2019. Grâce à l’obtention d’un budget suite à la liquidation d’une ASBL, les autorités communales molenbeekoises ont décidé de permettre à des imams officiants sur le territoire communal de bénéficier de cours de français. L’impulsion de ce genre d’initiative par les autorités politiques locales pose toutefois question, notamment en termes d’ingérence, mais les arguments de la majorité PS-MR sont, d’une part que l’argent qui servira à financer ces formations n’est pas public et d’autre part que cela participe à la création d’un islam de Belgique et à une meilleure intégration de ces autorités religieuses. L’encadrement des imams est une priorité parmi d’autres comme la formation, l’emploi, etc. Cela montre que la majorité des imams n’a pas été socialisée en Europe. Ils y sont en effet arrivés à l’âge adulte.

Inclusion de la philosophie dans l’école saoudienne : éducation comme vecteur politique

M. Bassiouni, De la philosophie dans l’école saoudienne : les enjeux d’une « révolution » pédagogique dans l’Arabie de Mohammed Bin Salman, Les Cahiers de l’Islam, 1er novembre 2019. Les dynamiques culturelles en Arabie Saoudite, telles que l’émergence de « clubs littéraires » plaidant pour un réformisme sur le plan de la pensée n’ont pas attendu les réformes sociales initiées par le prince héritier. En effet, depuis les années 2000, on assiste à une multiplication de ces lieux qui représentent d’importants îlots de liberté. En décembre 2018, dans le cadre des nombreuses réformes et du programme « Vision 2030 », une décision ministérielle recommande l’introduction de l’enseignement de « la philosophie occidentale et ses racines grecques » dans les manuels scolaires.  Alors qu’en Arabie Saoudite, l’enseignement de la philosophie a longtemps été sujet à la censure, sa réhabilitation s’inscrit dans la promotion d’un islam du « juste-milieu ». L’introduction de cette discipline, et par conséquent l’apprentissage d’une « réflexion critique », ainsi que les cercles littéraires montrent la confrontation symbolique entre le champ intellectuel « laïc » et le champ des clercs religieux.  L’enseignement de la philosophie aiguise le sens critique et aide à se prémunir d’une pensée rigoriste, mais c’est également un outil de promotion d’une image positive sur la scène internationale dans la lutte contre le radicalisme. Cette initiative sert le politique comme la réécriture de l’histoire dans les manuels scolaires en désignant désormais les Ottomans comme une « force d’occupation » mettant en avant l’idée de primauté nationale. Ces réformes sont accompagnées de mesures de répression à l’égard de tout opposant à l’ascension du prince héritier. Ce sont probablement les pratiques arbitraires des autorités saoudiennes qui incitent les dissidents politiques et les prédicateurs religieux à modérer leurs propos.  C’est notamment le cas de l’influent prédicateur saoudien A’ed al-Qarnî qui regrette le discours religieux qu’il a tenu antérieurement. Il se conforme à présent à la ligne religieuse de MBS en se réclamant d’un islam modéré. L’auteur questionne également le silence des mouvances djihadistes malgré les réformes touchant la liberté des femmes, en faveur des jeunes et la volonté « d’autonomie intellectuelle », etc.

Une « Union des imams » en France

P. Sautreuil, Islam: l’association «Les Musulmans» lance une Union des imams , Le Figaro, 1er novembre 19. Dans le Fil d’actualité de début octobre 2018, nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter l’association « L.E.S Musulmans » en signalant le lancement d’une consultation des musulmans de France. Cette association, fondée par Marwan Muhammad - ancien directeur du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) -, revient avec un nouveau projet intitulé « l’Union des imams ». L’initiateur de ce projet affirme ne pas s’immiscer dans les débats théologiques, l’objectif étant de créer une sorte de syndicat centralisant les offres et demandes d’emploi, coordonnant sur le champ médiatique « la parole de ces professionnels religieux » ainsi qu’une meilleure formation et reconnaissance du statut d’imam. Ce nouveau projet, à savoir la création d’un « Union des imams», arrive plus de deux semaines après l’annonce du CFCM de mettre en place un « conseil de l’ordre des imams » du 17 octobre dernier. Dans le passé, M. Muhammad avait déjà remis en cause la représentativité de cet organisme. Il espère ainsi que la plateforme « L.E.S. Musulmans » pèse non seulement dans l’organisation du culte musulman dans l’Hexagone mais aussi dans les débats sur l’islam.

Des dynamiques de mobilisation différentes au Moyen-Orient après la Révolution iranienne

G. Malek, Entretien avec Hamit Bozarslan – La question de la responsabilité politique dans un Moyen-Orient en proie à des troubles communautaires , Les clés du Moyen-Orient, 4 novembre 2019. Avant la Révolution iranienne, les mouvements de contestations politiques étaient principalement dirigés par les mouvements de gauche. Les guerres entre Iran et Irak et en Afghanistan sont des périodes qui ont marqué la rupture et provoqué l’émergence de courants révolutionnaires accompagnés de revendications religieuses. Au sujet de la déstabilisation du Moyen-Orient et de la situation chaotique dans plusieurs pays, H. Bozarslan refuse l’externalisation des responsabilités. Selon lui, les interventions occidentales jouent un rôle important, mais pas déterminant. La déstabilisation provenant également de puissances régionales. Il vise et porte un regard critique principalement sur la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Il appelle les responsables politiques et les intellectuels a avoir la capacité de s’interroger sur les responsabilités internes des multiples dysfonctionnements et à écouter les demandes sociales des populations.

Le Moyen-Orient dangereux pour les chercheurs

J-P. Filiu, Le Moyen-Orient de plus en plus dangereux pour les chercheurs européens, Un si Proche Orient, 3 novembre 2019. La question de sécurité des chercheurs au Moyen-Orient est à l’ordre du jour. J-P. Filiu montre que ces derniers constituent un instrument de pression de la part de ces états autoritaires sur les pays européens.

Sondage Ifop sur la campagne d’affichage de la Fédération nationale des conseils de parents d’élève des écoles laïques où apparaît une femme voilée

Ifop, Les Français et la polémique sur l’affiche de la FCPE,  Institut d'études opinion et marketing en France et à l'international (Ifop), 14 octobre 2019.  Alors que les tensions et polémiques autour de l’islam et de sa visibilité religieuse, plus particulièrement le port du foulard, sont récurrentes dans l’espace public français, le débat a été relancé avec la visite d’une maman voilée accompagnant son enfant au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, le 11 octobre. L’Ifop (entreprise de sondage d’opinion) revient sur cette thématique et l’islam en France. Il a réalisé une enquête sur la campagne d’affichage de la Fédération nationale des conseils de parents d’élève des écoles laïques où apparaît une femme voilée sur l’une de ses affiches. L’étude a été réalisée à partir d’un échantillon de 1 013 personnes. Elle révèle que plus de 47% des sondés déclarent être en colère à la vue de l’affiche. La moitié des interviewées affirme cependant que l’affiche renvoie une image d’inclusion et de tolérance à l’égard des parents d’élève. 66% des sondées sont favorables à la prohibition de l’affichage de signes religieux par les parents (en l’occurrence, dans le cas qui nous occupe, les mamans accompagnant bénévolement les enfants lors de sortie scolaire), en prenant en exemple le port du voile.

Crainte d’un retour de la flamme djihadiste après l’offensive turque en Syrie

J-P. Filiu, Les jihadistes durablement renforcés par l’offensive turque en Syrie, Un si Proche Orient, 20 octobre 2019.  L’offensive militaire déclenchée par la Turquie le 9 octobre ‘19 contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie qui a pour objectif la création d’une « zone de sécurité » suscite des inquiétudes. Un espace dans lequel le président Erdogan espère également y transférer les plus de trois millions et demi de réfugiés syriens présents sur son territoire.

L’opération militaire turque a permis d’une part un retour du régime syrien dans la région grâce à une alliance de circonstance avec la branche syrienne du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ce sont ces derniers qui ont appelé le régime d’Assad à la rescousse. D’autre part, cette offensive suscite des inquiétudes quant au risque de tentative d’infiltration d’anciens combattants de Daech. La question des prisonniers djihadistes inquiète d’autant plus qu’à la mi-septembre le calife autoproclamé de l’État islamique appelait à « forcer les murailles des prisons de l’humiliation ». Notons que la Turquie a annoncé ce mardi 22 octobre ‘19 qu’elle ne reprendrait pas son offensive contre les forces kurdes. Malgré ce cessez-le-feu la question kurde reste cruciale pour l’avenir et la stabilité de la région.

La dimension multiconfessionnelle et pacifique dans le mouvement de protestation au Liban

J. Sfeir, Les Libanais entre exaltation et angoisse, vent debout contre la corruption des élites, The Conversation, 21 octobre 2019. Huit ans après les soulèvements qui ont secoué plusieurs régions du Moyen-Orient, le Liban connait à son tour un important mouvement de contestations né de l’instauration de nouvelles taxes par le gouvernement. Les slogans sont les mêmes que ceux de 2011, les manifestants réclamant plus de justice sociale et la fin de la corruption des classes dirigeantes. Dans le cas du Liban, la demande de changement outrepasse non seulement les divisions sociales, mais également confessionnelles. Des manifestants multiconfessionnels mettent en avant l’identité nationale commune par des slogans tels que « Lâ Islâm wa lâ massihiyyé, badna wehdé wataniyy) » (ni musulmans, ni chrétiens, nous voulons une unité nationale) et demandent la fin du confessionnalisme libanais. L’avenir reste incertain. En effet, plusieurs scénarios sont possibles, malgré les promesses de réforme du gouvernement face à ce mouvement inédit et pacifique.

La contestation n’épargne pas les espaces religieux et sacrés

S. Mervin et G. Chatelard, Arbaïn, un pèlerinage sous tension à Karbala, Orient XXI, 17 octobre. Les contestations populaires et anti-gouvernementales n’épargnent pas les rassemblements religieux. Des pèlerins ont fait entendre leur voix lors du pèlerinage chiite à Karbala (au sud Bagdad) ce 19 octobre pour dénoncer la corruption, demander plus de justice sociale ainsi que la chute du gouvernement. Les manifestants ont répondu à l’appel d’un leader chiite influent : Moqtada Sadr. Ce pèlerinage est l’un des plus importants rassemblements religieux au monde. Les regroupements religieux peuvent ainsi devenir un espace privilégié de contestation anti-gouvernementale ainsi qu’une « caisse de résonance des tensions sociales et politiques qui parcourent l’Irak et sa région » et servir aussi de tribune ou « minbar » à « la contestation d’un pouvoir politique chiite depuis l’intérieur même de la communauté, en présence de dizaines de milliers d’étrangers sur le sol irakien ».

La Communauté flamande ne fait plus confiance à la sureté de l’État et se dote de sa propre « sureté d’État ».

L. Farelli, Belgique : le durcissement des règles pour la reconnaissance des mosquées acté en Flandre, SaphirNews, 3 octobre 2019.  Dans les mesures adoptées par le nouveau gouvernement flamand, plusieurs dispositions concernent l’islam belge. Notons d’abord que la Flandre souhaite mettre en place son propre service de screening des mosquées. Pour justifier cette décision, le gouvernement fait état de son manque de confiance envers la Sureté de l’État en lui reprochant notamment sa mauvaise communication dans l’affaire de la Mosquée Al-Ihsann située dans la périphérie de Louvain. Dans ces accords gouvernementaux, on note en outre un durcissement du régime de reconnaissance des mosquées par l’instauration d’un contrôle préalable de quatre ans avant la reconnaissance et un éventuel financement public. L’accord stipule aussi la neutralité dans le domaine de l’enseignement en ne tolérant plus aucun signe convictionnel.

Ces dispositions visent aussi bien à assurer la transparence des financements que la limitation de l’influence religieuse étrangère, mais aussi - et surtout - une volonté de mettre l’accent sur l’identité linguistique flamande, car ne sont finançables que les projets pour lesquels le néerlandais est la langue principale.

Autres sources d’informations :

Belga, La Flandre veut sa propre «Sûreté de l’Etat» pour surveiller les mosquées, Le Soir, 4 octobre 2019

Belga, "Clause de néerlandais", VRT, mosquées, fonctionnaires, études de médecine, taxe kilométrique ...: Voici les grands points de l'accord du gouvernement flamand, DH.be, 2 octobre 2019

L’herméneutique coranique face au nouveau paysage médiatique

J. Pink, Interpréter le Coran aujourd’hui, entre tradition et nouveaux médias, Oasis, 8 octobre 2019. Dans le contexte contemporain, l’interprétation des textes coraniques n’est plus uniquement débattue dans les instances religieuses, mais également dans des espaces publics diversifiés tels qu’internet et les réseaux sociaux. Par conséquent, les exégètes traditionnels ne détiennent plus le monopole de la signification des versets coraniques.

 Les médias transforment également la tradition exégétique. D’abord, en élargissant l’audience et en ne se limitant plus aux érudits comme c’était le cas avant. Ensuite, on assiste à l’émergence d’interprétations plus personnelles du Coran, notamment sur le web. Enfin, le discours exégétique devient progressivement un discours socio-exégétique commentant largement l’actualité et les évènements contemporains. Notons que ce sont les courants réformistes du siècle dernier aspirant à une réforme sociale qui mobiliseront davantage le Coran en termes d’éthique et d’organisation sociale et politique. Ces intellectuels réformistes axent leur discours principalement sur le comportement et l’action. On observe également une ouverture aux langues étrangères, plus particulièrement à l’anglais et au français.

À partir de l’analyse d’un verset controversé – le (5, 51) - l’auteur met en avant cinq tendances en termes de relations entretenues par les musulmans avec les non-musulmans. L’auteur montre que les approches coraniques sont multiples, allant des tenants d’une lecture moderniste aux tenants d’une identité religieuse forte. Ces interprétations varient aussi selon le contexte social et politique. La première tendance concerne celle des savants traditionalistes (les oulémas) qui ont la possibilité de puiser dans une tradition exégétique large : leurs interprétations seront donc variées. Ensuite, vient celle des salafistes qui ont une interprétation littérale et prônent une loyauté sans faille envers les leurs, c’est-à-dire envers la communauté salafiste. Quant à l’interprétation des islamistes, elle dépendra de leur vision de l’organisation socio-politique collective. Les modernistes, qui privilégient le pluralisme religieux, vont minimiser la portée du verset et promouvoir une perspective égalitaire. Enfin, la tendance post-moderne refuse la promotion d’interprétation absolue tout en prenant distance par rapport aux affirmations coraniques qui ne correspondent pas à leur mode de vie et vison du monde.

Les performances économiques de la Diyanet

Ekin Duran, A., Diyanet – Turkey's religious authority that makes millions , Qantara.de, 4 octobre 2019. Un article sur la diyanet (direction des affaires religieuses) montre l’alignement de cette institution religieuse dans une logique économique. L’auteur dénonce cette marchandisation du religieux, le risque d’une instrumentalisation ainsi que le développement d’une économie occulte. 

Contestation populaire et risque d’instabilité en Égypte

S. Forey, Égypte, une stabilité bien fragile. , Les clés du Moyen-Orient, 01 octobre 2019. En Égypte, depuis quelques semaines, on observe un mouvement de protestation anti-gouvernement et ce malgré l’interdiction et les mesures de répression appliquées depuis le coup d’État militaire de 2013. La dénonciation de la corruption qui règne au sein des hautes sphères de l’état et les appels à manifester se font par le biais de différents réseaux à l’initiative d’un homme d’affaires égyptien anciennement rattaché à l’institution militaire, résidant en Espagne. Le risque d’instabilité de cette puissance régionale est une source d’inquiétude, car, comme le rappelle l’auteur à part Nasser, « tous les présidents égyptiens depuis l’indépendance ont connu une fin de règne brutale ».

Les aumôniers dans les prisons belges (une analyse de l’arrêté royal du 17 mai 2019)

L-L. Christians, L’accompagnement spirituel en prison : du soutien individuel au contrôle collectif ? L’arrêté royal du 17 mai 2019, Ojurel, 6 septembre 2019. À la suite d’un long processus dont l’objectif est l’augmentation des conseillers islamiques en prison, un arrêté attendu depuis une quinzaine d’années a finalement été pris en mai 2019. L’analyse de L.L. Christians porte non seulement sur la partie visible de l’arrêté, c’est-à-dire l’augmentation du nombre d’Aumôniers, mais également sur les conditions d’une confiance mutuelle entre ces représentants religieux et l’État. L’accompagnement des détenus radicalisés suscite de nombreuses inquiétudes, notamment la relation entre l’Aumônier et le détenu radicalisé. Les politiques exigent un encadrement plus important et instaurent des garde-fous. Il doit par exemple faire preuve d’un attachement aux valeurs fondamentales démocratiques. À cette exigence de loyauté s’ajoute le suivi de formation, aussi bien de la part des autorités belges que de l’organe représentatif des musulmans. On note ainsi l’élargissement des compétences sur le plan religieux et la part de responsabilité de ce dernier dans le phénomène de radicalisation. Enfin, le sujet du secret professionnel pose question dans la mesure où ils sont tenus de rapporter tout comportement, parole ou soupçon radical au directeur de la prison.

Le paysage religieux en Belgique année 2018

J. Masquelier, J-Ph. Schreiber et C. Vanderpelen-Diagre, Rapport ORELA 2018 : les religions et la laïcité en Belgique , CIERL, septembre 2019. Dans sa première partie, le rapport montre la transformation du paysage religieux belge. Malgré des affirmations identitaires plus importantes, il continue d’affirmer le paradigme de la sécularisation. Le rapport aborde toutes convictions et met en exergue le dynamisme et la jeunesse de certaines communautés, telles que les orthodoxes, les protestants évangéliques et les musulmans. Néanmoins, c’est l’islam, fort présent dans l’actualité, qui reste la préoccupation principale des pouvoirs publics. Le climat de méfiance envers celui-ci s’est renforcé à la suite des attentats, de l’émergence de Daech et aussi de sa chute. Des programmes de lutte, de prévention contre le radicalisme ainsi qu’une volonté d’encadrer les communautés musulmanes en vue de l’émergence d’un discours adapté au contexte belge de la part des autorités belges.  L’organe représentatif - l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) - y sera associé alors que celui-ci n’avait que des compétences sur l’aspect temporel. L’une des conséquences est la consolidation du système de financement public du culte même si, proportionnellement au nombre de musulmans belges, le culte musulman reste sous-financé.

Une partie du rapport est consacrée au discours médiatique sur l’islam. Il critique l’application trop rapide de l’étiquette radicale à certains groupes. Afin d’éviter l’essentialisation, il recommande de ne pas se limiter à l’approche psychologisante dans l’analyse du radicalisme ainsi qu’un élargissement à d’autres approches sociologiques (la théorie des mouvements sociaux, la théorie du choix rationnel, l’approche interactionniste, etc.). Il aborde également la notion de « nouvel antisémitisme » qui vise principalement l’extrémisme musulman.

La deuxième partie se penche sur les débats sociétaux autour de la laïcité de l’état, aux questions telles que l’abattage rituel, les funérailles, l’avortement, l’écologie, etc. Les troisième et dernière parties sont consacrées à la gestion des pouvoirs publics du religieux et aux différentes organisations convictionnels. Enfin, la conclusion de la dernière partie aborde les convictions et pratiques de la société belge, en chiffrant et analysant notamment la régularité de l’assistance au culte, l’adhésion à un courant religieux et l’appartenance à une conviction.

Les émotions du désengagement djihadiste

M. Benraad, Djihadisme : les émotions du désengagement, Middle East Eye, 20 septembre 2019. L’article porte sur l’expérience émotionnelle négative des repentis de Daech. Leurs récits mettent en exergue le décalage entre leurs attentes et la réalité sur le terrain. Outre le désenchantement, les principales émotions, selon Myriam Benraad, de ces anciens adhérents de groupes terroristes sont « la honte, la culpabilité et le regret ».

La présence de l’islam au Vanuatu

A. François, Au Vanuatu, l’islam tombe du ciel , Orient XXI, 18 septembre 2019. L’article porte sur le développement de l’islam au Vanuatu, un archipel qui n’a aucun lien historique avec l’islam. En effet, les Vanuatais sont majoritairement chrétiens et une partie de la population adopte « des croyances et pratiques animistes/spiritistes ». En outre, la culture mélanésienne, dont la coutume qui consiste à consommer une boisson enivrante lors de moments de convivialité et de la sacralité du cochon, créant le lien social, repose sur deux piliers formellement interdits en Islam et représente un frein à la conversion à l’islam. La singularité historique de ce phénomène provient aussi du fait que la présence de l’islam n’est pas la conséquence de flux migratoire en provenance de pays musulmans ni de prosélytisme du Moyen-Orient dans la mesure où il ne s’agit pas d’une région stratégique et par conséquent ne présentant aucun intérêt pour s’y établir ou d’y établir des liens diplomatiques. Enfin, l’Indonésie - le plus grand pays musulman de cet espace - entretient des relations conflictuelles avec les îles. À partir des années 1970, une communauté s’est créée autour d’un converti à l’islam sunnite - John Henry Nabanga -, parti étudier le Gospel en Inde. Il deviendra une figure prophétique dont on sacralisera les écrits.  L’islam sunnite est donc lié un mouvement de conversion à l’islam autour de ce dernier. Enfin, notons que le bahaïsme était déjà présent au début des années 1950. Quant à l’ahmadisme, c’est à partir des années 2000 qu’il a commencé à se développer.

Intolérance religieuse en Indonésie

M. Stahlhut, Vicious trend sweeps Indonesia, Qantara.de, 9 septembre 2019. Ustadz Abdul Somad, l’un des prédicateurs influents de la Nahdlatul Ulama (l’une des plus grandes organisations islamiques indonésiennes), tient des propos controversés sur la nature des croix chrétiennes. L’organisation ayant pourtant la réputation d’être modérée et entretenant des bonnes relations avec les communautés chrétiennes. L’influence croissante des discours radicaux au sein de la société et le laxisme des acteurs étatiques fait craindre la montée de l’intolérance religieuse envers les groupes religieux minoritaires dans la région.

Polémique autour du concept d’islamophobie

La phrase prononcée par le philosophe Henri Peña-Ruiz lors d’un cours donné dans le cadre de l’université d’été de La France Insoumise sur « le droit d’être islamophobe » et les controverses qui ont suivi démontrent que le débat sémantique et idéologique agite encore le milieu intellectuel et militant. La définition du terme reste également un sujet polémique, Henri Peña-Ruiz lui donnant le sens de la critique de la religion excluant les hostilités à l’égard des musulmans. En effet, la controverse oppose deux camps : ceux qui optent pour la signification littérale et ceux qui l’élargissent aux hostilités envers les musulmans. Dans le fil d’actualité du Cismodoc nous allons profiter de la sortie du numéro quatre de Be-Pax sur l’islamophobie et de l’interview de Philippe d’Irbarne pour exposer les deux camps qui s’opposent sur la signification et l’existence de l’islamophobie. Le premier concerne la France et le second la Belgique.

J. André, Philippe d'Iribarne : « On disqualifie toute interrogation des aspects problématiques de l’islam », Le Monde des Religions, 3 septembre 2019. Pour l’auteur qui est directeur de recherche au CNRS, le concept est idéologique et sert à « neutraliser toute opposition à la montée de l’islamisme ». Il estime que les actes islamophobes sont rares et réfute l’idée d’un phénomène de discrimination généralisé envers les musulmans. Il estime que les réactions face à certaines pratiques religieuses visibles, telles que le port du voile, sont rationnelles et légitimes. Il affirme en outre que les données en sciences sociales contredisent l’idée d’un climat islamophobe généralisé au sein de la société française. Il évoque le rapport réalisé par l’Institut Montaigne qui montre que la crainte des employeurs est par exemple d’engager des « musulmans à problème » et préfère des profils plus « rassurants », c'est-à-dire non musulmans. Ils préconisent l’assimilation des musulmans aux valeurs françaises. L’auteur refuse également l’idée de domination occidentale sur les sociétés musulmanes.

E. Socz, et al., « Islamophobie : mettre fin aux discriminations », BePax n°3, juillet-août 2019. Ce numéro s’intéresse au phénomène d’islamophobie et propose des pistes d’action pour lutter contre celui-ci. Les différents auteurs, pour la plupart militants antiracistes, s’accordent sur le climat général d’islamophobie ainsi que sur sa dimension structurelle, systémique et multidimensionnelle. Ils opèrent également un choix de définition, l’islamophobie concernant les hostilités et discriminations envers les personnes musulmanes - ou présumées telles - afin que les pouvoirs publics prennent en compte le phénomène. Le premier texte d’E. Szoc revient sur ce débat sémantique en reconnaissant la confusion du terme qui provoque un amalgame entre « une religion et ses pratiquants ». En effet, le sens littéral et étymologique exprime la crainte de l’islam et non des musulmans. Les opposants à cette appellation craignent notamment un retour du blasphème. Pour E. Szoc, qui affirme le caractère massif de la discrimination, la priorité ne doit pas porter sur les débats sémantiques qui ont tendance à nier la réalité, mais plutôt sur la lutte contre le rejet des musulmans. Les deux contributions suivantes - M. Chiari et S. Gelen - traitent de la dimension sexiste et plurielle de l’islamophobie en mobilisant le concept d’intersectionnalité. Ces deux auteurs mettent ainsi en exergue la pluralité des discriminations (de sexe, de race et classe) que subissent les femmes musulmanes en faisant appel au courant décolonial. M. Chairi (CCIB) préconise une convergence des luttes, la création d’espaces de parole pour les femmes victimes, la mise en œuvre d’une politique inclusive, la construction d’un discours positif ainsi que l’analyse des conséquences psychosociales sur les populations musulmanes. S. Gelen met quant à elle l’accent sur le fait que le capitalisme néo-libéral contribue à la racialisation et au sexisme, car il s’agit d’un système de domination qui ne s’appuie non sur les races biologiques, mais sur les spécificités culturelles. Elle milite pour un féminisme décolonial et est d’ailleurs la fondatrice d’un collectif féministe Kahina, dont l’un des objectifs est de donner la parole aux femmes musulmanes, de montrer que les voies d’émancipation sont multiples, mais aussi de combattre les interdictions d’accès aux femmes voilées d’espaces considérés comme émancipateurs tels que l’éducation et l’emploi. Dans l’interview de K. Rabahi - directrice d’ENORB (European Network on Religion and Belief), auparavant bénévole au CCIF et employée à l’ENAR - l’aspect genré du processus d’islamophobie est également évoqué, mais les victimes sont principalement des hommes. Elle s’appuie principalement sur les mesures anti-terroriste et sécuritaire, la pratique du contrôle de faciès et de ciblage. Le numéro se clôture par une interview de V. Cornil, ancien directeur du MRAX, qui s’attarde sur l’islamophobie dans les milieux de gauche et progressistes. Il recommande la participation des musulmans aux débats publics et préconise une meilleure organisation de l’associatif musulman ainsi qu’une meilleure reconnaissance de la part des pouvoirs publics.

Postcolonialisme

E. Mahieddin, La controverse postcoloniale en France , ltshs hypotheses.org, 5 septembre 2019. Il s’agit d’un compte rendu d’une thèse de doctorat intitulée « Le moment français du postcolonial. Pour une sociologie historique d’un débat intellectuel » soutenue par Anne-Claire Collier en 2018.  L’auteure met en lumière la constitution du concept post-colonial et sa politisation grâce à une recontextualisation et une relecture du concept. Elle le fait à travers trois espaces sociaux : l’espace politique et d’autres espaces de production du savoir comme l’espace savant (universitaire) et intellectuel (plus large que le monde académique où circulent les idées et les théories, les autres espaces de diffusion des idées). Les débats autour de la notion de post-colonialisme font généralement référence aux résidus du colonialisme dans l’histoire contemporaine. Un courant de pensée, qui s’amplifiera suite à la publication de l’ouvrage d’E. Saïd. L’auteure ne définit cependant pas la notion de post-colonialisme, mais montre que le « brouillage disciplinaire renforce les suspicions de faiblesses épistémologiques et méthodologiques et pose la question des frontières scientifiques ». Elle met en outre en exergue les divergences de traitement de ce vocable dans les revues. Un autre apport de la thèse est l’analyse des postures favorables et de ceux qui portent un regard critique.

Le Djihadisme en Afrique de l’Ouest

M. Savadogo, Comment s’explique la prolifération des groupes extrémistes au Burkina Faso ?, The Conversation, 5 septembre 2019. Depuis les révolutions arabes de 2011 et plus précisément la chute du régime libyen, le Burkina Faso est dans une instabilité et une dégradation sécuritaire croissante avec des attaques terroristes qui se multiplient. Si dans un premier temps les mouvements extrémistes venaient principalement du Mali voisin, à l’heure actuelle - même si ce dernier reste une base arrière - les mouvances djihadistes comme Al-Qaïda recrutent de combattants locaux. Le djihadisme devient ainsi endogène en raison de la naissance de groupe proprement local. Ces groupes djihadistes s’installent dans les zones rurales souvent caractérisées par une absence de l’état. Ils y exploitent ainsi son affaiblissement, sa mauvaise gestion et les tensions communautaires.

Des femmes imames

Belga, Deux femmes imames ont dirigé un temps de prière, une première en France, RTBF, 8 septembre 2019. Alors que le développement de mosquées dirigées par des femmes se multiplie à travers le monde, la direction d’une prière par une femme dans une mosquée est présentée comme un événement inédit dans plusieurs journaux français. En effet, la pratique bouscule les habitudes du paysage musulman français dans lequel la majorité des imams sont des hommes. D’ailleurs, la prière s’est déroulée dans un lieu secret et le lieu des prochaines n’est pas divulgué. Dans les milieux religieux et au sein de la communauté musulmane, les controverses et les résistances aux lieux de prière mixte - ou dirigé par une femme - persistent.

L’industrie du pèlerinage

S. McLoughlin, Mapping the UK's Hajj Sector: Moving Towards Communication and Consensus, University of Leeds, août 2019. Un rapport indépendant sur l’industrie du Hajj au Royaume-Uni a été réalisé par l’Université de Leeds en partenariat avec le Conseil des hadjis britanniques « Council of British Hajjis ». Il apporte des éclairages sur les pratiques de ce cinquième pilier de l’islam en contexte européen. Avec la massification, les autorités saoudiennes ont également modernisé l’organisation du Hajj et l’accueil des pèlerins.  Il s’agit d’un secteur en pleine expansion et mutation.  Aussi, le pèlerinage se fait de moins en moins de manière indépendante et de plus en plus par l’intermédiaire d’agences de voyages spécialisées. Le Hajj est devenu un marché juteux qui nécessite une régulation. Alors qu’on assiste à des transformations des attentes par rapport aux pèlerinages au sein de la diaspora - notamment parce que certaines, au sein des communautés musulmanes, font partie des classes moyennes et sont plus éduquées, plus professionnelles, le rapport met en exergue le manque d’organisation ainsi qu’un manque de professionnalisme du secteur des agences de voyages organisant le pèlerinage. Le dossier pointe particulièrement un manque de communication entre les organisateurs et les pèlerins. Contrairement aux pays majoritairement musulmans, le pèlerinage semble se faire de plus en plus jeune. Le rapport souligne également que les organisateurs issus des « secondes générations » pourraient changer la donne en modernisant et professionnalisant l’industrie du pèlerinage. Le rapport fait des recommandations notamment en matière d’information des pèlerins et de transparence. Il préconise par exemple l’organisation de séminaires sur la santé ainsi qu’une meilleure collaboration avec le secteur de la recherche.

Un glossaire du champ lexical radical

Y. Chiheb, « Le vocabulaire islamique : Mots-clés du langage théologique religieux de l’islam salafo-wahhabite », Centre Français de Recherche sur le Renseignement, juillet 2019. Le centre Français de Recherche sur le Renseignement vient du publier un rapport regroupant les termes utilisés par les mouvances islamiques.  Ce glossaire a été établi à partir des notions issues du « terrain ». Concrètement, il se présente sous forme de liste de mots répertoriés à partir de l’écoute, par les services de renseignement français, de conversations de personnes radicalisées.  L’objectif du document est de refléter la réalité des utilisations de ces notions dans le champ sémantique de l’islamisme radical. Après une contextualisation historique de l’islam, l’auteur s’attarde sur le Wahhabisme et le rôle qu’il joue dans l’islam radical. La deuxième partie consacrée au glossaire, elle est composée de quinze rubriques comprenant aussi bien les références de l’islam politique, le référentiel juridique modélisé des salafistes, la littérature de base des salafistes, etc. que les significations historique, politique ou religieuse des noms des mosquées en France. 

Un manuel d'apprentissage wahhabite interdit

A. Benjamin, Jugé dangereux, un manuel d'apprentissage de l'islam interdit aux enfants en France, Saphirnews, 24 août 2019. Trois ans de prison et 75 000 euros d'amende pour violation d’un arrêté ministériel de l’Intérieur interdisant non seulement la vente, mais également la mise à disposition pour des enfants ainsi que son exposition publique du livre d’apprentissage wahabbite « Apprendre le Tawhid aux enfants » daté du 5 juillet 2019 et rédigé par le fondateur de cette doctrine Mohammed Ibn Abd al-Wahhab. Les motifs évoqués par l’arrêté sont « l’incitation à la haine et à la discrimination » envers les personnes ne pratiquant pas l’islam rigoriste wahhabite.

Le Cachemire

J-P. Filiu, La tragédie du Cachemire en cinq actes, Un si Proche Orient, 7 août 2019. Dans ce billet, l’auteur rappelle les cinq moments historiques de la crise au Cachemire qui dure depuis la partition de l’Inde en 1947. Pour des raisons historiques, le Cachemire majoritairement musulman sera rattaché à ce moment-là à l’Inde en échange d’une promesse d’autonomie. Depuis, la population locale est coincée entre les deux puissances rivales : l’Inde et le Pakistan. Le référendum d’autodétermination sous contrôle international n’aura jamais lieu. Cette situation conflictuelle aura également comme conséquence une militarisation importante de la région.  À la fin des années 1980, on assiste à l’émergence de l’islamisme et du djihadisme. À partir du milieu des années 1990, la région sera le théâtre d’une « escalade terroriste » ce qui provoquera une intensification des affrontements entre les deux puissances. Le statut différencié disposant d’une autonomie relative sera officiellement révoqué ce 5 août 2019, ce qui mettra fin aux aspirations d’indépendance de la région.

« Sea, halal and sun »

N. Osman, Sea, halal and sun : les vacances islamiques ont le vent en poupe, Middle East Eye, 16 juillet 2019. Afin de séduire les religieux musulmans, les tour-opérateurs développent depuis quelques décennies le tourisme « halal ». Contrairement à ce que laisserait supposer ce concept, il ne s’agit pas d’un tourisme religieux dont l’objet est la dévotion ou une demande spirituelle. Il s’agit plutôt de la recherche de moments de loisirs et de détente s’inscrivant dans l’esprit du temps avec une volonté de respecter les règles religieuses. Cette tendance et nouvelle pratique touristique s’explique par divers facteurs, les deux principaux étant d’une part le changement des pratiques de voyages des jeunes issus de l’immigration qui ont des habitudes de voyage différentes de leurs parents (ils rentrent moins dans le pays d’origine car les attaches et liens familiaux se transforment) et d’autre part, une liberté de mouvement des femmes de culture musulmane plus importante.  La féminisation de la pratique du voyage est liée à un célibat prolongé ainsi qu’à une indépendance financière.  Enfin, notons que le « tourisme halal » s’inscrit dans le champ plus large du « marché halal ».

Les institutions européennes et les religions

F. Dassetto, Les institutions européennes face aux religions et à la complexe question de l’islam. Tâtonnements en attente d’une vision globale Essai prospectif, Cahiers du Cismodoc, juin 2019, 64 p. « Que doivent faire les états en matière de religion ? On pourrait répondre qu’ils ne doivent rien changer par rapport aux équilibres qui se sont forgés durant les siècles précédents, lors de la constitution des États-nations modernes. Équilibre incertain, qui a vu des issues différentes en Europe, allant de la totale séparation entre religions et état jusqu’à des rapports plus conciliants et réciproquement fonctionnels. Ne rien faire, d’autant plus que les instances religieuses connaissent une perte d’emprise sur les populations dans un bon nombre de pays ou bien, au contraire, en profiter pour liquider les privilèges que les religions ont réussi à garder ? Que doivent faire les instances européennes ? ».

La Turquie

Un ouvrage, datant de 2011, est disponible en Open Access sur la Turquie intitulé « La Turquie au Moyen-Orient. Le retour d’une puissance régionale ? » aux éditions CNRS. L’objet de l’ouvrage est d’analyser le « retour de la Turquie au Moyen-Orient, région instable et en pleine recomposition, alors qu’elle avait tourné le dos après la chute de l’Empire ottoman ». L’identité turque s’était progressivement axée sur la base d’État-nation et une politique étrangère tournée vers un rapprochement avec le camp occidental. Une époque où le regard était plein de préjugés sur les pays arabes considérés alors comme « un espace d’arriération politique, économique et culturelle ». Une analyse de cette nouvelle puissance et de ce nouvel investissement dans la région à travers des paramètres tels que l’histoire, le contexte économique, politique et culturel. Une seconde partie du livre traite de la diplomatie de la Turquie dans ses relations avec des pays de la région. S’agit-il d’une ambition impériale ou d’un « néo-ottomanisme » ? L’ouvrage apporte des éléments de réponse aux ambitions de la politique étrangère turque, l’objectif étant « d’éclairer les motivations de la Turquie et d’examiner les effets de son activisme diplomatique, d’ouvrir aussi quelques pistes de réflexion pour en évaluer les perspectives à moyen terme ».

 

Analyses

La crise du discours religieux musulman

 

Entretien avec le Pr émérite Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman : Le nécessaire passage de Platon à Kant », Presses universitaires de Louvain, oct. 2019

Novembre 2019

 

CISMODOC - Dans l’ouvrage, vous avancez la thèse selon laquelle ce que l’on identifie erronément comme une « crise de l’islam » est en réalité une crise culturelle. Cette crise renvoie tant à une opposition entre une mémoire collective et une aspiration à la vie intime (jusque dans le rapport à Dieu), qu’à une volonté que soit ajustée l’interprétation du Coran à la sécularisation sociologique objective et aux changements sociaux du dernier siècle. Vous mettez en exergue une « sous-estimation des dynamiques qui traversent les sociétés musulmanes ». Pouvez-vous en dire davantage ?

Pr L. Addi : L’une des principales thèses que je défends est que les crises religieuses expriment des changements culturels, c’est-à-dire des conflits d’interprétation du texte sacré. Je déduis que ce n’est pas l’islam qui est en crise mais la culture qui le véhicule. C’est parce qu’il y a eu des bouleversements sociaux que la culture du passé résiste face à celle qui est en train de naître. Si la philosophie n’avait pas été interdite à partir du XIIe siècle comme activité intellectuelle autonome, elle aurait peut-être facilité l’émergence de la nouvelle culture comme cela s’est passé en Europe avec la philosophie moderne. Dans les sociétés musulmanes d’aujourd’hui, il y a une culture héritée du passé qui fait obstacle par exemple à l’égalité homme/femme, la liberté de conscience, ou à la rénovation du fiqh sur la base de valeurs universelles, etc. Mais une nouvelle culture est en train de naître pour être compatible avec les aspirations des jeunes générations de musulmans. Vous allez dire mais est-ce possible en Islam ? C’est possible parce que les écrits des anciens théologiens ne sont que des interprétations du Coran. De nouvelles interprétations feront jour pour remplacer les anciennes.

CISMODOC - Est-ce qu’un processus de sécularisation est en cours dans les sociétés musulmanes ? Est-ce que vous constatez des transformations dans les formes d’appartenances à l’islam ? Ou encore un rapport distancié à une certaine lecture littéraliste du Coran ou une approche moins ritualiste de l’islam ?

Pr L. Addi : Le processus de sécularisation dans les sociétés musulmanes est en cours et il est irréversible. Le mode de vie à Alger, au Caire et à Bagdad, et même dans les villages lointains, serait condamné par les vieux théologiens. Ibn Hanbal ou Ibn Tayymiya n’accepterait pas qu’une femme soit médecin ou enseignante après avoir eu une formation dans une université mixte. Or, aujourd’hui qui ne rêve pas que sa fille soit médecin ? Sur beaucoup de questions, les musulmans ont changé. La façon de se marier des jeunes n’a rien à voir avec celle de leurs grands-parents. Les musulmans ont changé de mode de vie et ils sont à la recherche d’une théologie qui rend licite ce nouveau mode de vie.  

CISMODOC - Est-ce pour ces raisons que vous affirmez que « la sécularisation est un thème sociologique et non théologique » ?  Est-ce parce que la sociologie s’intéresse à la culture à « travers laquelle est vécue la croyance religieuse » comme vous le dites à la p. 212. de votre livre ?

Pr L. Addi : La sécularisation est en effet un thème sociologique et non théologique. On sécularise la culture, pas la religion. On sécularise l’interprétation que nous avons du texte sacré. Une religion sécularisée ne veut rien dire. On ne sécularise pas Dieu. Mais on sécularise la façon de l’adorer.

CISMODOC - Quels sont selon vous les enjeux de la sécularisation ?  Quelle distinction entre le sacré et le profane au sein de la pensée musulmane ?

Pr L. Addi : Le Coran est un texte sacré qui fait la différence conceptuelle entre ‘ibadates et mou’amalates. Les mou’amalates appartiennent à l’espace profane, à l’espace public ; les ‘ibadates appartiennent à l’espace privé. Si le Coran fait cette distinction, cela signifie qu’il ne s’oppose pas à la séparation du sacré et du profane, ce qui veut dire aussi qu’il ne s’oppose pas à la sécularisation. Il y a par ailleurs des hadiths du prophète qui vont dans le sens de la sécularisation. « Travaillez sur terre comme si vous alliez vivre éternellement, et pensez à Dieu comme si vous alliez mourir demain ».

CISMODOC - Selon votre formule, le sacré existe pour soi et non en soi. Dès lors on ne sécularise pas Dieu, mais bien la culture dans laquelle la foi est vécue. Pour que cette idée atteigne la vie quotidienne du musulman, vous proposez de substituer la métaphysique de Platon par celle de Kant. Quels en seraient les premiers jalons ?

Pr L. Addi : La connaissance scientifique a fait un bond en avant avec la philosophie de Kant qui distingue la chose en soi et la chose pour soi. L’homme ne peut pas connaître la réalité telle que Dieu ou la nature l’a créée dans toute sa complexité. Il ne peut connaître que ce que lui permettent ses facultés mentales et sa subjectivité. Il ne connaît pas les choses en elles-mêmes, il les connaît seulement pour lui-même. Le même raisonnement peut être fait pour le texte sacré. Nous ne connaissons Dieu qu’à travers notre culture et notre subjectivité. C’est ce qui explique les conflits et les schismes religieux dans le même dogme. Pourquoi les juifs, les musulmans et les chrétiens sont divisés alors qu’ils se réclament du même monothéisme abrahamique ? C’est parce que les cultures de l’humanité sont diverses. Qu’est-ce qui fait que juifs, chrétiens et musulmans adorent le même Dieu dans des temples différents ? Le judaïsme, le christianisme et l’islam enseignent la même eschatologie mais ils diffèrent par la culture des peuples. Allons plus loin. Qui des catholiques ou des protestants détiennent la vraie parole de Jésus ? Qui des sunnites ou des chiites sont les plus fidèles au Coran ? Ces questions montrent que les hommes ne détiennent pas le monopole de la vérité divine. Ils n’ont que l’interprétation de cette vérité que leur permet leur culture et que justifient leurs intérêts. Et si on accepte cette idée, la pratique de la religion devient tolérante. N’oublions pas que les anciens disent toujours, après avoir exposé leurs points de vue, « et seul Dieu le sait » (Allah ou a’lam).

CISMODOC - Vous pensez que nous sommes dans un moment de transition vers une modernité ? Est-ce une modernité différenciée ? Quelle est la place de la philosophie dans ce processus ?

Pr L. Addi : La modernité se définit comme l’autonomie du sujet et elle est inéluctable. Or, les textes canoniques de l’Islam, de Al Ash’ari à Mohamed Abdelwahab en passant par al Ghazali sont contre l’autonomie du sujet. Que va faire alors le musulman ? Choisir l’autonomie et abandonner l’islam, ou continuer d’être musulman et refuser d’être autonome ? Et bien il y aura des théologiens qui vont rendre licite l’autonomie sur la base d’une nouvelle interprétation du texte sacré. Ils produiront une lecture moderne du Coran. 

CISMODOC - Dès la préface, vous regrettez que l’islam soit encore analysé comme un objet en soi, vivant seulement dans l’imaginaire des académiques, plutôt que comme un objet pour soi, présent dans les pratiques sociales des musulmans (p. 7). Selon vous, qu’est-ce qui explique le maintien de ce biais et que peut-on faire pour s’en émanciper ?

Pr L. Addi : J’ai écrit cette phrase parce qu’il y a des universitaires qui croient étudier l’islam alors qu’ils étudient les musulmans. Le vrai islam, l’islam en soi n’est connu que de Dieu et des prophètes. Les croyants ne le connaissent qu’à travers leurs interprétations. Par conséquent, les chercheurs qui prétendent étudier l’islam n’étudient en fait que des interprétations.

CISMODOC - Dans le troisième chapitre de l’ouvrage, vous identifiez un lien étroit entre le déclin des confréries soufies au XXe siècle et l’apparition de l’islamisme. Vous décrivez d’ailleurs l’islamisme comme « prolongement profane du soufisme » qui aurait capté la contestation sociale en remplaçant la spiritualité par la politique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pr L. Addi : Le soufisme est l’interprétation platonicienne du monde dans sa pureté et Nietzsche a bien vu cela pour l’Europe médiévale lorsqu’il écrit : « Le christianisme est du platonisme pour le peuple ». Cette phrase est encore plus vraie pour les soufis. Ibn ‘Arabi était appelé Cheikh al Akbar mais aussi Ibn Flatun (fils de Platon). Le soufisme a décliné à la suite des transformations sociales des deux derniers siècles, mais sa métaphysique est restée active dans la mémoire collective. Elle n’a pas été remplacée comme en Europe par une autre métaphysique. Ce qui a créé un vide qu’a facilement occupé l’islamisme qui a sécularisé le soufisme en le politisant. Il ne s’agit plus d’être un saint sur terre et de vivre avec des anges, mais de construire un Etat sur la base de la shari’a. L’utopie eschatologique des soufis a été transformée en utopie politique par les islamistes. Je rappelle que la Nahda a contribué à délégitimer le soufisme, mais elle n’a pas proposé une métaphysique nouvelle.

CISMODOC - Vous avez consacré un chapitre au droit musulman. Comment se pose la problématique juridique dans la société musulmane aujourd’hui ?

Pr L. Addi : Il est nécessaire d’avoir un large débat sur cette question à la lumière de l’histoire de la pensée juridique en terre d’islam et à la lumière de la sociologie juridique. Cela permettra de clarifier les termes du débat et de lever beaucoup de malentendus. En rédigeant mon livre et en faisant des recherches sur ce thème, j’ai découvert que les concepts de shari’a, de fiqh et de droit musulman ne recouvrent pas la même réalité. La shari’a est l’idéal de justice tel que prescrit dans le Coran. Dieu dit qu’il faut être juste et être solidaire avec les pauvres et les faibles. Le fiqh est la traduction dans la culture de l’époque de cet idéal de justice. Et à l’exception de quelques règles qui ont persisté (polygamie, héritage…) et aussi de quelques règles de droit commercial, le fiqh est tombé en désuétude. Il ne correspond pas à la vie sociale d’aujourd’hui. Le fiqh n’est pas un droit édicté par l’Etat, c’est une morale édictée par la société. Quant au droit musulman, c’est une synthèse du fiqh et du droit européen rendu nécessaire par l’apparition de l’Etat-nation qui a le monopole sur la création de la règle juridique. Le droit musulman, qui est encore en construction, ne cherche pas à protéger la communauté comme le fiqh, il cherche à protéger les intérêts de l’individu. La substitution de la répudiation par le divorce s’inscrit dans cette logique voulue par l’ordre familial qui n’accepte plus la répudiation. Les familles ne veulent plus que leurs filles soient répudiées. S’il y a séparation du couple, ce sera l’affaire de l’Etat et non de l’imam de la mosquée. Mais le droit musulman n’a pas achevé son parcours d’élaboration ; il y a encore des résistances culturelles sur de nombreux aspects.  

CISMODOC - Votre approche scientifique des textes religieux : est-ce que vous privilégiez une approche interprétative par rapport à une approche critique ? Quelles réponses sont aujourd’hui apportées par le discours religieux aux demandes sociales de changement ?

Pr L. Addi : Les sciences humaines sont des sciences critiques. Elles critiquent le poids de l’idéologie et la fausse conscience dans la représentation de nous-mêmes. L’une des tâches des intellectuels musulmans est de faire une analyse critique du corpus religieux pour permettre la naissance d’un nouveau corpus compatible avec la liberté de conscience. Il faut dépasser Ibn Hanbal et Ibn Tayymiya en utilisant les sciences humaines et la philosophie. Mohamed Shahrour suggère de lire le Coran à la lumière des connaissances actuelles, les connaissances apparues après la révélation coranique. Personnellement, je trouve que le Coran est plus riche spirituellement et humainement à la lumière de la philosophie de Kant. Lire le Coran à travers la métaphysique de Platon comme l’ont fait les théologiens ne correspond pas à la sensibilité d’aujourd’hui.

CISMODOC - Que pensez-vous de la pensée musulmane dans le contexte européen ? S’agit-il également d’une crise culturelle dans le contexte européen ? Pensez-vous qu’une autonomisation de la pensée par rapport au discours religieux est possible pour les musulmans européens ? Quelles sont les conditions de cette autonomie ? La fin de l’influence étrangère (des pays d’origine) ? Une meilleure intégration socio-économique, mais aussi culturelle des communautés musulmanes ? Tous ces facteurs ?

Pr L. Addi : La situation des musulmans d’Europe est complexe. Par fidélité aux pays d’origine, beaucoup d’entre eux montrent un attachement à l’interprétation du Coran de leurs parents et grands-parents. J’ai le sentiment que les musulmans d’Europe ne se sentent pas légitimes pour innover en matière religieuse. 

CISMODOC - À la lecture de votre ouvrage on (re)découvre les fondements communs entre les sociétés musulmanes et les sociétés européennes ainsi que les attitudes ethnocentrées réciproques. Votre perspective comparative et la mise en exergue de fondements communs sont-elles des outils pour une hybridité culturelle assumée des musulmans européens ?

Pr L. Addi : Les musulmans et les Européens ne s’opposent pas pour des raisons religieuses ; ils s’opposent pour des raisons politiques. Prenez le cas de l’islamophobie. C’est du racisme qui se légitime par les valeurs de la laïcité. On constate que les partis de droite et d’extrême droite sont les plus islamophobes alors que par le passé, ils ont combattu la laïcité et ont défendu le contrôle de la société par l’Eglise. Le rejet des musulmans est une réaction raciste. Ceci dit, les actes terroristes perpétrés au nom de l’islam par des jeunes en souffrance psychologique sont à condamner fermement. Les musulmans belges, français… sont des Français, des Belges… et à ce titre, ils sont solidaires de leurs communautés nationales respectives.

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Nos nouveautés

Dassetto F., Bilan du devenir du jihadisme radical-terroriste en fin 2019 après la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, la vitalité de foyers radicaux jihadistes et le désordre au nord de la Syrie, novembre 2019. Le clerc combattant Abou Bakr Al Bagdhadi avait lancé un « Califat » islamique (appelé également avec l’acronyme Daesh) prétendant se situer en ligne directe avec la réalité politique et religieuse du Prophète Muhammad. Il avait également fait prendre en 2014 un nouveau tournant au jihadisme radical, à la suite de celui inspiré et programmé par Oussama Ben Laden et ses compères dans les années 2000. Il est mort le 27 octobre. Il a été tué lors d’un raid des forces spéciales américaines. Etonnement, alors qu’on le pensait terré dans des régions désertiques, il vivait depuis quelques mois dans un village près de la ville d’Idleb, au nord- ouest de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière turque, dans une région contrôlée par des groupes islamistes proches d’Al-Qaida (donc opposés à Daesh) et par des postes d’observation de l’armée turque. Cela fait partie des jeux difficiles à comprendre qui se jouent dans la région. > En savoir plus

Entretien avec Lahouari Addi autour de son ouvrage « La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant », In Cismodoc en débats [online], Université catholique de Louvain, novembre 2019, p. 6.  Le discours religieux musulman est pris dans une fièvre idéologique depuis au moins deux siècles, réagissant avec une violence verbale aux évolutions sociales, ce qui atteste d'une crise culturelle profonde. La domination européenne a révélé la crise, mais elle n’en est pas la cause. Celle-ci est à rechercher dans l’histoire intellectuelle de la culture religieuse au cours de laquelle l’orthodoxie officielle avait interdit la philosophie comme activité intellectuelle autonome. > En savoir plus

F. Dassetto, Les institutions européennes face aux religions et à la complexe question de l’islam. Tâtonnements en attente d’une vision globale Essai prospectif, juin 2019, 64 p. Que doivent faire les états en matière de religion ? On pourrait répondre qu’ils ne doivent rien changer par rapport aux équilibres qui se sont forgés durant les siècles précédents, lors de la constitution des États-nations modernes. Équilibre incertain, qui a vu des issues différentes en Europe, allant de la totale séparation entre religions et état jusqu’à des rapports plus conciliants et réciproquement fonctionnels. Ne rien faire, d’autant plus que les instances religieuses connaissent une perte d’emprise sur les populations dans un bon nombre de pays ou bien, au contraire, en profiter pour liquider les privilèges que les religions ont réussi à garder ? Que doivent faire les instances européennes ? > En savoir plus

A. Belhaj, « Tajdid (renouveau) ». In : Vocabulaire de l'Islam (online), avril 2019, p. 3. Le terme tajdid (renouveau) dérivé de la racine j-d-d donne un sens de nouveauté, de grandeur, d’effort, de chance, de renouveau, etc.Dans la pensée islamique pré-moderne, le concept de tajdid ou de tajaddud (son synonyme) n’a été utilisé que dans la période tardive (14ème-15ème siècles), dans le sens de renouveler l’application du Coran et de la sunna dans les commentaires du hadith.

N. El Makrini, « N. Tabbara (2018), « L’islam pensé par une femme, Bayard ».  In : Compte rendu du Cismodoc (online), avril 2019, p. 3.  Riche d’un parcours personnel et intellectuel varié, N. Tabbara souhaite être une voix parmi d’autres en proposant une manière de vivre sa religiosité en phase avec son temps. Dans son ouvrage « L’islam pensé par une femme », elle prône une nouvelle interprétation de l’islam qui doit, selon elle, se faire à partir du Coran. > En savoir plus

N. El’Makrini, « Pratique médicale, spiritualité et Islam », mars 2019, p. 17. Au cours de ces dernières années, les sociétés européennes se considérant comme affranchies du religieux, ou du moins au sein desquelles la religion détermine de moins en moins les comportements quotidiens, sont confrontées à des débats suscités par des affirmations identitaires, culturelles et religieuses. Ce phénomène traverse l’ensemble des champs sociaux, y compris le champ médical. Aux réalités diverses, psychologiques, socio-économiques, etc., auxquels sont confrontés les professionnels de la santé, ils doivent aujourd’hui également prendre en considération la multiplicité des héritages ainsi que les différentes références culturelles et religieuses.

Gh. Djelloul, « Ismaël Saïdi et Michael Privot (2018), Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?, Flammarion », In : Compte rendu du Cismodoc(online), mars 2019, 2p. Ce livre a vocation à rendre accessible une somme importante de connaissances tirées de travaux de sciences humaines et sociales concernant l’environnement socio-politique du prophète de l’islam. Loin de constituer une énième biographie traditionniste dans le style narratif de la sira nabawiya (la vie du prophète), les auteurs procèdent au contraire à la déconstruction de nombreux récits mythologiques contenus dans cette « histoire sainte ». > En savoir plus

N. El’Makrini, « Les tenues « islamiques » des femmes : le voile partiel et intégral », mars 2019,7 p. La tenue vestimentaire des femmes musulmanes dans l’espace extra-domestique varie selon la région, l’origine sociale, l’urbanité ou le degré d’attachement à la norme islamique. Cette norme ne donne pas de réponse définitive sur la forme de cette tenue vestimentaire. > En savoir plus

Belhaj A., Dassetto F. et El’Makrini N., Le chiisme et les quarante ans de la révolution iranienne, janvier 2019, 62 p. En janvier et février 2019, l’Iran célèbre le 40ème anniversaire de la révolution islamique qui a mené à la fondation de la République islamique en 1979. Il s’agit d’un élément majeur de l’histoire contemporaine de l’islam, du Moyen-Orient et du monde qui a eu et continue à avoir des conséquences géopolitiques importantes. > En savoir plus

M. Brignone, « Les transformations en cours dans l’islam marocain », novembre 2018, 7p. Dès 2002, le Maroc s’est engagé dans une profonde restructuration du champ religieux, pour affronter, à l’intérieur, les lectures fondamentalistes et promouvoir, à l’extérieur, un Islam tolérant et modéré. Au cœur de ce projet se trouve l’Université Qarawiyyin, qui s’est vu confier la tâche de former les oulémas de demain. > En savoir plus

N. El’Makrini « Jean-Claude Kaufmann (2018). Burkini: Autopsie d'un fait divers, Les Liens qui Libèrent », In : Compte rendu du Cismodoc(online), décembre 2018, 2p. Le sociologue J-Cl. Kaufmann s’était déjà penché sur la question de la nudité et de l’exposition du corps de la femme à la plage, à travers la « pratique des seins nus » dans son ouvrage « Corps de femmes, regards d’hommes », publié en 1995.  Dans cet ouvrage, il analyse l’esthétique des gestes ainsi que les règles et comportements subtils, complexes et précis en vigueur dans cet espace, comme par exemple le contrôle du regard et ce que E. Goffman nomme « l’inattention respectueuse ». Dans le présent ouvrage, il poursuit ce travail d’analyse et de compréhension à partir de l’emballement médiatique et la « crise du burkini » qui a eu lieu en France durant l’été 2016. > En savoir plus

N. El’ Makrini, Rapport des musulmans contemporains au Coran, octobre 2018, 4 p. Cette sélection bibliographique est un compte rendu du numéro 23 de la revue Oasis. Fondazione Internazionale Oasis (dir.) (2016), Le Coran et ses gardiens > En savoir plus

Entretien avec Lionel Remy, à propos de son ouvrage : "Le parti ISLAM. Filiations politiques, références et stratégies. Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan", octobre 2018, 3 p. C'est un parti qui a un nombre très réduit de membres et pourtant, il a eu un large écho médiatique, et aux dernières élections communales il a récolté quelques 5.000 voix.  > En savoir plus

B. Brodard, « La formation des autorités religieuses musulmanes en Suisse », juin 2018, 12 p. En Suisse, la formation des autorités religieuses musulmanes est devenue un enjeu public. Ces dernières années, l’islam a acquis en visibilité et est devenu un thème largement médiatisé et discuté politiquement. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. La formule « l’islam du juste milieu » est très populaire dans le monde musulman contemporain, y compris parmi les citoyens musulmans européens pour qualifier l’islam vécu ou promu par des personnes ou groupes islamiques qui visent à témoigner d’un islam à la fois orthodoxe et adapté au contexte. Cette expression courante, d’apparence anodine, suscite toutefois perplexité au sein d’un public peu averti quant à la teneur concrète des discours musulmans véhiculés sous ce label. > En savoir plus

Gh. Djelloul et B. Maréchal, L’islam et les musulmans en Belgique : Quelques repères historiques, démographiques et organisationnels , avril 2018, 7 p. La présence musulmane en Belgique remonte essentiellement au milieu des années 1960, même s’il y a des musulmans dans le pays depuis le XIXème siècle. [...] En cinquante ans, et notamment dans le prolongement de la reconnaissance officielle de l’islam en 1974, les dynamiques musulmanes d’implantation et d’investissement se sont transformées et diversifiées. > En savoir plus

N. El’Makirini et B. Maréchal, Le vécu des musulmans européens en tensions : une brève présentation des enjeux du devenir de l’islam contemporain, février 2018, 6 p. Depuis les années 1970, dans le monde musulman ainsi qu’en Europe, « l’islam est redevenu un axe de référence pour les individus et pour la société » (Dassetto : 2004) mais les attentats récemment perpétrés au nom de l’islam dans les pays occidentaux et la violence présente dans le monde arabo-musulman depuis quelques décennies renforcent l’idée que les discours voire les pratiques des mouvements radicaux dominent et sont les plus actifs dans le vécu des populations musulmanes. > En savoir plus

Gh. Djelloul et N. El’Makrini, Le féminisme islamique comme courant minoritaire en voie d’institutionnalisation, janvier 2018, 17 p. Le « Féminisme islamique » est un courant de pensée relativement récent, de production intellectuelle, autour d'un corpus religieux, alimenté par un réseau transnational de militantes  dans des contextes socio-politiques très contrastés. L’objectif de cet article est de dresser le panorama des luttes communes et des modalités d’action des différents collectifs qui l’animent, pour réfléchir dans un deuxième temps au degré d’institutionnalisation atteint par ces groupes de militantes. > En savoir plus

Entretien avec Felice Dassetto, à propos de son ouvrage : Jihad u akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le sunnisme contemporain (1070-2018). Dans le cadre d’un entretien mené au CISMOC en avril 2018, le Prof. F. Dassetto revient ici sur les motivations à la base de cet ouvrage ainsi que sur les jalons qui ont façonné sa réflexion sociologique sur le radicalisme violent islamique. > En savoir plus