Centre de documentation sur l’islam contemporain

Fil d'actualité

Quinzaine 1 - 12 avril 2019

Quel public fréquente encore les cours de religion dans l’enseignement officiel

C. Sägesser, La fréquentation des cours de religion et de morale après l’introduction de l’enseignement de la philosophie et de la citoyenneté, Observatoire des religions et de la Laïcité (ORELA), 8 avril 2019. Deux ans après l’entrée en vigueur du cours de citoyenneté dans l’enseignement officiel C. Sägesser examine la fréquentation des cours de religion et de moral non confessionnelle. Pour rappel, depuis septembre 2016, une heure obligatoire de CPC (Acronyme de « cours d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté ») est donnée au détriment des cours de religion ou de moral non confessionnelle qui ont été réduits à une heure au lieu de deux. D’après les premiers résultats « les cours de religion islamique, protestante et orthodoxe continuent de voir leur fréquentation augmenter » alors que « les cours de religion catholique et de morale non confessionnelle connaissent une baisse relativement significative ». Notons que pour le cours de religion catholique une baisse de fréquentation avait déjà été constatée avant l’introduction du CPC. C’est le cours de moral qui a connu un basculement. En effet, depuis l’introduction de ce nouveau cours, sa fréquentation a baissé de 40% dans le primaire et de 20% dans le secondaire. Quant à la fréquentation du cours de religion islamique dans les écoles francophones de Bruxelles, il connaît « un réel engouement des familles musulmanes de Bruxelles pour cet enseignement ». Comme le souligne C. Sägesser, les élèves et les parents de l’enseignement officiel, principalement du public protestant, des orthodoxes et des musulmans, restent attachés aux cours de religions et de moral. Paradoxalement, alors que la volonté de suppression totale des cours de religion reste d’actualité, les programmes de formation pour ces enseignants de religions minoritaires sont en pleine croissance afin de privilégier, dans le cadre scolaire, un accompagnement et une réflexion sur les questions spirituelles et religieuses de ces jeunes.

Les enfants et les petits enfants d’immigrés délaissent les prénoms de leur culture d’origine

B. Coulmont et P. Simon, Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leurs enfants en France ?, INED, avril 2019. D’après une étude de l'Institut national d'études démographiques (INED), parue mercredi 10 avril, on note une évolution des prénoms donnés par les parents issus de l’immigration. D’après cette étude réalisée par deux sociologues et intitulée « Trajectoires et Origines », après deux générations ces parents privilégient des prénoms « internationaux », mais pas nécessairement français, et délaissent les prénoms arabo-musulmans. Les personnes de culture musulmane pratiquante, « à forte religiosité », gardent quant à eux des noms plus spécifiques par rapport aux chrétiens et personnes sans religion. La première génération de Maghrébins porte à 90% des prénoms arabo-musulmans, plus que 2/3 pour la seconde génération et les prénoms de la troisième ont tendance à se rapprocher de la population majoritaire (Adam et Yanis pour les garçons, Ines et Sarah pour les filles dans le top 20 en 2017). Il s’agit, d’après les sociologues, d’une innovation culturelle, car dans certains cas il s’agit de nouveaux prénoms, mais qui restent perçus par la société majoritaire comme étant d’origine maghrébine. Selon les deux sociologues, malgré ces transformations, « l’invisibilisation des connotations culturelles des prénoms n’est pas complètement réalisée » pour les personnes issues de l’immigration maghrébine.

Algérie et système patriarcal

G. Djelloul, Algérie : la non-violence à l’épreuve du système patriarcal, TSA, 9 avril 2019. Les Algériens ne se sont pas complètement défaits du système de violence patriarcale qui, comme le souligne Ghaliya Djelloul, est un des « des centre-actifs de la reproduction de l’oppression dans la société algérienne ». Le « desserrement » des premières heures des manifestations, qui a donné lieu à « un espace public hospitalier et inclusif », a rapidement fait place à une violence symbolique (et physique) envers la gent féminine. La visibilité des femmes et de leurs revendications dans l’espace public a déstabilisé le système patriarcal. On leur demande de rester chez elles afin de ne pas créer la discorde « fitna ». Pourtant, elles représentent une composante majeure de la société civile, le changement ne pouvant se faire qu’avec elles (la moitié de la population algérienne). C’est la raison pour laquelle il est essentiel de dénoncer et de signaler les violences faites aux femmes. La seule issue selon G. Djelloul est de « Soutenir, relayer le message et faire écho à la voix des féministes (…) pour renforcer le mouvement qui aspire à donner vie à une société civile, plurielle et démocratique ! ».

Hijab de running

D. Kaminski , Hijab de course et running à l’échalote, La Revue nouvelle, 2019. Dan Kaminski revient sur la polémique autour du projet marchand de Decathlon relative à la commercialisation d’un « hijab de running » destiné à être porté par des sportives voilées. D’après lui, « l’hijab de running n’a rien, en soi, de libérateur. Sa diabolisation non plus ». Il appelle à écouter les femmes voilées plutôt que de se contenter de « jeter un regard rapide » et « faussement sécularisé » sur elles.

L’islam en Nouvelle-Zélande

Nouvelle-Zélande : situation démographique de l’islam, Religioscope, 17 mars 2019. L’attaque terroriste perpétrée dans deux mosquées de la ville de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, pose la question de la présence des communautés musulmanes dans cet archipel du Pacifique sud. Le site Religioscope propose les résultats d’une étude réalisée par Yaghoob Foroutan, professeur associé de l'Université de Mazandaran (Iran) collaborant également avec des universités d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Sur l’Archipel, les musulmans représentent un pour cent de la population et, selon les projections établies, les communautés musulmanes pourraient atteindre 2% en 2030. Trois quarts des musulmans vivant en Nouvelle-Zélande sont nés en dehors du pays. Il s’agit donc principalement de citoyens de première génération. La majorité de la population est jeune, l’âge moyen étant de 25 ans. Une grande partie est fidjienne (20%), l’autre provenant essentiellement de deux pays en guerre : l’Irak (8%) et l’Afghanistan (6%). Quant à leur niveau de formation, les individus provenant d’Inde et du Bangladesh sont diplômés de l’enseignement supérieur. On constate que le niveau d’instruction est plus faible chez les Afghans et les Somaliens, ces derniers éprouvant d’ailleurs plus de difficultés à trouver un emploi.

 

L’avenir du bâtiment du Centre islamique du Cinquantenaire

F. Dassetto, Le Centre islamique du Cinquantenaire en attente d’un cap, Blog de Felicedassetto.eu, 19 mars 2019. Dans ce billet, le sociologue revient sur l’avenir de la Mosquée du Cinquantenaire. Pour rappel, en octobre 2017, suite à la Commission d’enquête parlementaire belge sur les attentats du 22 mars 2016, un accord unanime est intervenu pour la remise d’un avis favorable à l’annulation de la concession accordée aux Saoudiens en 1969 pour une période de 99 ans. La Ligue islamique quittera définitivement les lieux à la fin du mois de mars bien que la transition ne semble pas avoir été préparée. D’après le sociologue, c’est un signe des carences de l’islam belge.  Ce lieu a pourtant une portée symbolique et devrait avoir comme ambition de représenter l’islam belge. Malheureusement, les acteurs de la transition ne parviennent pas à faire émerger des « structures religieuses transversales » et à dépasser les clivages nationaux. Il déplore également le manque d’investissement des jeunes générations et soumet plusieurs pistes pour que ce lieu symbolique devienne un lieu de rayonnement de l’islam belge. À partir d’un point de vue croyant que les musulmans mettront eux-mêmes en place, le sociologue évoque notamment la nécessité de créer un lieu de formation supérieure qui mènerait des réflexions exégétiques, théologiques et morales.

Processus de laïcisation en Turquie.

R. Soylu, La jeunesse turque de plus en plus laïque et moderne sous Erdoğan, Middle East Eye, 21 mars 2019. L’accent mis par les autorités turques sur l’éducation et l’enseignement religieux n’a pas freiné le processus de sécularisation en cours en Turquie. C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé par l’Institut de sondage Konda à Istanbul. De manière générale, il semblerait qu’au cours de ces dix dernières années, la jeunesse et la population turques adhèrent de plus en plus à une conception laïque des relations sociales, familiales, etc. D’après un chercheur turc travaillant sur la laïcisation de la Turquie, La laïcisation d’une société « s’obtient si vous disposez de ces trois éléments : l’urbanisation, le capitalisme et la science ». Ces changements sont le résultat de transformations économiques et sociétales, et la politique menée par le gouvernement n’a pas freiné ce processus. La mondialisation tend vers un processus d’homogénéisation. Dans un contexte de libéralisme économique, d’urbanisation et démocratisation du savoir, la société turque contemporaine adopte un style de vie occidentale.

L’islam politique à l’épreuve du pouvoir

O. Brouksy, Maroc. La popularité abîmée des islamistes de gouvernement, Orient XXI, 19 mars 2019. Comme le dit l’adage populaire, les politiciens sont « Tous pourris ». Dès qu’il est au pouvoir, l’islamisme politique n’y échappe pas. Les ouvertures politiques autorisées par les « révolutions arabes » ont montré qu’à l’épreuve du pouvoir les partis islamistes n’échappaient pas à la mauvaise gouvernance. Cet article traite plus particulièrement du PGD au Maroc dont la crédibilité est régulièrement remise en question depuis sa participation au pouvoir en 2011. On critique leurs embourgeoisements et l’abandon des valeurs morales et l’éthique religieuse sur lesquelles ils ont prioritairement basé leur campagne. L’exploitation d’une « morale islamique », le discours moralisateur pour l’établissement d’une justice sociale et la fin des privilèges de la caste politique lors de sa campagne électorale sont-ils un moyen de convaincre un électorat majoritairement religieux ? Ainsi, on critique la duplicité de Benkirane qui accepte un régime de retraite spéciale alors qu’il critiquait lui-même ce privilège de rente accordé à la caste politique. La carrière politique est un moyen d’améliorer son quotidien. Sont-ils des arrivistes sans conviction ? 

Les protestations en Algérie et l’islam politique

F. Burgat, Les islamistes et la transition démocratique en Algérie : entre « récupération », « disparition » et… participation, Middle East Eye, 18 mars 2019.  L’élan protestataire dans les sociétés arabes est étroitement lié à la volonté de sortir du régime autoritaire. Selon F. Burgat, les islamistes s’inscrivent dans ces protestations parce que leurs revendications ne sont pas uniquement religieuses, contrairement à ce qui est largement répandu. En Algérie, les islamistes souhaitent, comme toutes les autres tendances de la société, la fin de l’autoritarisme et du système corrompu en place. Ainsi, les islamistes font partie du paysage politique algérien et si une transition s’amorce il va de soi qu’ils y participeront. 

A. Chémali, Depuis la Turquie, un prédicateur frère musulman égyptien appelle les Algériens à islamiser leur mouvement, France.info, 21 mars 2019. Un prédicateur égyptien, cheikh Wagdi Ghoneim, membre de la confrérie des Frères musulmans installés en Turquie, reproche aux manifestants algériens de réclamer la démocratie au lieu « d’exiger la création d’un État islamique et l’application de la charia ».

Phénomène de « dévoilement » des femmes musulmanes dans le contexte français

Des observateurs attentifs des milieux sociaux musulmans noteront un phénomène de dévoilement des femmes de confession musulmane. Dans le contexte français, il s’agit d’une thématique déjà présente à l’époque coloniale. L’article de N. Henni-Moulaï, « Ôter le voile n’a pas entamé ma foi » : pourquoi des musulmanes décident de ne plus se voiler, Middle East Eye, 8 mars 2019  pose notamment la question de savoir si « le phénomène du dévoilement a émergé comme une suite presque logique aux débats sur le voile. » ou « En serait-ce, alors, un symptôme ? ». Au-delà de la stigmatisation qui peut soit mener à une prise de distance avec le groupe, soit à un retournement de stigmate (A. Sayad) vient s’ajouter, d’après l’article, dans le chef des femmes qui le portent, la fatigue autour du débat sur le voile et sa stigmatisation comme signe ostentatoire, mais aussi comme signe de soumission, ainsi que « le coût professionnel, social, scolaire, financier » qu’il engendre, les femmes voilées devant souvent sacrifier ces différents domaines. Les raisons évoquées par les femmes qui les poussent à ôter leur voile sont multiples : certaines expliquent que c’est notamment lié à leur cheminement spirituel, à la lecture d’autres interprétations religieuses, etc. D’autres souhaitent prendre de la distance avec la dimension identitaire qui a pris de plus en plus d’importance depuis la crispation des débats autour du voile.  Enfin, comme le souligne l’article certaines ne veulent plus être perçues qu’à travers leur habillement. Par ailleurs, le contexte post-attentat a certainement tendance à favoriser ce phénomène. Sur cette thématique voir également dans la rubrique psycho de SaphirNews  la question posée par une lectrice « Ismahen : « Le voile est-il vraiment une injonction divine ? »

Influence du virtuel dans la mobilisation politique en Algérie

M. Slimani, Les réseaux sociaux à l’heure de la protestation : Facebook, couteau suisse politico-médiatique, El Watan.com, 6 mars 2019. Les nouvelles générations des sociétés arabes sont de plus en plus connectées. Depuis les « printemps arabes » de 2011, le rôle joué par les réseaux sociaux dans la volonté de changement politique et dans les mouvements de contestation est débattu par les observateurs. Cet article discute plus précisément l’apport des réseaux sociaux dans le mouvement de mobilisation actuellement en Algérie qui est surtout lié à l’existence de motifs de frustrations dans la vie réelle, le numérique étant un support pour les exprimer.  En effet, les Algériens débattent parallèlement - ou même en dehors du monde virtuel - (les lieux de travail, les cafés, etc.) des questions sociétales qui les préoccupent. L’article met en outre en exergue les risques et opportunités qu’offrent les médias sociaux en fonction du contexte. Ainsi, le recours aux médias numériques peut aussi bien être un « outil de manipulation » qu’un « catalyseur fédérateur pour énergies positives » ou encore être à l’origine de fake news, rumeurs et fausses informations. L’usage des smartphones permettant la transmission en direct des évènements entraînent toutefois un changement dans la modalité de transmission de l’information. C’est ainsi que des manifestants produisent leurs « propres images », et sont de cette manière « à la fois acteurs et narrateurs de leurs récits ».

Un lien entre le « mythe du retour » et la « crise identitaire »

H. Benaissa, Le mythe du retour, le renversement d’un mythe : sociohistoire d’une « crise identitaire », Cahiers d’études du religieux. Recherches interdisciplinaires, mis en ligne 7 février 2019. Un essai sous forme d’article dans lequel l’auteur analyse le processus de réinvestissement dans les rites religieux ainsi que des formes d’expression visibles d’appartenance de générations de jeunes nés en France et issus de l’immigration.  Le mythe du retour dans le pays d’origine, et donc la présence provisoire dans le pays d’accueil, a été renversé dans les années 1980. Il sera, selon l’auteur, remplacé par une mythification des origines. Malgré le paradoxe et l’assignation à la culture d’origine, on constate une prise de distance de ces jeunes avec celle-ci. Néanmoins, dans la perception qu’on a de ces jeunes, le critère de l’origine s’intensifie, notamment dans la différenciation. L’auteur cite notamment la circulaire de 1978 qui introduit une distinction entre les enfants d’immigrés et les autres dans l’enseignement. D’après l’auteur, le discours scientifique a renforcé cette distinction en usant de catégories telles que « descendants d’immigrés ». Cette assignation à la culture des parents alors que ceux-ci connaissent un processus d’acculturation et sont imprégnés dès le jeune âge par leur environnement social. En partant de ces constats, l’auteur veut interroger le paradigme de « retour au religieux ». D’après lui, le nouveau cadre socio-historique, le retour au religieux ne produit pas de l’ancien, mais du nouveau. Il soutient également que la religion est un composant, et non un obstacle, au changement social.

« Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste »

Fondapol (une fondation « libérale, progressiste et européenne ») publie un texte de Eva Janadin  et Anne-Sophie Monsinay, les fondatrices d’un « mouvement pour un islam spirituel et progressiste », février 2019.  Le titre de la note est « Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste ». L’objectif est de « repenser et redonner sens aux pratiques spirituelles » en éloignant le sentiment de culpabilité et en mettant l’accent sur l’objectif spirituel. Dans cette conception de l’islam, la mise à l’écart de certaines interprétations et la sélection de certains versets coranique seront de mise ainsi que le développement d’un esprit critique. La note présente également le projet de la mosquée Sîmorgh porté par les deux auteures, une mosquée qui aura comme caractéristique d’accepter l’imamat des femmes ainsi que des prières rituelles mixtes. Dans ce lieu de culte ouvert à tous, musulman et non-musulman, les prêches en français seront débattus avec les fidèles.

La Diyanet comme outil de politique étrangère

Dans le dernier numéro de l’European journal of turkish studies, Religion as a Foreign Policy Tool, édité par Samim Akgönül and Ahmet Erdi Öztürk, disponible en ligne se penche sur le rôle de la Direction des Affaires religieuses (Diyanet), une structure religieuse qui reflète le pouvoir en place. Au fil du temps, cet appareil d’état turc est devenu un outil puissant, comme l’est d’ailleurs devenue la religion au sein du gouvernement turc. L’évolution de cet outil a non seulement permis le développement d’un « nationalisme religieux » grâce à l’instrumentalisation de la religion dans sa politique intérieure, mais étend également son champ d’action à travers une politique étrangère contrôlant les communautés musulmanes turques à travers le monde. En effet, il existe des branches locales dans différents pays où est installée une diaspora turque. La première contribution de Paul Dumont montre l’importance grandissante de la religion dans l’identité nationale, et ce depuis la fin de l’Empire ottoman. Le deuxième article de Ahmet Erdi Öztürk porte sur les relations entre le triptyque : état, religion et politique en Turquie ainsi que l’usage de la Diyanet comme outil de politique étrangère en se focalisant sur la fonction et le sens de cet appareil d’état. Martin van Bruinessen fait quant à lui une comparaison avec l’Indonésie, le seul pays à disposer d’un appareil bureaucratique religieux aussi puissant. L’article de Nil Mutluer analyse les continuités et les nouveautés - notamment les questions de genre - ainsi que des minorités de cette structure religieuse. La contribution de Chiara Maritato se penche notamment sur le rôle que jouent les femmes prédicatrices dans la diffusion d’une moralité religieuse. Un article d’une figure importante de l’islam autrichien, Ednan Aslan, dresse un état des lieux des activités de la Diyanet dans ce pays.

La surveillance des musulmans

Bechrouri, Ibrahim (2018). The Informant, Islam, and Muslims in New York City. Surveillance & Society, 16(4), p. 459-472. La lutte contre le terrorisme a légitimé la surveillance des musulmans pour des raisons de sécurité. À New York, les informateurs sont principalement des musulmans. L’article analyse la manière dont les musulmans new-yorkais vivent et perçoivent cette surveillance ainsi que le climat de suspicion intracommunautaire. Quel est le discours religieux produit autour de la surveillance de ses coreligionnaires. Notons également que les musulmans new-yorkais ont par exemple tendance à invisibiliser leur appartenance religieuse.

 

 

 

Analyses

Crise politique sans précédent en Algérie : la mobilisation citoyenne ne faiblit pas

Mars 2019

Entretien avec Ghaliya Djelloul, sociologue, qui mène une recherche doctorale au Centre interdisciplinaire d’études de l’islam dans le monde contemporain (IACCHOS/RSCS), sur la reconfiguration du champ du pouvoir en Algérie à travers une perspective genrée. Elle nous apporte son éclairage sur les évènements qui se déroulent actuellement en Algérie.

Quelques jalons de ces dernières semaines

Le président Bouteflika est en fonction depuis deux décennies, mais depuis 2013, c’est-à-dire depuis six ans, en raison d’un accident cardio-vasculaire qui a fortement diminué ses capacités, il ne semble plus jouer qu’un rôle symbolique, de façade du régime actuel. Président impotent et invisible, l’annonce de sa candidature à un cinquième mandat présidentiel a provoqué des manifestations spontanées, populaires et massives.

10/02/19

Le président Abdelaziz Bouteflika annonce, par lettre, son intention de briguer un cinquième mandat.

22/02/19

Début du mouvement de contestation, après des appels anonymes lancés sur les réseaux sociaux. Jour après jour, ce mouvement s’étendra à toutes les couches de la population (genre, âges et catégories socio-professionnelles différentes).

24/02/19

Deux jours après ce mouvement de protestation, le président algérien se rend à Genève pour des raisons médicales.

1/03/19

Le mouvement s’amplifie (journalistes, étudiants…) et des marches beaucoup plus importantes ont lieu sur l’ensemble du territoire.

3 /03/19

La candidature d’Abdelaziz Bouteflika est officiellement déposée au Conseil constitutionnel, en dépit de la loi exigeant sa présence

8 /03/19

Le mouvement continue de s’amplifier (médecins, avocats, magistrats, enseignants, lycéens, femmes…) et des marches beaucoup plus importantes ont lieu sur l’ensemble du territoire.

11/03/19

Lancement d’une grève générale sur l’ensemble du territoire, à laquelle se joignent de nombreux syndicats. 

12/03/19

Après son retour, la veille, le président Bouteflika annonce par lettre la reconnaissance de la légitimité du mouvement, justifiant le report des élections, son maintien au pouvoir et une « feuille de route » en vue des prochaines élections.

 Cismodoc : D’abord est-ce que le mouvement est vraiment spontané ou bien s’agit-il de l’accumulation de frustrations. En effet, Bouteflika est devenu une caution symbolique (réconciliation nationale), dans un pays où plane l’ombre de la « décennie noire » ainsi que les bouleversements qu’ont suscités les « printemps arabes » (Égypte, Tunisie, Syrie, etc.). Malgré le « chantage à la guerre civile » comme le souligne K. Daoud, les manifestations sont massives et se déroulent dans le calme. Que pouvez-vous nous dire sur spontanéité de ce mouvement de contestation de la société civile ? Est-ce que cette société civile active (qui semblait pourtant statique) et qui s’exprime librement dans l’espace public vous a surprise

G.D : La forme qu’a prise le mouvement est spontanée, mais ses centres-actifs sont sur le terrain depuis de nombreuses années. Qu’il s’agisse des jeunes (hommes) politisés dans les stades de foot, des syndicats autonomes et des associations qui luttent pour faire exister la société civile, la véritable surprise est la façon dont ces luttes, sectorielles, ont convergé, et se sont cristallisées autour de l’annonce de la candidature à la candidature pour l’élection présidentielle de Bouteflika. Il faut ajouter qu’une tension palpable existait depuis plusieurs mois, en raison de l’incertitude que le régime laissait planer sur la tenue ou non de ces élections, dans une situation économique de plus en plus précaire, car étroitement corrélée aux prix des hydrocarbures. Le climat est donc devenu électrique, lorsque ce scénario absurde d’un candidat représenté par une photo dans un cadre, a été proposé à la population, qui s’est sentie humiliée. C’est d’ailleurs moins l’expression de ce sentiment qui est étonnante, que la forme spatiale d’occupation et de réappropriation des espaces publics urbains, auquel elle a conduit, et qui n’avait plus été aussi massive depuis octobre 1988, voire l’indépendance. Ce qui est également surprenant est de découvrir une Algérie aussi jeune, aussi urbaine, et qui se représente elle-même

Cismodoc : Les Algériennes et Algériens sont de plus en plus éduqués, hyperconnectés et plus au fait de ce qui se passe dans le reste du monde. Peut-on avancer l’idée d’une libération de la parole et d’une réappropriation de l’espace public par la société civile?

G.D : Oui, il s’agit d’une libération (crier haut et fort, brandir des pancartes, chanter des chansons qui appellent le président et l’entièreté du système à « rendre le pouvoir » aux Algériens), mais également d’une légitimation de la parole (les partager en ligne, commenter, participer à des espaces de prise de parole). Cela rend à la population un sentiment de fierté, de dignité et de puissance. Cette solidarité leur permet de faire tomber la peur, et c’est là que commence réellement la réappropriation de l’espace public par la pacification du champ politique : Silmiya (pacifisme), répètent-ils en chœur lorsque la tension monte d’un cran. Des policiers et même des gendarmes se sont ralliés au « peuple », mais l’institution de l’armée ne s’est pas encore clairement positionnée.

Cismodoc : Le risque de répressions n’a pas refroidi la détermination des manifestants. Quelles sont les exigences de ces manifestants ? En d’autres termes qu’est-ce qui ramènerait le calme dans les rues des différentes wilayas (division administrative de l’Algérie) algériennes ?

G.D : Départ du président et démission de l’actuel gouvernement : « Ils seront tous enlevés ». Mise en place d’un gouvernement d’union civile. Assemblée constituante. Entrée dans une deuxième république, État de droit, séparation du pouvoir, expression politique et participation aux affaires publiques garanties et protégées par des institutions démocratiques qui garantit la place de la société civile.Ce n’est qu’une fois l’Etat, aujourd’hui patrimonialisé par le régime, assaini et réapproprié par la société civile, que d’autres questions pourront être réglées : justice sociale, redistribution, libertés fondamentales, etc.

Cismodoc : Les aspirations du peuple algérien semblent avoir été entendues. Après six ans d’un pouvoir de façade du président Bouteflika, ce dernier renonce à un cinquième mandat face aux protestations, mais il prolonge le mandat en cours. Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que cela ne montre pas une fois de plus l’opacité institutionnelle en Algérie ?

G.D : Cela signifie que le « régime » (son clan) s’accroche au « pouvoir » (autoritaire), et que le « système » (clientéliste dont profitent militaires, politiciens et patrons d’industrie) ne compte pas céder si facilement à la pression de la rue. Sa « ruse » ne semble pas fonctionner puisque la mobilisation, durant la semaine, n’a pas faibli, et que des marrées humaines qui semblent encore plus importantes, pacifiques et organisées, se sont déroulées ce vendredi 15 mars.

Cismodoc : Ce n’est le religieux qui fait descendre le peuple dans la rue, mais des aspirations à plus de liberté notamment dans le domaine politique même si les enjeux dépassent le cadre politique (éducation, culture, économie, etc.). L’aspect religieux dans ce mouvement de contestation ? Y a-t-il un risque que les islamistes aspirent à prendre le pouvoir, s’il devient vacant ?

G.D : Jusqu’à présent, les formes organisées du mouvement islamiste (partis, figures historiques) ont très peu été visibles ou entendues, bien que le mouvement Rachad soit assez actif sur les réseaux sociaux, depuis la diaspora. Toutefois, ils constituent une force sociale importante en Algérie, qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Il me semble que le risque qu’ils aspirent au pouvoir n’est pas à négliger, mais que la société civile qui renait peu à peu de ses cendres, ne laissera justement pas la place vacante. Tout l’enjeu est là : proposer un horizon politique qui ne se limite pas à l’imaginaire de l’islam politique.

Cismodoc: En tant que sociologue spécialiste du genre. Que pouvez-vous nous dire sur le rôle des femmes dans ce mouvement de contestation ?

G.D : Les femmes sont les artisanes et le symbole vivant de la renaissance de cette société civile. Par leur participation, elles participent à produire ces espaces publics, où la population revendique sa citoyenneté. Qu’il s’agisse d’une moujahida comme Djamila Bouhired ou d’associations féministes, d’avocates, médecins, étudiantes ou journalistes, elles participent à toutes les composantes de ce mouvement. Se plaçant au centre, et non plus à la marge de la société, l’abrogation du code du statut personnel a également fait part de leurs revendications, comme condition sine qua non de leur citoyenneté.

Nos nouveautés

N. El Makrini, « N. Tabbara (2018), « L’islam pensé par une femme, Bayard ».  In : Compte rendu du Cismodoc (online), avril 2019, p. 3.  Riche d’un parcours personnel et intellectuel varié, N. Tabbara souhaite être une voix parmi d’autres en proposant une manière de vivre sa religiosité en phase avec son temps. Dans son ouvrage « L’islam pensé par une femme », elle prône une nouvelle interprétation de l’islam qui doit, selon elle, se faire à partir du Coran. > En savoir plus

N. El’Makrini, « Pratique médicale, spiritualité et Islam », mars 2019, p. 17. Au cours de ces dernières années, les sociétés européennes se considérant comme affranchies du religieux, ou du moins au sein desquelles la religion détermine de moins en moins les comportements quotidiens, sont confrontées à des débats suscités par des affirmations identitaires, culturelles et religieuses. Ce phénomène traverse l’ensemble des champs sociaux, y compris le champ médical. Aux réalités diverses, psychologiques, socio-économiques, etc., auxquels sont confrontés les professionnels de la santé, ils doivent aujourd’hui également prendre en considération la multiplicité des héritages ainsi que les différentes références culturelles et religieuses.

Gh. Djelloul, « Ismaël Saïdi et Michael Privot (2018), Mais au fait, qui était vraiment Mahomet?, Flammarion », In : Compte rendu du Cismodoc(online), mars 2019, 2p. Ce livre a vocation à rendre accessible une somme importante de connaissances tirées de travaux de sciences humaines et sociales concernant l’environnement socio-politique du prophète de l’islam. Loin de constituer une énième biographie traditionniste dans le style narratif de la sira nabawiya (la vie du prophète), les auteurs procèdent au contraire à la déconstruction de nombreux récits mythologiques contenus dans cette « histoire sainte ». > En savoir plus

N. El’Makrini, « Les tenues « islamiques » des femmes : le voile partiel et intégral », mars 2019,7 p. La tenue vestimentaire des femmes musulmanes dans l’espace extra-domestique varie selon la région, l’origine sociale, l’urbanité ou le degré d’attachement à la norme islamique. Cette norme ne donne pas de réponse définitive sur la forme de cette tenue vestimentaire. > En savoir plus

Belhaj A., Dassetto F. et El’Makrini N., Le chiisme et les quarante ans de la révolution iranienne, janvier 2019, 62 p. En janvier et février 2019, l’Iran célèbre le 40ème anniversaire de la révolution islamique qui a mené à la fondation de la République islamique en 1979. Il s’agit d’un élément majeur de l’histoire contemporaine de l’islam, du Moyen-Orient et du monde qui a eu et continue à avoir des conséquences géopolitiques importantes. > En savoir plus

M. Brignone, « Les transformations en cours dans l’islam marocain », novembre 2018, 7p. Dès 2002, le Maroc s’est engagé dans une profonde restructuration du champ religieux, pour affronter, à l’intérieur, les lectures fondamentalistes et promouvoir, à l’extérieur, un Islam tolérant et modéré. Au cœur de ce projet se trouve l’Université Qarawiyyin, qui s’est vu confier la tâche de former les oulémas de demain. > En savoir plus

N. El’Makrini « Jean-Claude Kaufmann (2018). Burkini: Autopsie d'un fait divers, Les Liens qui Libèrent », In : Compte rendu du Cismodoc(online), décembre 2018, 2p. Le sociologue J-Cl. Kaufmann s’était déjà penché sur la question de la nudité et de l’exposition du corps de la femme à la plage, à travers la « pratique des seins nus » dans son ouvrage « Corps de femmes, regards d’hommes », publié en 1995.  Dans cet ouvrage, il analyse l’esthétique des gestes ainsi que les règles et comportements subtils, complexes et précis en vigueur dans cet espace, comme par exemple le contrôle du regard et ce que E. Goffman nomme « l’inattention respectueuse ». Dans le présent ouvrage, il poursuit ce travail d’analyse et de compréhension à partir de l’emballement médiatique et la « crise du burkini » qui a eu lieu en France durant l’été 2016. > En savoir plus

N. El’ Makrini, Rapport des musulmans contemporains au Coran, octobre 2018, 4 p. Cette sélection bibliographique est un compte rendu du numéro 23 de la revue Oasis. Fondazione Internazionale Oasis (dir.) (2016), Le Coran et ses gardiens > En savoir plus

Entretien avec Lionel Remy, à propos de son ouvrage : "Le parti ISLAM. Filiations politiques, références et stratégies. Louvain-la-Neuve, Academia-L’Harmattan", octobre 2018, 3 p. C'est un parti qui a un nombre très réduit de membres et pourtant, il a eu un large écho médiatique, et aux dernières élections communales il a récolté quelques 5.000 voix.  > En savoir plus

B. Brodard, « La formation des autorités religieuses musulmanes en Suisse », juin 2018, 12 p. En Suisse, la formation des autorités religieuses musulmanes est devenue un enjeu public. Ces dernières années, l’islam a acquis en visibilité et est devenu un thème largement médiatisé et discuté politiquement. > En savoir plus

A. Belhaj, N. El Makrini et B. Maréchal, « La notion du juste milieu en islam (Wasatiyya) », mai 2018, 10 p. La formule « l’islam du juste milieu » est très populaire dans le monde musulman contemporain, y compris parmi les citoyens musulmans européens pour qualifier l’islam vécu ou promu par des personnes ou groupes islamiques qui visent à témoigner d’un islam à la fois orthodoxe et adapté au contexte. Cette expression courante, d’apparence anodine, suscite toutefois perplexité au sein d’un public peu averti quant à la teneur concrète des discours musulmans véhiculés sous ce label. > En savoir plus

Gh. Djelloul et B. Maréchal, L’islam et les musulmans en Belgique : Quelques repères historiques, démographiques et organisationnels , avril 2018, 7 p. La présence musulmane en Belgique remonte essentiellement au milieu des années 1960, même s’il y a des musulmans dans le pays depuis le XIXème siècle. [...] En cinquante ans, et notamment dans le prolongement de la reconnaissance officielle de l’islam en 1974, les dynamiques musulmanes d’implantation et d’investissement se sont transformées et diversifiées. > En savoir plus

N. El’Makirini et B. Maréchal, Le vécu des musulmans européens en tensions : une brève présentation des enjeux du devenir de l’islam contemporain, février 2018, 6 p. Depuis les années 1970, dans le monde musulman ainsi qu’en Europe, « l’islam est redevenu un axe de référence pour les individus et pour la société » (Dassetto : 2004) mais les attentats récemment perpétrés au nom de l’islam dans les pays occidentaux et la violence présente dans le monde arabo-musulman depuis quelques décennies renforcent l’idée que les discours voire les pratiques des mouvements radicaux dominent et sont les plus actifs dans le vécu des populations musulmanes. > En savoir plus

Gh. Djelloul et N. El’Makrini, Le féminisme islamique comme courant minoritaire en voie d’institutionnalisation, janvier 2018, 17 p. Le « Féminisme islamique » est un courant de pensée relativement récent, de production intellectuelle, autour d'un corpus religieux, alimenté par un réseau transnational de militantes  dans des contextes socio-politiques très contrastés. L’objectif de cet article est de dresser le panorama des luttes communes et des modalités d’action des différents collectifs qui l’animent, pour réfléchir dans un deuxième temps au degré d’institutionnalisation atteint par ces groupes de militantes. > En savoir plus

Entretien avec Felice Dassetto, à propos de son ouvrage : Jihad u akbar. Essai de sociologie historique du jihadisme terroriste dans le sunnisme contemporain (1070-2018). Dans le cadre d’un entretien mené au CISMOC en avril 2018, le Prof. F. Dassetto revient ici sur les motivations à la base de cet ouvrage ainsi que sur les jalons qui ont façonné sa réflexion sociologique sur le radicalisme violent islamique. > En savoir plus