Phase 1 (terminée)

Louvain-La-Neuve

Présentation du projet de recherche :

  1. Description du projet de recherche

La grossesse et la naissance d’un enfant entrainent une multitude de changements personnels, familiaux et conjugaux chez les parents. Ceux-ci doivent ainsi s’adapter à la venue de ce nouvel être. Le succès avec lequel se fera cette transition aura des répercussions sur le bien-être de toute la famille.

Notre recherche comportait trois objectifs principaux. Premièrement, elle cherchait à déterminer l’impact de la naissance de l’enfant sur les traits de personnalité et les compétences émotionnelles des parents. Deuxièmement, cette recherche tentait de déterminer l’influence des compétences parentales sur le développement de l’enfant. Enfin, des pistes furent dégagées afin d’aider les futures familles en difficulté lors de la venue de leur(s) enfant(s).

Afin de répondre à ces questions, nous avons interrogé quelques 300 couples parentaux, dont la moitié était des couples primipares, c’est-à-dire qu’ils deviennent parents pour la première fois.

La récolte des données a eu lieu à trois moments différents :

  • Deuxième trimestre de la grossesse 
  • Six mois après la naissance
  • Un an après la naissance 
  • 18 mois après la naissance
  • 3 ans
  • 6 ans après la naissance 
  1. Description des informations récoltées et du traitement opéré

A chaque récolte de données, les participants étaient invités à répondre à une série de questionnaires en ligne sur Internet. Ceux-ci portaient principalement sur les traits de personnalité, les compétences émotionnelles, et la coparentalité.

Les données d’identification (nom, prénom, e-mail, etc.) étaient utilisées afin d’une part de contacter les parents pour leur signaler la mise en ligne des questionnaires et d’autre part de rassembler les trois questionnaires liés aux parents à la fin de l’étude.

Les adresses personnelles étaient envoyées aux Sponsors, sous réserve de l’accord du participant, afin que ceux-ci puissent envoyer les bons promotionnels et/ou échantillons.

Toutes les autres données récoltées via les questionnaires étaient traitées de manière confidentielle à des fins statistiques.

  1. Description du sponsoring et données transmises aux Sponsors

Afin de remercier les (futurs) parents de leur participation à la recherche, des Sponsors s’engageaient à leur fournir des bons de réduction, des colis et/ou des échantillons. Ces bons promotionnels étaient envoyés au domicile des parents aux trois moments de la récolte de données. Pour ce faire, les participants devaient accepter que leur adresse personnelle soit transmise aux Sponsors. Ces derniers n’étaient cependant pas autorisés à utiliser ces coordonnées personnelles à des fins commerciales, promotionnelles et publicitaires.

Les données d’identification transmises aux Sponsors étaient uniquement les adresses personnelles des participants. Les numéros de téléphone et adresses e-mail n’étaient pas communiqués.

  1. Personnes responsables du traitement des données

Les personnes responsables du traitement des données sont Sarah GALDIOLO et Isabelle ROSKAM. Elles représentent l’Institut de Recherche en Sciences Psychologiques de l’Université Catholique de Louvain (UCL) pour cette recherche.

  1. Description des mesures mises en œuvre pour informer les participants à l’enquête

Le recrutement des participants à la recherche s’est fait au sein des maternités et pédiatries de plusieurs hôpitaux de la région Wallonne et Bruxelloise, par le biais d’affiches et de flyers et grâce à la collaboration de médecins gynécologues.

  1. Délai de conservation des données

Suite à la recherche, nous avons publié les résultats obtenus, tout en maintenant la confidentialité des données des participants. Afin que cette recherche puisse être répliquée par d’autres chercheurs, il est impératif de conserver les données 5 ans après la publication des articles scientifiques.

  1. Sécurité du traitement

Les personnes responsables du projet de recherche (Sarah GALDIOLO et Isabelle ROSKAM) sont les seules à avoir accès aux données récoltées auprès des participants.

Conclusions de la phase 1 :

On entend parfois dire que devenir parent rend plus altruiste, responsable et empathique. Mais, change-t-on réellement ? Devient-on différent suite à la naissance d’un enfant ? Est-ce que le développement personnel est affecté par cet événement de vie ? Afin de mesurer le caractère « transformatif » de la naissance d’un enfantnous nous sommes intéressés aux changements de personnalité et d’attachement induits par la naissance d’un enfant. Tout d’abord, la personnalité fait référence aux qualités des êtres humains qui contribuent à les différencier les uns des autres dans leur manière de penser, de se comporter, et de ressentir (Caspi, Roberts, & Shiner, 2005). Cinq facteurs constituent la personnalité, à savoir le neuroticisme (l’instabilité émotionnelle et la tendance à expérimenter des affects négatifs), l’extraversion (la recherche intense de relations interpersonnelles, d’activités, de stimulations, et de joie), l’agréabilité (la propension à montrer une attitude prosociale et conciliante envers les autres), l’ouverture à l’expérience (la propension à la curiosité intellectuelle, l’imagination, et l’appréciation des expériences nouvelles et culturelles) et le caractère consciencieux (la capacité d’organisation, de planification, et de respect des normes). Ensuite, l’attachement fait référence à la sphère relationnelle et se met en place très précocement dans la vie de l’individu. L’attachement est constitué de deux dimensions (Brennan, Clark, & Shaver, 1998). La première dimension, l’anxiété, fait référence à une préoccupation vis-à-vis des relations intimes et une peur de l’abandon et du rejet d’autrui. La deuxième dimension, l’évitement, désigne un évitement et un inconfort lié à l’intimité ainsi qu’une autonomie. Les individus secure sont ceux qui obtiennent un score faible sur les deux dimensions tandis que les individus craintifs ont un score élevé sur les deux dimensions (Bartholomew & Horowitz, 1991).

            La personnalité et l’attachement influencent donc les domaines affectifs (e.g., les émotions ressenties à travers l’expérience parentale), comportementaux (e.g., les comportements éducatifs), cognitifs (e.g., les croyances des parents au sujet du développement de leur enfant) et relationnels (e.g., la coparentalité). Mais sont-ils sujets aux changements ? Est-ce que la naissance d’un enfant peut affecter la personnalité et le style d’attachement des parents ? Pour répondre à cette question, des couples parentaux (primipares et multipares) ont participé à une étude à trois moments distincts de la parentalité, à savoir pendant la grossesse, à 6 mois postpartum et à 1 an postpartum (Galdiolo & Roskam, 2014, 2017). A des fins de comparaison, des couples sans enfant ont également été intégrés à l’étude. Tout d’abord, lorsqu’on analyse séparément les trajectoires de développement du père et de la mère, aucun changement de la personnalité et de l’attachement de la mère n’est observé après la naissance d’un enfant. Par contre, chez le père, une diminution de l’extraversion est observée, ce qui signifie qu’après la naissance de son enfant, le père a tendance à moins rechercher de relations interpersonnelles, de stimulations et d’activités. Cette diminution d’extraversion est concomitante avec la diminution de testostérone observée chez le père après la naissance de l’enfant (Gettler et al., 2011). Ces diminutions d’extraversion et de testostérone auraient pour fonction de focaliser le père sur sa fonction paternelle plutôt que sur des relations ou activités extérieures. Elles seraient de ce fait bénéfiques pour le fonctionnement familial.

            Mis à part ce résultat, les autres dimensions de la personnalité et de l’attachement ont tendance à être stables. Est-ce que cela signifie que la naissance d’un enfant n’est pas de nature transformative ? Il semblerait que cette absence de changement soit due au caractère normatif de cet événement de vie : le fait de s’y attendre induirait peu de changements personnels fondamentaux chez les parents. Une situation moins normative telle qu’un déni de grossesse ou une grossesse non-désirée pourrait peut-être engendrer plus de changements. Il se peut également que la grossesse voire le désir d’enfant soient de nature transformative : le fait de se projeter dans son futur rôle parental amènerait les individus à changer bien avant que l’événement ait effectivement lieu.

            Enfin, la naissance d’un enfant concerne conjointement la mère et le père et de ce fait-là, une perspective dyadique est considérée dans ces études : au cours de la parentalité, la mère et le père ont tendance à s’influencer mutuellement. Cela signifie que leurs trajectoires de développement deviennent de plus en plus similaires. Ainsi, la naissance d’un enfant amène le père et la mère à devenir de plus en plus les mêmes, à se ressembler, ce qui n’est pas observé chez les couples sans enfant.