Aller au contenu principal

Nouveau visage à l'ISP │ Farid Zahnoun

isp | Louvain-la-Neuve

isp
22 October 2026

Le 1er octobre 2026, Farid Zahnoun rejoint l'ISP en qualité de chercheur postdoctoral FNRS

Après avoir travaillé de manière approfondie sur des questions relevant de la psychologie philosophique et de la philosophie des neurosciences, mes recherches actuelles marquent un déplacement vers la philosophie de la biologie, et plus particulièrement vers la question de l’anticipation biologique. En tant que chercheur FNRS, j’étudie les fondements philosophiques de l’anticipation et son importance pour la compréhension des systèmes vivants.

 

Le point de départ de ces recherches est une observation en apparence simple, mais aux implications profondes : l’anticipation semble transcender la distinction traditionnelle entre l’esprit et le corps. Nous associons spontanément l’anticipation à des activités mentales telles que l’attente d’un événement, la préparation à une éventualité future ou l’imagination de ce qui pourrait se produire. Pourtant, les phénomènes anticipatoires ne se limitent pas aux esprits conscients. Tous les organismes et leurs processus corporels peuvent eux aussi anticiper, en se préparant aux changements de leur environnement sans nécessairement se représenter l’avenir ni formuler explicitement des prédictions à son sujet. En ce sens, l’anticipation n’implique pas nécessairement une prévision mentale, une hypothèse sur ce qui va se produire ou l’attribution d’un contenu sémantique aux processus biologiques. L’anticipation n’est donc pas synonyme de prédiction. 

 

Par contre, les théories contemporaines du traitement prédictif (predictive processing) décrivent fréquemment le cerveau comme un système qui génère des prédictions et les actualise en réponse aux informations qu’il reçoit. Dans mes travaux, je m’interroge sur la pertinence de considérer systématiquement la prédiction et le traitement de l’information comme les concepts les plus appropriés pour expliquer les mécanismes biologiques sous-jacents. En élaborant une conception de l’anticipation qui ne présuppose pas la prédiction, je cherche à proposer une autre manière de comprendre l’organisation des processus biologiques et leur contribution à la cognition.

 

Mon approche s’inscrit dans le cadre théorique plus général de la théorie de l’autonomie (Autonomy Theory), qui étudie les systèmes vivants sous l’angle de leur activité d’auto-organisation et de leur capacité à se maintenir en tant qu’entités distinctes et organisées à travers leurs interactions avec leur environnement. Ce cadre permet d’étudier l’anticipation comme un phénomène enraciné dans l’organisation et l’activité des êtres vivants.

 

En définitive, mon intérêt pour l’anticipation biologique s’inscrit dans une ambition philosophique plus large : repenser les relations entre l’esprit, le corps et la vie sans présupposer qu’ils relèvent de domaines fondamentalement distincts. En examinant la manière dont l’anticipation intervient dans les processus biologiques et cognitifs, mes travaux visent à élaborer un cadre conceptuel permettant de comprendre les capacités de l’esprit et les activités du corps à partir de l’organisation des systèmes vivants dans leur ensemble.