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L’océan Austral change, quel impact pour l’Europe ?

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7 October 2026 , modifié le 8 October 2026

La banquise antarctique fond drastiquement depuis 2016. Le projet européen SYNCHRONY, avec ses 27 partenaires, déploie les grands moyens pour comprendre les changements qui s’opèrent sous la banquise et dans l’océan Austral ainsi que leurs conséquences pour le climat et la biodiversité. L’équipe de François Massonnet y apporte son expertise en modélisation de la banquise et de l’océan pour guider la prise de mesures sur place.

« Ce qui se passe au pôle ne reste pas aux pôles et a des conséquences sur nos régions », explique François Massonnet*, climatologue à l’UCLouvain. « C’est pourquoi, il est important de regarder ce qu’il se passe en Antarctique et dans l’océan austral ». C’est ce que le projet européen SYNCHRONY, rassemblant 27 partenaires de 10 pays du continent, fera au cours des 4 prochaines années. Son ambition : mieux comprendre les changements rapides qui affectent le système complexe océan – banquise – atmosphère de l’océan Austral et des plateaux continentaux antarctiques, ainsi que leurs répercussions sur le climat mondial et la biodiversité. 

« Notre équipe est spécialisée dans la modélisation de l’océan et surtout de la banquise arctique et antarctique. C’est sur base de cette expertise que nous allons apporter notre contribution au projet SYNCHRONY », précise François Massonnet. Dans un océan aussi vaste que l’océan Austral, impossible de mesurer partout et tout le temps les paramètres essentiels pour comprendre l’évolution des différents éléments, notamment l’épaisseur de la banquise. « Notre équipe va essayer d’informer au mieux en amont les partenaires qui se rendront sur place pour leur dire où et quand ils doivent prendre des mesures pour qu’on puisse reconstituer le tableau global sur base de ces mesures prises isolément ».  

Les chercheurs pourront ainsi optimiser et étendre le système d'observation existant, harmoniser les flux de données et créer de nouveaux produits documentant l'état du climat et du vivant.

L'océan Austral connaît des bouleversements massifs : recul dramatique de la banquise, perte de grandes parties de la calotte glaciaire de l'Antarctique occidental, affaiblissement probable de la formation d'eaux profondes dont les conséquences complètes restent floues. 

« Cet océan est un de principaux puits de carbone pour notre planète. Il absorbe une grande partie de nos émissions de carbone. Et comme il est en train de changer, sa capacité d’absorption diminue et davantage de carbone reste dans l’atmosphère, ce qui a un impact sur nos climats en Europe », souligne François Massonnet. 

Une autre bonne raison d’étudier de plus près la fonte de la banquise (la glace qui flotte sur l’eau), c’est que celle-ci constitue une barrière naturelle et une protection pour la calotte glaciaire (glace qui recouvre le continent antarctique) face aux vagues de l’océan Austral. « Si la banquise fond, la glace de terre est exposée à l’action de ces vagues et des blocs de glace s’en décrochent. Résultat : cette glace se retrouve dans l’océan, fond et fait monter le niveau de l’eau », explique François Massonnet.

Pour l’instant, le déficit de connaissances sur cette région du monde provient d'un manque de données d'observation et d'une représentation insuffisante des processus dans les modèles du système terrestre. Des missions inter-plateformes et des réseaux de mesure circumpolaires sont indispensables dans cette région immense et difficile d'accès.

SYNCHRONY posera les fondations d'Antarctica InSync (2027–2030), initiative de la Décennie des océanes de l'ONU lancée par plusieurs membres du Traité sur l'Antarctique, qui déploiera l'un des plus grands réseaux d'observation jamais établis en milieu polaire. Le projet constituera « un jalon vers un système d'observation polaire complet » et une base d'action pour les décideurs politiques. 

*François Massonnet est Professeur à la Faculté des Sciences et chercheur au Earth and Climate Center du Earth and Life Institute à l’UCLouvain. Il est lauréat d’une bourse ERC pour le projet ArcticWatch (2023-2027).