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Prévention du suicide : passer de la parole à l’action collective

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10 September 2026 , modifié le 11 September 2026

À l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, ce 10 septembre, Vincent Lorant, professeur de sociologie médicale et de politique de santé à l’UCLouvain, appelle à changer notre regard sur la prévention. Au-delà de l’accompagnement individuel, écoles, entreprises, institutions et pouvoirs publics ont eux aussi un rôle essentiel à jouer. Une approche collective que l’UCLouvain entend notamment renforcer avec un nouveau certificat universitaire dès janvier 2027.

En Belgique, le suicide reste un enjeu majeur de santé publique. En 2022, il a causé environ 14 décès pour 100 000 habitants, soit l’un des taux les plus élevés d’Europe occidentale. Une réalité qui évolue par ailleurs moins favorablement chez nous que dans plusieurs pays voisins.

Dans une carte blanche publiée dans Le Soir à l’occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide, Vincent Lorant, professeur à l’UCLouvain, invite à dépasser une vision de la prévention centrée presque exclusivement sur l’individu et le monde médical.

Parler du suicide ne provoque pas le suicide

Le thème de cette Journée mondiale, « Changer le discours sur le suicide », porte d’abord un message essentiel : parler à une personne de ses idées suicidaires ne les provoque pas. Ouvrir le dialogue peut au contraire permettre de rompre l’isolement et constituer une première étape vers l’aide.

Changer de discours suppose aussi de sortir d’une logique rétrospective : après un suicide, la question ne peut pas être uniquement de savoir qui aurait pu ou dû « voir venir » le drame. Car prédire le suicide à l’échelle individuelle reste extrêmement difficile. La majorité des personnes décédées par suicide n’avaient pas fait de tentative antérieure et moins d’un tiers avaient rencontré un professionnel de la santé mentale au cours de l’année précédente.

Prévenir sans attendre de pouvoir prédire

C’est là tout le paradoxe souligné par Vincent Lorant : si le suicide est difficile à prédire chez une personne, il est possible de le prévenir à l’échelle d’une population.

La prévention doit donc aussi se penser dans les lieux où nous vivons, étudions et travaillons. Que peut mettre en place une école avant qu’un drame ne survienne ? Comment une entreprise peut-elle se préparer à accompagner ses équipes ? Comment un hôpital, une maison de repos, une commune ou encore une prison peuvent-ils agir ?

Les leviers existent : préparer davantage les sorties d’hospitalisation psychiatrique, limiter l’accès aux moyens létaux, sécuriser certaines infrastructures, former les professionnels, lutter contre l’isolement, développer les compétences psychosociales des jeunes ou encore mieux soutenir les proches après un décès.

Autrement dit, la prévention du suicide ne relève pas uniquement de la santé mentale : elle concerne aussi l’enseignement, le monde du travail, la justice, les médias et, plus largement, l’ensemble de la société.

Vers une véritable politique nationale de prévention

Vincent Lorant appelle dès lors à franchir une étape supplémentaire. Contrairement à plusieurs autres pays, la Belgique ne dispose toujours pas d’un véritable plan interfédéral de prévention du suicide.

Pour le chercheur, une stratégie efficace devrait articuler trois dimensions : permettre une parole respectueuse, sans culpabilisation ni banalisation ; donner aux organisations les moyens de prévenir les crises et d’accompagner leurs communautés ; et développer une politique publique coordonnée, dotée d’objectifs, de moyens et d’une évaluation fondée sur les résultats de la recherche scientifique.

Former celles et ceux qui peuvent agir

L’UCLouvain entend contribuer à cette évolution. Dès janvier 2027, l’Université ouvrira un nouveau certificat universitaire consacré à la prévention du suicide dans les communautés et les organisations.

La formation s’adresse aux acteurs et actrices de différents secteurs et leur permettra de construire un programme de prévention adapté à leur propre contexte. L’objectif : donner aux organisations des outils pour agir avant, pendant et après une crise, plutôt que de devoir improviser lorsqu’un drame survient.

Une initiative qui traduit concrètement le message porté par Vincent Lorant : la souffrance suicidaire est individuelle, mais ses déterminants et les moyens de la prévenir sont aussi sociaux, organisationnels et politiques.

Changer le discours sur le suicide, c’est donc passer du silence à la conversation. Mais aussi, et surtout, de la conversation à l’action.

Plus d'informations : https://uclouvain.be/prog-2026-suic2fc