Santé mentale vs Santé physique : six ans après le premier confinement, qu’avons-nous appris ?
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La pandémie de COVID-19 a révélé un dilemme crucial : faut-il privilégier la santé physique au détriment du bien-être mental ? Une étude de l’UCLouvain met en lumière un paradoxe troublant : les décideurs accordent plus d’importance à la santé mentale que le grand public, mais restent plus enclins à imposer des restrictions de liberté, celles-là mêmes qui menacent l’équilibre psychologique. Des mesures mal comprises et une attente forte pour des politiques intégrant la santé mentale au cœur des crises. Une révolution nécessaire, et des solutions existent.
Il y a six ans, le 18 mars, la Belgique imposait son premier confinement lors de la pandémie du COVID-19. La priorité : sauver des vies, au prix d’une crise de santé mentale sans précédent (anxiété, isolement, burn-out). « Ce timing est crucial », souligne Vincent Lorant, professeur en Faculté de Santé Publique (FSP-UCLouvain). Six ans, cela permet d’avoir du recul sur les évènements et des leçons à retenir pour la prochaine crise.
Dans cette optique, une étude du groupe MHSR (Mental Health Services Research) de l’UCLouvain, a été publiée dans la revue Social Science and Medicine. Parmi les résultats, cette recherche révèle que, lors d’urgences de santé publique, la santé mentale est jugée souvent aussi importante que la santé physique. En effet, la détresse psychologique représentait 34% de l’importance relative, contre 30% pour les hospitalisations. Paradoxalement, les décideurs attribuent une importance plus grande à la santé mentale que le grand public mais sont, à l’inverse, plus favorables aux restrictions de mobilité. Enfin, les personnes ayant des préjugés envers les troubles mentaux étaient significativement moins enclines à prioriser la santé mentale.
Préparer l’avenir, sans répéter les erreurs
Ces données ne sont pas qu’un bilan : elles servent de feuille de route pour les gouvernements et les acteurs de santé publique.
Parmi les pistes concrètes :
- Intégrer la santé mentale : les plans pandémiques devront intégrer la santé mentale, sous peine de perdre l’adhésion du public.
- Adapter les messages : les gouvernements doivent expliquer pourquoi certaines restrictions sont nécessaires, sans négliger leur impact psychologique.
- Cibler les publics réticents : les campagnes de sensibilisation devront insister sur les bénéfices concrets (ex : moins d’arrêts maladie, meilleure productivité).
Cette recherche consistait principalement à interroger 1 615 citoyens et 145 responsables politiques/sanitaires en Europe pour récolter leurs opinions sur la santé mentale et les décisions politiques qui devraient être prises en cas de pandémie. L’étude a été menée via une enquête en ligne dans huit pays européens : Belgique, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède et Royaume-Uni. Pour éviter tout biais, les participant·es devaient choisir entre des scénarios de crise, différant selon quatre critères reflétant les conséquences des politiques pandémiques : hospitalisations, détresse psychologique, pertes d’emploi et restrictions de mobilité.

Ces six années de recul montrent que la santé mentale est désormais perçue comme un enjeu aussi crucial que la santé physique en période de crise sanitaire. À l’avenir, il sera essentiel d’adapter les mesures pour mieux intégrer cette dimension et garantir des réponses plus équilibrées.